LIVRE DEUXIÈME
fflinmn
Il M^ÊÊi CttMi dft MM tmnmu •i«rt-i« Wwêêwê et
Jacques de Laver^ne. — Gelal-cl reçoit une lettre qui le trou- Me. * Il eonsuNe le P. Boaatlen. -^Loals 11, Ipatmlldee Dièmfit» de lacqaes de Bréze , l'exile à RonvFes. — De l'ordre de Salnt-Mlclieî. ^ Pe la nalssanei^ dttDanphln. — Sonrenir de la HPAtciilf ai^ - 4rrlv«f d« invite dft NM^^vvler ^ squ (SlUtetn de Roavret*
Pui^qi^p nom parlons (la Eouvros^ pous y peviundroiis aussi eu dissaut que les relations prenque joijrugU^res du JQPi}^ eommaudaQt avec la prieur furent utiles au premier, ^oiis tous los rapports. Sa çonsci^oee fut éclairée at raffermie; de plus,, le bon religieux, confi-
dent des malheur^ de la contrée, put facilement donner à Lavergne de précieux renseignements pour rendre bonne justice.
Il y avait à peine trois ans qu'il était retiré au château de Rouvres, gouvernant les domaines du comte de Maulévrier, où il avait des occupations multipliées; il y avait, disions nous, trois ans qu'il faisait beSiucoup de bien, malgré sa jeunesse, par sa conduite et la rectitude de son jugement, lorsqu'il reçut un * message dont le contenu assombrit singulièrement son front. Il lisait et relisait cette léttre, appuyait sa tête sur sa main, soupirait, puis marchait à grands pas, puis s'arrêtait comme un homme qui est frappé d'un coup funeste et imprévu , coup qui devait exiger une détermination prompte et énergique.
Une demi-heure après, le commandant n'avait point encore prononcé un seul mot; enfin il se lève et se rend avec précipitation chez le prieur. Celui-ci n'était pas dans sa cellule; il était près d'un moribond, à qui il aidait à passer le redoutable moment qui décide de notre éternité bienheureuse, ou trop souatuI qui dé-
ET iacovës de buésé. 157
termine notre véritable mort. Larergne Tattendit, avec des marques, visibles d'impatien^ ce 9 pendant une demi-journée; enfin le boa Pt Donatien parut : Lavergne se précipite à sa rencontre, la lettre en main :
— c Ah ! mon père, voyez combien je suis malheureux ! lisez et donnez • moi conseil :
dois-je fuir encore?... Mais ils sont malheureux sans doute P »
Le prieur lut et vit que le comte de Maulé-vrier annonçait sa prochaine arrivée à son château de Rouvres, pour rhabiter avec son épouse et ses cinq enfants, parce qu'il avait déplu au roi. Point d'autres détails.
En effet , Louis XI , instruit des menées sourdes du duc de Nemours, parvint à savoir que Jacques de Brézé avait des relations habituelles avec ce chef de révoltés. Déjà , lors de la création de Tordre de Sain^Michel, que le roi avait institué en 4 469, parce que celui de FËtoile était tombé en discrédit par sa profu«sion, il n'avait point compris le gouverneur, grand-sénéchal de Normandie, dans la pro- , motion des trente-six chevaliers qui devaient
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an fixer le )U)mhre; c'était un commeKçemeol;
de 4iflgràce. Mais p'ayant rien absolument de l^itif quant à la ci^pabilité de Jacqnes ^e Bféié, il ae contenta pins tard de séparer ceuf que le prétexte dq bim publù: avait \i\m, &fj^ }ant oaliiKi d»n» «^ terres» ^^t faisant enfermer ]lq duq d« IH^niour^ à 1» Bastille, ss^f à yolr pln^ t»rd Q« qu'il anrait à faire. N^ pouriaitrov pas attribuer cette brusque détwminatioi) à h
£pntrerîété qn éprouva I^ui^ XI» lors de la aaisfiancâ du dauphin, en 4 470? Après avoir Jk^Qgtemps aoiifi^ré de n'avoir ru survivre qoe m^ filI^Si et en avoir trop sauvait rendu h reine en quelque sort^ i^^pon^a.bl^, TfirHvée de cet enfant» lorsqu'il n'était plus jf une, le pfiit de inéPhantQ bum^vr, parpe qu'ii voyait déjà en lui gpp Miceesseur ^n trdœ !».. On e^l )iejM de ^upçopj^er ai/si^i que le yoi^ en faisant ^uvv^il^j? YMt&l de Brézé, fut instruit des agsid^ités de Jacques d'Aro^gu^e, lorsque afi «œur s'y prouvait seule, et que le^ parçle^ àp Ia bol)«(nienne Ini revenant à la ^némoire, il prit le parti de brusquer la séparation ; >i en effet la d^isioq du roi était fondée sur ce dor-
ET JTACOtJCS BE MtCl. 450
nier motif, il fttt étrangement trompé danb son but; ear il était sans doute loin de souf^ çonner qu'en empêchant les itektions de Jbeques d'Ârmagnac avec Charlotte, il assuraît* en quelque sorte la suite des pronostics menaçants de la Motchigai.
Les supplications de la comtesse de Maulé-> vrier ne purent rien sur Tesprit de son frère, qui lui laissa même entrevoir qu'il était plus instruit qu'elle ne l'eût voulu sans doute de son tendre intérêt pour le duc de Nemours.
Charlotte pleura amèrement, beaucoup plus de sa séparation que de la disgrâce de son mari ; mais elle put facilement cacher les véritables motifs de ses larmes, qui s'accordaient si naturellement en apparence avec la disgrâce de sop époux.
Le prieur, après avoir longuement réfléchi et fait à longs intervalles quelques questions à La vergue, allait donner des conseils, lorsqu'un grand mouvement se fit au château ; les clairons sonnèrent, le cri des sentinelles se fit entendre , et au milieu du tumulte , on distingua facilement que c'était le comte de Mau-
lévriei* qui arrivait avec sa famille et sa suite : force fut au coimnandaiit d'aller au devant de lui, sans avoir pu ^re fixé par les conseils du P. Donatien.
