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Je ne puis autoriser la publication de cet opuscule, que si vous ayez Tindulgente bonté de le prendre sou| votre patronage, en me permettant d'en destiner le produit à quelque embellissement de l'église'^aroissiale de Rouvres ; déjà elle vous doit une restauration et unac-
croissement utile pour sa population, cette chapelle de Pancien prieuré du château, que Tinquiète jalousie de Louis XI fit détruire; ce prince alors fit transporter le prieuré dans le bourg, mais on n'y voit plus toutes les magnificences dont naguère vous avez entendu le détail * avec étonnement ; vous avez déjà fait beaucoup, avec votre bon curé, pour rendre ce sanctuaire digne de sa destination, et vous pouvez répéter avec lui ce qu'il dit tous les jours : Seigneur^ j'aime la beauté de votre maison et le lieu où réside votre gloire, Ps. 25. — Je serai largement récompensé puisque vous me permettez de m'associer à vos intentions pieuses.
Vous savez, Madame, que cet épisode historique n'a été ébauché près de vœis que pour vous distraire quelques instants au salon et non pour &ubir les diancés hasardeuses de Timpression; je suis maintenant obligé de lui désirer du succès. jQuel que soit le sort qui l'attend, il sera pour
moi un souvenir de cinq jours heureux passés à La Ronce, boirheur fugitif comme tout ce qui tient à ce monde, mais que je retrouverai toutes les fois que vous me permettrez, Madame, de vous exprimer la respectueuse vénération que vous m'avez toujours inspirée.
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UmE BIHTRODCCTION.
La Ronce par Anet (Eure-et-Loir) lundi 18 sept» 1S43.
€ Vous m'avez demandé, mon cher ami , et vous avez même exigé de moi , que je vous misse au courant de mes excursions , et que j'eusse la fatuité de vous transmettre mes impressions de voyage. Y avez -vous bien pensé? Vouloir me donner des airs à la mode serait d'un ridicule achevé , et je prendrais cette demande pour un piège, si elle n'émanait pas de vous-
€ J'accomplis donc ma promesse, et veux vous obéir, car je sais que, lorsque je vous ennuierai ou vous fatiguerai, vous me jetterez dans votre capharnaùm, sauf à me reprendre quand vous voudrez changer d'enniii.
€ Et d'abord, ce qui vous intéressera certainement, c'est de me savoir ici, chez madame la vicomtesse de Sourches , dont vous ne -sauriez trop apprécier l'indulgente bonté, le caractère doux et aimable, ^l'esprit gracieux et original ; elle raconte les colloques de ses villageois avec ce tour piquant et naturel qu'elle met d'autres fois àurapporter un souvenir de famille, ou un événement de cour dont elle a été témoin , soit en France, soit à l'étranger, pendant l'exil de rémigration.
« C'était hier la première communion du village de Rouvres, dont dépend le hameau de La Ronce ; vous vous doutez bien que notre bonne châtelaine n'a pas été la dernière à y venir en aide de sa bourse, de ses conseils et
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de ses exemples habituels; aussi mcmsieur le Curé« ainsi que les bonnes Sœurs qui lui doivent leur établissement pour T éducation des filles et pour le soin des malades, la bénissent-ils commo
Tun d^s éléments de leur sainte mission.
ce Nous nous sommes donc rendus à la paroisse pour assister à cette grande cérémonie \ nous nous étions préparés au château pour chanter pendant la grand'messe^ à vêpres et au salut ; madame la duchesse d'Escars est venue de son voisinage pour ajouter aussi à la solennité, en complétant avec ses enfants , les voix qui pouvaient nous manquer.
