‹ Charlotte de CordayChapitre 59 sur 89 · E. M ASSOIS · texte numérisé non relu

E. M ASSOIS

Laurent Bas, âgé de vingt-neuf ans, commissionnaire, demeurant rue de la Sonnerie à Paris, maison du citoyen Baille, lequel a dit qu'il est porteur des journaux de Marat , qu'il e'toit occupe' à ployer les papiers avec la portière de la maison, que sur les sept heures et demie du soir du treize de ce mois, une jeune femme est venue demander si la lettre qu'elle avoit envoyé' à Marat lui étoit parvenue , qu'elle de'siroit fort le voir, que la citoyenne Evrard a e'té avertir Marat, que Marat a permis qu'on fit entrer la jeune femme, que sept à huit minutes après qu'elle a e'té entrée , la citoyenne Evrad, étant dans une autre chambre et sa sœur sortant de donner à boire à Marat ^ le Comparant a entendu Marat dire d'une voix étouffée : j4 moi^ mon amie! je me meurs! qu'il a vu la jeune femme ouvrir la porte, et le sang rejaillir dans l'antichambre , que se trouvant seul avec elle, il la terrassée avec une chaise, qu'elle s'est relevée, qu'il la terrassée de nouveau , en la prenant par les mamelles , que la portière est entrée, ensuite le principal locataire, et quelques autres citoyens , que ladite femme a été arrêtée et que bientôt après la garde s'en est emparée , qui est tout ce qu'il a dit savoir.

Lecture faite , a signé avec nous l'accusateur public et le greffier.

Signé : Laurent Bas , Montané , Lescot-Fleuriot,

E. M^ssoN.

I^TEllROGATOIRE DE CHARLOTTE DE CORDAY.

Gejourd'lîLii, seize juillet de Tan mil sept cent quatre-vingt treize, second de la Re'publique, unze heures du matin.

Nous Jacques Bernard-Marie Montane, président du tribunal criminel re'volutionnaire, établi par la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize, sans recours au tribunal de Cassation, et encore en vertu des pouvoirs de'le'gue's au tribunal par la loi du cinq avril de la mêmeanne'e, assiste' de Robert WoliF, commis greffier du tribunal, en l'une des salles de l'auditoire au palais, et en pre'sence de l'accusateur public , avons fait amener de la maison d'arrêt le nommée Cordaye auquel avons demande' ses noms, Age, profession, pa js et demeure ?

A re'pondu se nommer Marie-Anne-Charlolte Corday, âge'e de vingt-cinq ans , fille de Jacques-François Corday, ci-devant noble, demeurante à Caen, chez la veuve Le Coutellier de Bretteville, ne'e aux Ligneries, district d'Argentan, de'partement de l'Orne; le citoyen son père demeurant à Aroentan.

D. A Elle demandé à quelle époque Elle a quitté Caen ?

R. A répondu mardi dernier.

D, Oli Elle est allée en sortant de Caen?

R. A Paris.

D. De quelle manière Elle est arrivée à Paris?

R. Dans une voiture qui part trois fois par semaine pour Paris.

D. Sy Elle était seule ?

R. Qu'elle était seule de sa connaissance, mais qu'il y avait sept h huit personnes dans la voilure.

D. Si Elle connaissait quelques une de ces personnes?

R. Que non.

D. Quel jour Elle est arrive'e à Paris?

R. Jeudi dernier vers midi.

D. Où Elle est descendue en arrivant à Paris?

R. Qu'elle a descendu où la voiture s'est arrêtée et que de là Elle a e'te' loge rue des Vieux Augustins, hôtel de la Providence.

D. Qui lui avait indique' l'hôtel où Elle a logé^

R. Par un des hommes qui sont au Bureau, qu'elle ne connaît pas.

D. Quel est le sujet de son voyage à Paris?

R. Qu'elle n'avait d'autre intention, et qu'elle n'est venue que pour tuer Marat.

D. Quels sont les motifs qui ont pu la de'termincr à une action aussi horrible ?

R. Que c'est tous ses Crimes.

D. Quels sont les Crimes qu'elle lui reproche ?

R. La de'solation de la France, la guerre civile qu'il a allume'e dans tout le royaume.

D. Sur quoi Elle se fonde pour avancer îa re'ponse cidesus?

R. Que ses Crimes passe's sont un indice de ses Crimes présents, que c'est lui qui a fait massacrer au mois de Septembre, que c'est lui qui entretient le feu de la guerre civile, pour se faire nommer Dictateur, ou autre chose, et que c'est encore lui qui a attente' à la souveraineté' du Peuple en faisant arrêter et enfermer des De'putës à la Convention le le 3 1 may dernier.

