‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 96 sur 97 · UN HOTEL · texte numérisé non relu

UN HOTEL

MAURICE seul.

Il s'étonne de la préoccupation de Charlotte; toujours seule avec elle-même, à quoi peut-elle penser? Quel est le but de son voyage? Il n'ose interroger cette âme fermée. Il craint que Charlotte Corday ne soit animée par un motif autre que celui qu'elle donne. Pourquoi rester dans ce monde de la Terreur, dans cette ville où régnent les meurtriers de l'homme qui Taimait? Maurice était l'ami de Belsunce : il a connu son amour pour Charlotte, sans lui porter envie tant qu'il a vécu, sans s'avouer que lui aussi il aimait Charlotte plus qu'il n'aurait dû. Depuis la mort de Belsunce, il a espéré. Charlotte est isolée, elle le considérait comme le représentant le plus cher de celui qu'elle avait perdu, elle recevait ses soins, et lui a permis de l'accompagner dans ce voyage; et cependant le souvenir de Belsunce est encore vivant chez elle. Sa pensée semble aller au delà du regret pour les morts. Elle espère... Quoi? Je frémis de l'apprendre... Elle vient...

CHARLOTTE CORDAI, MAURICE.

Charlotte est visiblement inquiète, agitée. Maurice remarque son trouble, sa pâleur; il lui en demande la raison. Elle ne disconvient pas de ses inquiétudes. Elle les explique par la Terreur qui règne et dont elle fait un long et lugubre tableau.

Maurice. — Oh ! venez, sortons de cet enfer, le sol brûle sous nos pieds.

Charlotte Cobday. — Où aller? Si un secours est possible, c'est d'ici qu'il doit venir.

Mai rice. — Fuyons en Normandie ou plus loin encore, au delà des mers... là où règneni la liberté et la paix. Parfois il iiie prend un frisson comme si j'étais sur l'échafaud. Nous n'avons pas un instant...

Charlotte Corday. — Non ! pas un instant de plus.

Maurice. — Peut-être dans ces régions lointaines fleurira pour nous un bonheur qui n'est encore que dans son geime.

Charlotte Cordav. — Peut-être, c'est mon espéjance...

DE CHARLOTTE DE COHUAY. cacLXWi

Maurice. — Voulez -nous me confier le soin de> |}ré|>aratif« du voyafje?

Charlotte Gorday. — Allez, et nurri |>our \oire aniilié envers moi, envers Belsunee! Adieu î

Charlotte Corday stule. — Pui>>e-l-il s'iVliapper, je ne le \ errai plus !

U mon père, tu ne >oupronnes pas non plus quelle heure commence en ce moment pour ta fille! Tu ne xois pa* briller le poignard qu'elle cache dans son sein à tous les veux, comme elle y cachait jadis le bouquet que lui donnait s^m bien-aimé. La nouvelle t'épouvantera d'alK)rd, mais bientôt lu te consoleras en entendant retentir le «ri d'a'ir*j;n*sse de tous |i*^ honnêtes (;ens; et qui détesta le monstre plus violemment que toi?... néveloppement de cette penv'-e...

Je le sais, des temps meilleurs xiendronl... Mais |M>uvon»nous subir ceux-ci? Les lois sont saiiN force, la question n'i*»t plus entre le bien et le mal; bons et méchants, tous, indiffi'^ remnient, ont recours aux armes du bandit, s'iiiquiétant p«ii du moven, pourvu <ju'il les conduise à la \iitnire. Ce siitli mcMue ennoblit une vocation san(,'lante : ainsi plus d'h< < • tions, tout me pousse, tout m'entraîne, mi^me et** M>crclft frémissements de mon cœur, de la sensibilité. Ce n'est |M)inl la ven(jeance qui m'inspire aussi puissamment, ce nVrst |>«s U mort de celui «|ui m'aima que j»? veux xenjjer, car c'est moimcMiie (jue le coup qui l'a frappé a atteinte. Noble jeuuc homme, que serais-je si je pouvais t'«)ublier? si je |)OUvais échan{;er ton imajji' pour celle d'un autn- ' .Non, lu U'rms à jamais présent à mon esprit ! Tes traits sont ineffaçables de ma mémoire. Ta nu>rt m'a rejidue libre! Je ne t'ap|»,irtirn^ | ' je n'appartiens plus aux mitiis. Je ne \oi^ plus, dexaiil • que la Patrie. .V l'œuvre donc !

Lt vous, visions terrestn«s, cpii m'axez lrom|M-»- jUM|u'ici, éloignez-vous. Ce n'esl que dan» la lann- «le ce |Mii(;nanl que je vois se refléter |>our la première fois le ^^rieux de U mk et auprès... le sérieux de la nmrt.

I.\ DKMKI ItK l»K M\R\r Marat seul à une table. — Lu serviteur, dans le lond. auquel

ccccLXXXii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

il donne quelques ordres et qui se retire. — Danton entre. — Scène longue et défectueuse. — Marat annonce avoir reçu une lettre d'une dame de la Normandie : elle doit venir et le mettre au courant des actes des Girondins. — Danton se défie de cette femme. — Marat croit cette défiance mal fondée. — Danton le provoque, on ne sait trop pour quel motif, par des mots blessants; il lui reproche d'avoir été vétérinaire du Comie d'Artois, d'avoir vendu des drogues comme un charlatan...

— Marat supporte ces outrages assez patiemment en apparence,

— Danton se retire en plaisantant l'Ami du Peuple sur sa bonne fortune avec la Dame de Gaen.

