I.a Marquise, maîtresse de Maral Mante
Henriette GoRSA.s, amie de Charlotte. . . . Anaïs.
Gardes nationaux et hussards.
Hommes et femmes en habit de bal.
La scène se nasse à Paris.
Acte 1". — La scène .s'ouvre à Paris, dans le salon de Gorsas, (jiii donne une frle patriotique en 1 honneur du général Dumouriez. La salle est décorée de Heurs, de trophées avec des inscriplu>ns à la gloire du vainqueur dv Valmy et de Jemmapes. \\ y a bal; rorchestrc exécute une rnnlrednnse du temps.
Gorsas est l'ami de M. de Corday d'Armans; Henriette, sa fille, est la camarade d enfance d<* Charlotte. Adam de Lux, député à la Convention et oflirier de la garde nationale!!), esl au nombre des invités II est épris de Charlotte, mais celle-ci cst^foi/e (sir) du ijénéral Dumouriez. Marnt se pré-
' Mi'zn,i\ p.irle , sou> lu dalf do jinn lOOi, de ïAn.v .M.t' ' on de Lux, Lieutenant au pouNernement de B')ur;;ogne. V. .1/ . .t>nologique, t. 111, p. 441 .) Mais rien n'indique ({u'Adam Lux se ratlarhàl il cette f.unille. St»n acte de baptême (|ue nous aw !eé
yeux semble attester que ses parents apparlenaienl à la b ..« i«>i© cl non à la noblesse. Ils demeurai«»nt à Ob<rnbourn ( KUh loral de Mayence), où naquit Jean-.\dam Lux le il décembre 1765.
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sente ci} casquette pour demander compte au général d'un acte de despotisme. C'est la scène qui eut lieu réellement chez Talma ^ Marat insulte M. de Corday. Charlotte se précipite sur l'épée d'Adam Lux pour défendre son père. Corsas finit par mettre Marat à la porte.
Le second acte se passe à Caen, où M. de Corday est retourné avec sa fille. Lux fait le voyage pour lui demander la main de Charlotte. M. de Corday l'accueille avec faveur, et agrée « sa recherche, qui, dit-il, ne peut être qu'infiniment honorable pour sa fille et pour lui. » Il lui ouvre sa maison, l'invite à venir même en son absence, et l'autorise en un mot à se présenter auprès de Charlotte comme un prétendant accepté.
De Lux profite de la permission qui lui est donnée pour voir M^^'' de Corday; mais auprès d'elle il semble oublier ses projets de mariage pour ne songer qu'à la politique, à la lutte engagée entre la Montagne et la Gironde, et à l'inlluence fatale de Marat. Charlotte, restée seule, s'étonne de la popularité d'un tel homme « qui n'échappe au ridicule que par l'horreur ». Tout à coupelle entend un chant plaintif sous sa fenêtre : c'est une jeune fille vêtue du costume de la Savoie, une guitare au bras {sic). La malheureuse! elle n'a pas mangé depuis vingt-quatre heures! elle implore du secours. Charlotte la fait entrer. C'est Henriette, qui tombe dans ses bras.
Son père a été dénoncé par Marat, sa tête est mise à prix; il a dû fuir Paris et venir chercher un asile auprès de son ami. il est resté caché dans un village voisin de Caen. De Lux (sic) s'informe de l'état de la capitale; il apprend
* V. le récit de cette scène présenté par Marat à la Société des Jacobins. Journal des Débats de la Sociélé du 1!) octobre 1792, n"285, et Mémoires do Buzot, p. 53, édition Guadet.
DE CHAULOTTE DE CORDAY. , , i ix
pnr Uenrietle qu'au momont où elle est [»arlie toutes les maisons étaient pleines de soldats et qu'on était dans l'attente d'un grand événement.