CHAPITKE ITI.
Conmeiit l« coMte de ll«ilén4er tat rcfv à mu eMMan «e Rouvres. — Compliment ëa P. prtem* à la comtesse de MaaMvrter. — iBMoliaiiOB. — Plaiilr «w caiariettc troavalt à teirc de la mnsl^iie. — Bons effets des prédications et des prières dnP BonaUcn.
Lavergne fut bientôt aa courant de la cause qui amenait Jacques de Brézé à Rouvres, et ils n'étaient pas encore arrivés à Tappartement principal , que tout avait été confié à ramitié.
Le P. Prieur instruit par le commandant , se rendit des premiers auprès du comte de Maulévrier ; il allait lui adresser un discours,
^42 CBAnLOTTE DE VALOIS
en commençant par c Monseigneur, » lorsque Jacques de Brézé se jeta au cou du bon religieux, el s'écria,:
— • € Ah ! mon père , appelez-moi toujours votre fils, «comme au temps de ma première communion et de notre séparation.
— € Eh bien, Âioti chef fils, laissez-moi adresseï* quelques paroles à votre illustre épouse. >
S'approchant alors de Charlotte, sombre et attristée, le P. Donatien ftprèi lui avmî fait une profonde ioclioation ^ lui 4ît :
€ Madame,
c Le ciel en vous faisant naître aux abords des marches du trône, et en vous entourant des séduisantes déceptions de la fortuaei vous avait traitée avec meius de faveurs qu'aujourd^hui, où vous ressentez le goût axner de la diagràpe. Pardonnez-moi la liberté de ce hu^ gage familier, que me dicte mon affection et mon entier déivou^ment pour lauguste époase de celui, qui encore en ce moment, m^ordon-' ne de l'appeler mon fila* Oui» Madame^ ici, e»
Et lACQUË» l>R BRtKÉ. 44S
tourée de oœura simples, mai s décodés à leuré mitres , vous seres {dus à Dieu qui toqs a ei^e pour lui, vous comprendrez davantage que la vie n'est lé phis souvent qu'obe brillante illusion*; ici , tous pourrez devenir ua modèle de résignation et un exemple de toutea les vertus. Rien ne sera perdu pour ceux qui dépendent de vous, car les exemples des grands ont une immense influence sur ceux qui sont au-dessous d'eux ; votre fortune peut soulager de grandes misères, et ail milieu dé votre opulent entourage, vous pourrez prouver néanmoins que vous possédez' l'esprit de pauvreté en secourant Tindigent, Tesprit d^humilité en descendant jusqu'à lui. Vous ne trouverez point ici , Madame, les formes adoucies des cours, mais la vulgarité de nos manières ne vous blessera pas longtemps , si vous voulez considérer tout ce qu'il y a de grand dans les Amea rachetées au firix du sang adorable de iésus^Christi Puis k son exemple , si vous limea les pauvres petits enfants de vos domaines, vous serez digne qu'au jodr suprême» où le souverain juge protioTi/Dera sa aeat^nee dé*
444 cnABLOTTË DE VALOIS
fioitive» il tous dise en vous déjsîguaut une place élevée, qui ne pourra plus vous être on* levée : t Ma fille, vous m'avez aimé 'dans mes < membres pauvres et souffrants , vous êtes c descendue jusqu'aux plus petits » mainte*
€ nant montes plus haut. »
Bientôt les nouveaux habitants de Rouvres arrangèrent leur existence de façon à y passer le temps d'une manière utile ^ sinon très agréable» pour des gens habitués au luxe et à la dissipation de la cour. Le comte de Maulévrier avait reçu dans cette occasion la visite de plusieurs seigneurs ses voisins ou ses alliés ; dans ce nombre, Jean de Vendôme, vîdame de Chartres son beau-frère, le seigneur d'Escars son parent par sa seconde .femme , et bien d'autres. Ils venaient le féliciter d'avoir •quitté la cour.
Charlotte qui savait chanter et s'accompagner du téorbe, put faire souvent de la musique nvec le commandant, à la soUicitatioa de son mari. Ce lui fut la disti'actiou à laquelle elle pi*it le plus d'intérêt, et le comte, quand
il le pouvait, se joignait aussi à eux ; lui, ne savait pas chanter, mais sa voix mêle et grave ajoutait beaucoup de solennité à certains airs. Il arriva plus d'une fois à Jacques de Brézé, d'oublier ou de décommander des parties de chasse, pour complaire à sa femme, et il le faisait avec empressement. La comtesse trouva encore dans les talents poétiques de Yacoûbo, un motif d'occupation et d'intérêt qui avait beaucoup de prix à ses yeux; ses rapports cependant avec lui, n'étaient pas sans quelqu'embarras, de part et d'autre, dans les commencements ; mais Jacques de Lavergne, par une mesure de convenance parfaite, sut bientôt faire disparaître la gène qui avait d'abord existé.
Le Prieur n^avait pas craint de répondre à la coniBance de Lavergne, en lui donnant de bons conseils sur la nécessité de fuir toutes les occasions de se trouver seul avec la comtesse de Màulévrier; d'ailleurs, la mélancolie de cette femme désolée , paraissait un remède suffisant à ce que l'on pouvait craindre. •••• Malheureusement on se rassura avec une trop
146 CHAIlLOTTB DE VALOIS.
grande facilité qui doit pamUre bien nttlorelle
cependant.
