‹ Charlotte de CordayChapitre 64 sur 89 · ADRESSE DE MARAT · texte numérisé non relu

ADRESSE DE MARAT

Cette adresse avait e'té écrite par Charlotte de Corday, au crayon, et laisse'e par elle dans sa chambre; elle fut trouve'e lors de la perquisition faite à Tliôtel de la Providence. (V. ci-dessus, n.° 2, p. 8.) Elle ne contient que ces mots :

Faubourg Saint-Germain, rue des Cordeliers, à l'entre'e.

Au dos on lit les signature de :

RoussET, Cavanagh, Fiot, Brunot, et AuFAUVRE, secrétaire-greffier.

LETTRE DE CHARLOTTE DE GORDAY A MARAT (i).

Je vous ai écrit ce matin, Marat, ave's vous reçu ma lettre, puis je espe'rer uu moment d'audience, si vous l'avës reçue, j'espère que vous ne me refusere's pas, voyant combien la chose est intéressante, suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre protection.

{Cette lettre ne porte pas de signature).

On lit au dos :

Au Citoyen Marat,

Faubourg Saint-Germain, riie des Cordeliers, A Paris.

Au bas est écrit :

La présente n'a point été remise à son adresse, devenue inutile par l'admission de l'assassin, à sa deuxième présentation, vers les sept heures et demie de relevée, à laquelle elle a commencé son forfait.

Signé Gdellard.

(i) L'original de la première lettre que Charlotte adressa par la poste à Marat, n'existe pas au dossier : voici cette lettre, telle qu'elle fut lue par Chabot à la Convention et insérée dans la Gazette Nationale {Moniteur alors non officiel), n.» 197, du mardi 16 juillet 1793.

€ Je viens de Caën. Votre amour pour la Patrie doit vous faire désirer tle connoitre les complots qu'on y médite. J'attends \otre réponse. »

Chabot n'énonce aucune signature j il semble cependant, par la teneur même de la lettre, que mademoiselle de Corday avait dû indiquer son adresse, puisqu'elle écrirait parla poste et demandait une réponse.

ADRESSE AUX FRANÇ.ilS AMIS DES LOIX ET DE LA PAIX.

« Jusqu'à quand, ô malheureux Français, vousplairés vous dans le trouble et les divisions, assës et trop long temps des factieux et des scéle'rats ont mis l'intërest de leur ambition à la place de l'inte'rest gëne'rale, pourquoi, ô infortunés (i) victime de leur fureur, pourquoi vous égorger, vous ane'antir vous même pour e'tablir Tédifice de leur tjrannie (2) sur les ruines de la France désolée (3).

0 Les factions éclatent de toutes parts ; la Montagne triomphe par le crime et par l'oppression ; quelques monstres, abreuvés de notre sang conduisent ses détestables complots (4) et nous mènent au précipice par mille chemins divers.

« !^ous travaillons à notre propre perte avec plus d'énergie que l'on n'en mit jamais à conquérir la Liberté! O Français, encore un peu de temps, et il ne restera de vous que le souvenir de votre existence I

« Déjà les départements indignés marchent sur Paris j déjà le feu de la Discorde et de la guerre civile embrase la moitié de ce vaste Empire, il est encore un raojen de l'é-

(1) M. de Lamartine a retranché CQi mots, qui, il faut le reconnaître, ne sort rien moins qu'euphoniques.

(2) Au lieu de Vedijke de la tyra^mie, on lit dans l'édition des Girondins (Fume, 1847, in-S.») : le désir de leur Pyrannit. — Peut'^tre n'y a-t-il là qu'une erreur typographique.

