‹ CHARLOTTE DE VALOISChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE nVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE nVIII

Où Vên Tott la eonttnnatloii des flanmies inrernales tonnnenter l'Ame «e Laversoe. — Différence entre les Joies «e ee monda et la paix spirituelle. -- Comment le dnc de Savoie, le blenkenreiix Amédée meort. --Ses miracles. — Titre de rot trè$ ehréiien dévola aux rois de France. — Le comte et la^comttsse décident «ne Lavergne Ira porter an roi et a la reine leurs condoléances. — invitaUons dn P. ItonaUen et donlooreni adieu «ne loi lut Lavertne.

Lavergne, comme on le voit, n'était point heureux ; le trouble de sa conscience, comme un ver rongeur, le pénétrait souvent d'une telle horreur pour lui-même, qu'il se considérait comme le dernier des hommes ; il avait beau s'étourdir quelquefois, il ne pouvait jeter les yeux sur son ancien ami, sans avoir l'âme bouleversée ; ses nuits étaient agitées^

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il dormait peu, et lorsque, de guerre lasse, le sommeil appesanlissait sa paupière, les circonstances les plus pénibles d'une surprise le réveillaient en «sursaut ; alors il se félicitait presque de n'avoir plus que ses remords....

Ces premiers châtiments poursuivent toujours l'âme coupable, lorsqu'elle n'a pas encore enfièrement éteint cettç lumière gui accompagne tout homme venant en ce monde. La diflërence qui existe entre les plaisirs d'ici-bas et les joies spirituelles que promet l'exercice des vertus religieuses, c'est qu'avant d'arriver aux premiers sur une pente qui parait agréable et pleine d'atti*aits, tant qu'on n'a pas atteint son but, on court avec le sentiment que l'on va parvenir au bonheur. Illusion brillafnte» ms^is fallacieuse! A peine est- on parvenu au point vers lequel on tendait, qu'on ressent le vide, l'ennui, le rçmordft, la hasitude, et souvent le dégoût; pour les secondes^ pu contraire, elles ne nous sont pi'ésen- X^eA que dans une région élevée, où l'on ne •.{parvient qu'avec effort, avec peine, souvent ,,à force de combats incessants; maie «lu^si,

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une fo5« p arveius nii f »Up, c\\o (!o donoohrs ! que <t(» jOÛ s ca'iiDes! iju' île paix o ai quiiM tî €€t^ paix qui surpasse tout sentiment.

Vers cette époque, Louis XI éprouva ïine . véritable peîne; Amée ou AmédéeJ^ duc de . Savoie, soir beau-frère, mourut. Ce prince îuî était doublement allié et par sti ïeuîme, Yolande de France, fille de Charles VIF, et par sa sœur, Charlotte de Savoie, que Louis XI avait épousée en secondes noces, n*étant encore que dauphin, et contre le gré dn roî son père.

Amédée avait toujours donné des conseil^ prudents et sages à son beau-frère, qui ne les avait guère suivis; mais il n'en avait pas jnoins conservé ponr ce prince éclairé et si éminemment religieux, une dspèce de véné* ration, qu*il partageait au i*esté avec les sujets d'Amédée et tous ceux qui avaient eu le bonheur de rapprocher.* Le samedi saint, 5< mars 4472, ce prince, respecté et respectable, moin*ut en odeur dé sainteté; les miracles qui s'opérèrent à son tombeûu déterminèrent le pape à le déclarer Bienheureux^ ; et à autoriser son culte dans les lieux où il

était né, avait vécu et était mort. Les guerres d*Italie et les malheurs des temps qui suivirent empêchèrent sans doute d'introduire la cause définitive de la canonisation d'Àmédée, qui avait su édifier le monde par ses vertus exercées au degré héroïque.

