Scène vii Long monologue de Charlotte
DE CHARLOTTE DE COUDAY. u.lxxxi
Scènes vm , ix, x. — Les Girondins arrivent en désordre; ils ont appris la déroute de Vernon. — NVimpIVen paraît couvert de poussière. — Il avoue sa défaite. — Il propose sans détour, comme seul moven de salut . de se jeter dans les bras de l'Angleterre, et de prendre pour chef un prince du sang.
Les Girondins rejettent celte proposition avec indign.ition. — Ils preiment immédiatement le parti de sortir d<» Caen avec le bataillon du Finistère qui retourne en Bretagne. — Ils parlent.
Scène xii. — Au même instant lîeisunce est recormu, arrêté, traîné à l'écliafaud.
Scène xiv. ~ Charlotte jore de le venger. — Klle invoque le Dieu de Judith, et la toile se baisse sur cette phrase :
(' La terre n'a pu réunir deux époux , le Ciel réunira deux marlvrs. »
Le second acte nous transporte à Paris, chez Marat. — Intérieur nu, annonçant activité et desordre. — Peu de
meubles, mais des li\res sont entassés le long des murs
des journaux épars sur le plancher
ScÈNKs I, II. — Scènes bouiïonnes entre Laurent lias, le commis>ionnair(*, etleiiloven I^anglois , perruquier, qui rase Maral. (^est un emprunt lait aux S^nn-tinx (/f Iti 7 erreur de GeorgoN l)u>al '.
Scènes in, iv, n. — Chabot, hrouel , Legemhe,
' N. t. III, p. .3*ii. u (^)ij.m(l noii< enlrAmcs dans la rhamltn' de Maral , un homme était au milieu liraiidis>aiil un ruuteau en^aIl^lanlé... Il faisail l'oraison funèbre du défunt, et à la fin de chaipie |H'riude menaçail la jeune fille 'CJiarlolle de CordaN^... C'étail un nomnu* |jn- ^lois, perr^iquier, rue Dauphine..., l'un des princi|>aui imnibr*»^ de ta Commune..., puillotiné le i\ lliermidor... » Ces détails sont faux. Le nommé I.an<4l()is, (|ui ('t;iit membre de la Commune et |M'ril après le 9 thermidor, t-tail un serrurier.
«T.iAwii RTBLÏOGRAPHIE DRAMATIQUE .
viennent rendre visite à Marat malade. — Catherine Evrard confie à Chabot ses pressentiments et ses craintes; elle tremble chaque jour que Marat ne soit assassiné; une lettre reçue le matin et demandant une entrevue à l'Ami du Peuple est venue réveiller toutes ses terreurs.
Scènes vu, vin. — En ce moment, Charlotte paraît, prête à demander compte au farouche tribun de Paris de la mort de Henri de Belsunce, condamné par le tribunal de Caen (scènes ix, x). Mais quelle est sa surprise! Henri de Belsunce arrive à son tour dans l'antichambre de Marat. — Son frère a obtenu sa grâce, et il vient demander celle d'un noble, coupable d'avoir donné asile à un Girondin proscrit.
Scène xi. — Charlotte lui avoue ses projets. — Elle voulait moins le venger qu'assurer le salut de tout un peuple! Mais il est sauvé, et dès lors elle hésite , car elle l'aime, elle est aimée de lui. Belsunce n'a pas de peine à la détourner d'une action qui n'a plus d'objet; il entre seul dans la chambre de Marat. (Scène xii.)
Scène xiii. — Pendant ce temps, Laurent Bas apporte de l'imprimerie les feuilles du journal encore humides, il les laisse tomber à terre, et Charlotte lui offre obligeamment de les ramasser et de les ranger. — Laurent accepte et indique à Charlotte un cabinet où elle pourra s'acquitter de ce soin. — Elle en sort bientôt tenant un des journaux sur lesquels elle a lu la proscription de ses amis, de son père. — Elle se précipite dans la chambre de Marat et le tue. ^Scènes xv, xvi, xvii.)
Scène xviii. ~ Belsunce qui était sorti d'un autre côté revient pour être témoin de l'arrestation de Charlotte.
11 jure de la délivrer au prix de son propre sang.
Le troisième et dernier acte se passe tout entier dans la
DE CHARLOTTE DE COUDAY. cclxuiii
prison. On assiste à Tinterrogatoire de CliarloUe. Le juirement est présenté sous forme de récit. (Scènes i, ii. m.)
ScKNE IV. — Beisunce s'introduit dans le cachot de Cliarlotte sous L'habit d'un homme du peuple. Il a préparé l'évasion de la captive , en feignant de vouloir la massacrer pendant le trajet, et la fera entrer dans une maison à double issue. Une chaise de poste l'attendra et la mettra bientôt hors de tout danger.
Scène vin. — Charlotte refuse, — quoi<pi'elle ait appris que son père est en sûreté en Angleterre; — elle ne veut pas de la vie. Le meurtre qu'elle a commis demande une expiation, a Son cœur est à Dieu, sa main au bourreau. — Laissez-moi, dit-elle à i>elsunce, laissez-moi ma mort, laissez-moi /non échafaud. .!'> monterai courageuse et j'y paraîtrai grande, car je me souviendrai du bûcher de Jeanne d'Arc! »
Scènes i\ à \\\ij — Deisunce, désespéré, se fait alors connaître comme oUicier de l'armée vendéenne et crie f ne le Roi. — On se précipite sur lui. — A bientôt, dit-il a Charlotte : « Elle réporul. — l nis dans le ciel.») — On l'emmène, et elle s'éloigne en montrant le ciel à son fiancé!
