‹ Charte turqueChapitre 12 sur 34 · CAVALERIE · texte numérisé non relu

CAVALERIE

hommes.

Spahis 1 ♦ 13006.

Zaîms et Timaris. . . . . , 385ooo

Janissaires volontaires , £non soldés , entrant

dans la cavalerie. 10000

Volontaires appelés Gionulhus. , 3oooo

Total 4^7000

.Total général 71200Q

Ainsi donc, le total général des forces de l'empire ottoman est d'environ 7 1 a mille hommes ; et pourtant , ainsi que nous l'avons dit et prouvé, la troupe soldée par le trésor de l'état n'est que de 6a mille hommes.

En outre, la Moldavie et la Walachie*(a 1 ) fournissent chacune 1 o mille cavaliers tout montés et équipés ; ces troupes ne reçoivent pas de solde du gouvernement turc , elles n'ont que le butin en temps de guerre , le pillage des campagnes dans les retraites ou les défaites , et le produit des esclaves qu elles enlèvent dans ces pays pour les vendre aux Turcs.

On ne comprend pas non plus dans ce grapd nombre de troupes celles qui doivent être fournies par les Tartares*, troupes auxiliaires à cheval (2 a).

Alors, loin qu'il y ait exagération dans le calcul indiqué , il n'est pas mis au complet , d'ailleurs il est présenté conformément à celui de Syllostri qui passe pour le plus exact historien chez les Grecs. Il n'y a donc d'approximatif que le nombre des volontaires qui marchent ordinairement d'après l'invitation du mufti et des pachas , encore celte approximation est-elle faite au minimum , puisqu'au moindre danger qui menacerait l'empire, toute la nation doit se

lever et s'armer spontanément , et qu'elle devient , dans le cas d'un imminent péril , à la disposition du gouvernement. Alors le grand seigneur, en vertu des lois du Coran, peut appeler tous les musulmans en état de porter les arme*, et nul ne pourrait s'y refuser, peu d'ailleurs en auraient l'envie, par scrupule de conscience; et il faut remarquer que toutes ces troupes sont d'une grande bravoure , mues par deux véhicules également puissans qui les portent à combattre : l'espoir de la fortune et des honneurs, s'ils triomphent , et l'espoir du pos et des douces jouissances du paradis de Maboraet s'ils succombent: de pareils ressorts sont puissans pour faire mouvoir des hommes aussi exaltés que crédules et superstitieux!

Aussi les Turcs disent-ils qu'un seul d'entre eux doit combattre au moins trois infidèles , ce qui est adopté chez eux comme un principe de religion. Voilà pourquoi toutes les fois qu'ils ont fait la guerre aux puissances , ils marchent presque toujours en nombre iniir, ce qui a fait méprendre plusieurs historiens , entre autres Warueri qui en a tiré une fausse conséquence , en disant , puisque le nombre des troupes turques dans les différentes ;uerres , n'a presque jamais «cédé environ

aoo mille hommes , doue le maximum de leur»

forces n est pas aussi grand qu'on veut le faire croire. Mais , je le «répète , cette conséquence est une erreur ; et d'après le calcul établi de leurs forces réelles et de celles que peut produire le .fanatisme de cette nation ,*on peut considérer comme immenses les ressources milttaires de l'empire ottoman.

Avec cette force , cette organisation , et plus encore avec le fanatisme , - joint aux idées de prédestination , qui enseignent aux Turcs que nul ne peut fuir son sort , il est certain qu'ils eussent pu aspirer à la monarchie européenne s'ils ne s'étaient point endormis au sein de la mollesse et des voluptés. Leur empire est même le seul état qui , par son organisation, pût atteindre à ce but.

Charles XII disait : Donnez-moi cinquante mille fatalistes et je ferai la conquête du monde; cette assertion du monarque suédois était un peu fanfaronne ; s'il avait dit : Donnez-moi formée ottomane avec son fatalisme et je deviendrai maure du monde > le* capitaine-roi eût dit une chose supportable.

