‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 30 sur 97 · DUPERRET · texte numérisé non relu

DUPERRET

Je rends plus de justice à ton noble courage : Digne de concourir à notre auguste ouvrage, Tu viens frapper un traître et jouir à la fois Du fruit de ton audace et des bienfaits des Rois. Barbaroux qui daigna te charger de sa lettre, En se servant de toi m'apprit à te connaître. Du Trône et de l'Autel invincible soutien.

Duperret, à ton cœur je vais ouvrir le mien : Tout ce que j'aperçois m'excite à la vengeance. Des plus nobles aïeux je tenais l'existence, Et la fortune encor, pour combler mes souhaits, A ceux de la nature égala ses bienfaits.

Mais l'audace du peuple a tari nos richesses. Et par ses attentats nous fit perdre en un jour Les droits de la naissance et les dons de la Cour. Quelle fut ma douleur et celle de mon père !

Un souvenir affreux vient encor m'accabler ! Pardonnez à ces pleurs que vous voyez couler : D'un amant qui n'est plus la douloureuse image Demande un sang illustre et soutient mon courage. De son Dieu, de ses Rois, défenseur généreux, Hélas! il fut surpris en combattant pour eux, Et traîné dans nos murs par une loi sévère... Nos yeux ont vu tomber une tête si chère '.

* Elle dit encore ailleurs :

Je veux que dans sa tombe une grande victime

DE CHARLOTTE DE CORDAY. clxxxiii

.r.e troisième acte s'ouvre par une conférence entre Marat et plusieurs représentants du peuple. Il serait intéressant de comparer cette scène avec celle de la tragédie de Ponsard. (Acte IV, scène vu.)

Le langage que l'auteur contemporain prête à Marat n'est pas sans une certaine élévation :

Mes amis, prenez place et dai(ynez m't'couter,

Sur de grands intérêts je veux vous consulter:

Le salut de T l'état est ce qui nous rassemble,

Puissions-nous le vouloir et l'opérer ensemble !

Ce pouvoir étonnant qu'un peuple souverain

Pour Faire son bonheur a mis dans notre main,

Le soin de modérer ses passions, ses vices,

De ré{jler ses désirs, d'arrêter ses caprices.

De fixer à jamais ses devoirs et ses droits ,

Le ministère enfin de lui donner des lois,

N'est pas un titre vain j)Our tout homme <jui jiense.

Le ran^j est (glorieux, le pouvoir est immense,

Et des soins qu'il prescrit l'imposante hauteur

Ainsi que ses devoirs doit ajjrandir son cœur

An timon de l'Ktat le peuple nous contemple; Des vertus de l'amour nous lui devons l'exemple, Comme lé(}islateurs, nous sommes citoyens Et {jarants dr ses maux ainsi que de ses biens; Du salut de l'I'Ltat, sacrés dépositaires, Sachons en illustrer les nobles caractères.

Puis Marat se retrouve dans les vers qui suivent :

Dp ce monstre odieux, qui veut perdn' l'I'tat, Les membres sont épars, la tête est au Sénat ;

Aille apaiser son ombre et venger son In^pas, Et c'est le fier Marat (|u*a désigné mon bras.

M. Jauffrol {ThMtre rt'rohitùmfiairr). on rit;int <*os ver^, s'indigne (io l'épilhèlo (le fitr donnée à Marat. .Mais dans ces pièces dicltH*s par l'esprit de parti, nous avons vu, par l'exemple do Salle, que chacun n'avait qu'un bul, rrapi>or ses adversaires, exalter ses partisans.

CLXXXiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

Sous la hache des Lois que bientôt elle tombe, INous n'avons plus de traître et le parti succombe.

Marat termine en remettant aux représentants du peuple un écrit qui contient le récit des plus vastes complots. Ils courent le porter an Sénat, c'est-à-dire à la Convention.

Marat, seul.

Enfin de tes beaux jours l'aurore va renaître, Peuple devenu libre et si dig:ne de l'être ! Un seul coup va tarir la source de les maux , Assis sur tes lauriers, goûte enfin le repos; Combien il t'a coûté de précieuses têtes ! Assure désormais le fruit de tes conquêtes, Vainqueur de tous les Rois qui venaient t'asservir. Dans un lâche sonjmeil ne va point t'endormir ! D'un œil respectueux l'univers te contemple; Donne-lui des vertus le précepte et l'exemple.

Ce monologue se prolonge. Marat épuisé se met au bain. Charlotte paraît. La femme de Marat, en proie à une terreur secrète, cherche encore à s'opposer à ce que Charlotte soit admise près de Marat ' ; mais les ordres de celui-ci sont formels. Charlotte est introduite. Bientôt un cri se fait entendre. La femme de Marat s'élance à son secours. Charlotte paraît à la porte de la chambre. On voit dans son sein la gaine du poignard dont elle s'est servie. Elle tient à la main le poignard ensanglanté. (Souvenir de la gravure

* Un bain restaurateur soulage sa faiblesse.

Vous pourrez près de lui rester quelques instants; Mais au nom de ses maux n'y soyez pas longtemps.

Je le verrai 1 Comment vous exprimer ma joie?

(A part.)

Enûn je vais frapper et dévorer ma proie !

DE CHARLOTTE DE CORDAY. clxxxv

d'Hauer. qui était déjà publiée et qui représente Cfiarlolle ainsi : la gaine dans sa robe, le poignard vengeur ù la main.)

Vos soins sont superflus.

Mon bras m'a bien senie, et Marat ne vit plus.

Tous les citoyens tirent leurs sabres. Des menaces de mort se font entendre contre Charlotte de Corday. Llle leur répond :

Pensez-vous m'effrayer par votre désespoir?

Qui sut donner la mort saura la recevoir.

Vos armes, vos fureurs n'ont rien qui m'épouvante;

J'ai rempli mon dessein et je mourrai contente.

Les citoyens lèvent leurs armes sur elle. Après une apostrophe que lui adresse un des assistants et un monologue de madame Marat, on emmène Charlotte. La toile tombe.

La pièce est suivie de V Apothéose de Mnrnt . Le théûtre représente une place publique au mili<,'u de laquelle est planté l'arbre de la liberté. Au devant de la .scène est une pierre sur laquelle doit être exposé le cor[)s de Marat.

On exécute à grand orchestre l'ouverture de Dc/nnjjhooî), par Vogel, ou toute autre sym[)honie analogue au sujet. Après l'ouverture, quelques citoyens entrent sur la scène par divers côtés dans l'attitude de la consternation.

Lne citom nne.

De l'infâme assassin n'a-t-on pu rien apprendre?

I'n citoyen.

D'un œil tranquille et fier elle parait attendre Le supplice prochain qu'elle a trop m«''rité; Mais elle a beau répondre avec tranquillité. De sa fausse vertu l'apparent héroïsme Plus qut.' de la (jr.indrur tenait du fanati>^me.

CLXXXVi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

Bien d'^autres avant elle, à l'aspect de la mort, D'un courage emprunté s'imposèrent l'effort; De son nom tout au plus l'odieuse mémoire Des scélérats fameux ira grossir l'histoire.

La citoyenne.

Le crime ne meurt pas ainsi que la vertu.

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