UEVIE DES JOIKNALX
Feuilleton du Journal des Dihnts du lîJ juillet !Sl". — (ivmnase dramatique. Article de M. .1. Jamn.
"Mercredi pass<^, le soir, de huit à onze heures et demie , au ()viiina.«e-T)raninti«jiu', h» théiUredes élé(janr<»» et de l'esprit lit AI. Scribe, nous avonsi a.i^islé à un "iurlacle lameiila!»li'
ccLXXXiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
nous avons subi un draine affreux; mais ce drame, Dieu merci, manquait absolument de style, d'invention, d'intérêt, de pitié, de terreur, des plus précieux et des plus rares ingrédients delà tragédie. Charlotte Corday, et dans l'ombre,. caché sous sa lèpre sanglante et clapotant dans cette eau croupie où il baigne ses plaies immondes, cet infâme Marat; ne voilàt-il pas un beau spectacle à donner aux hommes réunis dans un théâtre d'heureuses chansonnettes, dont l'écho amoureux et jaseur répète encore tant d'aimables refrains de plaisir et d'amour!
» Tout d'abord quand on se trouve en présence de ces crimes abominables d'une affreuse époque, qui restera à jamais, quel que soit le génie qui la raconte, l'exécration amère de toutes les âmes honnêtes , quand on vous impose ces affreux héros des mauvaises journées dont le plus honnête homme est à coup sûr un bandit philosophe, qui coupent les têtes , politiques dont l'assassinat est la loi suprême, vieillards qui vivent de meurtres , jeunes gens emportés par leur jeunesse même (la jeunesse, cette chose si belle que c'est presque une vertu) au delà de tous les crimes; éloquence faite comme une déclamation, patriotisme qui prend le costume, les haillons, l'allure suspecte et la voie avinée du brigandage, vertus si terribles que les vertueux eux-mêmes en frémissent d'épouvante... oui, quand soudain, sous le vain prétexte de vous faire entendre un drame nouveau et de vous amuser une heure ou deux , on se voit jeté violemment dans cette anarchie étroite dont la borne fatale est un échafaud , on se demande à quoi bon ces violences et de quel droit nous ramener dans ces émotions de la terreur honteuses contre celui-là même qui les subit. En vérité, c'est voidoir abuser de la patience et de la crédulité do ce bonhomme sans énergie qu'on appelle le public de cliaqiie jour!
" Ah ! je comprends, et encore ai-je peine à le comprendre, qu'un poëte dramatique, niais là un vrai poëte, un homme sérieux, sérieusement épris de quelque fière image de noire «grande Révolution, s'en vienne, dans une œuvre de longue haleine, motivée avec art , écrite avec talent, longtemps méditée, longtemps étudiée, nous raconter la vie et la mort de la
DE CHARLOTTE DE COHDAY. r.ciww
reine ^le Franci', par exemple, cette douloureuse lra{j«*die à laquelle on ne peut rien comparer dans l'univers des tragédies; ceci est le droit du talent, du yénie, le droit poéti<jue; c'est la dernière consécration des personnages liisloritpies; mais improviser en se jouant une petite ima|;e de f.intaisie, nous montrer de petits bourreaux, de petites victimes, d'aimables terroristes, une {guillotine en miniature comme les citovennes bien élevées en portaient à leurs onilles en /;uise de parures, mettre une souriline à la Marseillaise , jonclier de fleurs artificielles les rues où passé le peuple, enjoliver les tricoteuses, teindre en belle pourpre ces bonnets affreux rouges de sang humain, en un mot nous montrer une Charlotte Corday du Gvnniase, un Comité de salut publie du Ovmnase, un Marat du (ivmnase, Marat à l'eau de l*ortu|j;al ! voilà qui nous parait intolérable! Point d'excuses pour un part-il a\ortemcnt. En effet, comme cela est beau à voir, une jolie terreur bien chaussée, en bas de soie, en jnpon court !
» Ne plaisantons pas avec ces crimes, ne jouons pas avec
ces haches, ne fouillons pas dans ce feu mal éteint iNuir le
vain palpitrment d'un instant, gardons-n<»us, gardons-nous bien de Fouiller dans nos crimes il'hier. Silence! le tigre n'est pas mort, il est accroupi dans son antre; ne le réveillez pas, il pourrait vous déNorer!
» Cette malencontreuse tragédie du Gymnasea été bien m il accueillie, mais toute justice' lui a été rendue. Le public. (|ui avait peur de ce qu'on allait lui dire, ne voulait rien entendre et ne voulait rien voir. Il a été «listrait , (|uinleu.\ , «liflicilc; il a hué m détournaiii la (*-te, et même son silcua> avait r|uel(|ue chose crinsultant. J'ai vu souvent un auditoire plus irrité, jamais plus cassant et de plus uiauvaisc Ijiimeur.
M 11 faudrait, pour liicn faire, <iter ce dr.ime du théalie, cl surtout il faut à l'.ivenii laisser la Révolution dans Irs livres '.'•
I A ce moment, le mol de Uopublique a\ail était été mis à iurflre
du jour |).ir di\ersos circofistances : la pultlication de M. d« T
sur les (iirondiiid, rhi>loire de M. Louis Hl.im-, le baïKitu
du 9 juillet donné au Chiiteau-Kouge. Le Journal des Débat» comm^n-
(;ail ainsi son piciiiier Pans du (G juillet : a I
du ceiilre gauche au banquet npublicain du '• , .
ccLXXxvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
Feuilleton du Constitutionnel du 19 juillet 184:7. — Théâtre du Gymnase. Article signé R. (probablement Rolle?).