. , Une grande partie de Taimée a'éeoub tranr
,i|iiiUlement, le eonkta de Naulé^rfer prenait
mw6nt le i^iair de la chasse ; in comtesse
devenue grosse, s'œcu^lt de ses enfants.
tes fêtes de Pàqiœs étant pam&eSf te gmiA 9èoéeim\ avait Yâtfouvé du calme et presque du bobbeur dsoss la sincère amitié de soncher Ymoûbo; la seule peine qui hit restât^ s'était de ne pouvoir consoler entièrement sa jeune femme qui se trouvait bien isolée^ loin de toutes ses relations de famille; œpendsmt il avait eru remarquer moins d'abattement depuis le comméocement du carême ; les sages et saintes prédications du bon Prieur, ses avis, ses eiempies, ses prières surtout > avaient obtenu du ciel un changement qu'on ne pouvait guèfie espérer eitôt .
CRimiffi îvii.
OnmiMiit on ût le projet de visiter les domalnesy en commenç^nt pur u pèlerUiafe ^ notre-lNiiiie de caiiurtres. --Des syilllés païennes mal propnétlsalcnt la Vierge-Mère, bonorée on siècle avant la naissance de N . S. x.-€. — Des pi^emlers apôtres envoyés dans le pays des Carnntes. — De l'évéque Resnamt d'IUlers, «ni ensate le comte et la comtesse de llÀmevrler à demenrer «nelqnes Jours à Gluurtres pour être ted'mie rednslon*
Lavèrgne conseilla au comte de Maulévpîer de conduire sa femme dans ses domaines; elle avait une haquenée très douce, et ce lui serait un moyen de se distraire qui ferait du bien ii sa santé, en lui donnant de l'intérêt pour ce qu'elle possédait. L'avis parut bon, et Charlotte accepta avec empressement la proposition que lui fit son mari de lui faire faire suc-
cessivement dés excursions dans les environs, en raccompagnant. Le gi*and-sénéchal adorait sa femme; heureusement pour lui, rien du passé n'avait transpiré et par conséquent n'avait troublé son affet;|ion légitime.
On décida que ce serait après les relevaiiles
de la comtesse, qui était sur le point d'accoucher, et par conséquent dans les premiers jours de septembre.
Il était alors un saint usage, malheureusement trop oublié aujourd'hui, et fait souvent, même à cette époque, sans entrer dans l'esprit d'une coutume aussi respectable ; c'était de mettre, par un pèlerinnge à quelque sanctuaire, ses actions principales sous la protection de Dieu, afin d'en diriger la pure intention convenablement; à cet effet, pénétré qu'on était de la for en la communion des saints, on réclamait aussi l'intercession de la mère de Dieu, et l'on vénérait les reliques dea saints, comme la semence de leur résurrection, ainsi que de l'immortalité qui nous attend et dont ils sont déjà en possession.
On voulut donc commencer naturellement
par un pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, le 8 septembre, fête de la Nativité, et on s'y rendit la veille, pour aller faire ses dévotions de bonneheure, le lendemain, dans cette église, vierge elle^méme^ par un privilège particulier, et qui est un symbole de la virginité de la mère de Dieu. En effet, jamais les flancs de cette basilique n'ont été souillés et ne se sont ouverts pour recevoir le corps d'aucun défunt; nulle sépulture n'y a été faite, et la corruption n'a pu y séjourner.
Les auteurs profanes et anciens racontent que des druidesses gauloises, espèces de sy^ MlteSj lors de l'invasion de^s Romains dans la Gaule celtique, annonçaient tout haut à Chartres, où les druides avaient des autels et un sanctuaire vénéré, qu'un jour on y élèverait un temple à une Vierge mère. Les circonstancea extraordinaires qui accompagnaient ces prédictions, et le fait par lui-même si incroyable pour des païens, voluptueux comme leur théogonie mythologique, avaient cependant déterminé le proconsul à élever un autel dans Tendroit où se trouve, dit-on, aujorn»-
d'hui le pilier de Notre-Dame , dans la cathédrale de Chartres. II fit mettre dessus cet autel rînscription qui suit :
A LÀ VIERGE QUI DOIT VENIR ET ENFANTER SANS PERDRE SA VIRGINITE (e). i
En sorte que^ véritablement, la mère de Dieu fut honorée en France^ cent ans avant sa venue ; et, lorsque saint ÀlUn^ eu Adventin, établi par saint Potantieu, d'autres disent envoyé par saint Denis dans les Carnutes, ar* riva à Chartres pour y porter la bonne nouvelle de l'Ëvangile ; il put, à l'instar de saint Panl, lors de ses prédications à Athènes , j faire connaître , non-seulement le Dieu inctm^ nUj mais encore la Vierge mystique et îne^mparable qu'on y vénérait déjà sansla connaître.
Et lorsque, l'an 66 de âotre ère, saint Ca* rannus, vulgairement appelé Saint Ghéron^ Tint à Chartres, envoyé par saint Glétnent^ successeur immédiat de saint Pierre ; H J trouva le christianisme si bien étaldi ÛepvAn
(s) Voir Us notes à la fin du volume.
BT lACOVM DE AUtZÉ. 481
tingt &DÈ ^hez de nombrettic et fervents chré-' tiens, qu'il vcmlut s'en aller porter ailleurs la nouvelle doctrine^ mois H fut ftiartyrisé plis dé Ghaiires par des païens ; e^est ee qui hit que 6oïf corps y est vânéi^ comme un àêê apéfres de la province *.
Le comté et la comtesse de Manîévrier f orénl reçus convenablement par l'évêque ; c'était alors un savant et illustre prélat, Milles d'illierS, quatre-vingt-quinzième évêque de Chartres, précédemment docteur en décret à l'Université de Paris, et en droit à celle d'Orléans ; il fut trente-cinq ans sur son siège, et lorsqu'il mourut en A 495, ce fut son neveu Regnault, ou René dlUiers, qui lui succéda, et qui justifia le choix qu'on en avai( fait.
