EGLISE NOTRE-DAME-DU-CHEM1N
A 1'entree cTOrleans, du cote de Test, au bord de 1'antique route que suivirent son plus redoutable ennemi et sa glorieuse liberatrice : Cesar, Tan 51 avant J.-C.; Jeanne d'Arc, le 29 avril 1429, s'eleve une vieille et modeste eglise, dont 1'affligeant delabrement n'a pu completement effacer le religieux caractere.
Son toil aigu domine les habitations voisines. Son abside semi-octogone, eclairee a chaque pan d'une large fenelre en tiers-point, les sculptures de la renaissance qui decorent les restes mutiles de sa porle du nord, les niches, ornees de dais, attachees aux contreforts de sa facade occidentale, temoignent de sa premiere destination ; ses ouvertures murees, ses vitraux brises, la scie et le marteau qui aujourd'hui resonnent a 1'interieur, montrent qu'elle a subi les ravages du temps et des hommes.
Gette antique eglise, assise au seuil de la cite, comme pour rappeler la pieuse maxime de nos peres (1), n'est autre que la chapelle Saint-Aignan fondee par Agius, et
(1) Nisi Dominus custodierit civitatem, in vanum laboraverunt qui cuslodiunt illam : Si Dieu n'est le gardien de la ville, en vain lutteront ses defenseurs.
devenue plus lard 1'eglise paroissiale de Notre-Dame-du- Cherain.
Mille ans se sont done ecoules depuis le jour ou, selon 1'usage d'alors, 1'eveque planta la croix sur le terrain ; ou le chapitre et son doyen Theutgrimus poserent la premiere pierre de cette modeste chapelle, au pied de laquelle trente generations humaines sont venues prier et mourir.
Successiveraent agrandie au levant et au midi, ruinee, puis restauree plusieurs fois, elle repose, en ses libages inferieurs, sur les constructions du IX e siecle. Un examen attentif permet, sans trop de diffieulles, de degager 1'oeuvre primitive de ses accroissements ulterieurs.
J'ai voulu tenter ce travail; j'ai laborieusement etudie ce qui subsiste encore de ce vieux monument, etses litres mutiles deposes dans nos archives ; j'ai recherche quelques traces des evenemenls divers qui, durant cette periode dix fois seculaire, agiterent des generations oubliees, et souleve un coin du voile qui s'epaissit sur elles chaque jour.
Les graves motifs enonces dans la charte de 854, pour la translation immediate du cimetiere, donnent lieu de croire que ce changement ne tarda pas a s'effectuer.
Quanl a la chapelle, sa construction fut probablement un peu ajournee : la lerreur qu'inspiraient, en ces annees douloureuses les invasions periodiques des pirates du Nord, paralysait lous les travaux, Lors done qu'en 865 les Normands, s'etanl empares d'Orleans, incendierenl ses mai sons, ses monasteres et ses eglises, la chapelle Saint- Aignan, a peine commencee, n'eut peut-etre pas a souffrir de ce desastre.
L'hisloire ne nous dil pas qu'elle ail ete atleinte par le terrible incendie qui en 998, au lemps du roi Robert et sous
1'episcopat d'Arnoul, delruisit une grande partie de la ville el 1'eglise Saint-Aignan elle-meme, bien que situee hors des murs (1).
Du IX e siecle au XV e , quelques rares souvenirs nous sont parvenus des tails qui, dans cc long intervalle, concernent 1'elablissement religieux fonde en 854 par le cbapitre.
II etait, comme Ton disait alors, membre de 1'illuslre collegiale sa mere, associe des lors a ses glorieux privileges : L' eglise de Saint-Aignan, tanl dans sa tete que dans ses membres, apparlienl de toule antiquite, ou plulot de lemps immemorial et immediatement , a la sainle Eglise romaine (2).
II est, a ee titre, specialement menlionne dans les bulles des souverains Pontifes, conservatrices des biens et prerogatives du chapitre, gardees en ses archives : Alexandre III en 1162; Lucius III en 1183; Innocent HI en 1207; Innocent IV, etc. ; ainsi que dans les chartes episcopates de Jean, eveque d'Orleans, en 1332 el 1333; de Gui de Prunele en 1-411, etc., elc.
Au XI e siecle, la chapelle Saint-Aignan n'etait toutefois encore qu'une simple eglise rurale, situee en dehors des murs, dans le bourg de Saint-Aignan, in burgo Sancti Aniani, a 1' entree de son cimetiere, puis en un rayon plus etendu, au centre d'un riche vignoble arrose par la Loire, et produisant, sur ce coteau baigne par le soleil du midi, un vin genereux, fort prise des rois, des seigneurs et un peu aussi des chanoines. C'est ce que nous revele un
(1) Raoul GLABER (Historic., lib. II, ch. 5).
(2) Ecclesia Sancti Aniani Aurelianensu, tarn In capite quam in membris, a tempore antiquissimo, tanto etiam quod ejus principii memoria non exlititj ad sacrosanctam Romanam Ecdesiam nullo medio perlinet. (Charte de Jean, eveque d'Orleans, 1 332, et autres.) HUBERT, Pr, Inv.deslit. duch.St-Aign., Bibl. Imp.,mss ,fonds fr., 11994, etc.
curieux document conserve dans les litres du chapitre, et dont je dois dire quelques mots.
La puissante collegiale possedait un nombre considerable d'hommes et de femrnes, de condition servile, attaches a ses vastes domaines. Bien que peu a peu elle les rendit a la liberte, conformement aux preceptes de la loi divine, et moyennant d'ailleurs certaines sommes ou redevances, elle en avait encore, bien longtemps apres que Louis VII, par sa charte memorable de 1180, eut affranchi tous ceux qui lui appartenaient, en ses terres d'Orleans, Meung, Cheey, etc(l).