« Le Gymnase s'est trompé, complètement trompé : il comptait sur un (jrand succès, et ce succès n'est pas venu.
» JXous avons dit la première raison de la disgrâce de ce drame de Charlotte Corday , elle est capitale et vient de l'inhabileté de l'œuvre. La seconde semble plus g^rave encore et plus irréparable, car elle est inhérente au sujet et même au personnage. On Fa toujours tenté vainement : les Judith ne réussissent pas au théâtre. Une femme vivant avec une pensée de meurtre pour toute passion, la cultivant dans le silence et dans l'ombre, et accomplissant l'assassinat, n'excitera jamais dans l'âme ces alternatives d'attendrissement et de pitié, cette source d'émotions et de larmes qui font le succès des œuvres dramatiques. Dans une femme, le fanatisme politique s'égarant jusqu'au meurtre froisse et gêne comme un fait contre nature : elle n'est plus femme; et qui peut admettre que Brutus porte un cotillon? La victime s'appelât -elle même Marat, qu'on serait encore tenté de pleurer ce pauvre Holopherne si méchamment mis à mort par Judith. Voilà pour le sujet. Sur la scène tragique, avec (oute la gravité convenable, les poètes n ont jamais pu le faire accepter ni le rendre intéressant. Que sera-ce donc si vous avez l'idée malheureuse de transporter
la Qiambre et au dehors une sensation profonde. » Et son numéro du 10 juillfîl, après avoir présenté la réunion comme ayant arboré le drapeau républicain en lutte ouverte avec le drapeau constitutionnel, se tenninail par ces mois : « La présence de MM. Barrot et Duvergier de Hauranne n'élail pas un acte d'adhésion à la République et une déclaration de guerre à la royauté; mais nous l'avons blâmée et nous la blâmons comme un grand scandale. » Ces faits donnent le sens des ^^yàqucfi violentes des Débats contre les souvenirs de la Révolution. C'était probablement un mol d'ordre donné.
])K Clf AIlLOTTK DE COUDAY. lci.xxxvii
cett«' Jiidilli I)ian(li.ssanl sa hache, cette Charlotte arméejde son couteau, sur un théâtre coiiiiiie le Gymnase, qui jusqu'ici n'a tué les fjens qu'à coups {répinf»lesà broder; >i vous faites inlervenir l'assassinat pnliticjur dans ce délicieux petit boudoir où M. Scribe et ses «-olouibes amoureuses roucoulent tendrement depuis vin(;t ans? Mettre du sang', et] du sanç <b' Marat, sur cette boîte à odeur, sur cette cassolette, faire du 93 en miniature! prenez garde, vous risquez de donner mal au cœur à votre public, à moins <pie vons n'échappiez au dégoût par le ritlicnle.
» 11 y a autre chose à dire encore, — et c'est là notre troisième raison : — je n'admets pas qu'on puisse sans un grand danger prendre nos grands noms révolutionnaires, terribles on touclujnis, pleins de sang ou pleins de larmes, de crimes ou de vertus, pour en faire aujourd'hui sous nos yeux un tlivertissemenl pour le lin àtre et un prétexte de drame. Laissez ces personnages In-roiques ou coupables, ces événements admirables ou effrayants, affreux ou sublimes, se fondre ri se nuancer par le Ininlaiii. IK ont besoin d'horizon pour être conteuq)lés sans préjugés et sans douleur, et nous les tourlions en»"ore de trop près.
» D'une vaste et ndoutable tragédie nous faites une panniie impertinente. La belle i<lée i\v mettre en duo Barbaroux, Pétion et Vergniandî Comme ( ela est aiiuisant d'entendre fredonner un air à ces têtes coupées!
» MM. Dumanoir et Clairville ont pu se convaincn* que le parterre ne partageait pas sur «es (|ue>lions leur coupable légèreté. 11 a tres-xertement sifflé les pascpiinades que ces messieurs ont cru devoir appeb'r à leur ai<le |K)ur égayer le poignard de Charlotte Corday et le sanglant voisinage de Marat. »»
ccLxxxviii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
Feuilleton de la Presse du 19 juillet 4847. — Théâtres. — Gymnase. — Charlotte Corday ^ vaudeville en trois actes de MM. Dumanoir et Clairyille. Article de M. Th. Gautier.
« L'idée de mettre cette terrible histoire en vaudeville est des plus sau(jrenues et ne peut avoir été inspirée que par le (jrand succès de M. de Lamartine. Figurez-vous Barbaroux, Petion, Louvet et les autres, chantant des couplets; un chœur de Girondins, sur un air connu, n'est-il pas une belle invention?
» Il n'y a rien de dramatique, ou du moins de théâtral, dans la vie de Charlotte Corday. Elle ne confia à personne son secret, frappa le monstre auquel elle attribuait les malheurs de la patrie, et mourut silencieuse comme elle avait vécu; le combat est tout intérieur. Charlotte Corday pourra être le sujet d'un admirable récit ou d'une ode sublime : M. de Lamartine et André Chénier l'ont prouvé; mais cette blanche statue solitaire refusera toujours de se mêler aux (groupes scéniqiies plus ou moins habilement arrangés par les dramaturges. Un grand poète pourrait traduire en monologues sublimes l'âme et les pensées de l'héroïque petite-fille de Corneille, mais là s'arrêterait sa puissance.
