‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 65 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Scène I". — Lapparlenieiit de luaclaiiie de Bretteville. — Charlotte est assise près d'une table couverte de JivrcA et de journaux. — Elle pleure.

Madame de Bretteville entre et demande à sa nièce «jur-lle est la cause de ses larmes. C'est vous, moi, lui n'pond Charlotte; ce sont tous mes amis, c'est notre mallHMireii>e France!

— Madame de Bretteville cherche à modérer re\a|;éra(ion de CCS sentiments. Toute la Famille est en sûreté, son père est 4 Ar{;entau, ses frères sont émigrés, ellc-inême va partir |H)ur rArifjleterre...

a Oui peut se dire hors de dau{;er t.inl <|ue Marat, Danton et Robespierre tiendront la France .sous leur .sanjjlanti* étreinte?

— Ees représentants du peuple, sur lesquels reposait l'opoir de la France, sont proscrits; l'enfant dans le sein de sa mère n'est pas en sûreté, pas plus que n'e>t le vieillard sur le l>ord de sa fosse; pas plus que toi-même! 6 ma tante! » Madame de Bretteville en(;a{;c Charlotte à se calmer. Les voies d<" I>icu iHf sont pas les nôtres, on doit se fier et espérer en lui... Oui, dit Charlotte, mais il faut aussi marcher dans ces voies qu'il nous ensei(jne, et exécuter ce qu'il nous inspire.

Mad.amf. dk Brkttevii.i.k. — I)ieu peut nous .sauver, et il nous s.iuvera. Déjà des milliers de citovens se lèvent et se ras- .sembleiit a Evreux pour d«'*fendre le boti droit et h* n'tahlir.

Cu.MiLOTTK. — Ainsi ce n'est pas assez de la Vendée, il laui encore que la (juerre civile s'alluiiH> ici ; la guerre civile! celle lutte ou la \ictoire est aussi lametitable tpie la tléfaite t-t la mort!

L'entretien chan{;e d'objet. — Madaiiu' d<' hiene\ilh' parle à sa nièce du jeune Durand, de ses (jualitts, de .s»*?» attrntions, d'un voya(je qu'il a fait à .\r|;entan j)Our la voir. — Charloiie é'CGUte à peine et se rend au jardin.

Sc.KNK IL — MadaiiK' d«' Bretteville resl^* m'uIc eiplique le* vut's <pn' ses dernières paroles avaient fait proMMitir. — Llle veut unir sa nièce, la petiti'-filh' du /;i.nul Corneille, dou«^ elle-mniir d'un ijrand cuur, avec un honniie •l'um- h.oile r.ii-

cccxciv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

son. — Durand, médecin et poëte, étranger à toutes les agitations de la politique , rnndra Charlotte heureuse. — Madame de Bretteville est tranquille depuis qu'elle sait qu'il doit l'accompagner en Angleterre.

Scène lil. — Charlotte au jardin, assise dans un bosquet, un livre ouvert près d'elle, et dans sa main un numéro de VAmi du Peuple.

Louise accourt vers Charlotte. Elle se plaint de la voir seule, triste, ne chantant plus, ne jouant plus avec elle. L'enfant veut savoir quel est le livre ouvert près de Charlotte , et elle épelle ce vers :

Le crime fait la honte, et non pas l'échafaud.

Tu vois, dit-elle, que je sais bien lire. Faut-il continuer? — Oh non! répond Charlotte, c'est assez; et Louise, pour la distraire, lui chante une jolie chanson composée par Durand. Charlotte pleure. Louise s'échappe pour aller chercher Durand .

Scène IV. — Charlotte restée seule. — Monologue. — Sans révéler encore son dessein, Charlotte trahit les agitations auxquelles elle est en proie. — a Rien de plus beau que la pensée qui nous élève sur ses ailes, qui fait briller l'éclair, qui déchaîne la tempête dans notre âme, qui allume le cœur et fait battre le pouls, qui nous pousse à Faction et aux résolutions les plus hardies! Mais bientôt l'aigle abaisse son vol, le doute vient , la froide réflexion surgit , un chagrin sourd ronge l'existence et dégoûte de la vie! »

Scène V. — Charlotte et Durand. — Durand s'aperçoit du trouble profond où Charlotte est plongée. — Tu t'inquiètes trop de moi, lui dit-elle, et pas assez du grand malade qui appelle tes soins, le pays, la France. — Y a-t-il une chance de guérison pour la patrie? — Médecin, quelles sont les pulsations du salut public?

Durand répond qu'il n'est ni Girondin ni Montagnard, et qu'il déplore également les excès de tous les partis.

Charlotte.' est loin de partager cette indifférence. La France n'est pas encore tout à fait perdue; il faut la sauver, l'arracher aux mauvais génies acharnés à sa perte; à ce Marat, qui écrit sa feuille infernale avec le sang des citoyens, qui de-

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mande trois cent mille têtes! Il faut marcher contre Pari» et combattre les tyrans!

