‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 26 sur 97 · CLXX BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

CLXX BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

maria{je de la part diidit citoyen Marat envers ladite citoyenne Evrard, écrite en entier et signée de la main dudit Marat, et dont nous avons, à la réquisition de ladite citoyenne Evrard, fait lecture, et qui est ainsy conçue :

(( Les Belles qualités de mademoiselle Simonne Evrard aijant captivé mon cœur dont elle a reçu V hommage, je lui laisse pour gage de ma foy pendant le voïage que je vais faire à Londres rengagement sacré de lui donner ma 'iuain immédiatement après Tnon retour; si toute ma tendresse ne lui suffisait pas pour garant de ma fidélité y que Vouhly de cet engagernent me couvre cF infamie,

» A Paris, Le V"" janvier 1792.

» Jean-Paul Marat,

» l'Ami du Peuple. »

Lequel écrit nous avons aussitôt remis à ladite citoyenne Evrard (Simonne).

(Arch. de l'Emp., papiers du Comité de Sûreté gfénérale.)

Ajoutons que ce mariage morganatique fut reconnu solennellement par la famille de Marat. Le Journal de la Montagne du 22 août d793 contient la déclaration expresse qui fut faite à cet égard par ses deux sœurs et un de ses frères venus à Paris après son décès. Voici cette déclaration, qui concorde avec celle de Marat et en reproduit les termes :

Quoique déjà convaincus des importans services rendus par la Citoyenne Evrard au C. Marat son époux, nous avons cru nécessaire, pour donner à cet acte toute l'authenticité qu'exifjc notre reconnoissance, d'appeler en témoi[jna[]^e les personnes qui ont connu la situation où étoit réduit notre

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frère par les sacrifices qu'il avoit fait pour coopérer à la révolution.

Pénétrés d'admiration et de reconnoissance pour notre chère et di(;ne sœur, nous déclarons que c'est à elle que la famille de son époux doit la conservation des dernières années de sa vie, etc.

Nous déclarons donc que c'est avec satisfiction que nous remplissons les volontés de notre frère en reconuoissant la Citoyenne ?>rard pour notre sœur, et que nous tiendrons pour infâmes ceux de sa famille, s'il s'en trouve quelqu'un qui ne parla{jeât pas les sentimens d'estime et de reconnoissance qu<; nous lui devons, et si contre notre attente il pouvoit s'en trouver, nous demandons que leurs noms soient connus, ne voulant pas pai taper leur infimie.

Fait à Paris, ce 22 août, l'an 2« de la K. fr.

Marie-Annk Mah AT, f' Olivier.

Albkrtink Marat.

Jean-Pikhrk Mahat.

(Journal de la Montacjnc du lundi 26 août 1793, n" 85.)

A 1>U0P0SSLR LA MOr.T DLL'IM OUTLM^: MAP^AT,

joué par le tlicdlre de la Cité en aoust 171)3.

La citovenne Clericourt la jeune, artiste de ce lliéiUre, remplissait le rùle de Charlotte de Corday. C'est le seul renseijjneiTient que nous possédions sur cette pièce. Il nous a été fourni par une inscription mise derrière le portrait de la citoyenne Clericourt. I.lle est suivie de ces vers :

a chaiu.ottk ci. kr icoi ht.

Pour bien nous ren<lre sur la scène, De Corday, l'aspect détesté,

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Il te manque, ô Républicaine, Sa sauvage rigidité Et sa sinistre majesté.

Mais si, comme elle, tragédienne Dans le Temple de Melpomène, Ton poignard frappe les tyrans.

C'est la joye, et non pas la haine, Qui répond à tes coups ardents.

(Signé de l'initiale V.)

Nous avons fait graver et nous publions le portrait de la citoyenne Clericourt, qui se rattache à la Bibliographie dramatique de Charlotte de Corday. V. planche 20.

APOTHÉOSE DE MARAT ET LEPELLETÎER, scène lyrique chantée à Versailles clans la ci-devant Chapelle, et à Paris, maison de la. Révolution y ci-devant Palais- Bourbon. — 10 août 4793, — Paroles de Delkieu, musique de Giroust. (Non imprimée ^)

Cette scène lyrique n'ayant pas été imprimée, nous avons dû la chercher dans les dépôts de pièces manuscrites. Nous n'avons pu la trouver ni dans les Archives de la Préfecture de police, ni dans celles de l'hôtel Soubise. Nous avions es-

* Nous devons la connaissance de cette pièce à M. Ménétrier, qui prépare un grand travail sur le théâtre pendant la Révolution et qui a fait de longues recherches dans les Archives de la Préfecture de police. Il en est de même des pièces mentionnées sous les n»* V, VI, X. Nous le prions d'agréer le témoignage public de notre reconnaissance.