» Cette figure solennelle, faite pour le marbre, ne peut se livrer devant une rampe de quinquets aux évolutions tumultueuses du drame.
» Dans loin- œuvre, MM. Glairville et Dumanoir nous font voir Charlotte Corday à Caen , chez sa vieille tante, M'"« de Brettevijle, lisant PliUarque, la Nouvelle Héloise et la Bible à r<;ridroit de Judith, écoutant les Girondins parler politique et couvant déjà son projet; puis, ils nous présentent l'intérieur d«; la maison de Marat, où des femmes sont occupées à plier le journal de l'Ami du peuple. Marat ne paraît pas, mais on
DE CIIAULOTTi: DE flORDAY. i .lwmx
entend inufjir sa voix à la cantonatle; le jugement dr Cliarlottc' Corday forme fatalement le tnjisième acte.
)j A travers tout cela serpente un amour romam-Nqui* jiour M. de IJelsunce, qui lâche île .sauver Charlotte iiordav , hien qu'il ait été massacré parla populace de Caen, ce qui produit un effet assez ridicule.
» Probahlement ces messieurs, qui sont d'une liahileté scéniqne proverbiale et que nul ne surpasse pour la charpente, n'auront pas trouvé Taction de (Miarlotfe Cordav assez tnotiucc ; ce n\"st jîhis pour délivrer la l'rance d'un scélérat que la courageuse fille arme sa main pâle d'un long couteau , mais bien parce que le nom de son amant se trouve sur une liste de proscription : c'est pour le venger.
11 Ch.irlotte Cordav a-t-elle aimé quelqu'un? C'est «n mystère que la tombe ;;arde et (pu- nul ne peut éclaircir. On a parlé de M. th? Hcisunce, <le M. de l'ran<|uelin, dont le cercueil renferme, dit-on, des lettres et un portrait d'elle; mais rien de lout cela n'est prousé. Le seul amant de Charlotte Corday est un amant posthume, Adam i.ux, dont elle prit l'âme dans un regard suprême, «'t tpii la suixit jusqu'à l'étdiafaud, où bientôt il monta enisré et joveux comme sur un lit nuplial. u Je giavais dans mon cœur, s'écrie-t-il a\ec " une admirable élo(pience de passion, cette inaltérable dou- '> ceur au milieu des hurlements barbares de la foule; ce re- > gard si doux et si pénétrant, ces étincelles \ ives et humides » qui s'échappaient comme des pensées enflammées de ces "beaux veux, dans les<piels |)arlait mu- âme aussi intré- »; pide <pie tendre; veux charmanis, qui auraient dû émou- " \<)ir un roiher! Souvenirs uniipies et immortels, «pii " bris*'rent mon cœur et le remplirent d'émotions juscpi'alors » incontnuvs! Emotions dont la «hinceur égale l'amertume, et "qui n(? mourront (pi'avec eux! Ou'on sanctifie le lieu de •> son supplice et qu'on v gr.i\e ces mol*- • Plus grande «jue » ItrutUN I n
M Abmrir (lour elle, (^tre soufllelé comme elle par 1 1 main n du bourreau; sentir, vn mourant, le froiil du même coun tcaii (pii trancha la tète ungélitpie de Charlotte; ùim uni à
ccxc BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
>' elle dans l'héroïsme, dans la liberté, dans l'amour, dans la » mort, voilà désormais mes seuls voeux'. »
» Etrange et merveilleux amour! le plus pur, le plus immatériel qui ait jamais fait battre un cœur humain; avecquels tressaillements de bonheur, quelle ivresse céleste ces deux âmes durent-elles se rencontrer dans ce monde où les nobles esprits nagent vêtus de beauté et de lumière ! »
Les critiques furent donc unanimes dans leur arrêt, et cet arrêt fut sévère et mérité. Ce n'est pas nous qui viendrons y contredire. Évidemment le cadre du Gymnase n'était pas de taille à contenir un pareil sujet. Par quelle aberration avait-on été conduit à celte incursion du vaudeville dans l'histoire? Était-ce pour obéir à la mode, qui était aux sujets révolutionnaires, et lutter contre le Chevalier de Maison-Roiaje y qui était annoncé à l'avance'^, ou voulait-on découper dans le caractère de Charlotte de Corday un rôle propre à faire ressortir le jeu sympathique de Rose Chéri, devenue récemment la femme de M. Montigny, le directeur du Gymnase? Nous l'ignorons : ce qui nous étonne, c'est qu'une fois leur projet conçu, les auteurs, qui ne manquaient ni de talent ni d'habileté scénique, n'aient pas tiré un meilleur parti des ressources qui étaient à leur disposition.
(Qu'ils aient admis l'amour de Charlotte de Corday pour M. de Belsunce, ils y étaient autorisés par une tradition fabuleuse, mais ancienne, et appuyée sur une autorité sinistre :
1 Nous devons avertir que ce n'est pas le texte pur de la brochure d'Adyrn Lux. (V. cette brochure, p. 4 , 5 et 6.)
'-^ Les deux pièces furent jouées presque concurremment. La première lopréscn talion du Chevalier de Maison-Rouge au Théâtre Historique e.'.i. du 3 juillet, cl celle de Charlotte Corday au Gymnase du ^3 juillet 4847.
DE CHARLOTTE DE COIIDAY. c, \,.i
c'est Fouquier-Tiiiville ' (jui le premier a im.iiiiiiû d'expliquer la mort de Marat par le meurtre de Delsuiice, et d attribuer à un acte de vengeance l'acte de Charlotte d»? Corda V.