L'évêque loua la démarche pieuse de Jacques de Brézé; il lui souhaita, pour lui et les siens, toutes sortes de prospérités, même dans ce monde, et l'engagea, ainsi que sa femme, à demeurer quelques jours pour assister à une
* On peut lire tous ces faits et d'autres encore très curieux dans V Histoire de l'église de Notre-Dame de Chartres^ par Rouillard.
cérémonie très rare qui devait avoir lieu le >|4 du même mois, fêle de l'Exaltation de la Sainte -Croix; il s'agissait de reclure pour toujours une des dames religieuses de Tbôpi** tal qui, depuis plusieurs années, sollicitait cette insigne et rare faveur, à laquelle une grâce particulière semblait l'appeler.
CHAriTBE XVIU
Oft 1*011 raeonte la vocation extraoi*dliialre d'qne demoiselle noble ée la funllle Tiennot de VauManc, avec les cereoM»nles symboliques et earienses qui aceompagnerent sa récln-
La comtesse de Maulévrier demanda quel** ques détails sur une vocation si extraordinaire, et Févéque lui raconta qu'une demoiselle Adélaïde Yiennot de Yaublanc , d'une famille distinguée, avait manifesté, dès son enfance, une piété suréminente et un amour de la solitude que la grâce seule peut donner ; elle entra de bonne heure en religion ; mais bien que ses
supérieures lui eussent toujours donné la plus grande liberté de vaquer à ses oraisons solitaires, elle trouvait encore que le soin des malades, les heures d'offices et autres obligations de la règle, la détournaient de la contem* plation à laquelle Dieu paraissait l'appeler. Ayant atteint râg(è dé treilfè-cinq ans, dans l'exercice des plus éminentes vertus, elle fit demander plusieurs fois à l'évéque la permission d'entrer en i*éclusion; Milles d'Illiers, après avoir mi» quelque oppjQaitiQJii pouç l'©» prouteï dstTânlàgje, l'avait liomm^ç sftpérîettte de l'hôpital à son grand déplaisir; maii^ la sainte obéissance lui fit remplir encore, peu-
dant deux années, ces fonctions qui la détournaient bien plus encore de son goût pour l'oràî&on 00flt8iBtilativ6. Enfin , seftfle^ieitatidns ayaBtrMoffiiEfeQneè^ l'évéque n^amt faë érv d^ ymi rédirie» pifai» Icm^iiipB à' 00 4ui cfeÉiblaifr élre la "iwL de Dieuf et il l'àfAifi, miiafnt lâi cègleau mise pour uBeatiaéè e» dôtWQ ê» f^roM bÉtioii daxis la «oomiuDauté, en k néqu^tcbst tdul*à«'fait des rapports les plus dnfinàtm avecjm eoo^ag^nes, L'anâét de profattionitaï
était échue, et caittme la reoluse-notiee ébn^ tiuuait à deBoander sa réeluâiod absoln^^ oii avait construit son réeluseif près de FégUs»
de la Léproserie, qui servait alors de eou-* vent ; car depuis rétablissement des proQ^s*» sions de la Fête-Dieu , en 4 264 , par décret d'Urbain IV, la lèpre avait d'abord eesaé d'être çontagi^qse > et ensuite avait entièrement cessé d'exister en France ; il était bieb. dé^ montré que le divin maltt'a voulait toujours passer, en faisant le bien, dan» tous les lieus où i) y avait des êtres souffrante, croyauta et aknantSé
Le récluseir, suivtat la r^le, dfvail avoiv une ouverture sur l'église, afin qUe le rediis ou la recluse pi^t entendre la mni^ mciâae; h reclus y recevait la sainte connnuiiiîon ordinai* rement tous les jours, à moiiis qu'il ne tki pnSt tre, car alors il avait daqs sa ^llule tout m qu'à fallait pour dire lameasg ; lûais of tt# QUFél^toi'e était toujouri» couverte de êms, vdileSf un à l'intérieur et l'autre è l'extéridur^ «^^wés p«i une grille^ et, sous aucuA prétexte, ils ot pwvaiântiôtre^ifésàlafoia. ^
Dans le réclusoir sa trouvait aussi une baignoire, cap la propreté était exigée, comme nécessaire à la dignité du Saint-Sacrement, dont ou avait le bonheur d'approcher si souvent*
A l'extérieur on transmettait la nourriture au reclus par un tour; quand il en avait de reste, il le remettait sur le tour, et les pauvres le prenaient.
Sous aucun prétexte, la folie exceptée, le reclus ne pouvait sortir ; mais quand il était malade, Tévêque permettait qu'on levât le sceau qu'il avait apposé lors de la réclusion, et aussitôt qu'on revenait à la santé, Tévéque remettait le sceau sur la porte , qui demeurait close, sans qu'on pût obtenir une parole inutile du reclus. Quand c'était un prêtre," il piouvait confesser les personnes qui voulaient s'adresser à lui, et c'était assez fréquent; car d'ordinaire ce n'étaient point des esprits étroits qui se retiraient ainsi, c'étaient presque toujours des esprits supérieurs : seulement ils comprenaient mieux que d'autres les voies de Dieu, qui nous appelle le plus sou»
ET JAGQUBS DE BEtZÉ* 457
vent, par Texercice de la pénitence, à veiller sur nos penchants, et à prier sans cesse pour les combatire avec des armes victorieudes.