DE CHARLOTTE DE COUDAV. cr.xxin

péré être plus heureux au Conservatoire de musique, parce que c'est là que sont conservés les papiers de Girousl; mais vérilication faite par M. Wekcrlin, sous-bibliothécaire, il ;i été reconnu que ces manuscrits ne contenaient que de la musique religieuse, composée sur des paroles en latin. Giroust était en effet un compositeur de mu>i(|ue d'église, et il n'était devenu que par la force des circonstances le collaborateur de Deirieu, auteur, par les mêmes raisons, de chants patriotiques \ Ce n'est que dans les registres municipaux de Versailles que se sont rencontrées les traces de la fête célébrée dans la chapelle du chûteau, devenue la chapelle du Palais National. La cérémonie en 1 honneur de Marat eut lieu en eflet le lendemain de l'anniversaire du iO ainUfjour du renversement du T/trône et delacccjjlation de la Constitution . On voit par les procès-verbau\ des Sections, que d'une part une collecte fut faite pour acheter a frais communs le buste de l'Ami du Peuple, qui fut porté en triomphe au milieu du cortège, et que de l'autre, le nom de celle qui avait frappé Marat ne fut point oublié dans les discours prononcés par les orateurs p()j)ulaires " . Le citoven Giroust était alors Président de la l^*" section, dittc des Vrais républicains^. H avait composé pour la fête du 10 la musique d'un « morceau analogue au sujet ». Il

^ Il était depuis longtemps rdgenl do rhétoriquo à Versiiilles.

- • Miityt, l'iimy du peuple, dénonciateur de tous les comp'ols liberlicides lormés par les tirans, les cotispiraleurs, etc., etc., assassiné par Marie-Anne-Charlolle Cor^lay le <4 juillet 1793, âgée de dix-lujjl ans, jui;t'e le 17 du nu^me Moy » [sic). (Prorès-vorl)al de la Sociéié des Sana-Culolles, eic. Archive^ ujunicipalos de Versailles, Soc. Pop., carton n° 4.)

3 On trouve une motion signtH» de lui ( twiinie Président, par laquelle u la municipalité est invitée à prendre les moyens pour emjK^clier (ju'ajires les exécutions la mullilude ne coure pas sur les échafauds cl no ce fassent (sic) un plaisir Itarharo de marcher dans lo sani'. » (Mêmes Archives, Soc. Pop., carton n" i.)

cLXXiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

est donc naturel de croire qu'il était l'auteur des hymnes et cantiques chantés le jour suivant, ainsi qu'on le voit par les registres municipaux de Versailles.

« Le lendemain (11 août), à quatre heures de l'aprèsmidi, la municipalité s'est rendue à La chapelle du Palais national.

» L'emblème de la Liberté étoit placé sur l'autel, la musique et les jeunes citoyennes, vêtues comme la veille, chantèrent des hymnes et des cantiques , et offrirent de l'encens et des fleurs à la Liberté. Un discours civique fut prononcé par le citoyen Goujon, procureur syndic du département. Après quoi chacun se rendit dans le jardin. Les grandes eaux furent jouées, et à la fin du jour tous les citoyens se retirèrent K

» Signe' : Grincourt, commissaire ordonnateur; Gastellier. »

(Assemblée du Conseil général de la Commune de Versailles, 3«vol., p. 255-258.)

Les auteurs des Plaisons de r Europe, MM. Alboize et Maquet, citent (t. IV, p. 114) les Mémoires inédits de Champagneux, desquels il résulterait que Champagneux, alors détenu à la Force, avait composé une tragédie sur Charlotte de Corday. H aurait eu pour inspirateur et collaborateur Adam Lux , qui était renfermé dans la même prison. Malheureusement cette tragédie fut perdue. Les Mémoires seuls subsisteraient.

Vérification faite, d'après les Registres d'écrou conservés dans les Archives de la Préfecture de police, nous avons constaté qu'en effet Adam Lux et Champagneux se sont trouvés à la Force ensemble depuis le commencement d'août

* Cette fête du lendemain fut sans doute celle qui fut consacrée à Marat et donna lieu à la Scène lyrique de Giroust et Delrieu.

DE CHARLOTTE DE COKDAY. clxw

jusqu'au mois de décembre 1793 \ Le fait avancé est donc matériellement possible. Toutefois Georges Kerner, qui \it Adam Lux pendant sa captivité, et qui a laissé des souvenirs intéressants sur leurs relations, ne parle nullement de celte tragédie ni de la participation que Lux y aurait prise.

