ACTE OrATIUËMi
SctXK l. — La scène se passe dans l'hôtel de la Provideint-. — Charlotte est seule. Depuis trois jours elle attend que Mar.ii lui donne audience. Son impatience est extrême; elle se plaint amèrement de ce que ce tribun fasse faire antichambre chez lui comme un roi. Mais on vient la prévenir <pie Marat l'attend. IJle frissonne d'abord à la penséede se trouver si promptement face à f.ice avec l'exécution du terrible drame (|u"elle.i conçu. Bientôt cependant elle se remet... Klle saisit le «-onte.iu qui lui servira àv pnijjnard, et elle \a partir, lors.jn'idle aperçoit Hobert, cet ami, ce frère qu'elle a cru mort.
ScKNF. II. — Keconnai^sance , échange des plus atli'ctueux sentiments, récit de leurs aventures récipro<jues, conversation sur les événements du jour. Chailotte demande à Kobert ce que Ton jicuse dv Maial. -- Il lui apprend (pi il est toujours puissant dans l'opinion publique, mais «juil « ^t malade, et que di'pnis (|uelque tenq)s ou ne le \oit plus. — Charlotte iMi- (ja{;e Kolx-it à se rendri* à (i.ien pour j*almer les inquiétude^ de sa famille. Klle lui donne nu baiser tprelle le charjje d»transmettre à son père.
ScKXK III. — Aj)|)artemeut di' ^ïarat, chétivement meublé. nai|;noire sur le côté. Une table, des livres et des journaux. — Marat, pAle et affaibli, dans un costume de malade; il «•'entrelient avec la cilov<nne l'!\rard, sa (jouvernante. Il *e plaint
(Acviii BIBLIOGRAPPIIE DRAMATIQUE
(1(^ la perte de ses forces et des rêves terribles qui l'assiég^ent |HMidant la nuit. « Saint Jean, lui dit-elle, n'en a jamais eu de si terribles dans ses visions. »
Lony monologfue de Marat , dans lequel il demande encore vin(^;t ans de vie pour faire tomber la tête de vingt Rois et élever une pyramide gigantesque composée de la tête de tous les aristocrates. « Oui aurait jamais élevé un plus beau monument sur la terre ? Le malheur est que je ne pourrai l'achever. Pourquoi faut-il que mes nerfs ne soient point d'acier, et mes muscles de bronze, pour survivre aux triomphes de la Liberté et de la Raison dans l'univers! Hélas! la plus belle fille de Paris pourrait bien veiller auprès de moi. »
On annonce Charlotte Gorday. — La citoyenne Evrard se retire.
Scènes IVet V. — Ces deux dernières scènes, fort courtes, surtout eu égard aux développements des précédentes, ne sont que la mise en oeuvre des faits connus. L'entretien de Charlotte et de i\ïarat sur les événements du Calvados, la demande que celui-ci lui fait du nom des députés réfugiés à Caen ; sa promesse de les faire bientôt guillotiner à Paris, et le coup de couteau qui termine le drame dans la pièce comme dans l'histoire.
Né le 22 mars 1771 à Magdebourg, Henri Zschokke avait vingt-deux ans- lorsqu'il composa celte pièce, si tant est qu'elle doive lui être attribuée. C'était donc une œuvre de jeunesse, son début peut-être. A ce point de vue, cette œuvre doit être jugée avec quelque indulgence. L'auteur manquait en outre de documents qui lui permissent de destiner sa pièce au théâtre. On ne peut méconnaître qu'elle n'ait été conçue sérieusement et écrite avec soin; certains passages peuvent passer pour brillants; malheureusement des fautes capitales défigurent et, il faut le dire, déshonorent la pièce. Ainsi, il est impossible d'imaginer quelque chose de plus ridicule que la scène oit Char-
DE CHARLOTTE DE COllDAV. cvcix
lotte (le Corday remet à Corbignv un poignard pour frapper Moral, et lui promet à ce prix son amour. Il n'est pas moins choquant de voir Charlotte de Corday retrouver son fiancé, qu'elle crovait avoir été massacré par Tordre de Marat, au moment où elle s'apprête à égorger ce dernier. Logiquement, cette découverte devait arrêter son bras. Pourquoi donc imaginer un événement qui n'est pas dans l'histoire et qui lue la pensée du drame? Cette aberration est d'autant plus lAcheuse, que l'idée de représenter Charlotte de Corday à l'hôtel de la Providence était réellement neuve et pouvait être féconde, ce moment étant le plus tragique d'un éjiisode qui n'est qu'une longue tragédie.
