DÉPARTEMENT DU CALVADOS
(^D)strict lie Caën).
Laissez passer la citoyenne Marie Corda y ^ natif du Mesnil-lmberty domicilie' à Caën, municipalité de Caën, district de Caën, de'partement du Calvados^ âgé de «4 f^ns, taille de ci/tq pieds un pouce y cheveux et sourcils châtains, yeux gris, front cleve\ nez longe, bouche moyenne, menton rond, fourchu^ — visage oval.
Prêtez lui aide et assistance en cas de besoin, dans la route quil va faire pour aller à Argentan.
DeUvre' en la Maison Commune de Caën, le 8 avril 1793, l'an ]I de la Re'publique Française, par nous Fossey Vaine', Officier Municipal.
Expédie' par nous, Greffier soussigné, et a le dit citoyenne Corday, signé:
Marie Cordât.
Heni, greffier.
On lit an dos. — p^u en la Maison Commune de Caën pour aller à Paris.
Le a3 avril 1793, l'an II de la République.
Enguellard, officier-municipal.
Observation. — Les prénoms de Mademoiselle de Corday étaient au nombre de trois : Marie , Anne , Charlotte ; c'est ce dernier que l'histoire a adopté comme étant le nom de baptême
— sensuel de celte feuiiue célèbre ; mais il ne parait pas que ce fut celui qu'elle portait habituellement. Le plus souvent elle ne signait que de son nom de famille : Corday ou Corday d'Armont ; et lorsqu'elle prenait un de ses prénoms . c'était toujours celui de Marie.
Le passeport en olïre ici une double preuve; la formule : « Lais sez passer la citoyenne Marie Cordey » indique qu'à l'interpellation d'usage, quels sont vos nomsetpréaoms ? la réponse adûêtre : Marie Corday. La faute commise dans l'ortliographe du nom propre prouve que c'est sur la déclaration verbale de mademoiselle de Corday que le passeport a été rédigé. C'est donc elle-même qui a répondu : Je me nomme Marie Corday, sans parler de ses autres prénoms , notamment de celui de Charlotte; et les paroles sorties de sa bouche ont été confirmées deux fois de sa main , l'une sur le registre à souche des passeports, conservé à la mairie de Caen, l'autre sur la feuille volante qui fut délivrée à la voyageuse.
A ces énonciations d'une authenticité incontestable jl faut joindre :
i." La demande adressée au Comité de Sûreté générale par Mademoiselle de Corday (V. infra , pièce 26). Cette demande est signée Marie.
2.° La dernière lettre écrite dans la prison , au moment de partir pour l'échafaud. Cette lettre adressée à Doulcet de Pontécoulant, Député du Calvados à la Convention , est revêtue de la signature, Marie de Corday . Doulcet de Pontécoulant , allié à la famille de Corday , ayant pu connaître Mademoiselle de Corday au couvent de l'Abbaye-aux-Dames , dont sa tante , 3Iadame de Pontécoulamt, était abbesse , écrivit deux lettres au sujet du reproche qui lui était fait de ne pas avoir accepté la défense de l'accusée devant le Tribunal révolutionnaire : il donna invariablement à Mademoiselle de 'îorday le prénom de Marie (V. Essai historique de Louis Dubois,
.i3i et i32).
Enfin , le Moniteur , rapportant le refus d'un confesseur, reproduit la réponse de Marie Corday au prêtre (n.° 211, année i^gS), et c'est aussi le prénom qu'adopta le premier biographe qu'ait eu Mademoiselle de Corday (V. infra. Récit de l'exécution).
Après avoir indiqué cette i-ectification, pour rendre hommage à l'exactitude absolue qu'on doit rechercher, surtout lorsqu'on publie des documents historiques et judiciaires, nous serons les premiers à respecter l'appellation consacrée par un long usage et sous laquelle Charlotte de Cordav est inscrite dans les fastes de l'histoire.