Or, vers la moilie du XI e siecle, sons le regne de Henri I er , un clerc de 1'eglise Saint-Euverte, nomme Leodegarius, avait un frere, Adebrannus , serf du chapitre Saint-Aignan, et desirait vivement 1'affranchir. II savail que le chapitre possedait, pres de noire chapelle, non loin du clos du Roi, vers le point ou le chemin de fer descend aujourd'hui du faubourg Bourgogne a la Loire, une vigne nominee le clos des Are nes , dont une pieuse femme, Logia, lui avait fait donation vers 880, sous 1'episcopat de Wauthier, et qu'il desirait naturellemeni s'arrondir, en ce point si rapproche du monastere.
Leodegaire se trouvait precisement, lui aussi, proprie-
(1) Le 16 ducembre 1414, pardevant Jean Petit, notaire au Chatelet d'Orleans, venerables personnes les doyen, chanoine et chapilre de 1'eglise Monsieur Saint-Aignan, capitulants^ etc., ont liberaleuaent manumilte et affranchi Jehan Pourron, cardeur, demeurant a Orleans, fils de feu Jehan Pourron et de feu Marion sa femme, gens de la condition de ladite eglise, ensemble sa posterile et lignee a perpetuite, moyennant 32 sols parisis de rente annuelle et perpetuelle, plus contant et manuellement, 10 ecus d'or pour subvenir aux affaires d'icelle
Le 23 mai 1477, le chapitre affranchissait encore Elienne et Mathieu, de la paroisse de Marcilly-en-Villette, au quartier de Farges. (HUBERT, Antiquites, etc., Prewes, p. 113.)
taire, tout pres de notre chapelle Saint-Aignan et du clos du chapitre, d'une aulre vigne qu'il avail achetee d'un serf du roi, norame Radulfus (Raoul). II proposa done aux chanoines d'accorder la liberte a son frere et a ses enfants, a toujours, moyennant que lui-raeme ferait abandon de sa vigne an chapitre. Get arrangement souriait fort aux chanoines; mais il ne leur etait loisible ni d'affranchir un de leurs serfs autrement que par la main du roi leur abbe, ni d'entrer en possession de la vigne d'un serf du roi, sans I'assentiment de son maitre: c'est ce qu'ils repondirent a Leodegaire. On se mit done d'accord, et on attendit de part et d'autre.
Sur 1'entrefaite, le roi vint a passer par Orleans : trois membres du chapitre , le sous-doyen Geoffroy et deux pretres, sont aussitot delegues vers lui, et comme 1'acquisition d'une vigne si bien a leur convenanee, dit 1'acle avec une charmante naivete, tentait vivement les chanoines, et quod vineas multum volebanl habere in vicinia ecclesicR, ils firent present au roi de trois onces d'or, pour obtenir son double consentement.
Une affaire si bien preparee ne pouvait manquer de reussir. Le roi acceda a lout, fit venir en sa presence le serf Adebrannus , Raoul son homme de corps et Leodegaire, accompagnes de nombreux temoins , et de sa main royale il affranchit Adebrannus. Raoul alors declara delaisser la vigne a Leodegaire; Leodegaire declara la delaisser a Saint-Aignan. Le roi ratifia celte double cession, pour le present et a loujours, puis ordonna que les memes formalites fussent renouvelees en presence du chapitre assemble. On se rendit done au chapitre; on y raconta ce qui venait de se passer. Leodegaire renouvela son abandon; Raoul reiterason adhesion, et ses trois fils, aussi presents, joignirent leur consentement a celui de leur pere;
tous, dit le narraleur, se felicitant de cette cession faite a 1'eglise.
Hcea autem facia sunl, dit-il en terminant, in capitido Sancti Aniani. Geci fut fait dans le chapilre de Saint- Aignan ; ce qui peut naturellement expliquer pourquoi il y est parle a plusieurs reprises et avec tant d'effusion de la joie qu'eprouvait Leodegaire a voir sa vigne passer en la possession du monaslere, et comment il n'estpas dit un seul mot de la joie qu'il devait pourtant eprouver aussi, de voir son frere et ses neveux rendus a la liberte.
Et voila comment le chapitre, en affranchissant un de ses hommes de corps et en arrondissant son domaine autour de notre chapelle, fit a la fois une louable action et une excellente affaire.
Cetle page curieuse des mcBurs du XI e siecle etait conservee en original dans le tresor de 1'eglise ; 1'abbe Hubert 'a heureusement reproduile en entier dans les Preuves de son ouvrage (1). Mon savant collegue, M. Maupre, archiviste du Loiret, que je ne puis assez remercier de son affectueux concours, 1'a cherchee en vain, a ma demande, dans le depot confie a ses soins ; il est a craindre qu'elle n'ait disparu comme tant d'autres.
Vers le XII e siecle, la population s'etant accrue, notre chapelle funeraire s'etait elevee au rang d'eglise paroissiale, sous le nom d'eglise Sainl-Aignan-le-Vieux (Ecclesia Sancti Aniani Veleris, quce capella vocalur) (2), nom sur lequel je reviendrai plus tard, pour en tirer une ulile induction.
En vertu des prerogatives de 1'abbaye, ses pretres et
(1) HUBERT, Anliquites, p. 108 des Preuves.
(2) Bulle d'Alexandre 111 (1162), confirmative des exemptions du chapitre.
cures etaient norames et institues directement par le chapitre, sans nulle intervention episcopate (1); et I'eveque lui-meme ne pouvait exercer, dans cette petite paroisse, les hautes fonctions de son minislere que sous reserve des immunites du chapitre (2).
Mais, par contre, gravitant ainsi dans 1'orbite de la puissante collegiale, elle se trouvail parfois entrainee a sa suite dans de graves et douloureux debats.
Ainsi lui advint-il en 1209.
Philippe-Auguste voulait porter la guerre en Bretagne. II prescrivit aux eveques et aux barons de se rendre a Mantes avec leurs hommes d'arraes (3) : Manasses de Seignelay, alors eveque d'Orleans, obeit a 1'ordre royal. Mais Philippe, au lieu de se mettre a la tele de son arraee, decide d'en confier le commandement au comte de Saint- Paul, son lieutenant: Manasses declare alors que, s'il doit le service militaire, c'est au roi seul et en personne, et il se retire avec ses gens.