La mort de Marat, au lieu d'être l'objet principal sinon unique de l'action, tient la plus petite [)lace dans la pièce de Zschokke '. Une scène de deux pages à peine lui est consacrée, les longueurs qui motivent le sous-titre la Rébellion du Calrados-, ne peuvent compenser 1 insulFisance du dénomment et la sécheresse des deux scènes qui se passent dans la rue des Cordeliers *.
* C'est ce (lu'il dit lui-mêmo dans un avertissement adressé à ses lecteurs : « Le Sdcrilite héroïque de Cliarlolle Corday, celle l>elle onthousiasle philosophe (pii s'iniruola pour le salut de son p.iys, reste un des épisodes les plus touchants de la R<''Volulion, meni'e asser peu philosophiquement par les nouveaux Français. Dans tous les pays N'tlrés de l'Europe où circule une gazelte, un journal, Charlotte Corday trouva des admirateurs fanatiques, et ce fut pour I.urhs, lo député de Mayence, une sorte de félicité que de suivre celle héroïne sur l'échafaiid. Il écrivit son apologie au milieu de Paris même, et Oî^a dire qu'elle était trois fois plus grande que Brulus.
» Quelcjue Ira^^ique cpie «^oit If >ujct, j'ai senli quelle était l'insuffisance (hs renseijiruMnenls (pii concernent l'iMToFiie. J«' me sur-* donc tenu dans les limites du connu, du iwssihle. Cest ainsi qu'a été tracée cette es(piisse en miniature, (pii, n)alf.'r('' s<i jKiUvret»', tr. , lecteurs favorables... Je ne me dissimule jtas qu'd "«•: mettre celle pièce au théâtre, aussi n'y ai-je pas jienst'. »
- Nous avons omis de dire (pie la note mantiscrite indiipi.ini llenn Zschokke comme étant lauteur de cette pièce se troti\e vu .1 1» marid
a: BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
An III. — Dès celte époque, Charlotte est célébrée en vers sur la scène. On lit dans le Moniteur, séance de la Convention du 16 ventôse ^ :
Bf.ntaroi.le. — On a chanté dernièrement dans la salle du Palais-É(;alilé des vers royalistes en l'honneur de Charlotte Corda V. {On rit et on murmure.)
Tn membre. — C'est là le langage de Marat !...
La citoyenne Montansier, propriétaire du théâtre, répond à BentaboIIe dans le Spectateur français du 18 ventôse :
u Vous ^pus accusez d'avoir fait jouer sur nos théâtres des
couplets en l'honneur de Charlotte Corday Nous avons donné
Guillaume Tell, Mucius Scœvola, et tout notre répertoire atteste notre civisme. »
« Bientôt on vit un sieur Orsy, établi au Palais-Égalité, donner dans son salon des représentations figurées de l'assassinat de Lepelletier et de la mort de Marat. » (Renouvier, de r Art pendant la Révolution^ p. d9.)
Enfin une tragédie ayant pour sujet et pour titre Charlotte Corday fut composée et publiée. -— Nous ne disons pas qu'elle fut jouée. — L'édition aurait même été imprimée en Suisse, où l'éditeur français se serait dissimulé sous une indication étrangère. Cet ouvrage est rarissime. 11 est indiqué comme manquant à la collection de Pixérécourt. (Cat. de Soleinne, n" 2495.) L'analyse qui suit a été faite d'après un exemplaire appartenant à M. Léon de la Sicotière.
sur l'exemplaire de M. Léon de la Sicotière. Elle est placée au-dessous d'un avis imprimé annonçant que le. livre appartenait à un cabinet do lecture : Der Lcsebibliothek bey P. F. Rahn gehœrig. La note est répétée au crayon sous le titre principal. • T. XXIII, p. G28, édit. Pion.
DE CHARLOTTE DE CUUDAV. cci
CUARLOTTE CORDA Y, trarjédic en trois actes et e?i vers, avec cette épigraphe :
Dulce pro palrià mori.
(Prix : 3() sols.)
Sans nom d'auteur ni d'éditeur.