‹ Charlotte de CordayChapitre 58 sur 89 · E. M.4SS0N · texte numérisé non relu

E. M.4SS0N

AUDITION DE TÉMOINS ET INTERROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDAY PAR MONTANÉ.

L'an mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deuxième de la Re'publique française , le seize juillet.

Nous Jacques-Bernard-Marie-Montane' , pre'sident du tribunal extraordinaire et révolutionnaire e'tabli par la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize , et en vertu des j)ouvoirs de'le'guës au tribunal par la Loi du cinq avril de la même anne'e , vu la ce'duUe de'livre'e par le Président qui ordonne assignation à la requête de l'accusateur public, en date du jourd'huy :

Aux témoins indiques par ledit accusateur public, à l'effet de faire leur de'claration sur les faits contenus en les procèsverbaux contre Marie- Anne-Charlotte Corday, pre'venue, et l'assignation donne'e en conse'quence cejourd'huy par Auvrav, huissier,

A comparoître à ce jour, lieu et heure ,

En pre'sence de l'accusateur public et assiste de Etienne Masson, commis greffier dudit tribunal.

Avons reçu les de'clarations desdits te'moins ainsi qu'il suit.

Est comparue Catherine Evrard , âge'e de vingt et un ans (i), sans profession, demeurant à Paris, rue des Cordeliers, numéro trente, maison du Citoyen Marat, laquelle nous a dit que samedy treize de ce mois, entre huit et neuf heures

(i) Catherine Evrard, née le 6 septembre 1769 à Tournus-Saiat-André, sœur lie Simonne Evrard, laquelle était la concubine de Marat; on a souvent considéré Catherine Evrard comme la maîtresse de IVIarat. C'est une erreur. Catherine épousa un imprimeur qui travaillait au journal d; Marat. C'est sa sœur Simonne qui vivait maritalement avec VAmi du Peuple.

du matin, une jeune femme vêtue de brun, portant un chapeau noir, est venue demander le Citoyen Marat, que la Comparante lui a repondu (ju'il n'e'toit pas possible de lui parler, qu'elle s est en allée ; elle est revenue le soir, sur les sept heures, et a demande' si le Citoyen Marat avoit reçu la lettre ([u'elle lui avoit écrit, (|ue la sœur de la Comparante a averti le Citoyen Marat que cette jeune femme qui lui avoit écrit demandoit à lui parler, qu'il a alors permis qu'on la fit entrer; qu'elle est entre'e, que la Comparante étant entrée aussi pour donner à boire au Citoyen Marat, a vu ladite jeune femme pleurer, et être consolée par ledit Citoyen Marat; que la Comparante étant passée dans une autre chambre a entendu crier les personnes de la maison, est entrée et a vu qu'on relevoit la dite femme qu'on avoit couchée par terre, et Marat expirant dans la baignoire ; qui est ce qu'elle a dit savoir : Lecture faite, a signé avec nous l'accusateur public et le

greffier :

Signé Evrard , Montané , Lescot-Fleukiot , E, Masson.

Pierre-François Feuillard , âgé de trente-cinq ans, garçon de l'hôtel de la Providence, rue des Vicux-Augustins.

Lequel nous a dit que le onze de ce mois, sur les midy, une jeune femme sortant de la diligence de Caen, est venue demander un logement, que son paquet étoit porté par un commissionnaire, qu'elle vouloit d'abord se coucher, mais est sortie pendant environ trois quart d'heure après avoir demandé audit Comparant la rue Saint-Thomas-du-Louvre ; que dans l'après-midy elle a dormi ; que le lendemain elle est sortie à pied est rentrée en fiacre, et a été visitée environ trois ou quatre fois par un citoyen qu'il reconnoitroit; qu'elle a envoyée le Comparant chercher du papier et des plumes , que le Comparant lui ayant demandé des nouvelles, elle lui a dit que beaucoup de troupes alloient de Paris à Caen- mais que trois ou quatre cent seulement venoient de

Caen à Paris, qu'elle a demandé au Comparant ce qu'on disoit de Marat, qu'il a dit qu'on le regardoit comme un bon citoyen, que cela a fait sourire cette jeune femme qui est tout ce qu'il a dit savoir.

Lecture faite , a signe avec nous et ledit accusateur public et le greffier.

Signé Feuillard, Montané, Lescot-Fleuriot ,

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