Le roi irrite saisit les biens temporels de I'eveque. L'eveque frappe son diocese d'inlerdit.
Tout culte public est a 1'instant suspendu ; les cloches se taisent, les temples sont muets et deserts ; un silence de mort regne dans Orleans. Seules au milieu de ce deuil,
(1) In duabus ecclesiis Sancti Aniani et Sancti Germani, libere et absque alicujus contradictione et prcesentafcone, sicut hactenus, ita et deinceps liceat vobis substituere sacerdotes. Lxeat etiam vobis in parrochialibus vestris ecclesiis vacantibus, uti consuetum est, et ab antiquis hactenus temporibus observatum, ponere sacerdotes ad succursum, qui donee conveneritis in personas idoneas, quce institui debeant in eis, omnipotenti Deo famulentur. (Bulle de Lucius III en favour de 1'eglise Saint-Aignan, H83.) Invent., etc., Bibl. Imp., mss. 1194, etc.
(2) Charles de Guy de Pruned et de Gbristophe de Brilhac, eveques d'Orleans (23 aout 1411 et 14 mars 1510, avant Paques).
(3) RIGOROUS, De Gestis Philippi Augusti. (Recueil DUCHESNE, t. III.)
la fiere collegiale de Saint-Aignan et ses filles se declarent protegees par leurs privileges canoniques centre I'inlerdit episcopal; et dans notre chapelle comme dans 1'eglise-mere, le service divin est solennellement celebre, a haute voix, portes ouvertes, au son des cloches et des chants.
L'eveque, blesse dans les droits et la dignite de son siege, porte plainle au legal et au pape : le legal fuhnine 1'interdit centre la collegiale et les eglises qui relevant d'elle, excommunie le doyen, suspend le chapitre, el le condamne aux depens. Appel du chapilre au souverain Ponlife.
Innocenl III occupait alors la chaire de Saint-Pierre; il ecoula prudemment les uns et les autres, puis, avec une sage moderation, leva l'excommunication prononcee par le legal, ordonna que salisfaclion ful faile a 1'eveque, el quanl au fond meme du debal, declara que, tan I que durerail 1'interdit fulmine par Manasses, le service divin pourrait etre celebre dans la collegiale et les eglises reconnues pour ses membres, mais a voix basse, sans cloches, sans nul appareil et porles closes (1).
Peu apres, ces difficultes s'arrangerenl, meme enlre Manasses et le roi.
Tout en conservant, avec une sorte de respecl, son vieux nom patronymique, la chapelle Saint-Aignan changea plusieurs fois de vocable.
Nous 1'avons vue designee dans la bulle d'Alexandre III (1162), sous la denomination d'eglise Saint-Aignan-le- Vieux; elle i'est ainsi encore dans les bulles confirmalives des papes Lucius III, en 1183, et Innocent III, en 1207.
(1) Ex epistol. Innocentii III, PP., lib. I, ep. 190, etc.
Au'XlV c siecle, son vocable n'est plus le meme. Deux titres de Jean, eveque d'Orleans (1332-1335), lui donnent le nouveau nom de paroisse Saint-Vincent de la chapelle d'Orleans (parocchia Sancti Vincentii de capella Aurelianensi) (1).
Elle le portait encore en 1471. A celte date, une bulle de Sixle IV, du 5des ides de mars, premiere annee de son pontifical, declare que les gens laics qui sont hors le cloitre Saint-Aignan, en 1'etendue de la paroisse Saint-Vincent > autrement la chapelle de Saint-Aignan, sont de la juridiction spirituelle de la collegiale.
Elle parail meme 1'avoir conserve jusqu'apres les guerrcs religieuses de la seconde moitie du XVII e siecle.
A cette epoque, ainsi que nous le verrons plus tard, soil dans une pensee d'expiation des violences commises par les calvinistes centre les autels de la Mere du Sauveur, soit par tout autre motif qui nous echappe, la chapelle de Saint-Aignan sembla se vouer tout entiere a ce culle toujours cher aux habitants d'Orleans, En meme temps qu'elle devenait le siege d'une confrerie veneree, sous le nom de Notre-Dame-des-Joies, elle delaissait completement son nom historique pour la denomination nouvelle de Notre-Damedu-Chemin t qu'elle a gardee jusqu'a nos jours.
De 1569 a 1583, on lit encore dans les titres conserves aux archives : Notre-Dame-du-Chemin , alias la chapelle Saint-Aignan. Puis le norn de chapelle Saint-Aignan disparait, dans les documents ulterieurs, et celui de Notre- Dame-du-Chemin prevaut seul, jusqu'a la suppression de la paroisse, en 1791 (2).
(1) HUBERT, Antiquites etc., Preuves, p. 125 et 127.
(2) Archives departementales, serie G. Fonds de la fabrique et de la cure de Notre-Dame-du-Chemin.
. Les modifications successives apportees au monument proprement dil furent moins frequentes et moins absolues que celles de son vocable. Je vais essay er de suivre et de con slater les changements effectues, a de longs intervalles, dans cette antique construction carlovingienne, depuis sa fondation, en 854, jusqu'a nos jours.
D'apres ce que nous savons de 1' architecture du IX e siecle, la chapelle Saint-Aignan devait, selon toute apparence, se composer, a 1'origine, d'une nef unique, au plan quadrilateral, eclairee de rares et etroites fenetres, terminee au couchanl par un pignon droit, au levant par un mur semblable, peut-etre par une abside demi-circulaire, le tout exterieurement appuye de quelques maigres contreforts.
. Le nom d'eglise de Saint-Aignan-le-Vieux qu'elle recut, ainsi que nous 1'avons vu plus haut, au XII e siecle, auparavant peut-etre, et qu'elle conserva jusque par dela le XIII e , revele clairement que la construction primitive se mainlint jusqu'a cette epoque.
