‹ Charlotte de CordayChapitre 34 sur 89 · JOURNAL DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

JOURNAL DE LA MONTAGNE

StMiU'.' du 13 juillet i7;t3 (i;.

Un membre annonce que Marat vient d'être assassiné par une femme pendant qu'il était dans son bain. A cette nouvelle, s'élèvent de toutes parts 1rs ci is de la plus vive indignation. Real observe que Destournels , dont le patriotisme n'est pas suspect, vient de lui dire , il n'y a qu'un instant , que, pendant qu'il dînait, on lui a annoncé que Marat était mort dans son lit. Il engage donc le conseil à envoyer à l'instant des commissaires pour s'assurer de la vérité des faits.

Henriot. Marat est mort, et on tient son assassin : une femme d'environ vingt-deux ou vingt-trois ans a commis le crime , elle n'en paraît ni émue ni épouvantée.

Citoyen , soyez fermes plus que jamais , entourez vos magistrats, et méfiez-vous, surtout, des chapeaux verts. Jusque parmi nos frères les canonniers il se trouve des prêtres réfractaires et des ci-devant nobles ; mais cela ne doit pas vous effi'ayer , la liberté triomphera. Jurons tous de venger la mort de ce grand homme ; aimons tous nos magistrats, et bientôt l'aristocratie sera anéantie.

Hchcrt. Je regarde cet événement comme un des plus

fl; fiet .iititli' est aussi rapporté dans la Gazette française, \' .ifi. (lu dimamlip i i jiiillpt 170."?.

désastreux qui soient arrivés depuis l'établissement de la république. Lorsque Capet fut exécuté , un député patriote fut assassiné. Aujourd'hui que la constitution est proposée à l'acceptation des départemens, Marat meurt victime de l'aristocratie : sans doute le jour de la mort d'un patriote devrait être le dernier de tous les aristocrates ; mais, citoyens, ne servez pas les intentions perfides de nos ennemis. Tenez une contenance ferme, mais prudente. Point de mouvemens irréguliers , et la république sera sauvée encore une fois.

Pleurons sur la tombe de Marat; que tous les bons patriotes se tiennent sur leurs gardes , car il n'en est pas un qui ne soit exposé. Si je pouvais me compter pour quelque chose , je vous dirais que je reçois presque tous les jours des lettres où l'on me fait les plus grandes menaces.

Je demande que les honneurs de l'apothéose soient demandés pour Marat à la Convention nationale.

Un membre demande que le buste de Marat soit placé dans le sein du conseil général, et qu'un artiste soit désigné pour exécuter cette mesure.

Le réquisitoire d'Hébert et la proposition subséquente sont adoptés à l'unanimité.

Un membre de l'administration de police annonce au conseil que les commissaires de police interrogent actuellement la femme qui a assassiné Marat.

Le conseil autorise Bonvallet , sculpteur , l'un de ses membres , à se transporter à l'instant chez Marat pour mouler sa figure.

Hébert requiert que les scellés soient apposés sur les papiers de Marat, afin qu'ils ne soient pas enlevés par les

aristocrates. Le conseil nomme des commissaires à cet effet. Lorsqu'on allait lever la séance , la section des sans-culottes est venue témoigner au conseil le regret qu'elle ressentait du crime commis sur la personne de Marat.

On lit dans la Gazette française , N° 561 , dimanche 14 juillet 1793 :

« Aujourd'hui, à huit heures du soir, Marat a été assassiné par une femme qui, depuis plusieurs jours, allait chez lui pour en obtenir , dit-on , la grâce des citoyens d'Orléans. Il était alors au bain , et l'assassin lui a plongé un poignard dans le sein. Il en est expiré sur-lechamp (1). La femme n'a pas cherché à prendre la fuite ; elle est restée paisiblement dans sa voiture en attendant qu'on la capturât. Je m'en f. .., s'est-elle écrié; le coup est fait ; le monstre est mort. . Cet événement a fait ici une vive sensation , et l'on craint qu'il n'ait des suites désastreuses.

P. -S. Charlotte de Corday est traitée de g.... du Calvados en difierens endroits dans ce journal.

(i)On lit àansXes Esquùscs de Z)«/rt«rc le billet suivant, écrit à Gusman , par Marat, dans sa baignoire , après le coup mortel :

<< Les barbares , mou ami , ne m'ont pas voulu laisser

186 CHARLOTTE DE CORDAT.

la douceur de mourir dans vos bras ; j'emporte avec moi la consolante idée que je resterai éternellement gravé dans votre cœur. Ce petit présent . tout lugubre qu'il est, vous fera souvenir du meilleur de vos amis ; portez-le en mémoire de moi , et vous (1) jusques à mon dernier soupir. »

« Signé Marat. »

(1) Ici un mot esl oublié; peut-être a-t-il voulu écrire : tout à vous.

TARTiE DE^ ilIATIEREl^.

Pages.

Avant-Propos.

Charlotle de Corday, étude historique. ... 1

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