La comtesse de Maulévrier avait de la peine à admettre la nécessité de ce sacrifice absolu de tout ce qui est extérieur, pour consacrer sa vie entière et toutes ses facultés à Dieu ; les esprits bornés et les esprits forts portent souvent des jugements identiques, car les extrémités se touchent : les simples ne croient rien au-del?) de ce, qu'ils voient, les substils n'admettent rien au-delà de ce qu'ils comprennent; comme si la vue de l'esprit n'avait pas des bornes aussi certaines, et marquées aussi nettement que la vue du corps. Ce qui empêche ordinairement d'être religieux, c'est d'abord l'ignorance des premiers principes, qu'on n'étudie pas; c'est ensuite une petitesse d'esprit qui ne veut pas monter très haut, parce qu'il s'arrange du monde piésent, comme s'il devait toujours durer ; c'est une froideur d'âme^ qui ne peut sentir l'amour de Dieu, et qui souffre quand elle entend dire que Dieu s'est faithomme... qu'il est mort.. « pour ui>us..«;
4SlB GrtàMiOTVB DB VALOIS
mais le géiiie, cemtùe rhomme simple qui ii'b pas éteint la lumière née avec lui , comprend que Dieu ee aoit feit petit. . . qu'il soit mort. . . Il n'y a rien qui comprenne mieux rabaissement que ce qui est élevé, soit par FinteUigenee, soit par la grAce divine.
On conçoit parftiitement que la comtesse de Maulévrier, femme mondaine et dissipée depuis son enfance, qui avait effleuré beaucoup de choses sans en savoir aucune à fond, pas même en quoi consistait ledevoir de tout chrétien , qui s'était ainsi formé des sentiments et des opinions de religiosité vague fort à la mode en ce moment, ne voulut ou ne put comprendre la nécessité de répondre à une vocation qui loi paraissait aussi rigoureuse; mais tout ce qu'eUe venait d'apprendre excitait sa curiosité au plus haut degré, et elle voulut demeurer, pour as* sister à la cérémonie à laquelle Tévêque l'avait conviée»
An jow fixé, le 44 septembre, à S heures du matin, toutes les cloches de la ville sonnaient le glas des morts; la future recluse, conduite processionndlemencdans son çostu-
medereligieuée^ avec uq voile noir très l^pti», accompagnée de deux 6C0ur84{in portaii^iit sur launs^ bna0 la robe de laine fiaas tàioture, le «eapulaire et le maatoau de wéme , m rendît à la cathédrale, où Tévéque les roçut à la porte. Là, le prélat lui demanda ce qu'elle voulait.
•^ c Là fécluaion*
•^~ c Pourquela motifii?
*-«• € Pour vivre toute à Dieu, dans la aolktude.
r«-o « Ma aœur, voui» pourriez servir IMeu et le proclùiin en restant en censaïunauté.
^ €le veux, avec ia permission 4a Yotn Révérence^ rompre entièremeutaveeleineiide, ^ Texemple de sainte Madeleine , de aaiste Marie rÉgyptienne^ de eaint Antoinei et de faai d'airtres saints solitaires .
«^ « Alors , np»a e«w% aommdMW h lentrar «dans le taberaaele é}0vé par la maîa des bemmes à la gloire de Dieu^ ei qui n'i#st qu'une &ible image de eeftte %Msd mystique où vous Ates appelée à pnendne votre place un jowy efin que, ldevenu^ une pierro polie en ^ inonde par h merlîAoatiou, veus s^^e? réunie
160 CnARlOTTK DE VALOIS
par m charité à Jésus-ChriM, la pieiTe angulaire de rédifice éternel.»
L'évéque la conduisit alors par la main jusqu'au sanctuaire, où, après avoir béni les vé* temeuts apportés par les religieuses, on en revêtit la mère de Vaublanc ; puis, on lui mit au cou une croix de bois suspendue à une corde, et Févêque dit la messe, que la recluse entendit à genoux ; elle y communia, et, après une messe d'actions de grâce que le prélat et la recluse entendirent, la procession se remit en marche, en se dirigeant vers le réclusoir. Les cloches sonnaient toujours le glas.
Arrivés là , l'évéque fit une nouvelle série de questions à la nouvelle recluse, qui, per-* sistant dans sa résolution, fut introduite dans sa cellule, d'où il lui fut défendu désormais de sortir avant sa mort; l'évéque lui imposa le nom de sœur Marie-de-la-Nativité; il lui remit la règle des recluses, rédigée par le docte prêtre Grimlaïc, laquelle était en grande partie basée sur la règle de saint Benoit. Enfin, après avoir fermé la porte, il y appliqua son sceau , qui ne devait plus être levé avant la mort
de la recluse. Au-dessus du tour étaient écrits ces mots : Faites pénitence^ veillez et priez [f). Ceux qui seraient lentes de tourner en ridicule ces pieuses folies de la croix, ne savent ce que c'est que la communion des saints, et le trésor commun de TËglise catholique; qu'ils sachent au moins que si les actions des saints sont toutes proposées à notre admiration, elles ne sont pas toutes proposées a notre imitation , mais, que tous, nous devons étudier et savoir ce que Dieu exige de chacun de nous, pour Faimer par Taccomplissement de ses commandements, et de nos devoirs particuliers.
(/*) Voir la note à la fin du volume.
emm m
comte H m eomlMae «e llanlévrier flrcvt et grandes générosités avant de quitter leur dévotleox nèlerinsge. •--l/iwdtallon qu'ils flrent k l*évêqoe de venir l'an suivant tn Jubilé an prieuré de Rouvres , pour le séciilaire anniversaire de la dédieaee de la ehapelle baslileale. -^ La visité des domaines. — Belles réceptions partout. — Aéédiflcatlon de l'fgllse de ralliNlye de Coulomb, où fat fondée la sépulture du foipite et de la eomtesse de Manié vrier. — Cl^rlotiç reprend sa belle bnmenr. —Lavergne l'accompagne finelqnefols, et II UÊt de la nmalqne nvce elle.
LefijMbles époux, qui avaient fait leurs d^- 'VOtiÔQfi le jour de la fête de Notre-Dame, fia*£ut degrafides^énérositâs, soit pourréglise, fiait pour les pauvres malades^ sait poui* les indigents; ils firent ^ncosre, avant de quitter Chartres, leur prière au pilier 4e la Vierge .mère, puis devant les corps de saint Gbérôa, masCyrifié .près de la ville, et de saint Piat,
464 CHARLOTTE DE TALOIS
martyr en Flandre, mais dont le corps fut transporté à Chartres. Enfin, une visite de remerclments à i'évéque, qui leur avait procuré une grande édification, et qui leur donna sa bénédiction.