Seulement, ce point de dL'|)art adopté, il fallait Olre conséquent et rester fidèle juscju'au bout à la donnée de la légende. Dans cet ordre d'idécî-, l'Ami du Peu()le aurait été frappé parce que son journal aurait réclamé à grands cris la tête de M. de Delsunce, major du régiment de liourbon, et excité contre lui la fureur de la populace caennaise. Charlotte, en le tuant, n'aurait >oulu que lui demander compte du sang de son fiancé, du neveu de sa bienfaitrice, madame de Beisunce, l'Abbesse de Caen.
llien n'est moins vrai ", mais rien n'est plus logi(|ue, plus
* Lettre de Fouquier-Tinville au Comiti* de Sùretë générale :
ft ClT0YE.>8...
" Jo Nou.<i obsorvp que jf >i«ii> drlrr iriloriuc nin" ct-l .i>s-a>>in fnnclle (Charli>tt<' <!«' Corda\ ) rtait l'aiiiir de li*'lsuiu«'. colonel, tue a C.ien dans une insurrection, et que depuis cette é|H)(|ue elle a con<,u une haine ini|)lacable contri* Marat, et que cette haine parait sN^tre ranimée chez elh' au moment ou Marat a dénoncé Biron , qui était jarent de Helsunce, et que Harharoux parait avoir protité des dispositions criminelles ou était celle Jille contre Marat iM)ur l'anu'ner à exécuter cet horrible assassinat.
" Signé : Foh;lier-Ti>>ilu;. «•
lettre appartenant aujourd'hui ù M. Feuillet de Conches.
- Marat n'a jamais demandé la léto d«» M. de Beisunce, par une raison fort simple, c'est que !:on journal n'a paru qu'un mois après le massacre de cet officier. Le premier nuim'ro est du 12 septembre 17»<y; .\L de Uel>uMce péril dès le 12 août df la même année.
.M. Henri de Beisunce n'était pas le neveu de madame rAbl)esse de lii'lsuncr. Il é'iail son part'nt éIoij;nd, portail bien son nom, uu\-< n'appartenait pas à la même branche de cett" anlique maison. Il était dos vicomtes do Beisunce (de Macaït>), tandis qu'elle descendait ib'S Bt*lsunce de Caslelmoron. Elle é'.ait dé'cé'ih'o U» 3 feNrier ITnT. ol \\ ne vint en garnison a Caen qu'en avril ITfSU. C'ist un»» que-tion «le >avoir si M. Henri do Beisunce a connu non-seulement Cliarlollede G)rda\, mais même l'Abbessc de la Sainlc-Trinitt^
ccxcii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE '
«ndmissihle au lliéàlre. 11 y avait là tous les éléments d'un scénario approprié au drame anodin du Gymnase.
Au lieu de cela , les auteurs imaginent de ressusciter en 1793 Beisunce mort dès le 12 août 1789, d'en faire un clicf de Vendéens, et de le mettre chez l'Ami du peuple face à face avec Charlotte de Corday*!
Alors, celle-ci n'a plus de raison de tuer Marat, le poignard lui tombe des mains. Chose étrange , ce n'est pas la première fois que celte faute a été commise. INous l'avons déjà trouvée dans la pièce de Zsôhokke. (Y. ci dessus, p. cxci.) Pour sortir de cette situation, il faut recourir à des expédients de coulisses, un de ces cabinets providentiels qui ne se trouvent jamais qu'au théâtre, une liste de proscription que Charlotte trouve (en rangeant les journaux de
Marat! ), et le nom de M. d'Armans inscrit sur cette liste
Charlotte oublie ce qu'elle vient de dire à l'instant même : (( i\larat peut d'un mot sauver la vie d'un malheureux, et
j'nllais tuer cet homme! je ne peux plus, je ne veux
plus le tuer » (Scènes ix et xii.) Et, ceci dit, elle le
tue (Scène xvii)
II y a trois directions différentes données à l'action princi- [)ale, trois explications contradictoires de la pensée qui anime mademoiselle de Corday se succèdent coup sur coup.
D'abord, elle se place sous l'invocation de Judith qu'elle \eut imiter; sa mission n'est pas la vengeance d'un homme, c'est le salut d'un peuple.
Ensuite, il ne s'agit plus du peuple, mais de venger la mort de son amant, qu'elle croit avoir été traîné barbareriienl au derriier supplice.
l'jjfin, cet amant n'étant pas mort, elle se dévoue pour sauver son père, son frère, etc...., n'importe qui!
On se demande pourquoi tant d'efforts en sens con-
DE CHAULOTTi: \)K (.OHDAY. cr.xcni
tr;iiro>, pourqufM torluror ii co poinl la \viiU^ l't la raison, alors qu'il Olait si facile do Iraror un rcMe sim[)l(', touchant, pathétique, en un mot, dans les moyens de l'artiste charmante qui devait jouor le rôle du personna^^e principal de la pièce ?
Tant d incohérences injuslifiahles devaient finir par révolter un [)uh!ic habitué pourlant à hien des faiblesses pour les licences dramatiques. La [»ièce tomba, et, il f.uit le dire, moins encore par le faux j;<>ùt du «îenre pratiqué au Gymnase cpic par le pont pour le faux poussé par les auteurs à ses dernières limites. ()i\ avait rêvé un triomphe [)our Tiose Chéri, elle ne recueillit (jue le i)làme des uns et les injures des autres.