D. Quelle preuve Elle a que Marat fut l'auteur des maux dont Elle parle?

R. Qu'elle ne peut pas en faire la preuve ; mais que c'est l'opinion de la France, que l'avenir l'apprendra, et que Marat avait un masque sur la figure.

D. Ce qu'elle a fait en arrivant à Pans?

R. Qu'elle a e'te' à l'instant de son arrive chez le citoyen Duperrel, de'pute' de la Convention.

D. Ce qu'elle y allait faire ?

R. Qu'elle était aile' lui porter un pacquct de la part de Barbaroux,

D. Si Elle a trouvé ce De'pute'?

R. Que non, qu'il n'était pas chez lui.

D. Si Elle a laisse le pacquet?

R . Qu'elle l'a laisse' à ses filles.

D. Par qui Elle a e'té conduite chez lui ?

R. Elle y est alle'e seule et a pied.

D. Si Elle y est alle'e plusieurs fois dans le même jour?

R. Qu'elle y est retourne'e quatre heures après, parce que là on lui avait dit (ï'y retourner à cette heure là, qu'elle a trouvé alors le citoyen Duperret qui dînait.

D. Quel fut le sujet de leur entretien?

R. Qu'elle y était allée relativement au pacquet dont Elle vient de parler, et pour l'engager à l'accompagner chez le Ministre de l'intérieur pour y retirer des papiers qu'elle avait envoyé depuis six mois et qu'elle demandait depuis huit jours.

D. S'il y a eu entre Elle et ledit Duperret quelqu'aulre entretien ?

R. Que non.

D. Ce qu'elle a fait à Paris le deuxième jour de son arrivée ?

R. Qu'elle alla chez le Ministre avec Duperret le malin.

D. Pourquoi faire?

R. Pour lui redemander ses papiers,

D. Quels étaient ces papiers?

R. Qu'ils appartenaient à mademoiselle de Forbins, Chanoinesse de Troies , qui est en Suisse , et qu'elle était d'Avignon, parce que le district de Caen refusait de lui payer son traitement de Chanoinesse comme émigrée.

D. Ce qu'elle a fait dans la même journe'e ?

R. Une Addresse qu'on a trouve sur lille , et qu'ensuite Elle s'est reposée.

D. Ce qu'elle a fait le troisième jour ?

R. Qu'elle s'est promene'e au Palais-Rojal dans la matine'e et seule.

D. Ce qu'elle a fait au Palais-Roval et si Elle y a'acheltë quelque chose ?

R. Que oui.

D. Ce qu'elle a achcUë ?

R. Un jugement rendu contre les assassins de Léonard Bourdon et un couteau de table à gaine, à manche noir, de grandeur ordinaire , pour quarante sols.

D. Quel est le motif qui la de'lermine' a achetter ce couteau?

R. Pour tuer Marat.

D. Ce qu'elle a fait le restant de la journe'e?

R. Qu'elle a e'ie' vers les unze heures ou unze heures et demie chez Marat avec un fiacre.

D. Ce qu'elle a fait en y arrivant?

R. Qu'elle a demande' à lui parler.

D. Si Elle lui a parle ?

R. Que l'ajaut fait demander dans son antichambre , il s'est présente deux ou trois femmes qui lui dirent qu'elle n'entrerait pas; qu'elle insista , qu'une des femmes alla dire à Marat qu'une citoyenne voulait lui parler, qu'il lui fut répondu qu'elle n'entrerait pas, qu'alors Elle s'en retourna chez elle, où elle rentra vers midy.

D. Ce qu'elle a fait le restant de la journëe? R. Qu'elle écrivit à l'instant à Marat.

D. Ce qu'elle lui disait dans sa lettre?

R. Elle cherchait à lui faire croire qu'elle avait des choses inte'ressantes à lui communiquer sur le Calvados.

D. Ce qu'elle a fait le reste de la journe'e et si Elle n'est pas alle'e à la Convention Nationale ?

R. Qu'elle n'est pas sortie ^ ny n'est allée à la Convention Nationale, qu'elle ignore même ou elle est situe'e : puisse rej)renant, dit qu'elle est sortie à sept heures du soir pour venir chez Marat.