Avant de le quitter, le comte de Maulévrier pria le prélat de venir Tannée suivante officier à la chapelle du château de Rouvres, le jour de la saint Martin ; ce devait être le centième anniversaire de la dédicace de la chapelle et do là translation d'une relique insigne de saint Martin, qui y était déposée sous Tautel ; il lui demandait même d'obtenir du pape qu'il y eût une indulgence plénière avec octave pour tous les pèlerins, et que l'évéque eût, pour le jour même de la fête, le pouvoir de donner la bénédiction papale. Milles d'Uliers promit de faire toutes les démarches en cour de Rome à cet effet, et l'assura que, dans tous les cas, il se rendrait lui-même à cette invitation, dont le but le charmait infiniment.
De Chartres, le comte et la comtesse de Maulévrier commencèrent leur tournée, avec leur suite, dans leurs domaines; ils commencèrent
par visiter Houdao et Vei^noD, appartenant à Charlotte; ellefiitbienreçuepartout; puisÂnet, BîéyaI,Montchauvet, Nogent-le-Roi, toutesan^ ciennes chastellenies, dont les châteaux forts ayaient été démolis par ordre de Charles V.
Ces visites, avec leurs accessoires, ne lais^ saient pas que de prendre du temps, et d'occuper sérieusement les seigneurs de ces domaines. En passant près de Tabbaye de Goutances, Fabbé et ses religieux sollicitèrent quelques secours en bois de construction, en pierres de carrières, et enfin en corvées, pour les aider à réédifier l'église , qu'un incendie avait réduite en cendres. Tout ce qu'ils demandèrent leur fut octroyé , et Charlotte y ^outa quelques promesses d'argent : aussi les religieux obtinrent-ils une autre concession , qu'ils regardèrent comme un devoir de solli< citer, à savoir que la sépulture du comte et de la comtesse de Maulévrier serait érigée et préparée dans le chœur de cette église, avec «des messes de requiem^ qui seraient fondées par Alite de leurs bienfaits.
Pendant ces tournées, renouvelées de temps
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en temps^ de grandes largesses furent faites par la comtesse, qui y mettait bien un peu d'ostentation. Ces visites parurent avoir la plus heureuse influence sur Charlotte de Valois ^ qui reprit sa bonne humeur, sa bonne santé, et aussi malheureusement tous ses ebarmes.
Quelquefois, les travaux du eomie de Mau* lévrier l'obligeaient d'aller dans son gouver* ^nement à Rouen, ou l'empéehaient d'aecom* pagner sa femme ; alors il chargeait le cher Yncoûbo de chevaucher près d'elle dans ses courses, afin de la garantir de tout accident et de la préserver de tout danger. Les routes n'étaient pas encore ce qu'elles sont devenues) la recommandation était naturelle, mais il ne la croyait pas dangereuse, et elle l'était bien plus que les accidents qu'il redoutait. Il lui deh mandait aussi de la distraire eiilui chantant des rondeaux et des chansons qui lui plaisaient^ Charlotte trouvait de fréquentes occasioM d'exercer le talent de Layei^ne, et d'y ajeutsi le sien. De longues heures étaienteoBsaoréesH la.musique, presque journellement, le dîinân-
ET JACQUIiS BB BRÉZÉ.
che excepté, et ce n'était jamais sans quelque trouble d'esprit et de cœur que la séparation avait lieu. Certes, on ne se le disait pas, on ne se Tayouait pas à soi-même, et cependant c'étaitpeuirétre déjà plus que le regard condamné par TËvangile.
CHAHTRi n
Gommeiit le P. IHmatlen renoii%c1le ies botts eontelU an Jeune eommandant. — Il Vtngmgt k vifdier les Saints Itenx» ou d'al* 1er à Bbodes. — Be lean de Lastic, de Jean des Urslns^de nerre d'Aubnssmi et d'Emery d* Ambolse. — Combats dans le cttur et dans fAme de Lavergne. — Combats dlIKraits ehei Catariotlo.
Le P. Donatien, confldent de Jacques de Lavergne,lui conseilla sagement, d'après tout ce qui se passait dans son eœur, de quitter Rouvres pour quelque temps. Après en avoir longuement causé et y avoir mûrement réfléchi, il l'engagea à prétexter une nécessité d'aller faire une visite aux lieux Saints, ou bien la louable pensée d'aller à Rhodes se
mettre à la disposition du grand-maltre des religieux de saint Jean.
— «Dans mon jeune âge, lui dit-il, j'ai suivi ce bon conseil, j'étais aussi dans une position difficile ; j'eus le courage de rompre avec mes inclinations, que je ne devrais pas satisfaire; je me suis rendu à Rhodes, c'était alors Jean de Lastic qui était grand-maitre , et depuis longtemps un magistère n'avait été plus convenablement, plus ^'eligieusement ei^ercé sous tous les i-apports. Je fis mes caravanes, puis la grftce de Dieu m'appela à une rie plus retirée. Après une blessure grave, qui ne me permettait plus de servir militairement, je suis entré dans l'ordre de Saint-Benoit, et, depuis que je suis en religion, je ne me suis jamais repenti ; j'en bénis encore le eîd aujoiurà'liui) où je puis, mon cher ^ant, voua transmettre U conseil qu'on m'a donné, et que j'ai si heures* semant suivi,
— < Mais mon père, je suis loin d'être qs^ wv^ qu« Dieu m'appelle à entrer en religion ?