Ce nom tfeglise Saint-Aignan-le-Vieux n' avail evidemment d'autre sens que de .faire contraste avec la collegiale. de Saint-Aignan plus recemment reconstruite.
La collegiale, en eflfet, incendiee et renversee par les Normands en 865, reedifiee peu d'annees apres par Charles-le-Chauve, vers 1' epoque de la construction de la chapelle (1), detruite de nouveau par le terrible incendie de 898, etait restee en cet etat jusqu'a sa magnifique restauration par le roi Robert, et sa consecration par 1'eveque Odolric, en 1029, au temoignage d'Helgaud (2).
La cbapelle batie vers 854 etait done reellement, aux
(1) HUBERT, Antiquites, p. 28.
(2) HELGAUO, Floria. vita Roberti Regis,
XI e et XIII e siecles, 1'eglise vieille de Saint-A-ignan, comparativement a la collegiale.
Et, pour le dire en passant, ce nom d'eglise Saint-Aignan-le-Vieux permettrait peut-etre de supposer (contrairement a 1'opinion non justifiee d'Hubert) (1) que dans cet antique sanctuaire furent deposees les reliques de Saint-Aignan, et 1'oftice divin celebre, pendant les travaux de reconstruction du XI C siecle.
Tout semble done indiquer que la construction d'Agius demeura debout, jusqu'au jour oil, dans un admirable elan de patriotisme, les Orleanais, au debut du siege de 1428, firent de leurs habitations, de leurs monasteres et de leurs eglises, I'heroi'que sacrifice dont 1'bistoire a conserve le souvenir.
Le nom de la chapelle Saint-Aignan est inscrit en celte belle page de nos annales dont, apres quatre cents ans ecoules, les habitants d'Orleans ont encore droit de s'enorgueillir :
Mirent telle diligence, les gens de guerre et citoyens
d'Orleans, qu'ils bruslerent et abbatirent, dedans la fin de ce mesrne mois de novembre [1428], plusieurs eglises qui estaierit es forsbourgs d'entour leur cite : comme 1'eglise de Sainct-Aignan, patron d'Orleans, et aussi le cloistre d'icelle eglise qui
estoit moult beau a voir; 1'eglise Sainct- Michel, etc Et oultre
plus bruslerent et demolirent tous les forsbourgs d'entour leur
cite qu'on t^noit que c'estoient les plus beaux forsbourgs de
ce royaurne. Mais, ce nonobstant, les abattirent et bruslerent et ce par le vouloir et ayde des citoyens d'Orleans, afin que les Anglois ne s'y peussent loger
Et le mercredi vingt-neuvieme jour d'iceluy mois de
decembre, furent bruslees et abbatues plusieurs autres eglises et maisons qui estoient encore demourees aupres d'Orleans,
(1) HUBERT, Antiquites, p. 29.
comme Sainct-Euverte, la chapelle JSainct-Aignan, Sainct-
Vincent-aux-Vignes, etc afin que les Anglois ne se pussent
la loger, retraire et fortifier centre la cite (1)
II est toutefois peu vraisemblable que celte destruction douloureuse, et faite a la hate, ait ete absolue. On dut se borner a ce qui etait necessaire pour empecher 1'ennemi de se loger, retraire et fortifier dans 1'eglise, c'esla-dire a la demolition des charpentes et d'une partie des murs. G'est ci qui, du reste, ressortira plus clairement, ci-apres, des travaux de reslauration occasionnes, en 1617, par les devastations des protestants.
Dix ans apres la levee du siege, Charles VII, par letlrespalentes de 1439, accordant au chapitre un droil sur les gabelles, pour aider a la reconstruction de I'eglise Saint- Aignan; les chanoines appliquerent sans doute une partie de ces subsides a la reedification de leur chapelle; et ce serait alors qu'auraienl ele construits le bas-cote du midi et les elroites chapelles du nord et que la nef principale aurait ete couronnee, au levant, de 1'abside a pans coupes qui subsiste encore aujourd'hui.
Les caracteres architectoniques de Nolre-Dame-du-Cherain, le plan polygonal du sanctuaire, la forme octogone des piliers, 1'elevalion des voutes, le galbe des baies de fenetres, offrent, malgre 1' extreme simplicite de 1'ensemble et des details dans cet edifice, une analogie si marquee avec le style de la noble collegiale de Charles VII et de Louis XI, qu'il est impossible d'y meconnaitre la meme epoque et presque la meme main.
La nouvelle enceinte d'Orleans, achevee par Louis XI vers 14-80, enferma la chapelle Saint-Aignan dans I'interieur
(1) Histoire et discours au vray du siege d'Orleans.
de la ville, en prelevant quelques portions de son cimetiere, pour la construction des murs et du chemin de ronde.
Tous ces travaux de reedification etaient certainement termines en 1511, car le 14 mars de cetle annee, Christophe de Brilhac, eveque d'Orleans, apres avoir beni et reconcilie le cimetiere, profane par effusion de sang, fit, dans la chapelle meme, une ordination de jeunes tonsures et de clercs des ordres mineurs, sous toutes reserves, d'ailleurs, des droits el immunites du chapilre (1).
Ces importantes constructions, achevees versles dernieres annees du XV e siecle, ne furent pas de longue duree. Le 21 avril 1562, les calvinistes, commandes par lecomtede La Rochefoucault, beau-frere du prince de Gond6, s' etaient rendus maitres d'Orleans; ils ne tarderent pas a faire subir a la pluparl des eglises, et particulierement a la chapelle Saint-Aignan, les plus affreuses devastations. Ils ne la ruinerent pas completement, mais la saccagerent d'abord ; puis, comme plus tard a la cathedrale, ils saperent, par la base, les piliers qui portaient les arcades interieures et separaient les deux nefs. Ces piliers, en s'ecroulant, entrainerent dans leur chute la couverture, la charpente et quelques fragments des murailles du dehors.
Le retablissement de la paix ne put, de longtemps, cicatriser tant et de si graves blessures.
