HISTORIQUE
Captation. Canalisation et distribution de l’eau.
Coquettement placée au confluent de l’ARCONCE et de la SEMENCE, la ville de CHAROLLES est située sur les contreforts ouest des monts du CHAROLAIS, à une altitude de 282 mètres au-dessus du niveau de la mer. Construite sur ces deux rivières, la ville est resserrée et étagée entre deux collines. Elle offre aux yeux avertis des connaisseurs les vestiges moyennageux de nombreux couvents plus ou moins mutilés, et fièrement campées, deux tours, seules survivantes de l’ancien Château de CHARLES LE TÉMÉRAIRE du XIVe siècle. Sur la colline de la MADELEINE, en vis-à-vis, se dresse un ancien Château du XV: siècle où s’est établie une faïencerie.
En CHAROLAIS les pluies sont abondantes. Les eaux s’écoulent par l’ARCONCE et ses affluents jusqu’à la Loire et l'Océan. Le sous-sol, généralement imperméable, et ce régime de pluies fréquentes, expliquent les pâturages célèbres toujours verts, qu’entretient l’eau affleurant au sol en maints endroits.
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Avant 1880, l'alimentation en eau potable était exclusivement assurée par 12 puits publics ou privés. La plupart sont aujourd’hui condamnés, où même, ont disparu; mais il est cependant facile de retrouver leur emplacement, en particulier par temps de neige. L'un d’entre eux qui était la propriété d’une famille &« RAVEAUD » a même donné son nom à une rue de CHAROLLES. Fort inégalement répartis dans la ville, ces 12 puits devaient assurer l’eau à une agglomération de 2.000 habitants environ, et obligeaient les usasers à des déplacements longs et astreignants.
Il est facile de comprendre que ces puits forés en pleine agglomération, ne pouvaient donner qu’une eau très suspecte. Les eaux de surface, que ne canalisait aucun égout, les infiltrations provenant de fosses d’aisances non étanches, étaient autant de causes de contamination. Enfin pour les puits de la partie basse de la ville, ils étaient, au moment des fortes eaux, en communication avec les eaux de rivières, souillées sur toute la traversée de la ville.
A ces multiples causes naturelles de contamination, s’en ajoutaient parfois d’autres, qui pour être moins nombreuses et moins fréquentes n’en étaient pas moins préjudiciables. On peut lire, en effet, dans les archives de CHAROLLES E. E. 2, qu’en 1641 les soldats du marquis d'UXELLES qui tiennent garnison dans la ville, se livrent au pillage et entre autres méfaits « pissent insolemment dans les puits de la ville, et par les fenêtres en plein jour sur le peuple ».
On voit qu’en ces temps reculés l'hygiène n’était pas très respectée.
Avant 1880, lalimentation de la ville en eau potable laissait fortement à désirer. Depuis 1876 cet état de choses préoccupait la Municipalité, mais la question financière venait entraver la mise en œuvre d'un projet d’adduction d’eau.
C’est en 1880, qu’une occasion favorable s’étant présentée, et sur le rapport de l’ingénieur des ponts et chaussées, M. Rorivar, le conseil municipal décida de prendre l’eau nécessaire aux sources de MEAUPRÉ.
La source de MEAUPRÉ est située à 1.600 mètres environ au Nord de la ville, à une altitude de 296 mètres. Elle est en réalité composée de deux sources qui jaillissent à quelques mètres l’une de l’autre et qui ont été captées ensemble. Elles ont une température à peu près constante de 12° à 13°. Elles fournissent, ensemble, par seconde au maximum 9 litres 7 (hiver) au minimum 5 litres 5 (été après 3 mois de sécheresse). Ce qui, en prenant pour minimum le chiffre de 5 litres seconde, donne le débit total de 432.000 litres par 24 heures.
Avant de faire exécuter les travaux, l’eau fut analysée par le Laboratoire des Ponts et Chaussées. Ce sont les résultats de cette analyse qui sont consignés dans le tableau I ci-après. Le Laboratoire concluait ainsi : Ces eaux paraissent toutes deux excellentes pour usages domestiques. À cette époque on ne faisait pas l’analyse bactériologique d’une eau. C’est pourquoi il nous a paru intéressant de voir si l’analyse bactériologique confirmerait l’analyse chimique.
Après l’avis favorable donné par le Laboratoire des Ponts et Chaussées les travaux furent immédia-
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tement commencés, et trois ans après, en 1883, ils ‘étaient achevés.
Une canalisation amène l’eau à un réservoir ou château d’eau, situé dans le jardin de l’Hôtel de Ville. De ce réservoir part une canalisation qui sert à distribuer l’eau dans les différents quartiers de la ville.
La canalisation d’amenée fut établie en tuyaux de terre de la source jusqu’au point À du schéma, où la canalisation rejoint la route de GÉNELARD. De ce point, jusqu’au château d’eau la canalisation fut établie en fonte. La canalisation est enterrée à une profondeur variant de 0 m. 80 à 1 mètre.
Le château d’eau est construit sous le jardin de l'Hôtel de Ville. C’est là qu’arrivent toutes les eaux avant d’être distribuées en ville. Les quartiers de LONGERON et de CHAMPAGNY sont cependant alimentés par prise directe sur la canalisation d’amenée, ce qui a permis de réduire dans une notable proportion la longueur de la conduite de distribution. Le réservoir, complètement enterré, est bien protégé du froid et de la chaleur, et permet en été la distribution d’une eau agréable au goût par sa fraîcheur. Trente-six bornes fontaines réparties judicieusement dans tous les quartiers, permettent à tous de se procurer de l’eau facilement.
