N" XXXIII
MADEiAIOrSELLE DE COBDAY.
Désignée sous les noms de Mavianne-Cliarlottc Corday d'Arnians(l), née, en 1 768, à Saint-Saturnin-les-Vignaux, près de Séez, morte sur l'échafaud, le 16 juillet i^gS, à l'âge de vingt-cinq ans.
« Qui de nous dira par quelle éducation première , par quelles études , par quelles méditations Charlotte Corday , issue de la classe nobiliaire , belle , modeste et chaste, était devenue, à vingt-cinq ans, une républicaine résignée à un grand coup qui ne pouvait que la conduire à la mort? Elle eut cela de commun avec
la vierge de Domremy que jusqu'à l'heure de sa mission elle avait vécu ignorée : il le fallait bien , puisqu'elle avait toutes les qualités de son sexe ; et même après sa condamnation, les plus fougueux panégyristes de Marat ne trouvèrent aucune médisance , aucune calomnie sur
les mœurs de Charlotte Corday Restifde la Bretonne
lui a donné place dans une rapsodie intitulée l'Année des (lames nationales : il déplore son égarement et vante
(1) Cet article, comme les précédens, conlient plusieurs erreurs que nous avons eu occasion de i-elever dans notre Essai et dans les notes qui raccompagnent. L. D. B.
iSO CHARLOTTK vu CORDAT.
sa vertu , sa pudique innocence Les passions d'une
faible femme pouvaient-elles trouver place dans son cœur tout entier à la patrie ? Charlotte Corday ne fut ni fragile, ni coquette, ni dévote; elle était républicaine, et dans ce sentiment étaient toute sa vie, tout son avenir. Veisée dans la lecture des anciens , elle se représentait ces fières et vertueuses Spartiates ou Romaines qu'ont dessinées Plutarque et Tite-Live. Elle voyait dans Marat pis encore qu'un Hippias, qu'un Tarquin ou qu'un Appius Claudiuà. Heureuse si elle eût pu le frapper au milieu d'une fête ou d'un combat , ou l'atteindre sur sa chaise curule!.. La compagne du monstre accourt avec une autre femme et des employés du journal de Marat qui se précipitent sur elle et la terrassent. La garde nationale arrive; un procès-verbal est dressé par les conventionnels Drouet et Chabot. Leur rapport en fait foi : ils furent étonnés de l'élévation et de la modestie des réponses de la jeune fille. A trois heures du matin, un fiacre la conduisit à l'Abbaye. Les commissaires et les gendarmes qui l'escortaient eurent à la protéger contre les fureurs d'une populace forcenée. Dans ce moment terrible, elle s'évanouit. Revenue à elle-même, elle dit : « Quoi! j'existe encore I j'aurais cru que le peuple m'aurait mise en pièces. >- Transférée à la Conciergerie , où elle fut traitée avec humanité , elle comparut devant le tribunal
dès le 17 juillet EUe fut exécutée le soir même
Pendant le trajet de la Conciergerie au lieudel'exécution, une sérénité, vraiment céleste, brillait sur le charmant visage de la victime ; seulement elle rougit à l'aspect de l'échafaud; le calme de ses traits ne se démentit qu'au moment où l'exécuteur (cet infâme avait nom Le Gros)
lui arracha le (icliu qui couvrait son sciu ^I). La pudeur outragée se trahit, chez la jeune fille, par un inouveiuent de colère bientôt réprimé. Quand la tète de Charlotte Corday fut tombée sous le fatal couteau , l'exécuteur, la montrant au peuple, osa lui appliquer deux soufflets. Les joues se couvrirent d'une rougeur qui frappa tous les regards. Cette profanation indigna cette même foule qui avciit suivi la charrette en poussant d'atroces imprécations Le bon Gustave Drouineau, dans le livre des
Cent et un, lui a consacré un article empreint de toute la
sensibilité de son ame expansive La scène française
lui a rendu un tardil hommage, en i83i , dans un drame en cinq actes et en prose dont elle est l'héroïne. L'auteur, feu Régnier Destourbes, n'a fait preuve cjue de louables intentions en un sujet d'ailleurs bien difficile ù traiter. »
(1) C'est à madame Elisal)eth c|a'il faut rapporter ce trait fort connu. Cette angélique princesse dit au boiureau : « Au nom de votre mère , monsieur , couvrez-moi ! »