D. Si Elle l'y a trouvé ?

R. Que oui.

D. Qui est ce qui la introduite?

R. Les mêmes femmes qui l'avaient refusé le matin.

D. Quelle a été' sa conversation en entrant?

R. Qu'il lui a demandé quels étaient les troubles de Caen ; qu'elle lui a répondu que dix-huit Députés de la Convention d'accord avec le Département y régnaient , que tout le monde s'enrôlait pour délivrer Paris des anarchistes, que quatre membres du département avaient conduits une partie des armées à Evreux, qu'il écrivit les noms des Députés qui sont à Caen , et quatre administrateurs du Département du Calvados.

D. Quels sont les noms des Députés et des Administrateurs dont elle parla à Marat?

R. Ces députés sont : GoRSAS, Lariviere, Buzot, Bar- BARoux, LouvET , Bergoïng , Petion , Cussi , Salle, Lesage, Valady, Kervellegant, Guadet, et cinq autres dont elle ne se rappelle pas les noms; que les Administrateurs du Calvados sont : Lévêque , Président , Bougon, Procureur-Général, Ménil et Le Normand, Administrateurs.

D. Que répondit Marat?

R. Qu'il les ferait bientôt tous guillotiner à Paris.

D. Quelle fut la suite de la conversation?

R. Que ce fut le dernier mot, qu'à l'instant elle le tua.

D. De quelle manière elle le tua?

R. Avec le couteau qu'elle avait achelté au Palais-Royal qu'elle lui plongea dans le sein.

D. Si en lui portant le coup elle croyait le tuer?

R, Qu'elle en avait bien l'intention.

D. Si Elle savait qu'en dirigeant le coup ou elle l'a porte' elle le tuerait?

R. Que c'e'lait son intention.

D. A elle observe' qu'une action aussi atroce n'a pu être commise par une femme de son âge, sans y avoir e'te' excite'e par quelqu'un?

R. Qu'elle n'avait dit ses projets à personne , qu'elle n'a pas crû tuer un homme, mais une bête fe'roce qui de'vorait tous les Français.

D. D'où Elle induit que Marat e'tait une bête fe'roce?

R. Par tous les troubles qu'il a excite' et par les massacres dont il est l'auteur ; que dernièrement à Caen, il faisait accaparer le nume'raire à tout prix.

D. Gomment elle sait que Marat accaparait le nume'raire?

R. A re'pondu qu'elle ne peut en donner la preuve, mais qu'un particulier a e'te' arrête' muni d'argent qu'il apportait à Paris, et qu'on fait actuellement son procès.

D. Ce qu'elle devint lorsqu'elle eut consomme' l'assassinat?

R. Qu'elle fut arrête'e en sortant de la chambre oii elle l'avait commis, qu'elle fut interroge'e dans le sallon à côte' de la chambre , qu'elle en sortit vers les minuit pour être conduite à l'Abbave.

D. A Elle demande si en allant chez le Ministre de l'inte'rieur ce n'e'tait pas pour l'assassiner ?

R. Que non, qu'elle ne le regardait pas assez dangereux pour cela.

D. Quel e'tait l'e'tat du mari de la citoyenne chez laquelle elle demeurait à Caen ?

R. Qu'il e'tait Tre'sorier de France.

D. Si.Elle adesenfans?

R. Aucun.

D. Si c'est elle qui a ëleve'e, Elle De'posante ?

R. Non, qu'il n'y a que deux ans qu'elle est chez elle.

D. A elle observé (ju'une citoyenne bien ne'e n'a pas Tha-

bitude de voyager seule surtout à l'âge ou elle est ; que fille d'un ci- devant , et en ayant tous les principes, elle devait tenir a cette e'tiquette , que sa parente n'a pas pu la laisser partir pour un voyage de Paris , sans savoir le motif?

R. Qu'avec un projet comme le sien on ne tient point aux Etiquettes, qu'elle avait fait croire à sa parente qu'elle allait passer quelques jours chez son père à Argentan avec une de ses amies, et que c'est de cette manière qu'elle est partie de Gaen mardi dernier à deux heures après dîne'.