Voici ce qui fut pour elle le couj) de pied de la fable (jue Charles Maurice se charpea de lui administrer :
i( Il n'est personne, dit le Courvlvr (h'H Spectacles^ n** du 17 jiiillrt, fpii n'ait jupe d'avance qu'une héroïne .sévère, noble, grande, lii>tori(pie et belle, ne pou\ail trouver sa représentante dans ufie actrice de fantai>ie, commune, étri- (juée, sans cachet, et privée des dons qui font le principal charme de son se\e en même temps cpie le premiiT a\an-
taj^e de I artiste dramaliijue La science d'un caractère
n'a [)as même été indiquée par elle dans Charlotte de ('orda\, dont elle a fait une petite persorme {j;lacée, sucrée, minaudière, sans ame, sans par-delà, vaporeuse, presque co- (juette et fjrassoyante. Il e>l vrai cpie, Hressant excepté, elle était bien mal entourée, Hressant (pii a de la scène, du poùl, de l'éléj^ame, et le sentiment d'un rùle. » A cùté de celle ruade brutale, il faut placer une appréciation plus juste. « Madame Uose Chéri, dit \Et}lrnclet\{\ ir»juilh't ISi7, a été n(d)le et di«;ne, simple et touchante, connue toujours. » Notons que cet article n'a rien do banal, qu'il contient une
ccxciv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
appréciaîion très-remarquable du caractère de Charlotte de Corday.
[>a pièce se traîna sur l'afliche jusqu'au il août, c'est-à- (iirc pondant moins d'un mois, et ne reparut plus.
La Cliavlotte Corday du Gymnase donna lieu à plusieurs revendications qui ont leur intérêt pour l'historique que nous poursuivons. Madame Louise Colct écrivait au Constitutionnel du lundi 26 juillet 1847 :
u 3îonsieur,
» Permettez-moi de rappeler dans votre journal qu'en 1842 j'ai j)ublié des tableaux dramatiques en vers sur Charlotte Corday. Tons les journaux rendirent compte de mon ouvra(]^e, et le Constitutionnel en cita de grands extraits. L'an passé encore ', M. Albert Aubert a parlé dans votre feuilleton avec une extrême bienveillance de la seconde édition de ce travail.
» Je m'étais efforcée de faire revivre dans ces scènes la jeune fille si belle et si pure qui puisa son exaltation et son courage dans le patriotisme et l'amour de riiumanité, et non point dans un sentiment plus tendre, ainsi que l'ont supposé quelques drainaturge.'' et quelques romanciers. Pour moi, je me serais bien gardé de rien ajouter à cette noble et sereine figure. La fiction ne saurait lutter avec la vérité lorsqu'elle est aussi |)0(''liqne.
») (Jn'iina(jiner , en eCfet, de plus poétique que cette petitenièce du (pand Corneille qui, après avoir écouté de la bouche des Girondins exilés à Caen le récit des crimes de Marat, leur dit sinqilement : a Et vous le laissez vivre? » qui, ensuite, prête à abandonner la maison de la sœur de son père pour accomplir son généreux dessein, s'écrie devant le portrait de son giand-oncJe :
Oli ! si lu revivais, etc.
' Nous avons retrouvé cet article dans le ConsfUntionnel du il août Isi6. Revue littéraire.
DE nil.VRLOTTE DE nOUDAV. a.xr.y
puis, dans son nitcrronatoiro, tirclare tiiTement (^ix'clU- ilait rvpuliUcaine avant la Rcpuhliqiic j vX ivpond à un jiiré«|ui lui tlriuande si elle pense avoir tué tous les Marat : u Cflui-Ia » mort, les antres amont peur'! » et cpii enfin termine la lettre d'adieux qu'elle écrit à son père, avant de marcher au supplice, par ce vers de Thomas Corneille :
Le crime fait la honlo. Pt non pas l'échafaud.
» J'ai du à la fidélité scrupuleuse cpie j'ai mise à p'indre le caractère historique de Charlotte Corday l'accueil Favorahle que la presse fit à mon ouvrafje, mais je l'attribue surtout au\ notes qui accompa{jnaient mes vers : des rommunications bienveillantes m'avaient permis de publier la pri-miert: des h'ttres et des documents inédits «pie j'ai été heureuse de retrou\er dans V Histoire ilcs Girondins de Lamartine. Sous <'ette plume puissante, la belle lijpire à laquelle je n'avais pu doiuier qu'un snufflt? éphénière est re<levenue vivante, cl, désormais, il n'est plus j)ermis d'v toucher qu'avec respect.
" La Charlotte Citrday jouée a«i (ivmna^e, celle «loni s'occupe M. Ponsard et celle que fait annoncer M, Constant Derrier, m Ont décidéi», Monsieur, à réclaim-r la priorité du choix «l'un sujt't <pii seinhlt- altirer comme à Tnivi t.iui d't'-crivains.
>» M«'S tableaux <lramatiqii«N n ont j)aN <l«', li esi \r.ii, n-présentés an théâtre, mais ils auraient pu l'être si j'avais consenti à insérer, ainsi que me l'ont «lemandé plusieurs dire<'teurs, l'élément romani'sque d.uis le rôle de Charlotte.
>» Tel (ju'il est, d'ailleurs, jr n'ai j)oint renoncé à la repréiientation de cetouvra|;e; c'est ce qui m'a déterminée. Monsieur, à vous adresser les explications (pii précèdent.