Cette nouvelle, parvenue aux oreilles du comte de Maulévrier et de Charlotte, les obligeait nécessairement à écrire au roi et à la reine ; le comte de Maulévrier jugea qu'il était même convenable d'envoyer un de ses gentilshommes à Leurs Majestés, pour leur porter la lettre et les compliments de condoléances qui sont d'usage en pareilles circonstances, et aussi pour^féliciter Louis XI d'avoir obtenu, pour lui et ses successeurs, le titre de roi très chrétien. Le comte proposa à Charlotte d'envoyer Lavergne à Louis XI ; elle parut réfléchir et ne répondit pas d'abord, mais se vit obligée plus tard d'y consentir.

Avant son départ, le commandant de Rouvres ne pouvait se dispenser d'aller faire ses adieux au prieur ; celui-ci le reçut avec une YÎve tendresse, et profita de l'occasion pour

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rappeler* ses devoirs à Lavergne, qui en fut d*abord en)barrassé ; Texhortation suivit, les pressantes invitations animèrent le vieillard ; il eut de touchantes et sublimes inspirations. . . Après l'avoir engagé à recourir aux seuls re« mèdes pour rentrer en grâce avec Dieu , il lui dit que l'occasion qui.se présentait était une planche de salut qui lui était offerte par la bonté divine; qu'il pouvait ou demeurer près du roi à Tarmée, ou partir de là pour Rhodes. cOui, mon cher fils, ajouta-t-il, vous êtes dans cette position où notre seigneur vous conseille de vous arracher l'œil et de vous couper la maiu, car il vaut mieux, si vous mourez, qu'un de vos membres périsse que tout votre corps. Ramenées à leur véritable sens par l'interprétation de TËglise, ces paroles signifient qu'on est obligé de se séparer même violemment de tout ce qui est une occasion de chute, quand ce serait une chose aussi précieuse que le sont l'œil et la main, et que la séparation dût en être aussi douloureuse. La fuite et la séparation, ou l'enfer; entre ces choses Jésus-Christ ne connaît

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pas de milieu. Qv'h la vue de cetto effirayante

,>, alternative^ rnoïi cher jGIs^ Um!e attache cri-

nrînelle soit rompue, toute répugnance surnyôniéé, tout intérêt sacrifié; que tous les ^pliîsmés des passions disparaissent a la lattiîëre dé èés éclairs, e1; se taisent au bruit dé te tonnerre. »

LâVèrgne, pensif, le coeur gonfle, Verse des

lariïieâ , répand son âme , s'accuse dé félonie

à l'égard de son riialtre; il confesse ses graves

•' atteintes aux préceptes divins sur le resj^ect

' âÛ^au mariaigé dé son procKaîti... et quand ce

"- 'prêcha iii esl^un àinî \ ùri fîère, tin seigtieuf"!..

'" H est décfdé, rejpenfant, il partira et ne fe-

"' Viendra plus. '

''- 'Etait-ce i^^ la part de taverghe oiie de ces l»ésolutiohs fortes qui résistent à toutes les isen^àtions, S (dûtes les circonstances, à tous les éVénéméntsTïI le croyaft, et lé voulait péiit-êtM, de bouiie foi.

* Le P. Donafîén rëhcourage encore à se re^ vêtit dé toutes Tes armes de la prière et de la fermé vôIôhtëV sans laquelle toutes les meîlléuirès rêsbrutions sont Insuffisantes ; puis, fl

lui donne sa bénédiction et lui fait ses adieux, dansTespérance, qu'à causede j^on àgeayimcé, il n'aura le bbUhéur de le ï'évoir que dans la patriçoùTou ne,h^ quitta plus. > ^

(liPREl lUI

, le roi élaMlMalt la premléreinuiiiteeliirc 4 e solerlff à To«rt* — Bct okttadet «ae Charlotte Toalalt opposer an Mpart et Lavergne. — Son adreise à y eoaienUr par la peur «n'eUe eût d*etre découverte. — Det motifs de riinnienr dn

de Manléfrlcr, «m a^aflUveall dn dépaH de son ami..