^3^ Le mot désolée est retranché dans VHistoire des Girondins,

( i) Ce passage est supprime depuis — et nous nièrunt.

teindre, mais ce moyen doit être prompt. Déjà le plus vil des sce'Ie'rats, Marat, dont le nom seul pre'sente l'image de tous les crimes, en tombant sous le fer vengeur, ébranle la Montagne et fait pâlir Danton et Robespierre, les autres brigands assis sur ce trône sanglant, environne's de la foudre, que les Dieux vengeurs de l'humanité ne suspendent sans doute que pour rendre leur chute plus éclatante, et pour effrayer tous ceux qui seraient tentés d'établir leur fortune sur les ruines des peuples abusés !

« Français ! vous connaisses vos ennemis, levés vous ! marchés ! que la Montagne anéantie ne laisse plus que des frères et des amis ! J'ignore si le ciel nous réserve un Gouvernement républicain, mais il ne peut nous donner un Montagnard pour maître que dans l'excès de ses vengeances

« O France, ton repos dépend de l'exécution de la loi, je n'y porte point atteinte en tuant Marat, condamné par

l'univers, il est hors la loi quel tribunal me jugera? Si je

suis coupable , Alcide l'était donc lorsqu'il détruisait les monstres (i); mais en rencontra-t-il de si odieux? O amis de l'humanité, vous ne regrelterés point une bête féroce engraissés de votre sang, et vous tristes Aristocrates que la Révolution n'a pas assés ménagés, vous ne le regi-etterés pas non plus, vous n'avez rien de commun avec lui.

« O ma patrie ! tes infortunes déchirent mon cœur, je ne puis t'offrir que ma vie, et je rends grâce au ciel de la liberté que j'ai d'en disposer ; personne ne perdra par ma mort, je n'imiterai point Paris en me tuant, je veux que mon dernier

(i) M. de Lamartine supprime le surplus <le l'alinéa. Ce passage nous parait cependant d'une'j'rande importance pour l'appréciation des opinions politi(}ues de Charlotte de Corday et, de j)l«s, André Chenier l'a tra<luit presque littéralement dans ces vers de son Ode à Charlotte :

Tu voulais, enflammamt les courages tirtiides, Réveiller les poignards sur tous ces parricides, De rapines, de sang, d'infamie engraissés.

soupir soit utile à mes concito^'ens, que ma tête, portée ilaus Paris, soit un signe de ralliement pour tous les amis desloix, que la Montagne chancelante voye sa perte e'crite avec mon sang, que je sois leur dernière victime^ et que l'univers venge de'clare que j'ai bien me'rite' de l'humanité, au reste, si l'on voyait ma conduite d'un autre œil, je m'en inquiétte peu.

« Qu'à l'univers surpris, cette grande action

a Soit un objet d'horreur ou d'admiration,

n Mon esprit, peu jaloux de vivre en la mémoire,

« Ne considère point le reproche ou la gloire:

« Toujours indépendant et toujours citoyen,

a Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.

« Allés, ne sondés plus qu'à sortir d'esclavai^e !.. (i).

Mes parents et amis ne doivent point être inquiettés, personne ne savait mes projets. Je joins mon extrait de Baptême à cette Adresse pour montrer ce que peut la plus foible main conduite par un entier dévouement. Si je ne réussis pas dans mon entreprise, Français , je vous ai montré le chemin, vous connaisses vos ennemis, levés vous, marchés et frappés. »

Observation — Voici l'historique de cette pièce importante qui ne se trouve pas au dossier des Archives :

D'après M. Quérard, l'Adresse aux Français, Amis des Lios et de la Paix, fut publiée, sous ce titre, 1793, in-S". (V. Archti>es d'Histoire Littéraire, par M. Quérard, a.* année i856, p. 44o«)

Depuis cette époque, la proclamation trouvée sur Charlotte s'était dérobée aux recherches curieuses de l'histoire, dit M. de Lamartine [Les Girondins, vol. VI, p. "i^i, édition de Fume, in-8"). Au coui'S de la publication des Girondins une copie de la pièce fut envoyée à l'auteur, par M. Paillet, qui possédait l'original. L'illustre historien ayant désiré prendre connaissance de la pièce ellemême (2), put en donner la description suivante : « Elle (l'Adresse)

(1) Ces vers sont de Voltaire. — Mort de César. Acte III, se. 2.

