ODE
l'AU ANDRÉ CHËMER.
Quoi ! tandis que partout , ou siacères ou feintes Des Ià<;hes , des pervers les larmes et les plaintes Consacrent leur JMarat parmi les immortels , Et que , prêtre orgueilleux de cette idole vile , Des fanges du Parnasse un impudent reptile Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;
La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée , Des liens de la peur sa langue embarrassée Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie Quand , sous un joug honteux la pensée asservie, Tremblante au fond du cœur , se cache à tous les yeux !
Non , non ; je ne veux point t'honorer en silence,
Toi qui crus par la mort ressusciter la France ,
Et dévouer tes jours à punir des forfaits.
Le glaive arma ton bras , fille grande et sublime ,
Pour faire honte aux dieux , pour réparer leur crime ,
Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits
Le noir serpent , sorti de sa caverne impure ,
A donc vu rompre enfin , sous ta main ferme et sine ,
Le venimeux tissu de ses jours abborrés ! Aux entrailles du tigre , à ses dents homicides , Tu vins redemander et les membres livides Et le sang des humains qu'il avait dévorés.
Son œil mourant t'a vue , en ta superbe joie ,
Féliciter ton bras et contempler ta proie.
Ton regard lui disait : » Ya , tjxan furieux ,
T> Va , cours frayer la route aux tyrans tes complices.
» Te baigner dans le sang fut tes seules délices :
» Baigne-toi dans le tien , et reconnais les dieux. »
La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage,
Épuiserait Paros pour placer ton image
Auprès d'Harmodius , auprès de son ami ;
Et des chœurs sur ta tombe , en une sainte ivresse ,
Chanteraient iVémésis, la tardive déesse,
Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
Mais la France à la hache abandonne ta tète. C'est au monstre égorgé qu'on prépai-e une fêle Pai"mi ses compagnons , tous digues de son sort. Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche , Quand un brigand , vengeur de ce brigand farouche , Crut te faire pâlir aux menaces de mort !
C'est lui qui dut pâlir : et tes juges sinistres Et notre adreux sénat et ses affreux ministres , Quand à leur tribunal , sans crainte et sans appui , Ta douceur , ton langage et simple et magnanime, Leur apprit qu'en effet , tout puissant qu'est le ciiuie , Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
Longtems , sous les dehors d'une allégresse aimable , Dans ses détours profonds ton arae impénétrable
riÈCKS JUSTIFICATIVES. 155
Avait tenu cachés les destins des |)ervers. Ainsi dans le secret amassant la teinpèle Ril un beau ciel d'a/ur , qui cependant s'apprête A foudroyer les monts, à soulever les mers.
Belle , jeune, brillante , aux bourreaux amenée , Tu seniblais t'avanoer sur le char d'hyménée ; Ton front resta paisible , et ton regard serein. Calme sur Téchafaud , tu méprisas la rage D'un peuple abject , servile et fécond en outrage , Et qui se croit encore et libre et souverain.
La vertu seule est iibre. Honneur de notre histoire , Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire; Seule tu fus un homme et vengeas les humains ! Et nous eunuques vils , troupeau lâche et sans ame , Nous savons répéter quelques plaintes de femme ; Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Un scélérat de moins rampe dans cette fange. La Veriu t'applaudit ; de sa mâle louange Entends , belle héroïne , entends l'auguste voix . O Vertu ! le poignard seul espoir de la terre , Est ton arme sacrée , alors que le tonnerre Laisse régner le crime et te vend à ses lois.
IMÈCES Jl'STIFICATIVKS. 157
N° XXYIII.