Il faut bien remarquer que toutes les troupes turques qui servent à pied prennent le nom de janissaires , ceux-ci étant réputés bons et braves.

musulmans et les soutiens de la religion du prophète. De même tous tes corps de cava* lerie sont coilipris sous le nom de spahis, sans en exclure, en temps de guerre, les zaïms et les timaris; voilà pourquoi on n'entend parler dans leurs relations de faits militaires que de ces deux corps qui marquent les deux différentes armes : la cavalerie , et l'infanterie.

L'armée turque surpasse en élégance toutes les autres troupes européennes. Celle commandée par Cara Mustapha, qui fit le siège de Vienne en 1 683 , était d'une élégance éblouissante.

Voici ce que dit Mignot à ce sujel :

a Cette armée offrait, dans ua espace immense, une magnificence dont , jusque-là, les Autrichiens n'avaient pas eu d'idée. Ce n'était qu'or , azur , pelisses de grand prix. Les hommes et les chevaux paraissaient être plutôt parés pour une cérémonie imposante qu'armés en guerre (*). »

Les zaïms et les timaris sont beaucoup mieuî montés que les troupes européennes , par la faculté qu'ils ont d'avoir de superbes chevaux arabes et persans. Quant à la bra-

C) Histoire de l'Empire ottoman, par Mignot ,page 4^8.

voure de cette troupe , elle égale celle des spahis et des janissaires soldés. On en peut dire autant des corps de janisssaires volontaires d'Asie et d'Europe. Tous, par les motifs déjà exposés, rivalisent de bravoure, d'intrépidité et de zèle Si on veut mettre en parallèle les armées turques avec celles de l'empire russe, qui, pbr Tétendue de son territoire et sa proximité de la Turquie , offre naturellement un point de comparaison , on trouvera que les premières sont plus nombreuses et plus organisées que celles des Russes , et qu'encore , d'après leurs faits d'armes historiques, elles sont beaucoup plus braves.

L'infanterie russe est infiniment lourde .et lente dans ses manœuvres et dans ses charges. L'infanterie turque , au contraire , est très-agile, très-impétueuse dans ses manœuvres naturelles et dans ses charges- Quant à sa cavalerie, elle est si supérieure par le nombre , qu'indépendamment de sa bravoure , elle serait toujours formidable.

Que lui opposerait la Russie ? ses dragons , ses cuirassiers , sa grosse cavalerie ? On n'ignore pas qu'elle tient faiblement aux charges de l'ennemi ; sa cavalerie légère , ses cosaques réguliers et irréguliers? mais ils désolent les

lieux qu'ils traversent, pillent, volent, violent * sabrent les traînards et les blessés ennemis , plutôt qu'ils ne se distinguent en les combat-» tant.

Les cosaques du Don sont les seuls qui tiennent devant l'ennemi; malheureusement ils sont ivrognes et pillards , qualités communes à tous les cosaques ; d'ailleurs, leur nombre n est pas très*considérable.

Les Calmoucks sont aussi une mauvaise cavalerie ; on les croit descendus des anciens Huns. Selon les apparences , ceux qui ressortent de la domination russe 'sont un reste de ces farouches Huns qui servirent Attila. Le corps de la nation habite dans la Tartarie chinoise, hes relations des voyageurs nous en parlent sous le nom cYelînds, c'est-à-dire puants , et ils le sont en effet (a3).

Mais revenons aux forces militaises de l'empire ottoman. l

11 est certain que la troupe soldée par le trésor de l'état n'étant que de soixante-deux mille hommes , un si faible nombre n'a pu seul élever et soutenir ce vaste empire; il lai a fallu , et U lui faut encore les ressources qu'il puise <Uw *on organisation ; les sept cent douze mille hommes environ qu'elle peut lui procurer pow

conserver ses immenses possessions, pour s'être dit et se dire l'arbitre du monde, pour avoir effectivement fait trembler les puissances de la terre, et tout récemment encore, malgré ses revers actuels, avoir rejeté l'impérieux ultimatum qu'on lui adressait.

Il est donc démontré , par tout ce qui précède, que le gouvernement turc est organisé militairement; il est le seul au monde qui le soit ainsi ; tout y est combiné avec profondeur et sagesse.