La reparation de ces desastres etait une lourde charge pour une paroisse pauvre et peu peuplee; aussi ce triste etat de ruines subsista-t-il jusqu'en 1617.
Enfin, aux termes d'un acte date de cette annee et conserve aux archives du Loiret (2) :
(1) Charte de Christ, de Brilhac, eveque d'Orleans (24 mars 1510, avant Paques).
(2) Archives du Loiret, serie G, fabrique de Notre-Dame-du-Chemin.
Les habitans de la paroisse N. D. du Chemin, d'Orleans, ayant resolu, en assemblee general e legitimement faite d'iceulx habitans, issue de la grande messe parrochiale, de faire proceder a la reedification de ladite eglise, ruynee par les guerres passees, et dont ils sont paroissiens :
Le 14 mai 1617, par devant Francoys Beauharnois, seigneur de la Grillere, lieutenant-general au bailliage d'Orleans, les gagiers de ladite eglise ont fait avec Guillaume Besnier, maitre macon tailleur de pierre, un traile d'apres lequel ce dernier s'oblige, envers lesdits gagiers et habitants, moyennant une somme de 3,500 liv. tournois, a faire les travaux portes au devis, et a les rendre parfaits et sous bonne visitation, le jour et fete de saint Michel prochain venant.
Ce traite et le devis ci-annexe fournissent de precieux details, non seulement pour apprecier la nature et 1'etendue des dommages, mais pour faire reconnaitre ce qu'etait 1' eglise avant ces devastations, quels Iravaux y ont ete fails, et quelles portions appartiennent aux diversesepoques, dans ce que nous voyons aujourd'hui. J'en extrais les parties essentielles. J'essaierai ensuite d'en faire ressortir les consequences,
Maconnerie. 1 Au pan de la nef qui est du cote du midi, faire quatre piliers en pierre dure de Saint-Fiacre, en forme d'octogone, qui auront 2 pieds 1/2 de diametre, lesquels auront, par la base, une plinthe de la hauteur d'un pied, compris un filet, et faire une iraposte dessus, laquelle sera pres 1'araze du has des arcades, qui seront a trois pan?, lesquelles seront au nombre de cinq, et poser lesdits piliers sur les vieils fondements, qui seront eleves hors de terre de 9 pieds de hauteur, compris 1'imposte, et lesdites arcades faire en leur plein cintre, et par dessus icelles elever la muraille, de pareille hauteur que celle de la rue.
2 Faire dans ledit pan du cote de la rue, au- dessus du portail, une bauge de maconnerie de la longueur de 2 toises 1/2, et 1'elever de la hauteur des entablements. Gomme aussi relever
de pierres de taille les deux contre-piliers du coing de ladite 6glise, de pareille hauteur et facon que les anciens. Ensemble reparer les autres qui sont dans ledit pan et dans la croupe a la liauteur des entablements.
3 Item, abattre le pignon de ladite nef, qui est fort caduc et ri 'est fait que de pierre et terre, et le reediffier a neuf, de pierre, chaux et sable, en 1'epaisseur de deux pieds par has, et la reduire a 20 pouces a la hauteur des pans. Faire dans ledit pignon un portail de ladite pierre Saint-Fiacre de 7 pieds sur 10 pieds de hauteur, et au-dessus d'icelui faire une vitre, de pierre de bourray, de 8 pieds sur 12 pieds de hauteur.
4 Item, faire le pan des murailles de 1'aile, sur les vieils fondements, de 1'epaisseur et longueur qu'il est a present, et sur la hauteur de 3 toises ou environ
5 Item, carreler a neuf ladite aile et faire les marches et
seuil des portes, etc.
Charpenterie. Les charpentes de la nef principale, de la croupe, au-dessus du maitre autel, de la basse aile du cote du cimetiere, et de la croupe en appends de cette basse aile, doivent, d'apres le devis, etre entierement .abattues et retaillees (1).
Item, faire un clocher dont la lanterne sera carree, qui
aura de largeur 5 pieds, et de hauteur 6 pieds. "
Item, faire une plate-forme sur laquelle la pyramide sera assembled.
(1) M. Vergnaud-Romagnesi, dans la note par lui communiquee a la Socjete des antiquaires de France (t. XXIX, p. 318 des Memoires de la Societe), s'exprime ainsi : Vers 1605, on ajouta a la chapelle Saint-Aignan une large nef, au sud, aux depens du cimetiere, en 1'erigeant enparoisse, qui prit ensuite la denomination de Notre-Dame-du- Ghemin,
M. Vergnaud-Romagnesi commet involontairement une double erreur : 1 la basse nef du midi, du c6te du cimetiere, n'a pas 6te construite vers 1605, puisqu'elle existait deja avant la devastation des protestants en 1562, ainsi qu'il resulte clairement du devis des travaux de restauration; elle fut tres-probablement balie lors de la reedificalion de 1'eglise, apres la lev^e du siege de 1428. 2<> Ce n'est pas
Item, faire la pyramide a huit pans, qui aura de hauteur d'aiguille 2 toises, depuis la plate-forme jusqu'a 1'about des chevrons.
Item, couvrir la charpente ci-dessus, le clocher et la lanterne, d'ardoises, et oter la vieille luile qui est dessus.
Item, mettre deux croix de fer, une sur la croupe, et 1'autre sur le clocher, qui auront de hauteur, celle de la croupe 9 pieds, et celle du clocher 2 toises, compris les branches, avec une girouetle sur la croupe et un coq d'airain sur le clocher, avecune chappe de plomb, un vase et un chapiteau, etc., etc.
Ces depenses etaient considerables pour Pepoque et surtout pour une faible paroisse. Pour y subvenir, honorables hommes, etc., gagiers de 1'eglise, ayant charge des habitants, creerent et constituerent diverses rentes.
Le 18 juillet 1617, arret du conseil qui autorise 1'assiette et imposition de 3,500 liv., necessities par ces travaux, sur les raananls et habitants de la paroisse de Notre-Dame-du- Chemin, a savoir : deux tiers surles proprielaires de maisons et heritages, et un tiers sur les locataires et fermiers.