Marat murmure contre Danton : « Il me raille, dit-il; demain se lèvera un jour plus rouge qu'aucun de ceux qu'on a vus jusqu'ici. Je leur accorde encore ce soir pour mettre leur conscience en règle, qu'ils en profitent... » (// entre dans son cabinet.)

CHARLOTTE COSDAY aveC ROGER.

Charlotte. — Annoncez-moi au citoyen Jean Marat.

Roger. — A l'instant il parlait de vous; il vous attendait.

Gharlotte seule. — Il attend sa mort ! Son heure sonne. Je l'entends aux coups qui retentissent dans mon sein. 0 entourez et protégez-moi , âmes héroïques de l'antiquité qui avez inspiré ma jeunesse. Assistez-moi, environnez-moi, pour que mon pas soit ferme comme ma pensée, que ma main ne tremble point dans son acte suprême. Courage, ma mort sera plainte et célébrée. J'apporte à mon bien-aimé la couronne do ma gloire, et je la pose sur son front sanglant.

Roger , revenant. — Vous pouvez entrer.

Charlotte Corda y, immobile un instant,... puis elle pénètre rapiderr^nt dans le cabinet de Marat.

RoGiii'.. — Quel peut être son dessein? A la voir si agitée on dirait qu'elle a quelqu'un de ses proches à délivrer. Ces temps sont si difficiles! on a vu des femmes sacrifier leur honneur pour sauver un époux, des filles recevoir une coupe de sang de la main des boui;reaux et la vider pour racheter la vie d'un pèie...

Maiîat, (le l'intérieur. — A l'assassin! à l'assassin! au

secours

DE CHARLOTTE DK CORDAY , uxiii

Roger. — Quoi! Qu'y a-t-il? (// iéUmee prédpùainmmt dans le cabinet de bain.)

Charlotte Corday en sort avec le poiynard à la main el le jette loin d'elle. — Arrière! ton œuvre est accoinplii- Il est mort. La France respire plus librement. J'ai tenu nu parole envers la Providence, envers le monstre. J'ai s4-nli le fer pénétrer au sein de son cœur atroce. O horreur î Son dernier râle, son cadavre !... Souvenirs affreux , sorte/, de ma mémoire; et toi, mon cœur, remets-toi, sois ferme et sache mourir.

Roger , sortant du cabinet. — Tous les secours sont inutiles. {A la feniUre.) Marat est Uiort. .\rronrez, citoyens, il a été traîtreusement assassiné.

La foule remplit l'appartement en tunnilte. — Charlotte Corday est arrêtée. — Maurice veut la sauver. — Kllc t'y refuse, et demande à être conduite devant son Ju(;e. Son seul besoin est la mort.

Ql ELQl'l N Dr FKl l'LK. — Elle ist plus ^'ran<l«' (\Ur RnitUf!

Un autre. — Portons Marat au Pantin on.

Danton. (Il s*assure y en entrant dans If cabinet, que Mwrat nest plus. Ses pressentiments n'ont été que trop jus' Je

vois bien, dit-il, le jeu que nous jouons a\ec la Mort. 11 a %cs dan(jers, ses contre-coups. Soit! Plus nous en dê|.«'Thrron« d'a\ance, |)lus seia nouibrcuse la so<iété (|uc nous trouveroui dans l'autre monde. {Le rideau tombe.)

C'est par l'ouvrage de M. .N. Martin que nous avons io que le comte de Plaleii avait composé une pièce rentrant dans notre sujet. Il dit en effet, p. loi : « l n CH>ai dramatique sur la .Mort de Marat >c di>linj;ue par la pureté du langage, la vérité des caractères historiques, et ringénieuM» dislrihulion du plan et des détails. >» I/aïuionce »cule de rouviage aurait sulTi pour piquer vi\ement noire curiosité. Nous nous consolions d'être privée de la tragédie conçue \^r Schiller en pensant (jue son projet û\ûil ele repris cl ciérulé par un disciple de furlhe. Mais il fallait Irouu-r rrtle pièce dont M. N. Marlin n indique pa> U date, el U- lenip*

fl

ccccLXXXiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE.

nous pressait. Nous étions prêt à nous rendre en Allemagne, lorsque la maison Cotta, de Stuttgard, parvint à en trouver un exemplaire d'occasion, qu'elle nous envoya avec une obligeance et une célérité dont nous devons la remercier ici.

Elle n'a que vingt-cinq pages.

La pièce du comte de Platen est en prose. Elle est fort courte. Ce n'est qu'une esquisse tracée magistralement, nous en convenons, mais ne répondant pas à l'idée que nous avait fait concevoir l'éloge de M. N. Martin.

Charlotte frappe Marat au nom de la patrie; cependant elle avait aimé Belsunce, et elle veut déposer sur la tête sanglante de son amant l'auréole qu'elle va conquérir pour elle-même.

Nous le répétons, ce n'est qu'une ébauche, et nous nous étions promis une œuvre achevée de la main d'un maître qui avait à sa disposition, nous disait-on, la lyre d'André Chénier et le pinceau de Léopold Robert. (V. N. Martin, p. 146.)

CHARLOTTE CORDA Y, tragédie composée en langue danoise par mademoiselle Aïhalië Scuwartz, jouée à Copenhague, en 1864. (Non imprimée.)

Mademoiselle Schwartz avait bien voulu nous faire promettre par lettre une analyse de sa tragédie : seulement elle était malade, et ajournait l'exécution de sa promesse jusqu'au jour où sa santé serait rétablie. Malheureusement sa maladie a eu une issue aussi funeste qu'inattendue. La nouvelle de sa mort nous est parvenue dans le courant du mois de décembre 1871.

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