EXTRAIT DU REGISTRE DES ACTES DE BAPTÊME
DE LA PAROISSE S AI XT-XI COL A S d'ÉVREUX.
Le Samedi premier mars mil sept cent soixante, a été baptisé par Nous, prêtre, Curé de Saint-Nicolas, le fils de M' François Buzoï, procureur au Bailliage et Siège presidial d'Évreux, et de D"' Marie Madeleine
Le Grand , son épouse. Le Parrain M* Nicolas.LE Grand , avocat au Bailliage et Siège Présidial de ce lieu; la Marraine Demoiselle Marie Madeleine Buzot, tante. Il est né en et du légitime Mariage; il a été nommé François, Nicolas, Léonard.
Signé au Registre :
Legrand, Marie Madeleine Buzot, et Charpentier , curé.
Lettre d'un membre du district de Bordeaux^ adressée à Jay, député de la Gironde à la Convention.
[Moniteur du 8 messidor an II.)
Nous intercalons ici deux lettres publiées dans le Moniteur, la première, le 8 messidor (28 juin), et la seconde, le 20 du même mois an II (8 juillet 1794), lettres qui, racontant la capture de Barbaroux et la découverte des cadavres de Petion et Buzot, complètent les documents contenus dans les procès -verbaux que l'on vient de lire.
Plusieurs membres demandent que Jay donne connaissance à la Convention des détails contenus dans une lettre qu'il a reçue d'un membre du district de Bordeaux.
Jay monte ' à la tribune et lit ce qui suit :
« Tout fesait présumer que Guadet, Salles et les autres fugitifs qui avaient paru au Bec-d'Ambès, il y a
' J. Jay élail de Sainte-Foy, village voisin de Castillon , ce qui explique comment cette lettre lui avait clé adressée. Député de la
environ neuf mois, ne pouvaient pas s'être bien éloignés, à cause de la difficulté qu'ils avaient de voyager sans être reconnus. On avait appris depuis peu que toute cette bande, en quittant les lieux où elle avait été aperçue, avait remonté la rivière, et que Guadet avait été reconnu aux environs de Libourne. Il n'en a pas fallu davantage pour faire soupçonner que ces conspirateurs pouvaient être cachés dans les souterrains immenses de Scùnt-Émilion et avoir choisi les antres de ces rochers pour retraite, comme la plus assurée et celle où ils trouveraient plus de ressources pour vivre, par la facilité que pouvait leur procurer la famille Guadet, qui habite dans les environs. Ces réflexions furent communiquées à Julien , envoyé du Comité de salut public. Il les trouva fondées, et concerta de suite les mesures nécessaires pour faire cerner au même instant toutes les ouvertures des grottes , qui sont en grand nombre, pendant qu'on les fouillerait avec des chiens. Laye, de Sainte -Foy, et Oré, de Bordeaux, furent envoyés de sa part prendre des informations sur les lieux.
» Lagarde, agent national du district de Libourne', fut prévenu de les seconder, en prenant toutes les précautions possibles pour que rien ne transpirât, ce qui était d'autant plus nécessaire que toute la famille de
Gironde d'abord à l'Assemblée législative, puis à la Convention, il siégeait sur la Montagne et votait contre les Girondins. Il est signalé comme ayant donné d'un air satisfait les détails que nous transcrivons ici sur l'arrestation et le supplice de ses collègues.
* O'Reilly dit, en rapportant ces faits : « On prévint les fameux républicains du pays : Laye, àSainte-Foy; Oré, à Bordeaux; Lagarde, agent national à Libourne, et quelques autres patriotes de ces contrées. » [Hist. de Bordeaux, 2« partie, t. I, p. 425.)
Guadet étant dans le pays, il suffisait de la plus légère indiscrétion pour faire manquer le coup. Ces deux citoyens se rendirent d'abord à Libourne, oii Lagarde fut le seul dépositaire du secret de l'expédition que Julien leur avait confiée; de là ils allèrent à Sainte-Foy, où ils prirent dix patriotes décidés et à toute épreuve, qu'ils emmenèrent avec eux sans que personne se dou- (àt de rien. Ces dix patriotes même ignoraient absolument où on les conduisait ; ils savaient seulement qu'ils allaient chercher des ennemis de la patrie, et cela suffisait pour les rendre infatigables. Marcou était du nombre, avec ses chiens. Arrivés à Libourne, ils prennent avec eux un fort détachement du 10* bataillon du Bec-d'Ambès, qui arrive de la Vendée. Ils partent dans la nuit avec quelques hommes du pays que Lagarde s'était procurés au moment même, et au point du jour, toutes les carrières, la ville de Saint- Émilion et toutes les maisons de Guadet et de sa famille furent investies sans que personne ne se fût aperçu de l'arrivée des forces.
» Nos jeunes gens, quoique couverts de sueur, parcourent les froides carrières, et y font les recherches les plus longues et les plus exactes. Si la Providence n'eût veillé à leur conservation, ils seraient tous morts; car ils en sortirent tous glacés et pouvant à peine parler. Le danger qu'ils couraient de perdre la vie ne les arrêta pas; ils continuèrent leurs recherches dans les maisons qu'ils suspectaient. Ils les avaient déjà toutes visitées inutilement, et perdaient espoir de rien trouver, lorsque Favei'eau et Marcou, qui avaient parcouru plusieurs fois la maison de Guadet père , s'aperçurent que le grenier était moins long que le rez-de-chaussée; ils
in't Docr.MEXTS.
y remontèrent, et, après lavoir mesuré, ils se convainquirent (|u'il y avait une loge pratiquée à l'extrémité, mais à laquelle aucune ouverture apparente ne communiquait. Ils montèrent sur les toits, et ils travaillaient à découvrir la loge, lorsqu'ils entendirent rater un pistolet. Alors ils crièrent que ce qu'ils cherchaient était là; et Guadet et Salles crièrent eux-mêmes qu'ils allaient se rendre, ce qu'ils elTectuèrent. On s'empara des gens de la maison qu'on crut pouvoir donner quelque éclaircissement, et on amena le tout à Bordeaux, oiî Guadet et Salles furent expédiés le lendemain.