Le meme jour, lettres-patentes du roi, lesquelles preserivent 1' execution de i'arret du conseil, et mandent aux tresoriers de France du bureau d'Orleans de faire reparlir les 3,500 liv. sur les manants et habitants de ladite paroisse, etc., etc.
non plus en 1605 que la chapelle a ete erigee en eglise paroissiale, puisqu'elle etail deja qualifiee de ce litre daus la bulle de 1162, puis dans celles de 1183 et 1207, et dans les chartes episcopales
de 1335 et 1510 (Ecclesia parrochial's et curata.) De plus, dans
les litres Ires-nombreux des biens dependant du chapilre de Saint- Aignan, aux clos des Arenes, du Roi, du Pelil-Mont, etc. (baux, declaralions d'hypotheques, elc.), depuis 1354 jusqu'en 1790, ces biens sont toujours dils situes en la paroisse de la Chapelle-Saint-Aignan, et depuis 1580, en la paroisse de Notre-Dame-du-Cliemin, alias la Chapelle-Saint-Aignan .
Le 9 aout 4617, mandement des Iresoriers de France, du bureau des finances d'Orleans, pour 1'assiette et perception de ladite contribution, etc., etc.
Ainsi furent fails et payes les Iravaux de grosse ceuvre. Quelques annees apres, les reslauralions interieures s'acheverent par des dons volontaires.
15 Janvier 4623. Adjudication de la reconstruction du maitre-autel en pierre et marbre, a un maitre tailleur de pierre d'Orleans, au prix de 350 liv.
20 avril 4648. Adjudication de la construction des voutes interieures de la grande nef, arcs-doubleaux el lambris en bois sec et de bonne qualite; corbeaux en pierre d'Apremont pour porter les arcs-doubleaux; peinlure a 1'huile de loule ladile voule, ainsi cornme celle des basses ailes de 1'eglise des peres Jesuites d'Orleans. Ces travaux, ache, ves en 1650, furent acquittes par les dons des habitants.
48 juillet 4659. Construction des arcs-doubleaux et lambris en bois de la voule de 1'aile, au prix de 150 liv.
II nous faut maintenant reprendre le traite el devis du mars 1617, el recueillir les precieux elements qu'il nous offre, pour restituer noire vieux monumenl dans ses phases successives.
On a sans doute remarque que toutes les constructions de 1617 sont faites stir les vieils fondements ; les mursreleve"s a la hauteur des entablements et du mitr de la rue non detruil; les conlre-piliers exterieurs, de pareille hauteur el facon que les anciens.
La restauration de 1617 s'est done bornee a relever sur leurs anciennes fondations, et dans leurs formes et dimensions anterieures, les piliers el arcades de 1'interieur, et le pan exterieur de I'aile du midi. Elle a retabli, a la hauteur
des entablements non demolis, les parties endommagees, ulilisant avec soin toutes les portions subsislantes. Elle a relaille les charpentes en leur facon primitive, et dans un double sentiment d'economie et de respect, nous a conserve et transmis, dans son exacte physionomie, 1'oeuvre du XV e siecle.
On aura, cerlainement aussi, remarque cette clause singuliere du devis :
a 3 Hem, abattre le pignon de ladite grand e nef, qui est fort caduc et n'est fait que de pierres et de terre, et le reedifier a neuf de pierres, chaux et sable, en 1'epaisseur de deux pieds par bas, etc., etc.
Pourquoi ce pignon occidental, une des parties essentielles de 1'eglise, dans lequel ouvrait la porte principale, esl-il bati d'un facon si rustique, en terre et pierres, tandis que toutes les autres portions du XV e siecle, parvenues jusqu'a nous, le mur du nord, le sanctuaire, etc., ont ele conslruites en chaux et sable, avec le soin et la solidite qui caraclerisent 1'arcbitecture de cette epoque? II est de regie, dans 1'art de batir, que lous les murs de pourtour d'un edifice soient edifies simultanement, en rneme maniere et en materiaux de meme sorte.
Pour s'expliquer cette apparente anomalie, il faut remonter d'un siecle en arriere.
Nous avons vu plus haul que le monument du IX 6 siecle, sous le nom significatif de Saint-Aignan le Vieux, avait subsiste jusqu'a 1'epoque du siege de 1428; duree de cinq siecles et demi, qui n'a rien assurement d'insolite,
Les glorieuses et volontaires mutilitations de 14-28, bien qu'inspirees par des sentiments bien aulres que les violences de 1562, ne durent pas toutefois en differer beaucoup dans les resultats. Le but n'etait pas de faire dis-
paraitre un edifice, mais d'empecher les Anglois de s'y loger et retraire. Les charpentes durent done elre incendiees ou emportees : le mur du nord qui cotoyaitla grande route et pouvait favoriser des embuscades fut probablement deraoli, au moins en partie. Le pan du midi et le pignon du levant, conserves ou noil en 1428, disparurent plus tard, lors de la reedification qui suivit la levee du siege : le premier, pour asseoir sur ses fondations les arcades qui raettaient en communication 1'ancienne chapelle, devenue nef principale, avec 1'aile nouvellement construite au midi; el le pignon oriental pour faire place a 1'abside, a pans coupes, dont on allait couronner la grande nef.
Du monument construit par Agius il ne resta done, an XV C siecle, que les libages inferieurs des trois murs, sur lesquels s'eleverent les constructions nouvelles ; plus le pignon occidental en son entier, lequel, situe a Tangle de la grande route et de I'antique rue de la Vallee de la Chapelle-Saint-Aignan, conserve par les Orleanais, soit parce qu'il ne leur paraissait pas offrir de danger pour la ville assiegee, soit par respect peut-etre pour les sculptures et ornements qui d' ordinaire decoraient la principale entree des edifices religieux, protege d'ailleurs par son epaisseur et ses deux contreforts exterieurs, demeura debout, malgre 1'imperfection de ses maleriaux, jusqu'au XVH e siecle.
