‹ Charolles: Son alimentation en eau potableChapitre 19 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Discussion des résultats.

Puirs AUCLAIR.

Ce puits, creusé au pied de la colline du CALVAIRE, atteint une nappe d’eau située probablement à la limite des calcaires marneux et des calcaires à entroques. Situé en pleine ville, il n’est plus actuellement utilisé pour l’alimentation, car malgré les égouts qui collectent les eaux de surface, sa situation en contrebas l’expose à des contaminations par infiltration d’eaux provenant des fosses d’aisances non étanches. C’est ce que confirment nos analyses résumées au tableau III.

Le degré hydrotimétrique atteint des chiffres excessivement élevés. Le Comité Consuliatif d'hygiène de France fixe en effet pour une eau suspecte les chiffres de 30° pour la dureté totale, et 12° à 18° pour la dureté permanente. Nous sommes loin d’un tel résultat, puisque nous trouvons respectivement 51° et 26°. Ces chiffres dépassent d’une telle quantité ceux trouvés pour des puits semblables creusés en même terrain qu’ils One immédiatement attirer notre

attention. Les chiffres atteints par les chlorures. (60 mmgr., 21 mmgr. et 30 mmzgr.) confirment cette opinion. Il n’existe aucun chiffre limite pour la quantité de chlore d’une eau potable. C’est qu’en effet la proportion en est infiniment variable avec les terrains et les régions. Mais il est d’usage d'admettre que la quantité de chlore pour une eau de puits ne doit pas excéder d’une façon notable (1 ou 2 mmgr. par 0/00) celle trouvée dans les eaux de sources issues dans le même terrain. Or le chiffre le plus élevé que nous ayons trouvé pour les trois sources étudiées, est de 15 mmgr. 21 (source de MEAUPRÉ). Encore ce chiffre nous paraît-il élevé comme nous le verrons par la suite.

Pour le puits AUCIAIR, on doit donc penser qu’une infiltration d’eau usée ou de fosses d’aisances a lieu, sinon d’une façon continue tout au moins d’une manière intermittente.

Les matières organiques en milieu alcalin donnent le chiffre de 1, 0.45 et 0.83 suivant la saison, en oxygène emprunté. Ces chiffres sont très peu élevés. On admet en général (Comité Consultatif d'hygiène) que jusqu’à 2 mmgr. d’O en Sol. alcaline une eau est potable. De ce chiffre il faut rapprocher ceux fournis par la recherche de l’azote ammoniacal et albuminoïde, qui sont respectivement 0 mmgr. 10, 0.08 et 0.12, 0,11 et 0,14. Or une eau potable doit renfermer moins de 1 mmgr. d'azote ammoniacal et le Comité Consultatif d'hygiène admet qu’une eau est encore potable lorsqu’elle renferme 0 mmgr. 10 d’azote albuminoiïide.

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Pour l’azote albuminoïde, nous sommes juste à la limite pour l’été 1928 malgré la période de sécheresse qui sévissait alors.

Au printemps, en pleine période de pluie, le taux atteint O0 mmgr. 14 et en automne 1929 après une courte période de pluie et un été très sec il atteint déjà 0 mmgr. 12, ce qui démontre la contamination par les eaux de surface.

L'eau ne renferme pas de’ nitrites, ce qui exclut l’idée d’une contamination directe et immédiate. Leur seule présence permettant de faire rejeter une eau, sans que pour cela la réciproque soit vraie. Par contre les chiffres trouvés pour les nitrates sont très élevés (180 mmgr., 160 mmgr. à 165) alors que le Comité Consultatif d'hygiène de France donne la limite de 15 mmgr. 0/00.

Les nitrates sont le produit final de l’oxydation des matières organiques azotées, de l’ammoniaque et de l'acide nitreux. Leur présence témoigne de l’existence antérieure de matières organiques. Que Paction nitrifiante s'arrête pour une raison quelconque et l’eau sera polluée. Ces chiffres élevés rapprochés de ceux également élevés des chlorures, permettent de conclure qu’il y ‘a eu contamination autrefois ou qu'il s'écoule dans le puits des eaux souillées qui sont nitrifiées avant d’y parvenir. Le danger n'existe pas moins et doit faire rejeter une telle eau” de la consommation.

La quantité de chaux contenue par l’eau de ce puits est très élevée, ce qu’indique déjà son degré hydrotimétrique, et ce qui explique que le résidu à

110° soit si élevé. Le maximum toléré est en effet 500 mmgr. Mais, à part l’inconvénient d’user plus de savon, de mal cuire les légumes, le titre d’une eau en chaux n’influe pas sur la potabilité.

En résumé donc, nous avons à faire au point de vue chimique à une eau impropre à la consommation, car sa forte teneur en chlore et en nitrates, malgré les faibles chiffres trouvés pour les matières organiques et l’azote ammoniacal, et malgré l’absence des nitrites, permet de supposer une contamination intermittente du puits. Si l’on passe à l’analyse bactériologique, ces résultats et ces hypothèses se trouvent entièrement confirmés.

L'analyse y révèle en effet les chiffres formidables de 5.200, 4.000 et 4.500 microbes de contamination d’origine fécale au litre et 10.000 germes environ au cm. Ces résultats sont très nets et montrent qu’on se trouve en présence d’une eau souillée par des infiltrations de fosses d’aisances et qu’elles doit être absolument rejetés de la consommation.