D. Si Elle a indique' le nom de son amie à sa parente ?

R. Que non, qu'elle ne lui a même pas donne' le lemps de la réflexion.

D. Si Elle a e'te seule prendre la voiture?

R. Oui.

D. A Elle observe' que cela paroit e'tonnant et a du paroitre tel aux personnes charge'es de ces voitures, notamment au Directeur, que tout cela conduit à croire qu'elle a e'te' introduite à la voiture par quelqu'un, qu'elle est sommée de s'expliquer sur cela ?

R. Qu'elle n'a e'té conduite à la voiture par personne et qu'elle s'est peu occupe'e de ce qu'on penserait d'elle.

D. Si Elle avait retenu sa place avant d'aller la prendre ?

R. Qu'elle l'avait retenue la veille sous son vrai nom.

D. Qui lui a donne' l'argent dont elle s'est trouve'e nantie lors de son arrestation?

R. Qu'elle l'avait, — que son père lui fournissait de l'argent quand elle en voulait, qu'elle avait cent e'cus en espèces sur lesquels elle avait pris les cinquante e'cus dont elle s'est trouve'e nantie.

D. Quel moyen Elle a employé' pour se procurer le passeport par Elle annonce'?

R. Qu'elle l'avait pris dans le mois d'avril dernier, d'abord pour aller voir ses parens à Argentan ; qu'ensuite se trouvant à la municipalité' avec une de ses amies qui en pre-

nait un, que la munipaJité se trouvant en train d'en donner, elle fit viser le sien pour Paris, étant toujours bien aise d'être en e'tat de s'en servir dans un lenis de révolution, observant qu'elle n'avait aucun projet à cette e'poque.

D. A quelle époque Elle la fait viser?

Pl. Qu'elle croit que c'est dans le même mois ou dans le commencement de may.

D. Quel est le nom de l'amie qui se trouvait avec elle à la Municipalité'?

R. Qu'elle s'appelle Beaumont, qu'elle demeure à Gaen, qu'elle croit qu'elle y e'tait encore au moment de son départ.

D. A Elle repre'sente' qu'il n'est pas présumable qu'une Demoiselle reste seule, qu'elle devait demeurer chez ses parens, et interpelle' de nous dire dans qu'elle maison elle demeurait à Gaen ?

R. Qu'elle demeurait à cette e'poque aux Bains-Nationaux de Gaen.

D. A quelle e'poque elle a fait connaissance de Barbaroux et des autres collègues De'putés qu'elle a de'signe' plus haut.

R. Que voulant faire finir l'affaire de madame Forbin, elle est alle'e trouver Barbaroux qu'elle connaissait pour être ami de la famille de ladite dame Forbin et l'inviter à s'inte'resser près du district de Gaen, et qu'il lui a dit qu'il fallait qu'elle (it revenir les papiers qu'elle avait envoyé au Ministre de l'intérieur.

D. Gomment et oh. Elle a connu les autres Députés dont Elle a dit ci-devant le nombre ?

R. Qu'étant tous logés à l'Intendance, Elle a été trois fois voir Barbaroux, et a vu les autres en même temps.

D. Si Elle leur a parlé ou à quelques-uns d'entre eux ? R. Qu'elle a parlé à beaucoup d'eux la dernière fois qu'elle a été à l'intendance ?

D. Sur quoi roulait la conversation?

R. Que la conversation a roulé sur l'ardeur des habitants

de Caen, â s'enrôler pour venir contre les anarchistes de Paris.

D. Ce qu'elle entend par le mot anarchistes? R. Ceux qui cherchent à de'Iruire toutes Ks loix pour e'tahlir leur autorité.

D. Si ces Dépule's ne tiennent point de sc'ance publique à l'Intendance et s'ils ne font point de proclamations, et courir des papiers dont Corsas et Louvet sont les auteurs !

R. Qu'elle ignorait s'ils tenaient des se;Mices publiques et qu'elle n\ a point assiste, que plusieurs d'entre eux font circuler des addresses, des proclamations (4 même des chansons, «lont le but est de rappeler le peuple à l'unité' de la République.

D. Si Elle a lu quelques-unes de ces addresses, proclamations et chansons?

R. Que oui, mais qu'elle les a brûlées avant son de'part pour Paris dans la crainte qu'on en trouvât sur elle dans son voyage.

D. A Elle observe que puisqu'elle craignait qu'on en trouvàisur elle, Elle savait donc que ces papiers contenaient des mauvais j)rincipes et contraires à l'ordre pubUc?