11 ne faut pas oublier d'ailleurs que les Anglais rie purent jamais parvenir aux ruines du faubourg Saint-Aignan, et encore moins s'y loger : cle ce cote de la ville, ils ne depasserent pas le prieure de Saint-Loup.
Les edifices mutiles par les Orleanais resterent done dans 1'etat ou ils les avaient mis eux-memes.
Lors des reedifieations qui suivirenl la levee du siege, les habitants d'Orleans, epuises de pertes et de patriotiques
sacrifices, durent s'empresser d'utiliser les portions qui subsistaient encore, comme on le fit un siecle et demi apres, a la suite des desastres des guerres religieuses.
Si ce pignon occidental n'etait pas un reste du monument d'Agius, conserve par les assieges en 14-28, puis compris dans les reconstructions nouvelles, on ne saurait s'expliquer, je le repete, pourquoi cette partie essentielle de 1'eglise eut ete conslruite en terre et moellons, tandis que toutes les autres etaient baties en chaux et sable a la meme epoque.
Ge detail nous revele, en meme temps, que 1'edifice du XI e siecle fut eleve, dans Torigine, avec 1' extreme simplicite, assez habituelle aux monuments deces temps lointains.
II nous est maintenant loisible, a 1'aide de ces rigoureuses inductions, de reconstituer, au moins par la pensee, sur ses assises inferieures existantes encore aujourd'hui, la chapelle funeraire fondee par notre diplome, avec ses quatre murs droits, perces, a hauteur, d'etroites et rares ouvertures couronnees d'archivoltes plein cintre, a claveaux reguliers; sa porte basse et massive, ses piliers buttants au dehors, et ses dimensions interieures de 6 m 50 de large sur 18 a 20 metres de longueur, indiquees par la grande nef acluelle.
Le XV e siecle, en relevant ce monument sur ses antiques fondations et conservant les portions subsistanles, 1'accrut, comme nous venons de le voir, d'un collateral au midi, et le couronna d'un nouveau sanctuaire.
La Renaissance y ajouta les sculptures de la porte septenlrionale, caracterisees par leurs attributs symboliques.
Le XVlI e siecle, a son lour, utilisant aussi ce qui restait des constructions anterieures, remplaca le pignon occi-
dental, devenu caduc, par celui qui existe encore aujourd'hui, avec saporte plein cintre et sa verrieresuperieure; orna les deux nefs de voutes, en bois, decorees de peintures polychromes; surmonta 1'edilice du clocher decrit au devis, lequel, faute d'entretien, devenu caduc a son tour, a ete demoli depuis pen d'annees.
En son etat actuel, et malgre les graves mutilations qu'elle a subies, 1'eglise Notre-Dame-du-Ghemin conserve encore, dans ses principaux details et ses constructions de differents ages, superposees ou ajoutees 1'une a 1'autre, son caractere distinctif d'extreme simplieite, rebaussee par I'liarmonie de 1'ensemble : au nord, les restes sculptes des pieds-droits de sa porte laterale; au couchant, les ouvertures decrites par le devis, aujourd'hui murees, ainsi que les contre-piliers restaures alors ; au levant, son abside a pans coupes appuyee de contreforts a demi demolis; au pourtour, ses murs en moellons, eleves sur un soubassement en pierres de grand appareil, et perces de fenetres d'un galbe elegant, ornees de quelques moulures aux aretes.
A 1'interieur, sa nef principale (ancienne chapelle d'Agius), de 6 m 50 de largeur sur 22 metres environ de longueur, y compris 1'abside, est accolee au midi d'un bas cote de 5 m 50 de largeur, et au nord d'une serie de chapelles pen elevees, d'un metre seulement de profondeur, ouvrant chacune sur la grande nef par une arcade surbaissee, et communiquant entre elles par d'etroites ouvertures.
Les voutes des nefs, a nervures croisees d'ogives, sont encore decorees de leurs rinceaux peints a 1'huile : les nervures, ainsi que les arcs doubieaux, retombent au nord
et au levant sur des faisceaux de filets prismatiques qui s'elancent d'un jet jusqu'au haut des murs ; au midi et dans 1'aile , sur des consoles en pierre d'Apremont, formees de deux plinthes superposees , terminees par un cul-de-lampe a la par tie inferieure.
Cinq arcades, appuyees sur quatre piliers octogones, a base quadrangulaire, ornes, au sommet, d'un simple filet, separent les deux nefs. Elles sont, comme le prescrivait le devis, a plein cintre et a larges pans coupes, correspondant aux faces des supports.
Ces piliers octogones offrent de remarquables analogies avec ceux qui separent aussi les deux nefs du precieux monument d'Orleans, connu sous le nom de salle des Theses de rUniversite (1).
Deux inscriptions funeraires gravees sur pierre, 1'une de 1573, 1'autre de 1637, depourvues d'ailleurs d'interet historique, etaient attachees aux murs. La plus ancienne a disparu depuis quelques annees.
Le dessin ci-annexe, dii au fidele et habile crayon de M. Pensee, fera mieux comprendre les observations et details qui precedent, sur Pensemble du monument, et sur les constructions d'epoques diverses dont il se compose (2).
(1) Architecture civile, etc., an moyen age, par VERDIER et CATTOIS, t. II, 1857.
(2) Voir la planche.
FIGURE Iro. ABCD, pourtour de 1' ancienne chapelle Saint-Aignan, construclion du IX e siecle, reduite aujourd'hui a 1'etat de substructions.
AD, pan du nord, bati sur les fondalions du IXe siecle, et contenant dans ses assises inferieures quelques restes de cette epoque.
AB, pignon du levant, supprime au XVe siecle, pour faire place a Tabside, a pans coupes.
BC, pan du midi, rase au niveau du sol, pour asseoir les piliers des arcades, separatives de la nef collaterale construite vers le XVe siecle.
