‹ Charlotte de CordayChapitre 79 sur 89 · PROCES-VERBAL D'EXÉCUTION DE MORT · texte numérisé non relu

PROCES-VERBAL D'EXÉCUTION DE MORT

L'an mil sept cent quatre-vingt-treize deuxième de la République Française,

Le dix-sept juillet six heures et demie du soivy

A la requête du citoyen Accusateur Public près le Tribunal rciminel extraordinaire et révolutionnaire, établi à Paris par la Loi du 10 mars 1793, sans aucun recours au Tribunal de Cassation, lequel fait élection de domicile au Greffe du dit Tribunal séant au Palais,

Nous, huissiers audienciers au dit Tribunal, demeurant à Paris, soussignés.

Nous sommes transportés en la Maison de Justice du dit Tribunal, pour l'exécution du jugement rendu par le Tribunal

Ce jourd'huij contre la nommée Marie-Anne-Charlotte CoRDAY ci devant dormant.

Qui la condamne à la peine de mort pour les causes énoncées au dit jugement et de suite l'avons remis à l'Exécuteur des Jugements criminels et à la gendarmerie, qui l'ont conduite sur la place de la Révolution de cette ville, où sur un Echaffaud dressé sur la dite place, la ditte Marie- Anne-Charlotte CORDAY

A en notre présence, subi la peine de mort, et de tout ce que dessus avons fait et rédigé le présent Procès-Verbal, pour servir et valoir ce que de raison, dont acte.

MONET. TlRRAZ.

Enregistré gratis à Paris, le 20 juillet 1793. ~ Breuve.

Lettre de Charlotte de Corday à son Père.

Pardonnes moi mon cher papa d'avoir disposé de mon existance sans votre permission. J'ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien d'autres désastres, Le peuple un jour désabusé se rejouira d'être délivré d'un tyrran. Si j'ai cherché à vous persuadé que je passais en Angleterre cesque j'espérais garder l'incognito ; mais j'en ai reconnu l'impossibilité. J'espère que vous ne serés point tourmenté. En tout cas je crois que vous aurés des défenseurs à Caën, J'ai pris pour défenseur Gustave Doulcet un tel attentat ne permet nulle défense, c'est pour la forme. Adieu mon cher papa je vous prie de m'oublier ou plutôt de vous réjouir de mon sort. La cause en est belle. J'embrasse ma sœur, que j'aime de tout mon cœur ainsi que tous mes parens.

N'oubliés pas ce vers de Corneille

Le crime fait la honte, et non pas l'échafaud. C'est demain à huit heures qu'on me juge, ce i6 juillet.

Corday.

Au dos est écrit :

A M. de Corday d'Armont, rue du Bègle à Argentan.

Lettre du Comité de Sûreté Générale et de Surveillance de la Convention Nationale à l'Accusateur Public près du Tribunal Extraordinaire et Révolutionnaire (1).

Du 22 juijlet 1793, l'an second de la République française , une et indivisible.

Citoyen,

Nous avons reçu l'Interrogatoire et l'Extrait des Pièces du Procès de Charlotte Corday. Le Comité pense qu'il est inutile et qu'il seroit peut être dangereux de donner trop de publicité

(1) Pour comprendre cette lettre, il faut savoir que le rédacteur du Bulletin du Tribunal Révolutionnaire avait demandé à Fouquier-Tinville communication des Lettres de Charlotte de Corday pour les insérer dans cette publication. (V. les n»* LXXI et LXXIII.) Fouquier-Tinville lui répondit « qu'il pouvait prévenir le Public que celles qui paraissaient étaient de toute fausseté » , et il promit d'en délivrer une copie pour la mettre sous les yeux du Peuple dès qu'il aurait extrait du dossier les renseignements sur cette affaire. » Toutefois , avant de communiquer les originaux au rédacteur du Bulletin, Fouquier-Tinville consulta les membres du Comité de Sûreté Générale en leur adressant la lettre suivante :

« Citoyens, je vous fais passer ci-inclus [l'interrogatoire subi par la fille Charlotte Corday, et les deux Lettres par elle écrites dans la Maison d'Arrêt, dont l'une est destinée à Barbaroux. Ces Lettres courent les rues d'une manière tellement tronquée qu'il seroit peut-être nécessaire de les faire imprimer telles qu'elles sont. Au surplus. Citoyens, quand vous en aurez pris lecture , si vous jugez qu'il n'y ait pas d'inconvénient à les publier, vous m'obligerez de m'en donner avis. (V. Histoire des Girondins, par M. de Lamartine, vol VI, p. 245. — Furne, 1847, in-8°.)

C'est à cette lettre que le Comité de Sûreté Générale répondit, comme on le voit, par sa Lettre conservée au dossier.

aux Lettres de cette femme extraordinaire, qui n'a déjà inspiré que trop d'intérêt aux malveillans.

Les Représentans du Peuple composant le Comité de Sûreté générale de la Convention Nationale.

(A. B.) Guffroy. Ingrand. Lavicomterie. C. Basire Dûment (de la Sommme).

A.U bas est écrit — Le citojen Fouquier-Tinville.

Nous empruntons à un ouvrage allemand qui fut écrit en 1793, peu de jours après la mort de Charlotte de Corday, le récit de l'exécution, fait, dit l'auteur, d'après la relation de témoins oculaires. Il peut sembler étrange, au premier abord, de chercher à l'étranger des détails sur un événement appartenant à notre histoire. Mais il faut songer qu'en 1793 il y aurait eu impossibilité de publier en France ce qui au contraire pouvait s'imprimer en Allemagne. Nous montrerons d'ailleurs ultérieurement que le biographe allemand, le premier qu'ait eu Charlotte, était généralement très-bien informé et très-exact.