(charlotte, qui commençait à aimer de Lux comme son fiancé, lui déclare qu'il ne peut [)Ius rester auprès d'elle,
que son [»oste est à [*aris De Lux part. Charlotte rc-
noîice à lui pour ne plus songer qu'aux dangers de ses (larents, de ses amis, et se consacrer à leur défense.
Au troisième acte, Gorsas est venu chercher un asile chez M. de Corday.
Il lit à haute voix, devant Henriette sa lille et devant Charlotte, un livre où se trouve ce passage :
« C'est une réflexion philosophique et religieuse que pour chAtier les tyrans, Dieu presque toujours emploie le bras d'une femme, comme s'il voulait laisser deviner dans la faiblesse de 1 instrument la force de celui qui Temploie. Judith dans le camp d Holopherne a déli>ré les Juifs assiégés; I^ucrèce, en se frappant d'un poignard, a délivré la républi(pie romaine; Jear)ne d'Arc, en mourant >ur un bûcher, a chassé les Anglais de notre pays. »
Ces lectures, les imprécations contre Marat cpii les accompagnent, fortifient la résolution naissante de CharloKr : comme Judith et Jeanne d'Arc, elle se dé\ouera pour xm
Bientôt Harbaroux , Lanjuinais, et un troisième Girondin qui n est pas nomme, viennent rejoindre Gorsas à Caeii. Lux, de son côté, écrit à M. de Cordny pour lui donner des détails sur la journée du 'i juin. L'irritation conire Marat, le dieu de la Montagne, est h son comble.
(Charlotte ne balance» plu>. lille fait retenir uim- place à la diligeîice et part pour Paris.
Le quatrième acte montre l'intérieur de Mnrat. Simonne
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Evrard est remplacée par une marcpise qui feint d'être une patriote, et sous ce masque habite chez Marat. Elle lui sert de compagne et se livre avec lui à des entretiens philosophiques. -- Charlotte arrive; elle demande une entrevue seule à seule avec l'Ami du Peuple, et elle le frappe d'un coup mortel. On va chercher la garde. — Adam de Lux, qui commande le poste, accourt pour arrêter l'assassin; — mais, ô surprise! il se trouve en face de M"' de Corday!
Charlotte est interrogée surplace, et les réponses que l'auteur a placées dans sa bouche sont celles qu'elle fit devant le Tribunal Révolutionnaire.
Le cinquième acte se passe dans la prison. Un commissaire de la Commune de Paris notifie à Charlotte de Corday l'arrêt {sic) du Tribunal Révolutionnaire.
Elle demande à voir M. de Lux.
Il vient lui aimoncer qu'il est décidé à la délivrer. Des hommes courageux ont juré de mourir pour elle et de la soustraire au supplice.
Charlotte lui tend la main et refuse tout en le remerciant.
a Dieu me jugera, dit-elle, mais les dieux doivent me punir, car j'ai sauvé mon pays par un meurtre, et le meurtre, quel qu'en soit le but, est un crime que la société doit venger. 11 faut d'abord que mon sang coule sur l'échafaud, c'est un sacrifice que demande la liberté. Ainsi, Monsieur, je vous défends de chercher à me sauver. »
Le père de Charlotte parvient à pénétrer dans la Concior;^'erie. La lettre que Charlotte lui écrivit est mise en dialogue.
Le bourreau se présente. Charlotte consent bien à marcher à la mort, mais elle ne veut pas qu'on l'attache. Le
DE CHARLOTTE DE CUUDAY. cclm
commissaire insiste, parce qu'il sait qu'il y a un r(.m[»l«)t formé pour enlever la condamnée. Celle-ci se débat.
Lux veut alors défendre sa fiancée ou mourir avec elle. Il demande qu'au lieu de dresser l'échafaud on lui élè>e des statues. On l'arrête. — La toile tombe.
Les invraisemblances choquantes qui déshonorent cette pièce ne sont pas susceptibles de commentaires. L'auteur a jirété à ses personnages le caractère, les mœurs, le langaf;e de la société parisienne pendant les premières années de la monarchie de Juillet.
