ACTE QUATRIÈME
Cet acte est absolument étranger à Charlotte de Corday. Son nom n'est pas prononcé. Aucune allusion n'est faite à la
André Cliénier a dit aussi, mais avec quelle supériorité!
Le noir serpent sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés.
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,'
Tu vins redemander et les membres livides,
Et le sang des humains qu'il avait dévorés.
DE CHARfJ^TTK DE COHDV^ ccrnws
mort (Je Maiat. II n'est qii.Mi..u (jiie«lr la Keiiie, dt- m coinparulion devant le 'l'riijuiial lUnulutimiiiaiie, d'une teiilafixe que Théodore fait pour la sauver après la condainnatinn . i qui échoue.
Il nous parait inutile d'entrer dans Tanalyse de scènet qui ne reposent que sur des données ahsolument fabuleuses.
Quant à l'appréciation httéraire, nous ne pouvons que nous en rapporter au jugement de la Biographie de Basker, qui nous semble sain et juste. fV. ci-dessus, p. cxc.) Nous ajoutons seulement qu'en réalité il v a deux pièces m une, et que c'est là une violation manifeste de la règle d'unité d'intérêt sur laquelle les deux écoles, classique el moderne, sont d'accord.
Au point de vue iiistorique, nous regrettons d'autant plus que l'auteur ait juxtaposé ses deux tragédies au heu de les rattacher l'une à l'autre, que le li<Mi entre h» Temple cl l'épisode de la rue des Cordeliers exista réellement de plusieurs manières.
Dans les premiers moments, Charlf)tte de Cordav fui considérée comme appartenant au parti rovalisle. On disait (ju'elle était c femme (fini ri-devant. » Aus>i î»'élail-il formé des groupes dans lesquels les patriotes engageaient, par leurs déclamations, le peuple à venger la mort de Maral, en assassinant la veuve Capel et son fils. (Arch. nat., Comité de Salut l'uhlic du Ih'pnrtement, registre I, p. iCHi).
D'un autre côté, madame Khsaheth écrivait a M. de
Turgy :
« Marat est-il tout a fait mort? Cela fait-il du mouteinenl? » (Eckard, Mémoivvx hiMoriquvâ xur Lntts A'/ //, p. M\. Cité par M. Feuillet de Conches, p. 41'», *"l. I^f Lnuiit XVI , Marie- Antoinette, elc.)
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On pouvait donc, sans manquer à la vérité, représenter les captives du Temple préoccupées de l'action de Charlotte de Corday, et incertaines sur le résultat qu'elles pouvaient en attendre. Était-ce pour elles une perspective de salut ou un danger? Il y avait là un inconnu, une raison d'espérer et de craindre, et par conséquent une situation dramatique dont il était possible de tirer parti.
L'idée d'un projet d'évasion pour Marie-Antoinette est encore un fait acquis à l'histoire et qui pouvait servir au drame. L'auteur a été près du but; peu s'en est fallu qu'il ne trouvât une combinaison heureuse qui eût assuré à son œuvre un rang distingué dans le nombre des tragédies composées sur Charlotte de Corday. Malheureusement il écrivait en 1794, en Angleterre, et il était obligé de suppléer aux faits qu'il ne connaissait pas par des créations imaginaires. Ces inventions, au reste, rentrent dans le système de la préface. (Y. ci-dessus, p. cccclxv.) L'histoire nue n'aurait pas pour le spectateur le mérite de la nouveauté. Il faut donc l'embellir par des fictions qui tiennent les esprits en suspens et causent à l'auditoire le plaisir de l'imprévu. Telle est la théorie que l'auteur a exposée avec une franchise qui va jusqu'à la crudité, et pratiquée avec une audace regrettable, suivant nous. Il y a du talent dans sa tragédie, il n'y manque que de la vérité. Voici maintenant quelle en est la conséquence, et pour ainsi dire la punition : fausse, elle est oubliée; vraie, elle aurait survécu au moins comme œuvre d'un contemporain, et comme un témoignage pour l'histoire.