• Loi isK CoLi r.
n 22 juillet 1849. »
• Nous nou<5 fi'licilons de nous rcnconlror ici avec madame I "•!•-'» (>3lcl (V. ci-dessus, p. lv . Lors(jiio nous avons (*cril nolr«* Pr< : nous ne connaissions pas celle lellre, «|ue nou5 n'avons Irouxce ipi .lu cours de l'impression de la HihhO'irdphie dramatique , aprc?. tpialre mois de longues et lalM)rieuscs reiherilics.
ccxcvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE.
Le '27 juillet, YEnf/ncte publiait ce petit entre-filet :
« Les réclamations continuent au sujet de Charlotte Corday. Madame Louise Colel a écrit hier à un journal jDour rappeler l'attention sur une étude dramatique ancienne.
» Il y a quelque temps, c'était M. Constant Berrier qui se plai[;nait que l'on eût défloré ce sujet tragique.
)) On a fait entendre des plaintes semblables au nom de 31. Ponsard.
M Nous pensons n'être pas au bout des réclamations de ce genre. Il paraît que l'idée de mettre Charlotte Corday en scène a germé simultanément dans toutes les têtes. Puissent les lettres qui pleurent dans tous les journaux détourner quelques personnes de donner suite à ce bizarre projet ! n
Il y avait donc déjà une réclamation de Ponsard et une autre de M. Constant Berrier. Nous n'avons pu trouver la première, et la seconde ne nous est parvenue qu'à l'état de citation dans l'article de M. J. Janin qu'on va lire.
CHARLOTTE CORDAY, Tragédie, par M. Constant Berrier. (Inédite.) —(1840-1847).
^ oici ce que nous savons de ce drame, qui ne nous était connu que par une lettre de l'auteur insérée dans le compte rendu du vaudeville joué au Gymnase. L'article est de M. Jules Janin.
"In autre inconvénient de ces drames improvisés plutôt pour le caj)iice que pour le besoin d'un théâtre, c'est que cette improvisation même rend presque impossibles les œuvres se-
DE CHAULOTTE DE COUHAY. ccxaii
rieuses, les œuvres poétiques, la poésie, l'effroi des Iwurreaux, le cliàtinient des coupables, la consolation et l'auréole des créatures innocentes! Vous la clias>c'Z de la Ué\olution par Talnis luéiiie que vous failes dt' la Uéxolution et de se> héros. Je reçois à Tinstant même une lettre «Tun homme de mérite et de taleiil', qui se plaint , en termes très-amers, du {;aspillage trop fiéquent des plus nobles sujets de drame. ICspril sérieux, laborieux, dévoué à sa tâche, ^I. Iterrier ne com- |)rend |>as que ce drame, auquel il a consacré cinq ou six ann< rs df sa vie, qu'il a dispo>«'' avec toute l.i sollicitude d'un ambitieux des honneurs littéraires, lui soit enle\é par un vaudeville! Il s'affli(je, il s'inquiète, il s'irrite : u Où allons- » nous?s'écrie-t-il ; qui nous ré(jil? qui nous gouverne? à qui se » plaindre? à qui demander protection?... J'annonce une; » Charlotte Corilafy un drame «pii a épuisé tout ce «pii me » restait de saufj, d'espoir, rclijpeusement couvé depuis dix " ans; voici un couplet de chanson qui renverse mon édij> fice. »'
'» M. Berrier a raison de se plaindre; il ainait tort de se laisser abattre. Dieu merci, ce sont là ilv^ ob>tacles d'un jour, et les belles œuvres resteront éclatanti's et pun's, nonobstant tout cet esprit rie tléj)ndation. I.r v nidcville, pareil au >auva{|e, coupe l'arbre pour avoir le finit : passe un poète <jui emporte cette palme coupée et <|iii la féconde sous le souftie |)ati(-nt de l'inspiration. >>
[Journal lies Dchats d\\ lî) juillet ISi", feuilblon de .M. J. Janin sur la pièce tie Charlotte Corday , doniu'e au Ovmn.ise, par M.M. Ihimanoir et Clairville.)
L'cxislcnce de celte pièce était en outre coiisliilée : 1° l\ir les lettres de iiiadiinie Louise Colet rapportées ci-dessus, p. ccxcv, et ci-dessou"^, p. «jcmx;
• .M. Eonslanl Horricr, l'.ujleur d'une l■'l^^^tir^^ist' de lir. ■•
n'-ussi sur le llusitre de l'Oiléon. (V. l'article qui lui a été c \ it
hi liiotirajtUif de Itiibbe el Sainte-Preuve. ) Il cal aipnalé comme appartenant à ré'cole roinanli(jue ol comme |K)U\arit pi à prcndn» place parmi les «rrivains distingués du dix-nru\ieji.. ... .!.•.
ccACMii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE •
t>° Par le Dictionnaire universel du théâtre de Goizet, publication excellente qui mentionne parmi les pièces composées sur Charlotte de Gorday le drame inédit de M. Berrier.
V Entr acte du 21 juillet 1847 nous donnait déjà quelques détails de plus :
« La réouverture de l'Odéon, fixée au 15 septembre, sera inaufjurée par une tragédie nouvelle, intitulée Charlotte Corday. L'auteur est M. Constant Berrier, à qui la même scène doit déjà une Françoise de Rimini. M. Vizentini vient d'en- (;a(]er, pour représenter l'héroïne qui tue Marat, une jeune traf^édienne, nommée mademoiselle Laurent, et qui possède, dit-on, la vi(;ueur du talent, l'ampleur et la beauté qu'exijje le caractère historique du personnage. »
Voici maintenant ce que nous sommes parvenus à savoir par M. Berrier (ils, conservateur à la Bibliothèque Mazarine :
M. Vizentini n'ayant pas eu la direction de l'Odéon, fut remplacé par M. Lireux ou Boccage, avec lequel M. Constant Berrier était en dissentiment; il retira sa pièce : elle passa entre les mains de M. Hostein, qui devait la monter pour le théâtre de la Gaîté. Les événements de 1848 survinrent, et en janvier 1851, M. Constant Berrier mourut sans avoir vu représenter son œuvre. Ses héritiers recueillirent le manuscrit de leur père, et le possèdent encore. Dès 1833, celui-ci ' avait publié des fragments de sa pièce dans un volume de poésies qu'il avait fait paraître sous le titre de Sensations. In-S", Paris, chez Jules Berrier. 1833. — Hiibl. iNat., \. A. Poésie.)