En 1907, la canalisation d’amenée s’obstrua : la partie établie en tuyaux de terre était complètement envahie par les algues vertes spéciales à ces canalisations. On décida donc de remplacer ces tuyaux par ‘une canalisation de fonte, et l’on en profita pour exé-
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cuter une légère modification au tracé, pour diminuer la perte en charge.
Le rapport établi en 1880, au moment du captage des sources, estimait à 2250 le nombre des consommateurs d’eau. Ce qui, en prenant le minimum de débit de 432.000 litres, donne encore le chiffre de 192 litres par 24 heures et par tête. CHAROLLES est donc relativement bien fournie en eau, puisque Paris ne donne que 150 litres par tête et par jour. LONDRES 150 et BERLIN 78 seulement (1900). GRENOBLE au contraire donne 1.000 litres, mais quelle situation exceptionnelle !
La ville de CHAROLLES était donc pourvue d’une eau potable saine et abondante. Malheureusement deux quartiers, « LA MADELEINE » et « LE CALVAIRE » n’avaient pu être compris dans la distribution, en raison de leur altitude.
Au quartier de la MADELEINE, une population évaluée à environ 400 habitants n’avait pour son service que quelques puits à l’eau douteuse, et d’une profondeur qui rendait le puisage très fatiguant. C’est dans ce quartier que se trouve situé l'Hôpital, édifice important, d’une centaine de lits.
Par une convention en date du 9 février 1839, cet établissement était autorisé à prendre l’eau à une source, dite « FONTAINE DE MALESSART », sise au Sud- Est de la ville à l’altitude de 320 mètres. La convention donnait droit pour l'Hôpital, à la quantité d’eau s’écoulant par un tuyau de 13 mm. de diamètre. Le trop plein restait en toute propriété au possesseur de la source.
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Le projet d'alimentation en eau de 1880 prévoyait l'amélioration du captage et la réfection de la canalisation, pour l’amenée de la totalité des eaux de la source jusqu’à un réservoir de distribution. Malheureusement les propriétaires des sources refusèrent leur autorisation. Il fallut recourir à l’expropriation; un procès s’ensuivit dont la ville sortit enfin victorieuse. Le décret d'utilité publique date du 26 septembre 1885. Ce n’est donc qu’en 1886 que les travaux purent commencer; ils furent terminés en 1888. Une conduite de fonte amène l’eau à un premier réservoir situé tout au sommet de l'Hôpital, sous le dôme. Une canalisation y prend l’eau et la distribue dans les différends services. Le trop plein de ce réservoir est dirigé sur un second réservoir sis au PRIEURÉ, d’où part la canalisation de distribution pour le quartier de la MADELEINE. Des bornes fontaines placées au long de la canalisation mettent Veau à la portée de chacun tout comme dans les quartiers bas de la ville.
Malheureusement la source de MALESSART a un débit assez faible, et pendant les étés plus particulièrement secs, l'Hôpital absorbaïit toute l’eau fournie. Aussi les habitants de la MADELEINE étaient-ils encore une fois privés d’eau.
En 1913 le Conseil Municipal se préoccupa de cette situation et chercha par quels moyens l’améliorer. Une première source, plus élevée que la fontaine de MaLessarT et distante d’elle d'environ 200 mètres retint tout d’abord l’attention, malheureusement malgré
des analyses répétées l’eau ne fut jamais trouvée po--
table. On dut donc se rabattre sur une petite source, de débit moins important, mais que l’analyse révéla propre à la consommation. Cette nouvelle source se trouve située tout à côté du captage des sources de MALESSART.
Les travaux devaient commencer, lorsque la guerre vint tout interrompre. Ce n’est qu’en 1923 qu’ils purent reprendre; en 1926 tout était terminé, une nouvelle canalisation de fonte, parallèle à celle établie en 1886 amène l’eau de cette nouvelle source directement au dôme de l'Hôpital d’où elle est distribuée aux différents services.
L'ancienne canalisation aboutit directement au réservoir du PRIEURÉ d’où l’eau est répartie au quartier de la MADELEINE. Le surplus de l’eau non utilisée par l'Hôpital se déverse dans le réservoir du PRÆURÉ.
La nouvelle source est donc plus particulièrement, réservée à l'Hôpital, l’ancienne à la ville, mais les deux réservoirs communiquent et permettent ainsi de répartir l’eau au mieux des besoins.
Reste done Île quartier du CALVAIRE, qui seul n’a pas de canalisation d’eau potable en raison également de son altitude.
Bien avant la guerre, la question préoccupait la Municipalité qui avait songé un moment à s'adresser à la FONTAINE DU TIR A L'OISEAU, située au nord de la ville, dans la forêt de CHAROLLES, à une altitude de 304 mètres. Malgré l'étude qui en avait été faite en 1909 on avait du renoncer à ce projet.
La question vient d’être reprise, et est actuellement à l'étude. C'est à l'électricité que l’on ‘s'adresse pour
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résoudre la difficulté : une pompe électrique placée en un point convenable aspirerait l’eau prise sur la conduite principale d’amenée de MEAUPRÉ au château d’eau et la refoulerait jusqu’à un réservoir d’altitude suffisante pour pouvoir desservir les maisons les plus élevées du CALVAIRE. Ce projet est actuellement soumis à l’approbation du conseil départemental d’hygiène. I ne s’agit plus là que d’une question de mécanique, plus du ressort de l’ingénieur que de l’hygiépiste.
Lorsque ce projet sera réalisé, et que le quartier du CALVAIRE aura lui aussi sa canalisation d’eau potable, toute la ville de CHAROLLES sera assurée contre les maladies hydriques. Elle aura le mérite d’avoir satisfait à l’une des règles fondamentales de l'hygiène sociale, dans toute la mesure de ses moyens.