PACHAS
ET BEGLIER-BEYS.
Le mot pacha, en langue turque, signifie commandant ou gouverneur de quelqu'une des provinces dites pachaliks : il en est de plusieurs sortes , ils sont appelés pachas à une queue, à deux queues, à trois queues de cheval; ces deux derniers ordres de pachas ont droit,
On sait que les dignitaires ne sont exécutés que lorsque le sultan a signé leur condamnation.
.rsqu'ils se trouvent àConstantinople, de siéger au divan; on porte devant eux dans l'exercice de leurs fonctions et dans les cérémonies publiques des queues de chevaux appelés tongys, attachées chacune au bout d'une lance, leur nombre marque l'importance et l'étendue du pachalik. Également , au temps des Romains , la queue de cheval était un symbole d'honneur , et même un des principaux étendards de Rome. Les rois de Congo portent sur leurs épaules une belle queue de cheval , c'est la marque principale de leur royauté.
On appelle chalebs tous les visirs, pachas ou sangiacks sortisdes Icoglans ou des pages, c'està-dire qui ont été élèves du sérail , et qui ont passé par les charges du sérail, ou par celles de l'uléma.
On nomme agaats ceux qui n'ont pas été élevés au sérail, ou parmi les effendis, mais qui sont parvenus aux mêmes dignités parles degrés de la milice, c'est-à-dire par la carrière militaire où ils se sont distingués.
Les beglter-beys sont des gouverneurs de plusieurs provinces; ils sont pachas à deux et trois queues, et ont sous leur ordres les saiigéacftt gouverneurs d'une province et pachas à
serait pas les détourner de leur but , dans la crainte de perdre la considération publique , et celle du prince et des sultanes , ce qui entraînerait bientôt sa destitution ; mais au con* traire, quand il se fait remarquer au divan par sa justice et son équité, quand il soutient la cause des malheuïeux contre l'arbitraire des gens en place, il devient l'objet de la vénération publique , et le sultan même est soumis à sa volonté.
Aucune marque extérieure ne le distingue des autres musulmans : ses mœurs doivent être régulières ; et, quoique la loi lui accorde comme aux autres Turcs le droit d'avoir quatre femmes , il n'en a qu'une seule , et n'en épouse une seconde que lorsque la première n'est plus d'âge à avoir des enfans.
Ce pontife se rend alternativement aux diverses mosquées , aux heures prescrites pour les prières publiques. Il doit s'y présenter des premiers , sitôt qu'il entend les cantiques qui appellent les musulmans à la mosquée ; car il faut faire observer ici que les Turcs n'ont pas. de cloches ; les prêtres de service montent aux minarets , ou tours de la mosquée ; et de ce lieu ils appellent à la prière les fidèles en chantant des cantiques pour cet objet.
Ce sont les festwas ( ou mandcmens ) de ce pontife qui rendent les Turcs fanatiques dans les guerres de religion contre les chrétiens, parce qu'ils déclarent hérétiques et damnés tous ceux qui ne combattent pas à outrance les ennemis de la religion du prophète. Le malheureux sort de tant de chrétiens fut causé par ces festwas fanatiques qui produisent de très-nombreuses croisades turques,
Tous les grands jugemens du divan sont signés par le muphti : plusieurs muphtis en ont rendu contre le sultan même; ils ont prononcé des arrêts de mort contre Osman Ibrahim , et d'autres empereurs , et ces jugemens furent exécutés. Ce fut Amurat IV qui le premier osa sévir contre la dignité du sacerdoce turc ; après avoir destitué le muphti , il le fit étrangler secrètement.
Sous Mahomet III un mupthi s'était enrichi aux dépens des sommes destinées au culte et aux pauvres. Il courut le danger de perdre la vie, tant l'indignation publique était grande; il fut heureux de s'enfuir promptement à Rhodes, où il resta relégué le reste de ses jours (88).
Mais quand le caractère du muphti est honorable, quand ses mœurs sont conformes aux préceptes du Coran, quand sa réputation est
nent les Turcs aiment le vin comme les peuîles de tous les pays ; or, comme leur relîgipn en défend l'usage , mais non celui du naigre, ils éludent la loi à cet égard, et en irennent quelquefois sous cette dénomination, irétendant que ce n'est pas péché que de boire ! temps à autre du vinaigre pour la sanlé, ;out en temps de peste.
ULEMA ,
OU CLEIICÉ.