(V. D.VS BiLDEUBLXH ALS Mtl.NER K.NAIiENZEIT, lAlbuitl

de mon enfance , Souvenirs de 1780 à 1804, p. 7i à 9t2, par Justinus Kerner, frère du précédent. Brunswick, 18 41)'.) Il faut aussi se délier de ce que les auteurs disent de 1 amour de Lux pour Charlotte de Corday. 11 éprouvait sans doute et il a exprimé l'enthousiasme le plus exalté pour Charlotte. Mais il n'y a rien qui ressemble a l'amour platonique et posthume qu'on a supposé. On sait que le docteur NNedekinJ, compatriote et ami d'Adam Lux, avant [)ublié dans le Journal de In Montaf/ne du 4 septembre 1793 une lettre par laquelle il cherchait à établir que la passion de Lux pour Charlotte lui avait troublé la télé, celui-ci démentit énergiquement cette assertion \ C'est donc sous

1 CiiAMPAGNFA'X (I.ouis-Antoine}, chef de bureau au ministère de rintt'rirur, âgé de quarante-neuf an>, né à Bourgoin, demeurant ùl Paris, arrêté par mesure de sùrel('' géniTalc^ et écroué à la Force le 4 août 4793 (ordre du Comité de Sûreté générale), transféré aux Madelonuelles le 25 niessidor an II, mis en lihcrtr' le i5 lliermiiJor suivant.

Adam Lux, entré a la Force le i4 juillet 1793, transféré à la C.ontiergerie le 2 novembre, condamné à mort et exécuté le 44 brumaire an II a novembre 4793).

' Il ne faut pas confondre Georges Kerner avec Théodore Kormer. Georges Kerner, né en 4770 à Ludwisbourg (W'urleml)erg), partisan déclaré de la Révolution française, exerça la médecine et mourut à Hambourg eu Isli. — Tli(^odoro Kd'rncr, né à Dresde en 1788, >urnommé le Tyrl«''e de l'Allemagne, succomba les armes à la main en 4 843 en combattant contre Napolé'on.

Justinus Kcrtier, frère de (îeorgcs et l'auttnir d«s Sourenirs , est un lillérdleur connu par des po<?sies publit'es dans divers recueils et par dw études sur Charlotte Corday insc-rt-es dans la Clio.

' V. Journal lU la Moutaijne du i6 septembre 4793 , n** 4 16 :

•« Le député de Maycuce , nuiuuic Lux , qui est enfernu' i^iur des propo«

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le bénéfice de cette réserve que nous citerons le passage suivant, extrait de MM. Alboize et Maquet :

(( Au second acte, il fallait faire parler Charlotte et la mettre en scène. Champagneux traça son plan et commença d'écrire; mais lorsqu'il lut son travail à Adam Lux, celui-ci s'exalta, et soutint qu'il n'avait pas donné à son héroïne le véritable langage qu'elle devait parler. Prenant alors la plume, il refit les scènes où paraissait Charlotte, et mit dans sa bouche tout ce que son amour pour elle lui inspirait de sublime et de touchant. »

Rien ne serait plus intéressant à coup sûr qu'une telle œuvre, surtout alors qu'au moment où elle s'élaborait Barbaroux conseillait à Salle .de prendre Adam Lux pour le véritable amoureux de Charlotte! (V. ci-dessous, p. 108.) Mais, encore une fois, nous ne pouvons que douter en présence de témoignages aussi incertains.

LA MORT DE MA RAT, tragédie en trois actes et en vers y suivie de son Apothéose , en un acte et en vers, par Jean-François Barrau, citoyen de Toulouse, représentée pour la première fois à Toulouse sur le Théâtre de la République le 15 pluviôse de l'an H de la République française (3 février 1794). — Toulouse, de l'im-

ou des écrits qu'on a cru nécessaire de réprimer, prétend n'avoir point l'imagination frappée, comme je l'ai avancé d'après un médecin allemand son compatriote (Wedekind). Il pioteste contre l'assertion de ce médecin, t't me somme d'insérer cette protestation dans le journal.

w Signé : L, (L\ve\ux). »

DE CHARLOTTE DE GORDAY. ci.wvii

primerie du citoyen Jean-Florent Baolh ' ( 1703), in-8" de quarante-liuit pages.

11 V eut une seconde édition à Lvon, de l'imprimerie des Droits de l'homme, chez le Uépublicain français, rue des Sans-Culottes, an III de la République, avec celte épigraphe tirée de l'Apothéose :

Quils le craignent encor, il va revivre en nous.

