MOSQUÉES
Il n'y a pas un pays au monde où le respect dû au lieu consacré à la religion et à la prière soit observe' aussi scrupuleusement qu'en Turquie. Le Coran prescrit aux Turcs un grand respect, une grande vénération pour les Mosquées : aussi en sont-ils pénétrés, et ne.se per*
mettent-ils jamais la moindre des inconvenances, pour ne rien dire de plus, que l'on remarque dans les temples chrétiens ; le plus grand recueillement , le plus grand calme régnent dans les leurs : chaque Turc y doit tenir les mains croisées sur la poitrine et les yeux fixés sur la terre.
Le nombre de ces temples dans la ville de Constantinople est grand. Il y en a aussi plusieurs dans le sérail; indépendamment de la riche mosquée placée dans les appartenons du grand seigneur, il s'en trouve dans chaque collège d'esclaves du sérail , dans les maisons de chaque sultane et dans chaque appartement des chefs des eunuques blancs et noirs (*) ; les janissaires ont aussi une belle et riche mosquée appelée Orla-Jami (90).
La nation turque est essentiellement croyante , religieuse, et c'est à la profession sincère de son culte et de ce qu'il prescrit, qu'elle doit sa conservation et sa puissance.
Le temple de Sainte-Sophie (91) est le plus grand et le plus magnifique de Constantilople ; on le compte an nombre des trois pre*
liers temples du momie qui sont : Saint Pierre
•fj Ce sont des espères de. chapelles.
*9° de Rome, qui surpasse tous les autres, Sainte- Sophie , et Saibf-Paul de Londres. Les Anglais, obligés de céder la supériorité au superbe Vatican romain, ont voulu prétendre que Sainte- Paul l'emportait en grandeur et en beauté sur Ste. -Sophie. Toutefois, pour le croire, il faut ne l'avoir pas vu , le temple de Saint-Paul n'est pas pluà grand que Sainte-Sophie, dont il diffère, en ce qu'il est à l'intérieur très-noir , très malpropre , très-nu , à l'exception de quelques tombeaux remarquables. 11 inspire plutôt la tristesse que l'admiration , quelle que soit sa beauté extérieure. Ce temple n'est ouvert que deux fois par semaine aux fidèles et au public , mais il est accessible tous les jours aux curieux qui paient , et , pour une légère rétribution , on peut y entrer à toute heure.
Il faut distinguer aussi la superbe mosquée érigée par Achmet I er , sur la place de XAtmèïdan (92) et celle de la sultane validée (93).
Il est défendu à tout infidèle d'entrer dans les mosquées , à moins d'obtenir la' permission du grand visir, ou d'avoir la protection de quelqu'effendi qui se charge d'introduire hors les heures de prières , car les nntëttlmans ne veulent pas être distraits dans leurs actes de piété; mais, lorsqu'on obtient par grande
aoi protection d'y entrer pendant qu'ils prient, ils exigent de ceux qui se présentent une grande réserve et un air de respect; malheur à ceux qui osent se moquer !
On a vu, il y quelques années, un exemple terrible du danger auquel on s'expose ; le voici : l'ambassadeur de Russie , le comte de Tamara et son épouse, le ministre de Naples , le comte de Ludolffof, sa fille', et plusieurs officiers russes, anglais et autrichiens de leur suite , obtinrent la permission de visiter les mosquée; ils se rendirent à l'une d'elles à l'heure de la prière. Les officiers refusèrent de mettre des papomches, espèces de pantoufles que l'on présente ordinairement aux Européens qui ne peuvent se déchausser comme les Turcs. Ce manque d'égard fut suivi d'une conduite bien plus répréhensible. Les jeunes officiers qui donnaient la main aux dames dans la mosquée attirèrent, par leur tenue et leur rire indécent et inconsidéré, les regards des musulmans recueillis dans leurs prières. En un instant la suite diplomatique fut huée et menacée; on cria au scandale; les sofias, élèves et étudians de la loi, qui étaient voisins de la mosquée, accoururent ;> messieurs les diplomates et les dames furent frappés à coupdepapoutches, et obligés de fuir.
Les dames se réfugièrent en toute hâte «fcas la première maison qu'elles purent atteindre; elle* y trouvèrent asile et sûreté dans le harem des femmes, inaccessible aux knusulmans,. 'et les diplomates ne durent leur salut qu'à 11 vitesse de leurs jambes. Le sultan, qui avait besoin de l'amitié de la Russie, parce qu'à cette époqufele* Français occupaient encore l'Egypte, envoya de latrottpê; mais, quand elle arriva, ilnyaVait plus personne.On assure que le grand vtsir dit k ces ambassadeur : *t Les musulmans professent k religion différemment que les infidèles, quise moquent de celle qu'ils disent professer. le suis bien aise que vous en ayez été quittes pour là peur. Nos temples sont -satrés , aucune idée étrangère aù& prières et au culte n'entre dam la pensée des musulmans tandis qu'ils prient Point de parure* point de «conversation dans nos temples, point d'indécence ; bous ne sommes pas faux dévots y mais vraiment religieUxw *
Le sultan , quoique indigné de la conduite mCoaveftatate de ces messieurs i rit beaucoup #ù récît des*enjambées des diplomates w qui déposèrent leur gravité pour courir de toutes leurs forces, afin de soustraire leurs excellences ans coups des papoutches turques.
R&tt un pays ou le aète est si ardent, 00
n'a pas besoin de mission ni de missionnaires pour s'affermir dans le culte; chaque individu est un apôtre de sa religion : aussi aucun apôtre étranger ne viendrait-il se mêler à leurs prêtres. Les Turcs choisissent eux-mêmes le chef des îsmans qui dessert chaque mosquée.
Le choix, je le répète, est fait d'après la moralité reconnue, à l'unanimité, par les habitaus de l'arrondissement des mosquées respectives; le mtiphti et le gouvernement n'ont aucune part à ces nominations.
CTTPLOI DES REVKMUS DES MOSQUÉES.
Les revenus des mosquées sont immenses ; ils consistent principalement dans les redevances des terres qui leur ont été assignées par l'état ou par leur fondateur. Ces terres et dépendances sont vendues à vie pour un produit quelconque ou affermées pour un temps limité. Dans les deux cas les revenus qui en proviennent sont portés au trésor de la mosquée et employés avec une exactitude scrupuleuse aux charges suivantes :
i°. Pour les pensions des ismans ou prêtres : ces pensions sont fixées de telle manière qu'on n'y peut rien ajouter ni rien retrancher.
2°. Pour. l'entretien du culte;: et des cérémonies.
3°. Pour l'entretien des bâtimens et pour des aumônes ; le surplus est réservé avec soin, jusqu'à ce qu'il se montée quinze cents bourses / un^e bourse est dévaluée cinq cents piastres), •alors ces sommés sont portées dans un trésor particulier affecté à cet objet, £t elles deviennent ressource de le ta t ; on n'y doit toucher que, pour les -guerres de religion : mais le* Turcs appellent ainsi celles qu'ils font aux chrétiens ou aux mahométans schismatiques.
Faisons observa dans l'emploi des revenus affectés aux mosquées, que ceux qui les desservent, loin d'éviter les charges de guerreconjme il arrive au clergé de bien des pays , contribuent, au contraire^ par des sommes immenses à ce but, et que loin de s'isoler daps l'état, cotnme un corps privilégié , ils concourent .plus que tout autre à l'aider, à le soutenir de leur revenus et de leur influence. ; .