« Une foule innombrable de peuple attendait dans la Cour du Palais de Justice, où se pressaient des troupes de femmes, disons mieux, de Furies populaires, qui à la vue de la condamnée, éclatèrent en applaudissements sauvages et en ignobles imprécations. La jeune fille resta impassible sous les outrages : l'immortalité rayonnait de ses yeux, sur son visage régnaient la plus noble sérénité , le calme de la vertu , la conscience d'une grande action accomplie, et la compassion pour le peuple même qui la maudissait. Avant de monter dans la charrette, elle remercia celui qui avait été chargé de couper sa longue chevelure ; elle portait sur sa tête un bonnet blanc, sur ses habits la chemise rouge des Assassins.

— oraux Lettres de cette femme extraordinaire, qui n'a déjà inspiré que trop d'intérêt aux malveillans.

Les Représentans du Peuple composant le Comité de Sûreté générale de la Convention Nationale.

(A. B.) Guffroy. Ingrand. Lavicomterie. C. Basire Dûment (de la Sommme).

Au bas est écrit — Le citoyen Fouquier-Tinville.

Nous empruntons à un ouvrage allemand qui fut écrit en 1793, peu de jours après la mort de Charlotte de Corday, le récit de l'exécution, fait, dit l'auteur, d'après la relation de témoins oculaires. Il peut sembler étrange, au premier abord, de chercher à l'étranger des détails sur un événement appartenant à notre histoire. Mais il faut songer qu'en 1793 il y aurait eu impossibilité de publier en France ce qui au contraire pouvait s'imprimer en Allemagne. Nous montrerons d'ailleurs ultérieurement que le biographe allemand, le premier qu'ait eu Charlotte, était généralement très-bien informé et très-exact.

<( Une foule innombrable de peuple attendait dans la Cour du Palais de Justice, où se pressaient des troupes de femmes, disons mieux, de Furies populaires, qui à la vue de la condamnée, éclatèrent en applaudissements sauvages et en ignobles imprécations. La jeune fille resta impassible sous les outrages : l'immortalité rayonnait de ses yeux, sur son visage régnaient la plus noble sérénité , le calme de la vertu, la conscience d'une grande action accomplie, et la compassion pour le peuple même qui la maudissait. Avant de monter dans la charrette, elle remercia celui qui avait été chargé de couper sa longue chevelure ; elle portait sur sa tête un bonnet blanc, sur ses habits la chemise rouge des Assassins.

M. de Pontécoulant fit plus : il réclama du président du Tribunal révolutionnaire la remise de la lettre de M"" de Corday, ainsi que l'atteste la réponse même de Montané.

Tribunal criminel révolutionnaire établi à Paris , au Palais , par la loi du 10 mars 1793, l'an 11'^ de la République.

PnÉSIDE^T UU TRint^AT..

« Citoyen Représentant,

(( Je vous renvoyé suivant vos désirs, la lettre de Marie- Anne-Charlotte Corday : je croyais vous l'avoir renvoyée avec celle de l'Accusateur public qui ne vous était pas parvenue vu la brièveté du temps et l'ignorance de votre véritable logement.

« Salut et fraternité,

(( J.-B.-M. Montané.

a Paris, ce 22 juillet , 2^ de la République. »

Observation. — Loin d'être un lâche, Doulcet de Pontécoulant avait fait ses preuves de valeur militaire au siège de Lille, etc., et montré le plus grand courage civil h la Convention, notamment lors du procès de Louis XYL Nous ne parlerons point du duel à dix pas raconté dans les mémoires de M. de Girardin {Mém. de Brissot, vol. III, p. 172, à la note) , mais de sa conduite dans le duel à mort engagé entre la Gironde et la Montagne. Buzot, dont on connaît le noble et austère esprit, a payé à Doulcet et Pontécoulant l'hommage

le plus honorable dans sa relation des événements des 31 mai et 2 juin.

« Doulcet est inconsolable, dit-il, d'avoir été effacé du registre des proscriptions: aussi manifeste-t-il chaque jour un courage qui doit lui mériter l'honneur d'une réinscription. »

(Mémoires de Biizot, chez Béchet. — Paris, 1823, in-8%p. 311.)

Une personne qui a beaucoup connu M. de Pontécoulant nous a affirmé lui avoir entendu dire plusieurs fois : ci Si j'avais su que mademoiselle de Corday m'avait chargé de la défendre devant le Tribunal révolutionnaire, j'y serais allé. » Il ajoutait : « J'ai toujours regretté d'avoir ignoré le choix dont j'avais été l'objet, et je le regrette encore aujourd'hui. »

Les écrits de Doulcet et Pontécoulant, ses lettres, ce que l'on sait de son caractère , autorisent à croire que son fegret était sincère, et qu'il n'aurait pas décliné le périlleux honneur de défendre mademoiselle de Corday (1).

(1) V. Charlotte de Corday et Doulcet de Pontécoulant, par M. Renard, p. 10 à 12. — Mémoires de M. Doulcet de Pontécoulant , p. 217.

M. de Pontécoulant fiL plus : il réclama du président du Tribunal révolutionnaire la remise de la lettre de M"^ de Corday, ainsi que l'atteste la réponse même de Monlané.

Tribunal criminel révolutionnaire établi à Paris , au Palais , par la loi du 10 mars 1793, l'an II" de la Piépublique.

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« Citoyen Représentant,

« Je vous renvoyé suivant vos désirs, la lettre de Marie- Anne-Charlotte Corday : je croyais vous l'avoir renvoyée avec celle de l'Accusateur public qui ne vous était pas parvenue vu la brièveté du temps et l'ignorance de votre véritable logement.

« Salut et fraternité ,

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