' Il dlait Chef du bureau des sciences au Minislère de l'Intérieur.
DE ClIAPiLOTTE DE COUDAY. ccxi:ix
Les scènes ainsi détachées sont au nombre de trois. Klles sont intitulées : Les Girondins. Caen, <*> juirj MU'] (p. 73). — Les Monlairnar^ls. Paris, 13 juillet 17îK{ (|). 86). — Le lîain, même, date (p. 96).
La première scène s'ouvre à Caen. Les Gi^ondln^ proscrits se réfugient dans cetti? >ille, où ils reçoivent un accueil hospitalier. M. de Corday et Charlotte, (jue l'auteur ne nomme que le Pcrc el In Fi/Ic, s'entretiennent de ces événements. Cfiarlotte est indignée contre les excès de la Montagne, contre Maral surtout, qui est devenu l'incarnation de la guillotine.
L'échafand <|iir proinèiie on monstre, un scélérat; L'échaFaud, troue afFn'iiv . ou dniuine ' .Maial, Alarat, <jiii. de la mort saiijpiinairr inteipivlo. ('.niel, contre uti poijjiianl échaiijjea sa lancette; l/t'tlial.ind (|Me lUniloii prépare à ses amis, Li ilmiie on Kohespierre attend ses ennemis.
Charlotte se rernl à ^ll(^tel de I Inlendatice, oij les Girondins ont été reçus par les autorités, puis elle revient chez son père.
en vin.oTTK, ^i son itrrc.
Je sors de l'Intendance.
Par la Convention vin(;l Dépntés proscrits S'v rendaient à I.i lois, reponssés <le Paris. Le sourire à la bouche et les yeux pleins de llanmie, Lt le front an-isi pnr qm* doit èlre leur âme; Je les al \ ns.
Ici Charlotte fait Ui portrait des Girondins, les uns que distitigue la grAce , d'autres dont la lierlé conunaiide un saint respe( t. . . . Pleine d'enthousiasme, la jeune hlle \eul
• Variante du manuscrit.
ccc BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE -
entraîner le peuple et marcher avec lui à la défense de ses représentants.
LE PÈRE
Eli quoi! malgré ton sexe et malgré ton jeune âge?...
Faut-il être homme et vieux pour avoir du courage?
LE PÈRE
Non ; mais tant d'innocence et de timidité !...
La vertu, quelquefois, n'est qu'une lâcheté!
LE PÈRE
Crains les yeux, crains les coups de ces hommes infâmes, Délateurs...
Oh ! je sais qu'ils immolent les femmes. Jusqu'à nous le martyre, étendant ses rameaux. Ombrage notre front du cyprès des tombeaux;
f( Des (liants nationaux se font entendre; au milieu d'une foule immense marchent les Girondins traversant la place. On dirait Eudore et Cymodoc<';e allant aux bcMes qui doivent les dévorer.... »
11 est évident que M. Constant Berrier n'était pas un littérateur de profession. 11 y a de l'inexpérience dans son style, des lapsus dans ses poésies. En 4833, il cherchait encore sa voie. Les vers que nous avons cités, le souvenir (ÏEiichre et de Cymodocée, et l'épigraphe du livre, empruntée aux Mélanges hisloy^ques ^ montrent qu'il procédait (le Chateaubriand, et M. Berrier fils nous a dit qu'en eiïet, son père avait une vive admiration pour l'auteur des Martyrs. Jl en imitait la forme simple, quelquefois abrupte, relevée par de grandes figures à elTot, et il cherchait volontiers cet edet dans l'idécî des tombeaux, de la mort, images familières au maître et caractéristiques de sa ma-
DE CHARLOTTE DE COUDAY. u.ci
ilière. Au point de vue dramatique, il paraît av.)ir appartenu à l'école mixte de Casimir Delavigne et s'est rapproché plus tard de l'école romanliijue.
La scène des Monta^manrs met en présence Cliénier, Danton, David, venus pour >i.>iter Marat malade. Ils se disjjulcMt, dit le scénario. — Cette discussion, mêlée de pensées graves et de plaisanteries familières, suivant la mode shakespearienne, est le germe de la délihénilion des triumvirs. Mais elle ne saurait suj)port('r la comparaison, tlle n'aurait d'autre intérêt que de montrer par combien d'elForls et d'étapes successives il a fallu passer avant d'arriver à la grandeur de la formule délinilive trouvée ()ar l*onsard dans la fameuse scène de son quatrième acte.
Au contraire, dans lu scène du lîain, la supériorité nous paraît aftpartcnir à M. Constant Berrier. Il a abordé de front le dialo^^ue entre Charlotte et .Marat, et il l'a fait avec une originalité et une verve que n'ont atteintes aucun de ses devanciers ou de ses successeurs. — Nous le reproduisons en entier.