DC, pignon occidental, dans lequel ouvre la porte principale, cons-
Peu cle choses me restent maintenant a dire de 1'ancienne chapelle Saint-Aignan, depuis que, sous le nom de Notre-Dame-du-Gbemin , elle parut entrer dans une phase nouvelle.
Elle continua de rester attachee, par un lien filial, a 1'illustre collegiale qu'elle se glorifiait de nommer sa mere.
Sa circonscription s'elendait, partie a 1'interieur de la ville, partie au dehors, jusqu'au pied de 1'eglise Saint- Marc et de 1'abbaye de Saint-Loup, sur le riche territoire ou 1'eglise Saint-Aignan possedait de nombreux domaines, aux clos des Arenes, du Roi, de 1'Eveque, de 1'Orbette et du Petit-Mont (1).
truit au IXe siecle, en pierres et lerre, non demoli a 1'epoque du siege, conserve dans les reconstructions du XVe siecle, devenu caduc en 1617, et remplace alors par le pignon actuellement existant.
BCEF, nef collaterale, edifiee vers le X\ 7 e sieele, au midi de 1'ancienne chapelle Saint-Aignan.
AHB, abside a pans coupes, sur plan semi-octogone, construction du XVc siecle.
ADLM, serie de chapelles de 1 metre de profondeur, ouvrant chacune sur la grande nef par une an ade surbaissee, et communiquant entre elles par d'etroites ouvertures.
P, porte laterals nord, ornee de sculptures de la renaissance.
Z, Z, Z, Z, quatre piliers octogones, sur lesquels s'appuient les cinq arcades plein cintre separatives des deux nefs.
XXXX, faisceaux de filets prismatiques, recevant au midi et au levant la retombee des arcs doubleaux et des nervures des voutes.
YYYY, consoles supportant ces arcs doubleaux et nervures, au-dessus des piliers octogones et dans la basse nef.
FIGURE 2. Forme des consoles.
FIGURE 3. Plan des piliers octogones.
FIGURE 4. Vue de 1'eglise Notre-Dame-du-Chemin, dans son etat actuel.
(1) Archives du Loiret, serie G, fonds du chapitre de Saint- Aignau d'Orleans.
Elle demeura toujours pauvre. Des inventaires des XVII e et XVIII 6 siecles, conserves en nos archives departemenlales (1), constatent un mobilierpeu somptueux, des croix et flambeaux de cuivre, des vases d'etain, quelques tapisseries antiques, etc.
Son dernier cure, le respectable abbe Corbin, mort en 1842, vicaire general et cure de la cathedrals; rendant compte, en novembre 1785, a son eveque, de la situation de sa paroisse, en revelait 1'etat par ces mots significatifs : Je ne fais chaque annee que vingt a vingt-cinq grands enterremenls, par la raison que tous rnes paroissiens etant pauvres, beaucoup d'entre eux vont mourir a 1'Hotel-Dieu... (2).
Dans cette condition modeste, cette petite paroisse sut toutefois fonder et maintenir d'admirables institutions.
Des 1'annee 1711, son cure, M. Ythier Doulceron, leguait 2,100 liv. pour creer une ecole de charile ou seraient recus, gratuitement et sans exception, tous les jeunes garcons de la paroisse. Son neveu, M. Aignan Adeneau, cure a son tour, completait, en 1742, cette fondation. De charitables dames (3) lui apportaient des dispositions d'une touchante delicatesse et des dons d'une veritable munificence. On distribuait des livres aux enfants, du chanvre a filer aux meres; on donnait des metiers aux jeunes filles, de 1'instruction, des soins, de 1'appui a lous (4).
Ces belles et populaires institutions ne purent preserver Nolre-Dame-du-Chemin de la suppression qui, a la fin du
(1) Archives du Loiret, serie G, fonds de la fabrique et de la cure de Notre-Dame-du-Chemin.
(2) Archives du Loiret, ibid.
(3) MUe Perlhuis, en 1733; Me de Menou, en 1780.
(4) Archives du Loiret, serie G, fonds de la fabrique et de la cure de Notre-Dame-du-Chemin J'ai rencontre avec bonheur, parmi les
siecle dernier, atteignit tant d'autres etablissements ecclesiastiques en notre ville.
Peu de temps apres, la vieille chapelle etait vendue nationalementen!791, adjugee avilprix, et devenait ce que nous la voyons aujourd'hui....
Les monuments et les faits, auxquels j'ai consacre ces etudes, ont subi la loi fatale qui precipite toutes choses humaines vers la mine et 1'oubli. L'eveque qui souscrivit notre diplome, et qui deux fois sauva sa ville episcopate, n'a pas, parmi nous, une pierre ou soit inscrit son nom. La puissante collegiale, si fiere de relever immediatement du Saint-Siege, et de compter tout une lignee de rois parmi ses abbes, a disparu pour tou jours ; et sa Royale eglise, appauvrie et mutilee, n'est plus aujourd'hui qu'une modeste paroisse. L'antique chapelle qu'elle avait fondee et qu'elle aimait a nommer sa fille, deserte et profanee, est abandonnee aux travaux les plus vulgaires. Par un bizarre jeu du sort, le monument le plus fragile, la feuille ou furent consignees, il y a mille ans, ces religieuses fondations, a seule survecu a tous les autres; encore faut-il dire que, sortie de ses asiles prolecteurs, elle est, elle
personnes dont le souvenir se rattache a ces pieux etablisseraents, un nom qui m'est cher, celui de M. de Cuve, et le nom venere de notre immortel jurisconsulle, Robert- Joseph Polhier.
aussi, exposes a plus d'un peril. J'ai interroge avec amour ces vieux et venerables restes, et pourquoi n'ajouterais-je pas, avant de finir, qu'il est bon peut-etre et salutaire, a ce temps present qu'entraine un courant si rapide, de s'incliner parfois avec respect sur les debris du passe? Heureux, si mes patientes recherches onl pu restituer quelque honneur a des souvenirs a demi-effaces par les siecles; eL de ces voix affaiblies, qui peut-elre vont bientot s'eteindre, obtenir un dernier echo.