Lorsqu'il s*étaitagi du départ dç Jacques de Lavergne pour aller complimenter le roi , on ne savait pas encore si c'était au Plessis-lez* Tours ou h Paris ; Louis XI allait depuis quelque temps assez souvent à Tours, où il établissait les premières manufactures de soieries que nous ayons eues en France. Charlotte avait soulevé mille obstacles et mille difficultés , sur le détail des soins intérieurs pour lesquels

le comte n^HA^t mil goût, et qiii , à elle , ne lui plaisaient guère lion plu^; puis, sî le comte était dbligé d'ailier dans son gouvernement , que ferait-elle ? li y avait encore la santé dé ce pauvre Lavergne<|ui l'inquiétait; aurait-il en route totrt ce qu il fendrait? etc., etc. Le comte' avait diabord réfuté s<es io1)jet3tions ou répoïidu

tranqjLîillernieut à sed observations, mais leur multi|.licité commença à rimpâtienter, el il ' répondit jbrusquenient : < Je le veux. » en fixant ^^ea grands yeux noifs sur fea fêmtnd./*

Ell§^Hbàissant 1^ têt«v'wui cfiie te-cmftfe de Mauléf lîer/aTaitqtidques âoii^M, M ^srrêo cette ^iQiichalauce factice mais adroite qu'elle savait employer, elle put tourner la difficulté de façon à persuader à.son mari , qu'en effet , nul autre (fue Lgvergne ne pouvait remplir cette niission, parce qu'il connaissait les lieux; et en g;rande paitie les personnes qui approchaient,!^ roi* ^ . . -^

Ce qwayaîjt mis lecomte de i^àuVaisé ihumenr, c'est que, d'une part, il était fâché de contrarier sa femme, il sentait la justesse dé quelques-Uiu s de ses objeciions ; et que d'une

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autre, pait^ il était dominé par les oofiseiiB^ du . P. Djpnaliea. Çelui^i avait renoM volé nsgttèro ses Qbs^rvatloii^et ijDbisté SAirla nécessité 4« faire. voyager Xaeoikbo poui' le ùfBtraijreMât iiii" rendre la santé avec sa bonue. bumem^L'^^^ casion ^tait .précieu se à i^ai^ir ; et quâi]d Charlolte Çut bieii de l'ayis de son ifiari? Q^ui-et finit piir lui confier lu puissau^e ra^^u tdii prieur. C'était préciséuMeut ee qu'elle; eât Toulu pouvoûr combattre , mais désarmais la chose, djevenait impossible , die avait^ ëpocfé . son ja.sseatimeiit à ce voyager ^telWmf^

ajouta , à, contreMîœur il est vrai<> de>Qt)iieè\

raisoQUf pour ce départ ; en^u le c^OBite ^l^vaU fiiTété et 4écidé« . ; r

Ce c^ui avait de sou côté effarouché et iin^ quiété Charlotte , au momeiit où son mari pi*o^ nonça le tenible c Je le veux » ; c'est que la .

veille au soir, au moment où elle veuait dar-

river^aveç Lfavergueà la ferme, daQs lacbara* bre secrète de communiciAtiQii*-on etifo «dit lô comte marcher en fredonnant dans un couloir qui précédait; Lavergiie n'eût que le temps de fuir, et la comtesse de retourner auprès du

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lit de ses enfants ; bien qu'elle crût son mari dans la plus parfaite ignoi'ance , Févénement de la veille était encore trop récent et l'avait trop émue pour qu'il n'eût pas laissé dans sou esprit une impression de fébrile inquiétude.

Cette disposition craintive de l'âme est bien ordinaire chez ceux qui se rendent coupables sciemment ; ils supposent très souvent qu'on les devine , qu'on les connaît , qu'on sait ce qu'ils ont fait, font ou veulent faire. C'est comme une punition anticipée de l'enfer^ qui semble déjà labourer le cœur de remords ; trop lieureux encore, quand réfléchissant fiux conséquences terribles de leurs fautes , ils cherchent à recouvrer la paix détraite, par le baptême laborieux de la pénitence.

CHIBLOTTE DE VALOIS

IT

les trois Jacques iDfoUoDés.

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