R. A re'pondu qu'elle savait très bien que si Elle e'tait trouve'e nantie de ces papiers, ils déplairaient aux anarch.stes.

D. Si par ces papiers les auteurs n'encourageoient pas les bons citoyens (selon eux) à assassiner Marat , Robespierre, Danton et autres Députes de la Montagne défenseurs des droits du Peuple, et que ces Députes traitres et rebelles qualiffîent d'anarchistes?

R. Que ces papiers n'ont jamais répandu de pareils principes.

D. A Elle observé que si ces papiers ne renferment point de pareils principes, ils ont du lui être suggéré particulièrement soit par ces Députés, soit par leurs créatures, car une personne de son sexe et de son âge ne peut pas être déter-

terminée à faire un voyage de Paris pour y assassiner un homme qu'elle ne connaissait pas?

R. Qu'il suffisait bien de quatre ans de crime pour le lui faire connaître, et qu'elle n'avait pas besoin de savoir ce que les autres en pensaient.

D. Quels sont les papiers-nouvelles qu'elle a lu depuis la re'volution , et si , notamment , Elle n'a pas lîi Gorsas , le Patriote Français et diffe'rens autres ouvrages contraires à la re'volution?

R. Qu'elle était abonnée seulement au journal de Perlet; mais qu'elle a lu quelques fois Gorsas^ le Courrier Français^ le Courrier Universel et de plus de cinq cents autres brochures pour et contre la re'volution, dans tous les genres.

D. Si Elle connaît l'Evêque du de'partementdu Calvados?

R. Qu'elle l'a vu passer de sa croise'e , mais qu'il n'e'tait jamais venu chez sa parente, qu'elle ne lui a jamais parle', et qu'elle n'avait pas assez d'estime pour lui pour cela.

D. Si Elle a eu connaissance du contenu du pacquetpar elle rerais de la part de Barbaroux à Duperret ?

R. A re'pondu que le pacquet lui a e'té remis tout cacheté, qu'elle ignorait ce qu'il contenait, sinon qu'il y avait une lettre relative à l'affaire de madame Forbin.

D. Si le jeudy à la seconde fois qu'elle est retournée chez Duperret, combien Elle y est restée de tems ?

R. Qu'elle n'y resta que deux ou trois minutes , le tems de lire la lettre, qu'ils ne s'assirent même pas.

D. Si Elle n'a point été à la Convention le même soir?

R. Que non ; qu'elle n'en a même jamais eu la pensée.

D. A Elle observé qu'il parait qu'elle ne nous dit point la vérité, car plusieurs indices portent (à croire) qu'elle a été ce même soir dans une tribune de la Convention dans laquelle sont venus la trouver successivement deux particuliers et une femme , et que leur conversation a roulé sur le compte de Marat, contre lequel, Elle accusée, a déclamé beaucoup, que

même en sortant des tribunes, il fut question tFaller chez le Minisire de l'inte'rieur?

R. Que le fait est faux, qu'on peut s'en informer à son hôtel, et qu'au surplus elle aurait e'té fort maladroite.

D. Si depuis son arrive'e à Paris; Elle n'a point e'crit et fait e'crire diffe'renles lettres à Caen?

R. Pas une.

D. A Elle observe' qu'il paraît cependant que quelqu'un qui est venu la voir plusieurs fois, a e'crit trois lettres pour elle, lesquelles même ont e'te' vu sifr le lit ?

R. Qu'elle n'a jamais fait e'crire de lettres par personne, qu'on n'en a pas vu sur son lit ; qu'il n'y avait quêl'Addresse qui a e'te' trouve'e sur elle.

D. Quelles sont les personnes qui sont venues la voir, depuis qu'elle est loge'e à l'hôtel de la Providence ?

R. Personne que le citoyen Duperret qui e'tait venu deux fois chez elle, l'une pour aller chez le Ministre de l'inte'rieur, et une seconde pour la dissuader daller chez le Ministre, attendu qu'elle n'avait pas de procuration pour retirer ces papiers, ajoutant que Duperret la pria de remettre une lettre à Barbaroux , lorsqu'elle retournerait à Caen ; qu'elle lui répondit qu'elle ne savait pas si elle y retournerait , et quand elle y retournait; que d'ailleurs, avant de partir elle irait elle-même lui dire, ou lui ferait dire, que le lendemain elle serait sortie toute la journée, qu'elle ne voulait pas qu'il vint la voir, qu'au surplus elle l'avait engagé à aller lai-même à Caen parce qu'elle le croyait plus en danger à Paris.