» Avant-hier matin, plusieurs volontaires qui passaient près d'une pièce de blé, à une demi-lieue de Castillon, entendirent tirer un coup de pistolet, et virent deux hommes qui s'échappaient dans une pièce de pinada' très-fourrée; ils se rendirent sur le coup et
' Une pinada, ou pineda, du mot lalin pinetum, signifie dans les idiomes méridionaux un lieu planté de pins , une forêt de pins. (V. Honnorat, Dkt. provençal.)
Le 8 messidor, les cadavres de Pet ion et Buzot furent trouvés dans une pièce de blé, à peu de distance, dit le procès-verbal (V. cidessus, p. ies) de l'endroit où Barbaroux s'était tiré un coup de pistolet. En présence de cette constatation officielle , il est assez difficile de comprendre le récit contenu dans la lettre adressée à Jay, quoique celle-ci paraisse émaner de témoins oculaires. Comment, en effet, Pelion et Buzot, après s'être réfugiés dans un bois de pins trèsfourré, où ils pouvaient se cacher facilement, seraient-ils venus se donner la mort non loin du lieu où Barbaroux avait été pris, surtout alors que les campagnes étaient sur pied et que l'on était à la recherche des deux fugitifs? N'est-il pas plus- probable qu'ils se seront frappés en même temps que Barbaroux , et que la hauteur des blés aura empêché de les découvrir immédiatement? L'étude seule des localités permettrait d'éclaircir ces doutes.
Nous savons par M. J. Guadet [les Girondins, t. Il, p. 497) que le théâtre de ces sinistres événements reçut le nom de Champ des Emigrés, nom qu'il a conservé dans le pays, tant les habitants eurent
trouvèrent un homme baigné dans son sang; ils le prirent et le portèrent à Castillon; Lagarde s'y rendit de suite, et voyant que le linge du blessé était marqué R. B., il lui demanda : « Étes-vous Buzot? » Comme il ne pouvait pas parler, parce que le coiq) de pistolet qu'il s'était donné avait porté dans la mâchoire, il fit signe de la tête que non; il lui demanda s'il était Barbaroux; il fit signe que oui. On envoya de suite un exprès à Julien pour l'instruire de cette nouvelle capture, et de la recherche qu'on faisait des deux fuyards cpron avait aperçus : Julien fit repartir de suite Batut et un autre, qui furent bientôt suivis de Laye et Oré, quoique harassés de fatigue; la femme qui pourvoyait aux besoins des fugitifs a été interrogée hier au soir; on avait déjà lu les lettres qui avaient été trouvées chez elle, et qu'on avait cru être de Pétion et Barbaroux. Elle avoua que ces lettres étaient de l'un et de l'autre, que Salles et Guadet étaient dans la maison de Guadet père, et Pétion, Buzot et Barbaroux dans une autre maison. Il est à croire que les gens qui cachaient ces trois derniers, voyant qu'on amenait (sic) la famille Guadet, eurent peur et les mirent dehors; mais vous pouvez compter qu'ils seront tous piis, s'ils ne le sont déjà, parce que toutes les campagnes des environs sont sur pied, et qu'il est impossible qu'ils échappent. » Des applaudissements sont donnés à ces détails.
peu conscience alors et depuis des événements dont ils avaient été témoins! Juliien voulait qu'une inscription infamante, érigée dans le lieu où Pétion et Buzot s'étaient tués, « transmît à la postérité leur crime et leur mort ». Ne serait-il pas convenable qu'une simple pierre marquât la place où reposent les restes de deux hommes qui ont joué un rôle considérable dans notre histoire , et qui périrent victimes d'une odieuse persécution?
Lettre de la Société populaire de Castillon à la Convention.
{Moniteur du 20 messidor an II.)
« La Société populaire et républicaine de Castillon , district de Liboiirne, département de Bec-d'Ambès, à la Convention nationale.
» Citoyens Représentants, nos recherches n'ont pas été vaines, et nos promesses ne le sont point. En vous annonçant la prise du scélérat de Barbaroux, nous osâmes vous assurer que, morts ou vivants, ses perfides complices Pélion et Buzot seraient bientôt en notre pouvoir. Ils y sont en effet, Citoyens Représentants, ou, pour mieux dire, ils n'y sont déjà plus.
n II était trop doux pour des traîtres, le supplice que la loi leur préparait , et la justice divine leur en réservait un plus digne de leurs forfaits. On a trouvé leurs cadavres hideux et défigurés, à demi rongés par les vers; leurs membres épars sont devenus la proie des chiens dévorants, et leurs cœurs sanguinaires la pâture des bêtes féroces. Telle est l'horrible fin d'une vie plus horrible encore. Peuple ! contemple ce spectacle épouvantable, monument terrible de ta vengeance.
» Traîtres ! que cette mort ignominieuse , que cette mémoire abhorrée vous fassent reculer d'horreur et frémir d'épouvante. Tel est le sort affreux qui, tôtfou tard, vous est réservé.
1) Signé : les Sans-Culottes composant la Société populaire et républicaine de Castillon. »