Gorsas, ami de M. de Corday, Lux, d«'pule de .Mavence, devenu M. de Lux. odicier de la parde nationale et membre de la Conventit)!!, le mouvement du Calvados supprimé, et Charlotte de Corday agissant sans cause et sans but î î
Les vulgarités accessoires de I invention et la fad)les>e du style ' rendent ce drame a peine supportable à la lecture, el cependant il a clé représenté sur cette même scène ou , vingt ans plus tard, devait être jf>uée la belle tragé<lie de Ponsard, sur le Théâtre-Français'.
1 euilleton du Joui'ndI des Dtbals du 'i."» avril 18.*i I .
« i'.Q iiiéloriranie vsX d'iim- m ;;randc siinplirit»'*, il est ronrii. écrit <■! joué dans un sysléine telit'incMt naïf, qiu' ji' suis miiiil. ne voulant pas m'en n-inettre h mon jii{;<»ineiit personnel, à f.iirt' ranalv>.e complète de cette pièce, (jiii iir ressemble à
' Une simple ciUilion dira si notre jugement e^l trop >éNere. Acte III, scène ii :
IIkmrutt». — Ail, :ili ! une lettre d^ainoureux; jt* buis bien luricti^'dVntrndro cp qu'il «lit.
M DK CoHDw — Ah î >ouH aimez les lettres d'amour, p<'tite fdie?
Hf.nkuttf. — V«)us ne |»»uvr/. vous en faire une id«'e. Tenez, à la pension, nous jouions au mariage; si \ous sa\i<*z les jolies lettres que j'e<rivais à ma futur** ! il > a\ait dt* ers d«iiiois(>llcs qui |)|«'uraii*nt en Ws lisant ^It'^iiu' un jour j'ai ^\>' priM-r dt* sortir. |>are»' «ju'une -»ou>-iiiallri-s'v<- .n.nl trouvr une d«- ii'<^ li-iin-.. qui rtait >i hirn , si bien. »|u'«'ll« « «lit <Mir i rl.til une horreur.
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rien de ce que nous avons vu en fait de dédain pour les traditions, soit de l'histoire, soit du drame, soit du roman. »
Après avoir raconté la pièce, M. Jules Janin ajoutait :
u Voilà mot à mot le Marat du Théâtre-Français. A ce Marat , je préfère , même comme intérêt tragique , le Légataire universel; au moins celui-là sort de sa léthargie, et son réveil inquiète, déjoue des projets et met des fortunes en danger. Marat, dans tout le cours de la pièce, est parfaitement immobile et innocent; il ne gêne personne, il n'offense personne, il donne même une pension à une pauvre mère de famille dont les biens ont été confisqués. Marat est un bonhomme, qui souffre et qui se plaint, qui est mené comme un enfant par sa maîtresse, et dont le plus grand défaut est d'avoir un langage quelque peu emphatique et grossier. C'est un bon bourgeois mal élevé qui a lu une mauvaise traduction de Tacite et qui a la pierre, rien de plus.
» M. de Lux, et vraiment son caractère méritait mieux (Lux si beau dans l'histoire!), est un niais qui ne sait pas ce qu'il veut, qui n'ose rien, qui ne fera rien, et qui s'est figuré qu'il est amoureux.
» ^ï. de Corday père est un honnête bourgeois qui s'évanouit quand il n'a plus rien à dire; facile moyen, comme nous le savons, de rendre une scène pathétique ou un plaidoyer éloquent.
» Et le Paris de la Montagne, où est-il? Se douterait-on dans celte pièce que l'infâme guillotine est en permanence dans les rues, que le Roi a été mis à mort, que la Vendée se soulève, que la guerre civile est flagrante, que la France est livrée aux tribunaux révolutionnaires, que Lyon succombe brûlé par le feu et noyé dans le sang, que la Terreur est là flagrante, brutale, le sourire à la bouche, foulant au^ pieds le trône, l'autel, les tombeaux, tout ce qu'un pied de brigand peut fouler? En vérité, c'est pitié d'avoir tant d'innocence dans le cœur, tant de calme dans la tête, tant de sang-froid dans l'expression, et de faire un drame de Marat!