Mais on objectera qu'il ne suffit pas d'avoir des hommes , qu'il faut de l'argent comme nerf de la guerre. Eh bien , l'organisation de l'empire lui fournit encore , en ce genre , plus de ressources que toutes les , puissances de l'Europe n'en peuvent avoir. Nous trouverons ses trésors dans le sérail ; car si ce palais impérial renferme des trésors de beautés , il contient aussi des trésors métalliques qui sont immenses. Nous en parlerons à l'article finances, et nous verrons qu'en temps de guerre les sultans n'ont pas besoin d'opprimer les peuples par des contributions énormes , et qu'en Turquie l'argent, comme les hommes, est toujours prêt aux premiers ordres du gouvernement. .: .

Ainsi, H faut convenir que rien ne manque à cet état pour sa conservation , hommes , argent , enthousiasme, bravoure ; enfin, force physique et morale de toute espèce. Aussi il a traversé des siècles devant les nations civilisées qui l'appelaient barbare. Il ne sera ébranlé que par le courage des Grecs et l'étendard de la liberté.

Il nous reste à ajouter quelques mots sur les saïms et les timaris , que quelques auteurs , entre autres Riccaut, ont voulu comparer à ce que les Romains appelaient decumani , ou aux anciens barons de la féodalité.

Cette comparaison est tout-à-fait inadmissible , et voici pourquoi : Dans l'un et l'autre cas, ces personnages étaient privilégiés , et les seconds même jouissaient dune autorité trèsétendue sur les individus du territoire qu'ils possédaient, tandis qu'il n'eu est pas ainsi en Turquie pour les zooms et les timaris; les privilèges des classes y sont absolument inconnus. Les anciens barons, ou, pour mieux dire, les anciens seigneurs féodaux , n'étaient pour la plupart que de petits lyrans ; il est vrai qu'ils étaient obligés de partir pour l'armée, mais ils s'y rendaient en qualité de chefs : ils avaient droit de faire partir, de disposer et de com-

mander leurs serfs ou vassaux ; ils eurent même fort longtemps droit de mort sut eux s'ils se Refusaient d'obéi* promptemefit et aveuglément à leurfe ordres. Ainsi l^ottneur du commandement et le profit de la guêtre étaient pour le noble bâton , tandis qtte lé vilain ou le vassal n'avait d'autre avantage que celui de mourir^ la voix de son maître pour l'enrichir ; et s'il échappait au danger des combats, rendu à ses foyéts , il avait encore à craindre la potence ou la bastonnade à la première désobéissance aux ordres de son seigneur. Chez les nations dites civilisées , tout est en faveur des privilégiés et des grands; en Turquie, il n'y a ni privilège ni noblesse ; et toutes les institutions sont en faveur de l'homme pauvre , ainsi que le prouvé la belle institution des lots de taimets et de timafs.

Car loin que les zaïms et les timaris , qui sont possesseurs de ces lots, aient la moindre autorité sur les paysans de leur territoire , ils sont en quelque sorte dans la dépendance de ceux - ci : les zaïms cultivent et afferment il est Vrai leurs terres , et leurs immeubles à voJohté * ils en fixent et perçoivent le produit , mais sans avoir d'autres droits sur les hafoitans du lieu ni sur tes individus avec

lesquels ils traitent , que ceux relatifs à leurs engagemens pécuniaires , et non en ce qui regarde leur personne. Or , comme les dotations sont dans l'obligation de fournir à l'état un nombre fixé de combattons , que ces cornbattans doivent être des volontaires , il esit indispensable aux zaïms et timaris de se bien conduire avec les paysans afin de pouvoir compter sur eux, moyennant une somme d'argent , au jour de l'appel guerrier. S'ils se conduisaient mal envers ces hommes , aucun , même à quelque prix que ce fut , ne voudrait marcher avec eux à l'armée , et ils perdraient alors leurs dotations. 11 faut remarquer aussi qu'à la guerre , le zciïm et les volontaires qu'il fournit servent dans les mêmes rangs. Ils ne sont que camarades , et ils ont le même droit aux dotations par leurs actions d'éclat.