L'auteur était jeune : il avait à remplir au théâtre les devoirs de sa profession, et il n'a eu que cinq semaines pour écrire toute sa tragédie. Telles sont les excuses qu'il invoque comme pouvant atténuer les erreurs qu'il aurait
DK CIIAHIJITTK hl. UillDAY.
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commises. Nous n'admettons pas les deux dernitres : mais il est certain qu'on sent dans sa pièce la vi-^ueur d»* la jeunesse, et c'est un tort qu'on pardonne facilement tant il ressemble à un mérite; celui d'Kdmond Kvre , a nos vpu\, e^l d'avoir mis à profit sa connaissance du répertoire anglais, qu'il jouait lui même tous les jours, pour imprimer au caractère de Charlotte une teinte sliakspearienne. Il donne a ses paroles une ardeur somhr»' . un accent désesprré qui ra[)pelle llamlet livré au sentiment de la venpeance; il va même jusqu'à emprunter un vers de cette tragédie pour le mettre littéralement dans la bouche de celle «ju'il appelle la jeune Normaride, et il réalise ainsi sur la scène de Londres la pensée que Buzot exprimait au mêmr moment dans les grottes de Saint-Kmili on '. (le synchronisme littéraire est remarquable : il est à regretter que, disciple de (iarricL, Kyre n'ait pas poussé plus loin I imitation de Shak^peare , et qu'il ne nous ait pas montré (Iharlotte mnurnnt à In (p'nrif/c façon des Rnmnins. Mais les temps n'étaient pas encore venus! Il faudra (ju'urj demi-siècle s'écoule avant qu'un critique émifient ^ mette en lumière la parenté héroïque
' La pièce d'Kdmond Eyrc o4 daUkî de 1794, el c'est au-wi ter* le mois d'avril de celte année (jue Buzol échvail à Salle la IcUrc ou il lui recommande de Irailer le sujet de Charlottf Coriiat eo toivaiil !• système dramati(|ue de Shaksfteare (V. p. \îl .
'^ M. Philarète Chasies. Jounuil des ltfh<its du <5 décembre <8f»l. Notre savant critique international a |>arle admirablement deChariolit de Cordav. Il est du i)elil nombre d'tVrivains • qui Tonl riM aufOl que les cônleinporams (pii lavaient connue, el il nou§ la moaCre à travers le prisme de Shakspeare. Or, on Mil qu'il ne prodigue pei ce grand nom et qu'il ne s'en mtI (ju'en connaissance de rauM». Void «a fragment de cet article :
a Les vertus antiques l'enivrenl; le souffle de M«M> la poutic. fclle a lu Kauial. « Je vais, dit-elle, d. ' ' ' '"«•* rrlrv-..-
Brulus. I) Ht ces niot> ne mjmI pa> c ji»ul^l .
• T.U qur Mi« II. l.t. Julpft Janin (V. nnlrMU» p. utax), ^ntlmbert. Hc
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qui rattache Charlotte de Corday à Shakspeare aussi bien qu'à Corneille.
j'aurai vécu, pour parler comme les Romains. » En s'exprimant ainsi, elle est naturelle, et elle rencontre, sans le savoir, l'un des plus beaux vers de Shakspeare * : »
Let us die in the high Roman fashion ! (Mourons à la grande façon des Romains!)
( Antoine et Cléopâtre, acte IV, se, xin.)
* Nous avons dit ci -dessus p. XLvn à la note, que d'après M. Philarète Chasles il fallait écrire Shakspere, C'est aussi de cette manière que M. C. E. Giles orthographie le nom dans ses lettres. On pourrait se demander pourquoi M. Chasles n'a pas adopté la rectification qu'il indique lui-même d'après la signature de Shakspeare. Nous lui avons soumis cette observation. La raison qu'il nous a donnée , c'est que les pièces publiées du vivant de Shakspeare et sous ses yeux portent l'ancienne orthographe. Dès lors Shakspeare l'ayant acceptée publiquement , il était préférable de se conformer à la tradition, autorisée par son exemple.