C'est celle édition que possède la Bibliothèque du Louvre; tome XVI de la collection Viollet-Leduc, n' 10*2 i.

PERSOWAGES :

Marat. Deux Représcnlanls, per- Charlolte Cordai. sunna{i;es muols.

Madame Maral. Un Citoyen parlant.

Un Ueprésenlanl, ami de Citoyens arnu-s.

Marat. Citoyens sans armes.

Un Kepri'bentant parlant. Pou|tle.

La scène est à Paris, dans l'appartement de Marat.

ACTi: I".

Scène l'"^ — Marat seul, malade et en habit de repos. — 11 est assis devant son secrétaire. — Il parcourt des feuilles périodiques, des lettres de correspondance. Il en lit une surtout avec attention. Tout à coup, sortant d'un profond recueillement, il s'écrie :

Toujours du sari^;!... toirjours de nouvelles victiiues ! Partout h's pas du iiionsln.' et la trace des (TJnirs ! Peuple crédulf l'I bon , qu'on éyare eu tous lieux , Sur les vrais intéiôu» ne ferme plus les yeux!

« Père de Baour-Lormian, de rAcadémie française.

CLXXViii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

Sous des voiles trompeurs couvrant leur imposture, Des traîtres ont fermé ton cœur à la nature , A la Patrie, aux Lois : ne pouvant se vcng^er. C'est par tes propres mains qu'ils veulent t' égorger.

(11 se lève.) îSature ! Liberté ! que vos rayons célestes Dissipent à jamais ces discordes funestes ! Lève-toi sur la France, astre de la raison, De l'erreur, de la haine, étouffe le poison ! Affermis parmi nous ton auguste équilibre, L'homme serait heureux, s'il savait être libre.

Marat déplore la perte de Mayence, l'inaction de Custines, les horreurs de la Vendée. — (Scène ii.) Madame Marat presse l'Ami du peuple de songer aux soins qu'exige sa santé.

Ami du peuple , ô toi dont les jours précieux Des Français allarmés ont fixé tous les yeux. Pour ce peuple chéri , pour moi , pour la Patrie , Laisse enfin rallumer le flambeau de la vie. Aux lois de la nature il faut sacrifier, Pour mieux servir la France, un moment l'oublier, Et puiser dans le calme une vigueur nouvelle...

Marat repousse ces instances.

Avant que d'être époux nous fûmes citoyens. Plus que de mon bonheur, de ma gloire jalouse. Sois digne de Marat, sois en tout mon épouse.

Simonne Evrard saisit l'occasion qui s'oiïre de rappeler les circonstances de cet hymen :

C'est le dernier tribut que je paye à l'amour. A la nature entière offrant notre liy menée, A la face des cieux ta main me fut donnée, "la voix sur nos destins conjura l'Éternel. II fut de nos scrmens le garant solennel...

DE CHARLOTTE DE CORDAY. i:l\xi\

Charlotte ne paraît qu'à la scène cinquième.

(A part.) Haine, vengeance, amour, vous qui guidez mes pas. Affermissez mon cœur et diri(jez n.o bras.

Puis elle s'adresse à un ami de Marat qui se trouve li fortuitement, et elle lui confie qu'elle vient de Caen, (jue les conjurés (les Girondins) ont voulu se servir d'elle comme d'un instrument de leurs complots.

On voulut al)usi'r ma jcHinesse é(;arée, Me remplir de fureur en la rendant sacr/'c. De la reli(jion on emprunta la voix, On remit à mon bras la vcnfjcance des rois.

Elle est venue déposer diin?> le sein de Marat « de ce complot affreux l'effroyable tissu. »

L'ami promet à Charlotte (jue bientôt Marat se fera >oir a elle, et il se relire.

GiiAnLOTTF, «seule.

D'un faux patriotisme ac<al)hin!e contrainte. Dieux ! il a donc fallu m'abaisser à la feinte! Vin(;t fois, en lui parlant, inhabile à mentir, Moi-même, en mes discours, j'ai craint de me trahir. De ces républicains tel est le caractère : Leur n'{far(l imposant et leur maintien sévure, Du plus noble coura^je étonnent la fierté'... Un in>tant ma remlu toute ma fermeté.

Et d'un meurtre éclatant l'heure en \.nn dilléréi', Ne ralentira point ma ra;;e invétérée; Dût-il à mon poignard éeliapper aujounrbui, Duperret saura bien m'amener juNiprà lui...

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