Ainsi donc, la nécessité de trouver des • paysans pour les temps de guerre , force les . zaïms et les timaris d'avoir pour eux en temps de paix toutes sortes d'égards et de soins, de sorte qu'ils les ^aident en tout et partout; dans les besoins urgens ils leur fournissent le blé nécessaire , leur font des avances d'argent , et vivent avec eux habituellement comme avec des amis , de telle sorte que cette institution

fcst très * favorable au paysan turc, et ne lui Huit jamais, tandis qu'au contraire, les baronnies et les anciens barons de la féodalité étaient en général le fléau du paysan et des cultivateurs; leurs droits s'étendaient même jusque sur l'honneur de leurs vassaux, dont ils pouvaient devancer les droits d'époux , et leur ancienne oppression est un fait si avéré, qu'il a donné lieu à un proverbe existant encore en Italie où le mot barone est synonyme d'homme injuste et méchant; on l'emploie quand on parle défavorablement de quelqu'un ; et dans ce pays on entend souvent dire en Société ou parmi le peuple : Voi siete un barone ou egti è un barone , ce qui signifie , vous êtes ou il est un homme injuste et méchant.

Les Grecs modernes , bien persuadés que les turcs doivent leurs conquêtes et leur puissance à la belle institution des dotations , ont jugé qu'ils ne pouvaient combattre leurs adversaires qu'avec les mêmes armes : aussi le gouvernement de Corinthe a rendu un décret (24) en date du 29 mai 1822 , par lequel il assigne des terres aux défenseurs de l'indépendance nationale pour prix de leurs services et de leur sang versé pour reconquérir la liberté. Ce décret doit être considéré comme l'acte

d'une sage politique ; il produira , et a déjà produit des prodiges de valeur.

Souvent une bonne loi amène de meilleurs résultats que ne ferait une puissante armée, et les Grecs doivent attendre de ce décret plus d'effet , que le secours des armées auxiliaires n'en aurait produit, si elles eussent soutenu leur cause : l'influence de cette loi est telle que les Grecs peuvent lui devoir, seuls, et par leur propre force , leur glorieux affranchissement ; quoique ce décret ait été consigné dans les journaux du temps, je le relate dans mes notes comme étant, je le répète, un acte de sagesse du gouvernement provisoire des Grecs et une des bases les plus solides sur lesquelles puisse s'appuyer l'indépendance de la Grèce.

11 est remarquable que Napoléon avait emprunté des Turcs l'institution des dotations qu'il avait accordées aux militaires , dans les pays conquis ; mais il y avait introduit une différence et avait rendu cette institution moins parfaite , puisqu'elle ne portait pour l'avenir aucune obligation envers l'état : c'était une pure récompense pour les militaires , transmissible à leurs enfans , mais qui ne leur imposait aucun devoir. Cependant elle avait produit un grand effet en attachant les familles.

et l'armée à sa personne , et en les intéressant à la conservation de ses conquêtes. Par-là il donnait plus d'impulsion à ses armées ; car lorsque le soldat défend sa cause propre en servant celle de l'état , il est plus ardent et plus décidé à mourir pour son pays et à combattre l'ennemi commun. v

Cette institution était la seule propre à servir d'appui à son empire ; il en créa une autre, celle de la décoration de la Légion-d'Honneur \ si elle n'eût été qu'une couronne civique pour le militaire et le civil , elle eût été sagement instituée : mais il en fit un ordre chevaleresque , c'était singer les souverains nés sous la pourpre. Lui , élevé sur un bouclier , il y mit son effigie, quand celle de la France seule aurait dû l'orner (25). Par-là elle fut confondue dans l'esprit du sage avec cette foule de rubans de toutes couleurs accordés à la faveur, à la naissance, et trop rarement au mérite.

Les institutions d'un état ne sont réellement sages et profondes , que lorsqu'elles «ont basées sur l'intérêt dç tous , et noç élevée* pour la gloire et au profit d'un seul homme ; elles ne sont grandes et utiles que lorsqu'elles honorent et consolident un gouvernement»

en faisant le bien des peuples qu'il régit»

TOPCHIS

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