Avant 1883, c’est-à-dire avant l’établissement de la canalisation actuelle, c’est pourtant à des puits semblables que les habitants de CHAROLLES étaient dans la nécessité de s’adresser pour se fournir en eau potable. La disposition de la ville construite en étage sur deux collines, la nature du sol calcaire aux failles excessivement nombreuses, tout explique un pareil résultat; les eaux usées faisant en somme cascade de fosses en puits au gré de la pente. Il existe en effet à CH4- ROLLES de nombreux cabinets dont la fosse est un puits perdu et qu’on ne se rappelle pas, de mémoire

d'homme, avoir été dans la nécessité de vidanger. Et pourtant, à l’égal du propriétaire d’un grand crû de Bourgogne, chaque propriétaire d’un puits défendait son eau comme la plus fraîche et la plus agréable. II nous souvient encore du propriétaire d’un hôtel, dont le puits était à chaque crue de la rivière régulièrement submergé et qui pourtant préférait et servait à ses clients son eau de préférence à celle de la pompe située en face.

On frémit à la pensée que la moindre rupture dans l’équilibre de l’état sanitaire aurait pu amener de graves épidémies. En particulier la typhoïde aurait pu s'établir presque à l’état endémique. Et pourtant nous n’avons pu retrouver trace d’aucune épidémie marquante; et s’il y eut à Charolles avant 1883 des cas de typhoïde ce ne furent que des cas isolés. Cet exemple typique nous confirme donc dans notre opinion, que l’on doit faire peu de cas de l’eau de puits pour l’alimentation d’une ville, lorsqu'on se trouve sur un sol qui assure mal la filtration de l’eau d’une part, et l'étanchéité des fosses d’aisances d’une autre.

Purrs CHAUVOT.

Au contraire du précédent, ce puits se trouve creusé en pleine campagne, non loin de la lisière de la forêt de CHAROLLES et de même que lui dans le calcaire à entroques du bajocien. Mais, contrairement à ce qui se produisait pour le puits AUCLAIR, son périmètre de protection est excellent. Il se trouve situé au flanc

d’une pente d’inclinaison moyenne, dont la partie [a plus élevée est occupée par la forêt de CHAROLLES. En contre bas se trouvent des prés. Aucun tas de fumier à proximité, comme on le voit encore trop souvent dans de nombreuses cours de ferme.

Le degré hydrotimétrique est très faible; 14° pour le degré total, 2° pour le degré permanent — puisque les limites accordées par le Comité Consultatif d’hygiène de France sont 15 et 30° pour la dureté totale, et 5 à 12° pour la dureté permanente. Les matières organiques sont en très faibles quantités. Les nitrates, lAzote ammoniacal et albuminoïde également — il n’y a pas de nitrites. Enfin pour les chlorures nous trouvons un chiffre concordant bien avec la moyenne fournie par les sources de la région.

Le seul chiffre vraiment élevé est celui de la chaux 176 mmgr. 4 en SO‘Ca, d’où une alcalimité de 19 mmgr. en COCa. Encore est-ce le résultat le plus faible de toutes les analyses auxquelles nous nous sommes livrés : c’est du reste un caractère normal, étant donné la nature du sol dans lequel est creusé le puits. Comme nous l’avons vu, la teneur en chaux n’influe pas sur la potabilité. Le seul inconvénient étant de rendre l’eau lourde à digérer, et incrustante, mais le chiffre atteint dans le cas qui nous occupe, n’est pas suffisamment élevé, pour influer d’une façon notable sur la digestion.

En résumé, l’analyse chimique permet de conclure à une eau très pure.

L'analyse bactériologique ne révèle aucun microbe de contamination d’origine fécale, mais par contre

Dr PR

décèle 10.000 bactéries au em° avec liquéfaction envahissante.

Malgré ce dernier chiffre élevé on peut conclure à une eau de bonne qualité, étant donné d’une part les résultats fournis par l’analyse chimique et d’autre part, l’absence de microbes de contamination d’origine fécale. On se trouve en présence de germes bamaux. Un simple nettoyage du puits permettrait d'améliorer ce résultat et d’avoir une eau à tous points de vue, parfaite.

Ainsi donc, voici deux puits creusés tous deux dans le même terrain, prenant très probablement leur eau, au même niveau géologique : l’un, situé en ville, entouré de toutes sortes de causes de contamination, donne une eau impropre à la consommation; l’autre au contraire, bien protégé sur un périmètre suffisant, donne une eau de tous points de vue excellente. Le contraste est frappant.

Plus le périmètre de protection est parfait, meilleure est l’eau. C’est pourquoi en ville, on ne devrait jamais avoir recours à l’eau de puits, car on ne peut en général contrôler une surface de terrain suffisante pour assurer la potabilité de l’eau. A la campagne, au contraire, on peut trouver des puits donnant une eau excellente, car on devrait toujours situer le puits au milieu d’un périmètre bien protégé. Mais vienne un jour s'établir dans le voisinage une industrie dangereuse (équarrissage..), ou plus simplement qu’un voisin vienne à construire une écurie, une fosse à purin.… etc. en contre haut de votre puits et l’eau aujourd’hui bonne, se souillera de façon insensible, et

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