-^ « Aussi, mon fils» n'est-ce pas et ^Ue j'e)^ige ^9 vous; mais commencez par tvÂrU
danger que je crains et. dont vous êtes tour-; mente. Une fois reçu novice dans la religion de saint lean» foites vos caravanes^ et lorsque le temps de faire des vœux arrivera, vous sau^ rez ce que vous aurez à faire. Si alors vous^ voulez rentrer dans le monde, l'absence vous aura été utile, et vous serez plus fort contre vous-même et contre les orages du cœur.
— « Oois-je donc les quitter encore? que vont-Ils penser ?
— c Et que vous importe les discours des hoimnes , mon cher enfant ! fuyez , car votre repos, votre bonheur est à ce prix. Je ne connais pas le grand -maître actuel^ qui est Ronaaioy de la famille des Orsini, et qui ne Ta emporté que d'une voix sur un Français, le frère de Ricard, parce que son élection a eu lieu à Rome... Mais j'ai conservé des relations fréquentes avec le frère Pierr^ d'Âuhu»son, qui est commandeur, oupeut-étire même prieur d'Auvergne , et aussi quelque peu avec le frère Émery d'Amboise , celui-ci beaucoup plus jeune que nous. Je vousrecon)manderai aux deux. Je serais bien étonné que
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le premier, par sa capacité hors ligne et sa grande yertu , ne devint pas un jour grandmal tre, et ne donnât cette gloire de plus à la France.»
Lavergue, absorbé par les réflexions, écoutait peu les souvenirs que le P. Donatien se plaisait à repasser ; il approuva, machinalement, s'arracha des mains qui le retenaient tendrement , et sortit sans trop savoir à quoi se résoudre.
Le combat était violent déjà, entre le penchant et le devoir, celui-ci malheureusement commençait à faiblir. Les maîtres de la vie spirituelle remarquent qu'il faut lutter avec tous ses vices, les prendre pour ainsi dire corps à corps , s'en rapprocher et les vaincre par Thabitude de les voir, de les étudier , de dresser des battues; mais que pour la pureté et tout ce qui y tient , un seul et unique remède peut en venir à bout, c'est la fuite la plus prompte et la séparation absolue des objets qui s'attirent; qu'il faut enfin chasser jusqu'à la pensée, car elle devient coupa-
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ble aussitôt qu'on s'y arrête avec quelque complaisance.
Si au moins le pauvre Lavergne avait eu pour lutter avec lui et contre lui une personne comme lui , /éprouvant les mêmes combats , voulant le bien par-dessus toute cbose, et qui surtout n'eût pas eu un passé que le malheureux ne pouvait oublier? si on ne Veut pas continuellement demandé? si on ne lui avait pas imposé à tout instant des rapports qui le bouleversaient? si les téte-à-téte, les chants ne se fussent pas multipliés à Tinfini? peutêtre fut-il demeuré vainqueur.... Mais nous savons au contraire qu'il n'en était rien.
S'il est vrai qu'une femme qui. remplit ses devoirs est un don du ciel» on peut assurer que celle qui y manque devient le fléau des familles.
L'on a vu que la comtesse de Maulévrier avait déjà fait l'apprentissage de la sécurité dans le crime. Sansdeute, elle estimait son mari, elle l'honorait singulièrement, elle le dominait d'une manière absolue, pour ainsi dire, et néanmoins elle le craignait ; elle redoutait sur-
tout de lui donner un soupçon contre la délicatesse ou l'honneur, car sur ces chapitres-là elle savait que nulle considération ne pourrait arrêter le premier élan de sa colère.
Elle avait la Anviction intime de tout ce qui vient d'être exposé , et cependant la légèreté de son caractère, de ses penchants, lui faisait oublier d^aussi puissantes considérations qu'une piété pratique eût pu seule faire dominer dans son âme.
Ses rapports habituels avecLavergne, surtout en faisant de la musique avec lui, avaient excité chez elle une espèce d'admiration pour les qualités douces et aimables de ce jeune commensal ; elle établissait entre sa bienveillante attention et la brusquerie du comte, des comparaisons qui n'étaient pas h l'avantage de celui-ci. Les airs langoureux que Lavergne chantait avec animation ; l'expression qu'il donnait aux paroles, par la maniée dont il savait les accentuer ; la vie qu'il rendait aux récits trop tendres des ti'oubadôurs firent d'affreux ravages dans les deux cœurs. *
Lavergne avait trop le sentiment de ses de-
voirs et de l*honneur pour aller de lui-même au-delà de ce qui convenait ; d'ailleurs, il avait encore recours à son guide habituel, qui sans cesse conseillait la fuite; mais c'était la seule résolution à laquelle il savait toujours trouver mille d)stacles invincibles, qu'il puisait d'une manière spécieuse, dans l'obligation même de ses devoirs , pour répondre h la confiance du cwntc de Maulévrier.
Charlotte, de son côté, était arrêtée par ses souvenirs , car elle pouvait redouter les dédains de celui qui avait eu naguère la louable sévérité de lui reprocher sa conduite. Cependant qui donc oserait élever les yeux jusqu'à ^lle, dans l'éioignement où elle était de ses pareils, si 'elle-même ne descendait? Elle ne se dissimulait point qu'elle seule pouvait désormais faire les premières avances, sauf à les effleurer avec la délicatesse qu'une femme seule peut mettre dans ses procédés, quels qu'ils soient.
Ainsi il y avait combat des deux côtés :
pour l'un, la religion et l'honneur conservant encore quelque force de leur premier
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empire, le sou tenaient contre rinclination qui se ruait contre lui ovec une certaine violence; pourTautre, c'était l'inquiétude, la crainte, la peur qui larrêtaient ; mais le trouble, Témotion, l'entraînement prenaient snns cesse le dessus, car des images attrayantes occupaient habituellement son esprit, d'où elle ne les chassait jamais volontairement.