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»... Beaiivalft, forcé de faire un moribond ri de mourir à petit feu, perdra tout le ciiarme de son tocsin guttural.
» Mademoiselle Brocard, si jolie, si désireuse de bien faire, si à l'aise quand elle se trouve dans une passion bumaine et qu'elle joue un rôle de femme, reculera d'effroi devant ce rôle républicain de Cliarlotte Cordav; elle ne concevra pas cet amour antique, ce fanatisme tout moderne; sa voix douce et Hûtée ne saura pas prononcer ce mot de Libeiié; sa main si blanche laissera tomber le poijjnard trop lourd pour son bras; c*en est fait en même temps do Gbarlotte (Cordav et de mademoiselle Rrocard, et, en vtrifé, c'est domma{je |»our tr)utes deux. »
Lin seul passage de la pièce a trouvé j^rAre devant fe critique, c'est celui-ci :
u II y a cependant. un très-beau mouvement et très-dramati<jue, et qui iTa pas t'-té compris : c'e>t la manière dont Charlotte révèle son sublime projet. Son père est là «jui parle : « Oh ! si j'avais un fils! — • Chaui.ottk. Si vous aviez un fils! mon pèn'? — Il se battrait avec ÎVIar.it ! — Les lâches ne se battent pas, mon père! — Alors il le tuerait de son épée, « dit le père; et Charlotte, hors d'elle-même, embrass*» son p<'re. Cela est fort beau, cela révèle un a\enir dramatique: mais. en vérité, pour cin(j actes, c'est trop peu. " J. J.
Le Cojistitutiénnvl , n" du 'J."") avril ISiM. — Spf.c- TACLKS. — rhéàlre-FraiiçaiN. — Drame en cinq actes et en prose de M. Hepnier Doslourbet.
u La foule s'était portée hier à la Comédie française. Le nom de Cliarlotte Cord.iv, jjlorieuseMu'Ut historiqutr, et ci'hli de Jean -Paul Maral, tristement «ébbre, promettaient au spectateur une de ces distractions instructives dont il vs\ a\ide et qui n'vcilh'ra sa curiosité a»s«iupie toutes le* toi* qu'une main habile saura mettru en )eu ce re!»M»rt (le<. éiiiolioiis vner-
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giqucs et des sympathies nationales. Par malheur, M. Régnier Destourbet, qni s'était essayé dans le Schœnbriinn de la Porte- Saint-^Iartin, n'est pas encore maître dans cet art difficile; sa Charlotte Cordny n'est qu'une véritable ébauche d'apprenti. »
Courrier français du 25 avril 1831 .
u Ch^^lotte Corday, née à Saint-Saturnin, en Normandie, de parents nobles, et, ce qui vaut le mieux, descendant en li(jne directe du grand Corneille (d'après une Généalogie de la famille de Corneille publiée par M. Lepan), eut occasion de voir dans la ville qu'elle habitait les chefs du parti républicain qui avaient été obligés de quitter Paris après le 31 mai 1793...
)) Nous ne reprocherons pas à l'auteur quelques anachronismes, quelques démentis à l'histoire; l'eût-il encore moins respectée, ces anachronismes fussent-ils plus nombreux, il aurait gagné sa cause si par l'habile enchaînement des scènes, une heureuse progression d'intérêt, un style animé, naturel, il avait su captiver l'attention des spectateurs. Mais rien n'est préparé ni motivé dans son drame. Les personnages entrent et sortent sans qu'on sache pourquoi.
» La plupart des actes sont vides d'action et remplis de détails oiseux, quand ils ne sont pas burlesques. » (Article