€ Rien de plus touchant que cette sainte et auguste cérémonie, et je puis vous affirmer que dans notre grande ville de Paris, où Dieu n>erçi les choses à cet égard se passent d unie manière si parfaite , même avec nos petits ramoneurs, on aurait pu envier l'ordre, le recueillement, Tédification, qui n'ont pas cessé de la journée. Ce qui surtout est bien remarquable, c'est la
8 CHARLOTTE DE YÂLOiS.
manière dont le pasteur s'est adressé à ses cbers enfants ; rien de plus paternel, de plus naturel, de plus saint, tous eussiez cru ne pouvoir parler autrement, si tous aviez été chargé de cette importante fonction; cependant nos larmes coulaient, et c'étaient de douces larmes, je vous assure, comme celles que vous savez répandre aussi dans de semblables circonstances.
€ Cela me rappelle un mot que nous citait madame de Sourches, qui l'avait entendu dire à son beau-frère, M. de I^a Fare, frère du cardinal : « Tout ce qui part du cœur y retourne. » Et c'est bien ce que l'on ressentait.
c N'allez pas croire toutefois, que la simplicité des exhortations ait exclu l'élégance et la dignité du langage? Non, c'était à la portée de toutes les intelligences. Le soir, à la fin, une invitation pressante aux parents des enfants, pour qu'ils leur donnent de bons conseil» , encore plus de bons exemples, m'a surtout frappé ; ridée sans doute n'en doit pas être neuve,
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cependant je ne Payais jamais entendu Mre de cette façon. Il leur dit à peu près les paroles suivantes , qui seront bien décolorées , privées qu'elles seront de la voix émue du pasteur et du concours des circonstances ; mais elles vous en donneront l'idée, et vous y suppléerez par la vivacité de votre imagination pieuse > afin de vous reporter au milieu de cet auditoire attentif. ... . € Et vous p^res et mères , que puis-» c je maintenant ajouter à mes pressantes invi- € lations pour vous .supplier de donner de bons € conseils et de bons exemples à nos chers en- , c fants? Mais, si descendant de cette chaire, je < montais les degrés de l'autel , j'ouvrais le c saint tabernacle , j y prenais les vases sacrés « dans lesquels nous avons le bonheur de con- €t server notre Dieu sauveur, et qu'ensuite je c vous les remisse entre les mains pour les € emporter et les conserver chez vous , purs de c tout contact immonde ? Avec quel saint trem* « blement vous emporteriez ces vases de métal?
40 aURLOTT£ DE VALOIS*
c avec quel soin vous chercheriez à éviter qu'ils c pussent être atteints? avec quelle attention € respectueuse vous converseriez en leur pré- € sence? combien vos paroles et vos actions « seraient mesurées ? Eh bien , ces chers en- € fants que je vous remets à la fin de ce jour, € sont maintenant ces vases sacrés , mais bien « supérieurs, puisqu'ils sont déjà depuis leur € baptême, les temples du Saint-Esprit. Que c vos discours soient irréprochables, que vos « enfants ne voient rien en vous qu'ils ne puis- « sent imiter ; votre vie doit être un livre ou- « vert devant leurs yeux, où à chaque instant c ils puissent lire tout ce qu'il y a de vrai , tout c ce qu'il y a de chaste, tout ce qu'il y a de « juste, tout ce qu'il y a de saint, etc. , etc. »
« Je ne saurais vous dire , mdh ami , combien tout cela était bon , convenable , paternel, encourageant, pastoral et consolant. Enfin, nous sommes revenus dîner, pénétrés d'une joie bien douce , que vous eussiez partagée , si
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VOUS aviez eu le bonheur d'être avec nous.
€ Voilà quant aux impressions, qui en valent bien d'autres, il est vrai; mais quant aux faits historiques dont ce pays abonde, je serais fort embarrassé de vous dire quoique ce fut que vous ignoriez où ne sachiez mieux que moi.
