ACTE I, SCENE I
Nos coups, trop tôt frappés, retombent-ils sur nous?
De nos premiers succès le sort est-il jaloux ?
Eh bien ! nous le pouvons, montrons quelque prudence;
Feignons; et sans cecler ayons-en l'apparence.
Offrons à ce parti, courbe sous nos décrets.
Un oubli réciproque et l'espoir de la Paix;
Des Proscrits, pour un temps, faisons tomber les chaînes ;
Qu'eux-meme ils soient trompés parnos promesses vaines;
Et s'il le faut, amis, avant de triompher,
Serrons-les dans nos bras, mais pour les Etouffer.
AMAÎIE.
* Soyons moins agités; en entendant Barrere, J'ai douté que des faits le tableau fut sincère.
BARRERE.
* Que dites- vous ? Mon cœur vous est-il inconnu ?
AMARE
A coté des Proscrits parfois nous t'avons vu.
DANTON
* Quel brandon de discorde agitez-vous, Amare, Lorsqu'à fondre sur nous l'ennemi se prépare ? Loin de nous ces soupçons et tous ces vains débats Qui divisent les cœurs et qui n'instruisent pas. Restons unis; gardons ces scènes scandaleuses, Ces propos insultans, ces querelles honteuses, Pour ce Sénat qu'il faut perdre en l'avilissant.
Et qu'importe, après tout, ce fracas impuissant? Amis, nous l'emportons; croyons en ce génie. Le soutien des grands cœurs, l'ame de notre vie. Nos nombreux ennemis semblent se reunir; Mais Qîit-ils quelqu'audace et savent-ils haïr?
1"? CHARLOTTE CORDAI.
Qu'ont de comniim Brutus et nos bourgeois modernes? Esclaves tous ensemble et tirans subalternes, Dans leurs vœux turbulens, encor plus corrompus, De l'esclavage même ils n'ont plus les vertus.
* Méprisable ramas de lâches et de traitres,
* Sans oser s'expliquer ils regrettent leurs maîtres. Ils viennent attaquer, à pas tumultueux,
Ce colosse puissant prêt à tomber sur eux : Pourront-ils un instant troubler notre fortune?
* Divis(^s dans leur but, et sans règle commune, A peine au millieu d'eux quelques Républicains, Marchent pour les Proscrits et plaignent leurs destins. Le reste, en abhorant nos noms et notre empire. Parle de Republique et contr'elle conspire.
Ne vous y trompez pas; ce cri de liberté. Tout gênerai qu'il est, n'est pourtant qu'affecte. Tandis que sous ce masque, avec art populaires, Nous flattons ces excès qui nous sont nécessaires; L'homme qui nous déteste et qui veut d'autres loix, N'ose, au peuple agité faire entendre sa voix : Il répète nos cris , et sa haine impuissante Nous laisse dominer sur la foule ignorante. Ainsi, nos ennemis sont mal d'accord entre eux. Que dis-je? la plus part, égoïstes, honteux. Gouvernés par la peur et par leur avarice , Youdront-ils seulement faire aucun sacrifice? Et ne pourrons-nous pas, marchant à notre tour. Brisant le frein des Loix et frappant sans retour, Porter dans leurs foïers la mort et le ravage. De leurs nombreux trésors faire enfin le partage,