D. A Elle observé qu'il paraît que Duperret est allé chez elle cinq fois, et une autre personne deux fois.

R. Que Duperret n'est venu que deux fois et que nulle autre personne n'y était venue.

D. A quelle boutique elle a acheté le couteau avec lequel elle a commis Fassassinal, et si c'est un homme ou une femme qui le lui ont vendu ?

R. Qae c'est un liomme qui lui a vendu ce couteau, mais qu'elle ignore clans quelle boutique ni de quel côté, ne l'avant acheté' qu'après avoir fait dix fois le tour du Palais -Royal.

D. Qui lui a donne' l'Addresse de Marat?

R. Qu'elle a dit a un fiacre de l'y conduire, que ledit fiacre lui dit qu'il ignorait sa demeure ; qu'elle lui a dit de s'en informer, qu'il s'en informa et l'y conduisit.

D. A Elle observe' qu'il semble que dans ses pre'ce'd entes re'ponses, elle a dit qu'elle y avait e'te' à pied ?

R. Qu'elle n'avait point e'te' à pied chez Marat, mais bien chez Duperret.

D. A Elle demande qui a e'crit une AdJresse au crayon, trouvée sur elle lors de son arrestation, qui est l'Addresse de Marat ?

R. Que c'est elle qui l'avait e'crite après l'avoir appris par le premier cocher de fiacre qui l'avait conduit chez Marat.

D. Gomment Elle s'est de'termine'e à aller la première fois chez Marat à unze heures et demie du matin, lorsque le connaissant De'pute' elle devait le supposer à son poste ?

R. Qu'elle s'est informe'e à son hôtel si Marat allait toujours à la Convention, et que sur la re'ponse qui lui fut faite, qu'on ne le croyait pas, elle est allée chez lui, de'clarant que son intention était, si elle ne l'avait pas trouve' chez lui, d'aller le tuer à la Convention même.

D. Si ce n'est pas au contraire Duperret qui lui a appris que Marat était malade et ne pouvait aller à la Convention?

R. Qu'elle ne le croit pas, qu'elle croit que ce sont les gens de î'Hôtel, et qu'elle ne croit pas avoir parle' de Marat avec Duperret.

D. A Elle représente' de nouveau qu'elle ne persuadera à qui que ce soit, qu'une personne de son âge et de son sexe, ait conçu un pareil attentat pour l'exe'cuter même dans la Convention, si elle n'y avait pas e'te' excitée et sollicitée par

quelques personnes qu'elle ne veut pas nous indiquer, et notamment par Barbaroux, Duperret et autres connus publiquement pour les ennemis de Marat.

R. Que c'est bien mal connaître le cœur humain, qu'il est plus facile d'exécuter un tel projet d'après sa propre haine que d'après celle des autres.

D. Si Elle n'a point e'te' chanoinesse ou dans quelques couvents?

R. Qu'elle n'a jamais e'té chanoinesse, ni religieuse, mais qu'elle a e'té plusieurs années pensionnaire à l'Abbaye de Sainte-Trinité de Gaen.

D . Si Elle ne connaît pas la citoyenne de Précorbin et si elle ne la pas été voir à Paris ?

R. Qu'elle connaît le nom de la famille de Précorbin, mais qu'elle ignorait qu'il y en eut à Paris.

D. Si Elle a des frères et sœurs et où ils sont ?

R. Qu'elle a deux frères et une sœur, que sa sœur est à Argentan avec son père, qu'elle ignore où sont ses frères, qu'elle ne les pas vu depuis environ un an.

D. Quel était leur état?

R, L'un était officier au régiment ci-devant Normandie, et l'autre un enfant qui n'a pas encore d'état.

D . Si Elle n'a pas été mariée ?

R. Jamais.

D. S'il n'est pas vrai qu'elle nous a dit qu'on voulait à Gaen, l'unité et l'indivisibilité de la République?

R . Que le Peuple et les Administrateurs ont juré la République une et indivisible, et que c'est écrit sur toutes les bannières, qu'ils n'en veulent qu'aux anarchistes, et veulent délivrer les Parisiens.