Dans la périlleuse situation de ces âmes, qu'il fallait peu de chose pour rouler au fond du précipice ! la plus faible étincelle pouvait allumer un violent incendie... et cette circonstance si insignifiante ordinairement, pc^vait se présenter à tout instant. Oir comment dans les relations d*une vie aussi retirée, dans un intérieur où tout aboutissait à ces trois rouages, qui, pour ainsi dire, ne faisaient qu'un seul pivot, autour duquel tout circulait; comment, en effet, aurait-on pu esquiver toujours un de ces contacts assez prolongés qui doivent décider du sort de deux personnes ? elles ne pouvaient s'éviter dès qu'elles demeuraient au même lieu.
Nous allons suspendre quelques instaiits
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ce qui se rapporte aux impressions mutuelles des personnes, pour raconter ici un événement qui eût pu apporter une heureuse diversion, si on avait su en profiter suivant les vues de la grâce divine.
CHIHIllIXi
4BliiHMiit Mm cipvèic «m évrémtê P9êt ^*6li r^vtemie à Ml. — Mort da llls aîné da comte de Rùiiiléinrler. — Le prêtre est tot ^o iirg le i^rettler eonsolateiir êmns l*«flllcttoitt , H le i^lès «ne. -* La mort «'omille vite.
il wrfye souvent que Weu , par é« voies tmites miséricordieuses ^ en vue de notiic salut , nous accable en quelque sorte de peines CuisaAteis, pour nous obliger à tourner nos regards vers celui qui seul veut, et peut faire notre bien , ^q disposant à cet effet des événements en apparence les plus ordinaires.
La comtesse de Maulévrier , en qui nous avons reconnu des qualités brillantes , très peu faites pour concourir au bonheur , avait au milieu de ses erreurs , conservé un cœur do mère pour ses enfants ; on peut dire , que sa tendre affection poui* eux , occupait véritablement la première, et la plus grande place dans ses sentiments; on Ta souvent remarqué: les mystères de tendresse que ren^ ferme Tamour maternel , dépassent tout ce que rimaginatiou peut inventer; à tel point, que d'un consentement unanime , les peuples ont toujours. considéré le contraire, comme une monstruosité hors de toute nature.
La Providence a bien fait toutes choses. ..». car où trouverions-nous ces soins si vigilants dont notre première enfance a besoin , malgré le peu de charme qu'on devrait y trouver naturellement, si ce bonheur suréminent n'avait été gravé dans le cœur de la femme , d'une manière indélébile?
Il y eut donc une trêve dans les concerts et les chants de Charlotte , par conséquent , dans
les sourdes manœuvres dont la musique lui fom'nîssait le fatal prétexte,, c'était ud moyeu discret de s'entretenir devant des tiers sans qu'ils s'en aperçussent. Il ne faut pas croire que tout ce qui parait naturel , le soit en vérité; les yeux les plus clairvoyants» les plus exercés , les plus scrutateurs , à moins de viser au même but, ne peuvent parvenir à deviner ou découvrir la pensée , ^l'expression d'un geste , en apparence parfaitement indifférent j et qui cependant est compris par l'intéressé à qui il s'adresse , pour lequel il semble avoir été créé ; à cet égard , la perspicacité la mieux aiguisée, la plus subtile, doit baisser pavillon ; on ne peut être sûr de la vertu de qui que ce soit , que lorsqu'elle est appuyée sur l'exercice constant de la pratique religieuse; là seulement se trouvent des garanties qu'on ne peut plus mettre en doute.
Toujours est-il, que la coquetterie de la comtesse de Maulévrier, s'évanouît tout-àcoup ; l'alné de ses enfants tomba dangereusement malade, et malgré tous les secours de l'art, fut emporté en peu de jours. Il serait
impossible de rapporter le désespoir déchirant de cette mère inconsolable ; et la stupeur du comte ne pouvait trouver de soulagement que dans les consolations prodiguées avec abondances par le P. prieur.
Partout où la douleur se fait jour ; partout où le monde ne trouve à répéter que des banalités qui ne peuvent qu'ajouter à la peine; partout où lenlésespoir est prêt à éclater , Ton retrouve le prêtre pour premier consolateur; lui seul, parce qu'il a placé plus haut ses affections, peut les ramener sur l'indigent, le malheureux , le souffrant et l'affligé ; car le but de sa vocation ne se trouve pas dans les joies de ce mondé , et rien de ce qui l'entoure ne lui tient assez intimement, pour que sa charité , qui va puiser à la céleste source , ne trouve la possibilité de déverser quelque gouttes d'abord, puis, au besoin, des toiTents de consolations ;. la source d'amour où il peut et va puiser, n'est-elle -pas toujours inépuisable?
Le P. Donatien profita avec empressement^ et avec un tact parfait, de ce malheur qui
était venu s'appesantir d^un poids si lourd sur des heureux du siècle. Ce ne fut pas ^ans fruit assurément qu'on eiit pu concevoir de véritables espérances, h la vue des actes vertueux qui se pratiquaient à Rouvres, si la persévérance avait été le point d'étude ou de méditation de ceux qui en avaient besoin. Ne peut-on pas supposer aussi que la vivacité même de cette douleur, et l'impulsion trop expansive ne pouvait se soutenir au môme degré ; car enfin, l'on ne peut se faire un état
de sa douleur Où trouver à la longue un
rapport de correspondance? Le mieux est donc de se soumettre aux décrets de la Providence, qui permet que l'on ressente son affliction, car sans cela point de mérite, mais qui ne veut pas que l'on s'afflige comme ceux qui n'ont pas d'espérance.
Faut-il dire encore, que la mort, cet événement si grave pour tous les hommes, puisqu elle les atteint tous en dernier ressort, est peut-être ce qui s'oublie le plus facilement, si l'on veut la considérer, proportion gardée, dans ses rapports avec les autres évé-
CHARLOTTl!: DE VALOIS
ments de la vie ; mais c'est encore une preuve de lu sagesse divine , dont nous devons lui rendre grâce, car l'univers tout enlier serait dans les larmes s'il en était autrement.