Durand ne comprend pas ce lanjjafje : il pratique les devoir» dr sa profosion et les maximes du christianisme. — H rrpand partout ou il le peut les secours de son art et les consolations de la science. — 11 ne tirerait pas le (flaive pour lui-même — comment s'armerait-il pour la (juerelle des autres? Qui frappe par Pépée périra par rêp'-e.

La discussion s«' prolonge et s'anime. — Pour Charlotte, la félicité suprême serait d'assurer par sa mort le salut de millions de victimes. — I*our DuranI, c«' sacrifici» est insensé, puisqu'il serait sans résultat. — A ses veux, Charlotte est en délire. — On sent que le mot d'éçoisme est sur les lèvres de Charlotte. — C'est ce moment (pic Durand choisit |K)ur di^-larer sa passion... et demandera Chirlotl»' son amour. On devine l'issue de cette ouvi-rtur»- inop|)ortune. Vainement Dinand déroule devant Charlotte le tahleau de la vie et du bonheur qui l'attendent, où qu'elle porte ses re(jards : l'alouette s'élevant dans les airs, le cyyne vo(;uant sur ronde, le rossi(jnol remplissant la nuit de ses chants mélodieux, etc. Charlotte rej«'tle avec froiileur ces hrûlanls ri poétiques trans|>orts. Elle re- |>oussc les sentiments et les caresses de Durand qui la comprend si mal. Klle ne peut entendre parh'r d'amour, tant que les bourreaux de Paris vivront, t. ml (jin- Marat poursuivra ses demandes insatiables de san^;. Le cu'ur me treud)le, dit-elle, de voir que pas un homme ne se lève pour tirer ven|;eancc d'une telle honte! — Je suis un honnne connue tout .lutre, n'pond Durand,... non pas de taille à (jonverinr le destin... mais pour l'amour, je puis tout oser.

Chahlottf. — Le sacrilice de .soi-même pour le salut du mouileest plus (|iie la vie, c'est le suprêmt' de(;ré de l'amour!

Klle s'éloi(;ne après ces paroles. — Llle \eut partir cl n'*ler seule en fue «le son Dieu et de sa douleur.

Durand comprend (|iril est Miéj)ris«-. il il tombe anéanti.

ACTi: Di:rxii:>ii:.

ScKNK. P'. — La |;rande prairie de Caen. — Marche d'un.

cccxcvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE '

division des volontaires, musique en tête. — Peuple en habits de fête.

Le peuple crie : Vive Wimpffen! vivent les Volontaires! vivent les Giroîuiins !

Divers citoyens causent entre eux. Ils expriment l'espoir de voir exterminer les Maratistes et les Jacobins.

Scène II. — Buzot, à la tête de vingt nouveaux enrôlés. — Discours. — Il les remercie de leur dévouement. — Il les encourage à marcher sur Paris, où les bons citoyens les recevront à bras ouverts, comme des libérateurs; où Robespierre et Danton ne peuvent manquer de tomber sous leurs coups — et surtout Marat, ce maudit, ce dogue altéré de sang humain! Puisse Dieu bénir la bonne cause! Vive la liberté et vengeance aux tyrans! — La foule répète ce cri, et les volontaires jurent de rapporter Marat mort ou vif...

Scène III. — Louvet et Charlotte. — Louvet raconte à Charlotte les luttes que son parti a soutenues contre la Montagne. — Il explique les concessions faites par politique dans le procès de Louis XVI. Charlotte blâme. — Insensiblement Louvet se trouble devant cette pureté de conscience qui ne sait pas transiger avec le devoir.

Scène IV. — Petion survient. — Il se montre empressé, galant auprès de Charlotte, qu'il prend pour une royaliste.

Scène V. — Barbaroux entre. — Il invite ses collègues à se rendre à l'Hôtel de ville. Il doit prononcer un discours contre Marat. — S'adressant à Charlotte, il s'excuse de n'avoir pas songé à la lettre qu'il lui avait promise, et il lui demande la permission d'aller lui porter cette lettre le soir. Il lui offre de l'accompagner pour la reconduire chez elle. Refus de Charlotte. — Elle repousse aussi les galanteries de Petion.

Scène VI. — Madame de Bretteville. — Anna, la servante, raconte à sa maîtresse qu'une femme Mellier est devenue folle de douleur en apprenant la mort de son mari et de son fils, condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire.

Scène VIL — Durand confie son insuccès et ses peines à madame de Bretteville. Charlotte ne l'aime pas... Madame de lin;HevilJe le rassure, mais en même temps elle lui apprend le départ de Charlotte pour Paris où elle est appelée par l'af-

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faire de mademoiselle de Forbiii, et pour L<iiulres on elle se retire chez son oncle. — Desespoir de Durand. — Il vent arcom[)ii(jner Charlotte, ou tout au moins la suivre à son insu...

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