D. Si Elle n'a point écrit une lettre aujourdliui?

R. Qu'elle en a commencée une qui n'est point encore achevée, qu'elle a dans sa poche, laquelle elle a à l'instant tirée en demandant la permission de l'achever et de l'en-

voyer ou du moins de l'envoyer nous mêmes après l'avoir lue.

D . A qui s'addresse cette lettre ?

R. Que c'est à Barbaroux.

D. Si Elle avait eu quelques conversations avec Barbaroux ?

R . Qu'elle n'en avait eue aucune autre que relatif à l'affaire de la dame Forbin.

D . Si Barbaroux lui a demandé le de'tail de son voyage , et s'il en connaissait le motif.

R. Qu'effectivement Barbaroux lui a demandé le détail de son voyage, par une lettre qu'il lui écrivit, mais qu'il n'en connaissait pas le motif, qu'elle est fâchée d'avoir brûlé la lettre de Barbaroux, parce que nous y verrions que tout le monde ignorait son voyage .

D. A Elle représenté que si Barbaroux n'eut pas été informé du motif de son voyage pour Paris, il ne lui aurait pas promis le secret, et que d'ailleurs elle ne serait point étendue d'une manière si complaisante dans la lettre en question , par elle commencée aujourd'hui sur l'assassinat par elle commis en la personne de Marat?

R . Que comme cette lettre est pour plusieurs personnes, elle est entrée dans plus de détails .

D , Si on ne l'avait pas persuadée qu'aussitôt qu'elle aurait assassiné Marat, elle serait elle même massacrée?

R. Que personne n'avait cherché à Ten persuader, mais qu'elle le croyait elle-même, que c'est par la raison qu'elle en avait écrit le motif dans l'Addresse qu'on a retrouvée sur elle et qu'elle voulait qu'on connut après sa mort.

D. A Elle demandée si elle a un Conseil?

R. Déclare qu'elle nomme pour son Conseil ou Défen- ^euT officieux, le citoyen Doulcet, Député de Caen à la Convention, et que dans le cas, oii il ne pourrait pas, attendu la déclaration de l'accusée qu'elle n'en connaît point d'autre ;

nous lui avons nommc^ d'office le citoyen Guyot , homme de loj (■).

Avons àTinstant avec ladilte Corday, ledit Accusateur Public, et notre commis greffier, cotte et paraphe ladite lettre, dont est question commence'e par ladite Corday, contenant six pages et trois lignes d'une septième, et a Jaditte Corday signe' avec nous, ledit Accusateur Public et le commis greffier :

Après avoir fait lecture du pre'sent interrogatoire à laditte Corday, et qu'elle a de'clare'e y persiste' et n'avoir rien à changer, augmenter ou diminuer.

Signé Corday, Montané, Fouquier-Tinville, WoLFF, commis greffier.

(i) Fouquier-TinTille adressa à M. Doulcet de Pontécoulant, le jour même, 16 juillet, une lettre qui lui annonçait le choix de Charlotte de Corday — et l'adjonction d'un défenseur d'office. Cette lettre a été publiée par M. Renard, de Caen, possesseur d'une curieuse collection de livres et d'autographes sur la Révolution, dans une brochure intéressante qu'il a fait paraître en 1860, sous le titre de Charlotte de Corday et M, de Pontécoulant, chez Charavay, à Paris, et Legost-Clérisse, à Caen.

M. Renard a eu la pièce autot;raphe et d'autres qui s'y rattachent entre les mains, et en véritable amateur il les a reproduites dans leur pureté et avec leur orthographe primitives. Nous suivons ce texte très-préféiable à celui donné précédemment par M. Louis Dubois dans son Essai historique sur Charlotte de Corday.

Paris, ce 16 juillet 1793 de la République. Citoyen ,

J'ai l'honneur de vous faire part que Marie-Anne-Charlotte Cordey, prévenue d'assassinat en la personne de Marat, vous a choisi pour son conseil, nonobstant l'observation qui lui a été faite, tant par le Président que par moy,

qu'un Député ne pouvait pas être son conseil, attendu qu'il était obligé

M son poste! mais nommé, je dois vous en faire part, et que la cause est indiquée à demain huit heures précises; je vous observe de plus que prévoyant qu'il serait possible que vos affaires ne vous permissent pas de tous rendre à cette invitation, j'ai fait nommer un conseil adjoint.

Salut et fraternité.

L'accusateur public du tribunal extraordinaire révolutionnaire.

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