Le corps de l'uléma jouit en Turquie d'une ; considération ; on sait qu'il se compose des hommes de la loi désignés sous le nom tXeffendis. Mais parmi ces hommes de la loi, ou ces effendis, une partie se destine exclusivement, comme je l'ai. déjà dit, au service des mosquées, sous le nom d'ij/na/is, et compose le clergé turc.
Nous avons vu que le muphti en était le chef suprême. Tous les membres de l'uléma, tant ceux qui professent la loi que ceux qui desservent le culte , sont regardés comme sacrés , e ne peuvent être mis à mort dans aucun cas,
moins qu'ils n'aient été préalablement jugés,, destitués de leur place, et rayés du contrôle du <Jorps par sentence du divan. Depuis l'établissement de Fempire turc, plusieurs muphtis, ismans, effendis, ont été étranglés, mais toujours après ces formalités remplies; aucun sultan n'a osé déroger à ce privilège.
Le corps de l'uléma est beaucoup plus in-, struit que ne sont les autres musulman^ : aussi c'est lui qui surveille la stricte exécution de leur pacte social , la charte turque. Et , lorsque celle-ci reçoit quelque atteinte, il jette le cri d'alarme dans l'empire. lie muphti le soutient ; les janissaires s'unissent toujours à eux ,. ou plutôt ne sont dirigés que par eux pour réclamer contre la violation de la loi Le peuple ne manque pas de les appuyer; alors le chef et les grands tremblent, et se trouveraient en effet en danger, s'ils ne rentraient pas dans la voie de leurs institutions.
Les Turcs respectent beaucoup ce corps, par* ticulièrement leurs ismans; généralement tous ceux qui le composent se conduisent d'une manière régulière et pieuse (*);et, loin de s'isoler . . ..*..■ i . i. -
Us se bornent dans l'exercice de leur coite à rappeler les préceptes de morale, et n.'j mêlent aucun, moyen superstitieux.
des intérêts nationaux, ils sont, comme je viens de l'expliquer , les sentinelles permanentes qui veillent pour le peuple turc.
Leurs ismansse forment et s'instruisent dans des espèces de séminaires nommés médresses.
La nomination du chef des prêtres de chaque mosquée, (place qui répond à celle de nos curés ) et celle des desservans , est faite par les fidèles de l'arrondissement de chacune, et non par le sultan ni le muphti. Cette formation est très-sage , car de cette manière ces places ne sont jamais données à la faveur ni à l'intrigue , mais elles sont le prix d'une honne renommée , de l'estime générale , et la récompense de la vertu.
Il faut remarquer ici , que les ismans ne re çoivent pasd^ rétrihtition pour leurs fonctions sacerdotales , de quelque nature qu'elles soient, tout monopole religieux leur est interdit. Ils ont leur pension fixée par Tétât , et ne peuvent rien exiger de plus ; les prières pour les morts et l'enlèvement des corps se font gratis.
On sait qu'il n'en est pas ainsi en d'autres pays. À Rome même, naguère les corps des gens pauvres restaient exposés jusqu'à ce que la charité puhlique eût réuni , dans un tronc placé à cet effet sur le cadavre, 25 paoli
d'aumône , somme nécessaire pour le moindre enterrement ; et comme ces sortes d'occasions se multipliaient et fatiguaient la bonne volonté des bienfaiteurs , souvent les corps restaient exposés dans les lieux publics plusieurs jours avant que le' tronc fût au complet, en sorte que pendant les chaleurs de l'été , les voisins et les passans étaient infectés par le mauvais air qui s'en exhalait.
Ce furent les Français qui , pendant la dernière occupation , firent disparaître ce monstrueux usage , plus choquant encore dans la capitale de la chrétienté.
On sait aussi le commerce honteux des prêtres russes , à la mort de leurs coreligionnaires.
Pour qu'un russe puisse entrer en paradis , quelle qu'ait été sa moralité pendant sa vie, il a besoin à sa mort qu'iih certificat de bonne conduite soit donné par un prêtre-; cette espèce de passe-port doit être placé dans le cercueil du défunt. Il s'obtient moyennant une somme d'argent proportionnée à la fortune du mort. Point de certificat , point de paradis , disent et font croire les prêtres russes. Ceci n'est tii exagération ni plaisanterie , c'est à la lettre. Dans les campagnes, et même dans les villes , cette formalité est regardée comme un
dogme religieux, et observée avec exactitude. Avec de tels usages les Russes ne peuvent pas se moquer du culte mahométan , qui repousse de semblables absurdités.