« Vous parlerai-je d'Anet? Mais les ambitieuses magnificences de la duchesse de Valentinois sont énumérées partout ; peut-être subsidiairement , vous en dirai-je deux mots à la fin, parce que j'y serai naturellement amené. Encore moins, vous raconterai-je la bataille d'ivry , dont je vois le château et la plaine de ma fenêtre ; je ne suis point historien. Le château de Sorel ? Mais madame de Staal , née de Launai-, nous a laissé, dans ses souvenirs, des détails de l'intérieur de madame la duchesse du Maine , qui ne permettent point d'y ajouter quoi que ce soit d'intéressant; nous ne pouvons plus qu'admirer maintenant la longanimité de
si puissants princes , qui croyaient ne pouvoir , où ne pouvaient réellement pas se rendre de Paris à Sorel en moins de trois jours, et qui, pour faire dix-huit lieues, couchaient deux nuits en route. Ils étaient loin de la rapidité des chemins de fer , comme vous voyez , puis-
que nous pouvons y aller aujourd'hui en quelques heures.
€ Je préfère vous traduire avec commentaires , déchiffrer , compléter et développer avec liberté, en faisant même des excursions dans le domaine de l'imagination , pour coordonner les événements , une vieille chronique dont les faits principaux sont malheureusement trop constants ; ces faits , néanmoins , me paraissent avoir besoin de mes développements , aujourd'hui que les circonstances et les usages sont oubliés.
« L'original de cette chronique m'est tombé entre les mains ce malin, comme j'explorais une vieille armoire , placée dans la sacristie de l'é-
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glise de Rouvres ; elle est écrite sur parchemin à moitié pourri et rongé des rats ; elle se trouvait au milieu de vieux antiphonaires et graduels, provenant , sans doute , de Tancien prieuré de
Saint-Martin ; je la suppose écrite à la fin du
quinzième siècle ou au commencement du seizième , par un témoin oculaire , et peut-être par le successeur immédiat du bon prieur , dont
il est question dans cette chronique.
€ Je me fonde , à cet égard , sur ce que :
€ 4 " L'auteur rapporte la mort de Jacques de Brézé, arrivée à Nogent-le-Roi, en 4494 ;
€ 2^ Il y dit peu de bien de Louis XF, qui par conséquent ne devait plus exister ;
« 5*^ Il donne de justes- et grands éloges au bon prieur ;
« 4" Il ne fait nulle mention des guerres d'Italie , qui suivirent la majorité de Charles YIII;
* « 5<> Il apprécie les faits suivant les naïves lumières et les coutumes simples du temps ;
€ 6« Enfin, il retient sans cesse et avec une persévérance , qui est peu dans le goût actuel , sur des pensées religieuses , des réflexions , ou des conseils de piété , qu'il cherche, suivant la manière de l'époque, à tirer du sujet qu'il traite; nous trouverons aujourd'hui qu'il va les chercher un peu loin.
€ Ce récit, toutefois, nous rappellera une fois de plus, qu'il faut ccmibattre ses inclinations coupables, dèsVorigine et avec des armes toujours prêtes ; car, sans cela, les mauvais penchants finissent par prendre sur nous un tyrannique ascendant , un véritable empire ; que surtout , il faut fuir le danger , ne jamais s'y exposer ; et enfin , qu'il faut répondre à la grâce , si on ne veut pas risquer de la perdre entièrement.
€ Plus mondainement , nous pourrions avec le Bonhomme, répéter à cette occasion :
« Amour ! amour ! quand tu nous tiens , « On peut bien dire : Adieu prudence ! »
€ Puis encore , en psu:aphrâsant un dje ses
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hémistiches , je prendrais volontiers pour épigraphe :
« Amour, tu perdis Rouvres !... »
« Mais je veux , cependant , respecter celle de la chronique, qui est elle-même ornée d'une épigraphe, et que je vous donnerai telle quelle, avec son titre.
« J'ai cru devoir conserver la division par petits chapitres, avecsommaires , afin de laisser par cette division , quelque chose de l'empreinte du temps.
CEARLOTTE DK VALOIS
1A8TA11IB M FIANGB,
les troiH Jacqaes infortonés.
Troiz de même nom vous ameront ; aioz se les troiz aussi vous amez, touts troiz et vous malle-heure aurez : deux de malle-mort et vous, oods serez; le tiers eu pausvre pausvreté passera de vie à trépaz.
— La Motekigéi, —