{2) Lettre de M. de Lamartine à M. Paillet, du 8 avril }846.

« M. de Lamartine désirerait savoir si M. Paillet pourrait lui laisser

voir la proclamation de la main de Charlotte, dont il a bien voulu lui envoyer copie. » Catalof^uo de M.Laverdet [P^ide infrà.)

est écrite delà main de Cliarlolte Corday, d'une écriture à giands traits, niàle, ferme, fortement tracée, et comme destinée à frapper de loin les regards. La feuille de papier est pliée en liuit..,..; elle est percée de huit piqûres encore visibles par l'épingle qui l'attachait sur le sein de Charlotte. »•

M. de Lamartine ne donna que les principaux passages de cette Adresse, ainsi qu'il le dit lui-même, et quoique ces passages fussent indiqués comme cités textuellement , on a vu que par la faute du copiste ou par la volonté de l'historien, le texte ne fut pas reproduit avec une entière exactitude.

En i8j5, la pièce originale comprise dans une vente d'autographes qui eût lieu à l'hôtel Sylvestre, fut mise sur table à 3oo francs et poussée jusqu'à '^70. (Quérard, Archii^es, vol. I, p. 199.) Elle fait aujourd'hui partie de la précieuse collection de M. le comte de H

Dans le catalogue qui avait précédé la vente, M. Laverdet(i} avait publié, à titre de spécimen, la première partie et la fin de l'Adresse de Charlotte. Dans ces deux fragments, le texte et même l'orthographe ont été respectés avec une fidélité scrupuleuse et intelligente. Nous les avons reproduits en les complétant à l'aide d'un passage emprunté à l'Histoire des Girondins,

Nous avons noté les retranchements qui avaient été opérés par M. de Lamartine.

(i) Catalogue d'une belle collection de lettres autographes, à Paris, chez Lever«li'l, expert en autographes, i855.

Du i5 juillet 1793, a.» de la République.

Citoyens composant le Comité' de sûretë ge'ne'rale,

Puisque j'ai encore quelques instants à vivre, pourais-je, espe'rer, Citoyens, que vous me permettrës de me faire peindre, je voudrais laisser cette marque de mon souvenir à mes amis, d'ailleurs comme on che'rit l'image des Bons Citoyens, la curiosité' fait quelquefois rechercher ceux des grands criminels, ce qui sert à perpétuer l'horreur de leurs crimes, si vous daigne's faire attention à ma demande, je vous prie de m'envoyer demain un peintre en mignature, je vous renouvelle celle de me laisser dormir seule, croyés je prie à toute ma Recomioissance.

Marie Cordaî.

J'entends sans cesse crier dans la rue l'arrestation de Fauchet, mon complice, je ne l'ai jamais vu que par la fenêtre, et il y a plus de deux ans, je ne l'aime ny ne l'estime, je lui ai toujours cru une imagination exalte'e et nulle fermeté' de caractère ; c'est l'homme au monde à qui j'aurais le moins volontiers confie un projet, si cette de'claration peut lui servir, jen certifie la vérité.

CoRDAY.

Lettre tirée de la collection de M. Chambry, et publiée par madame Louise Collet, à la suite de son beau drame sur Charlotte Corday ( Charlotte Corday et madame Rolland, par madame Collet. • — Paris, 1842.)

Ici se placerait la Lettre, ou pour mieux dire, les lettres de Charlotte à Barbaroux. Nous reproduisons ces pièces en fac-similé.

Veisaillcs. — Imprimerie de DUFAURE, rue de la Paroisse, ai.

r DOSSIER

FILLE CORDAY

FILLE CORDAY

JUGEiMENT DU 17 JUILLET 1793.

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