ROUSSILLON
Cette lettie fui adressée aux rédacteurs de la Chronique de Paris , parce que^, dans leur N° du 1 9 juillet, ils avaient inséré les l'éflexions suivantes, qui n'étaient pas sans courage : « Charlotte » Corday..., douée de tous les dons de la nature, avec un es- » prit cultivé , un courage que l'on peut comparer à celui dont » l'histoire s'est plu à embellir ses héros; elle a subi le sort des » criminels. Son sang-froid, dans ses derniers momens, servira )) peut-être encore, plus que son crime, à faire passer son nom à » la postérité.
» Sans morgue, sans exaltation, elle soutenu son inlerroga- » toire avec un calme qui étonnait ses juges et l'auditoire , et, » dans le moment même qui devait lui rappeler l'époque d'une » dissolution prochaine , la plaisanterie s'échappait de sa bouche » avec tant de facilité, que l'observateur le plus froid se sentait » indigné du peu d'intérêt qu'elle prenait à elle-même.
B Elle n'a point voulu de confesseur. Dans la charrette qui la » menait à l'échafaud, sur l'échafaud même, ses niouvemens B avaient cet abandon voluptueux et décent qui est au dessus de » la beauté , et que l'art n'imite jamais sans trouver le ridicule. » Elle a placé elle-même sa tête que la hache terrible a séparée. » Un profond silence régnait. L'exécuteur, en montrant cette tête, » l'a frappée de la main. Un murmure presque universel du » peuple a sanctionné cet adage : « La loi punit et ne se venge >' pas. »
» La tête alors était pâle, mais d'une beauté parf^iite. L'exécu- .' leur l'ayant montrée une seconde fois , alors le sang extravasé » lui avait rendu ses plus belles couleurs. Des cris de vive la Na- » iion! vive la République! se sont fait entendre , et chacun V) s'est retiré , cmporlanl le profond sentiment de son horrible » forfait, et le souvenir de son courage et de sa beauté. »
PlkCES JUSTIFICATIVES. l4l