‹ Charte turqueChapitre 4 sur 34 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

A LA LIBRAIRIE UNIVERSELLE ra P. MONGIE ifcrt,

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Je hasarde de soumettre au public /non l'histoire du règne des sultans, ou le récit partiel de leurs conquêtes, mais le tableau de la Charte turque , ou l'Abrégé des Lois et des Institutions religieuses, civiles et militaires de l'empire ottoman.

Me réservant de donner , dans des notions préliminaires sur les Turcs, quelques développemens sur le but de cet ouvrage, je me borne à dire ici , que j'ai compulsé les meilleurs historiens qui aient écrit sur cet empire ; que je me suis attaché à choisir dans leurs récits ce qui était véritable, ce dont j'ai pu m'assurer par moi-même durant mon séjour à Constant inople ; et que j'ai cherché surtout à éviter les histoires fabuleuses.

Beaucoup de ces auteurs varient euxmêmes dans le jugement qu'ils ponent sur

les Ottomans^ ils dispensent avec partialité Féloge ou le blâme, et toujours le lecteur est embarrassé pour se former une opinion précise.

Mais un de ces historiens , l'abbé Syllostri, Grec de nation , dans la préface de son ouvrage , s'est expliqué hardiment sur les motifs de ces contradictions. Je traduis ici un passage de cette préface , afin de n'être pas accusé d'émettre une assertion nouvelle et non appuyée , quant à la partialité des auteurs à l'égard des Ottomans. Je le rapporte , parce que je partage l'opinion qui s'y trouve émise, et développée de telle sorte que je n'ai rien à y ajouter.

Voici comment s'exprime Syllostri :

« Les historiographes chrétiens nous présentent deux tableaux de l'empire ottoman :

l'aspect de l'un est terrible $ épouvantable ; l'autre est brillant et magnifique ; on dirait qu'ils écrivent l'histoire de deux nations différentes. Le premier est dû à l'exagération d'un pinceau qui fut conduit par

un système généralement reçu dans toute l'Europe civilisée, et dont les teintes rembrunies furent puisées dans la différence de la religion et des mœurs ; les couleurs du second appartiennent au prisme de la vérité.

m II est inutile de dire que tous les auteurs à système ne sont pas véridiques, puisqu'ils marchent selon les préjugés et l'opinion commune, guides toujours faux, surtout lorsqu'on écrit sans connaissances spéciales , et sans un examen profond des usages , des lois et du culte d'une nation.

» Tous les auteurs chrétiens, sans en excepter un seul , se sont attachés à suivre le même système , guidés qu'ils étaient par les mêmes motifs : d'abord pour ne pas s'exposer au ridicule et au blâme, en disant la vérité à l'égard de la nation turque 5 ensuite afin que leur histoire pût être lue par les chrétierïs* sans qu'aucune espèce d'inquisition y mît obstacle, car on sait qne plus d'une fois, on a pris des vérités pour des crimes, non-seulement quand des

voix hardies se sont élevées en faveur des hérétiques , mais aussi quand elles ont proclamé des vérités physiques et mathématiques j ces vérités furent souvent condamnées, et Galilée dans son cachot expiait l'indiscrétion de son génie ; enfin , le dernier motif des auteurs chrétiens était puisé danslacertitudequ'ils avaient que les Turcs ne s'occuperaient pas à lire leur propre histoire écrite par des infidèles , et bien moins encore à la réfuter. Le système de ceux-ci , en effet , est de répondre par le mépris à tout ce qui s'accrédite contre eux dans les pays dits civilisés.

» Je préviens donc mon lecteur que je n'écris pas pour les hommes à système y que je ne suis pas moi-même un écrivain à système, que j'écris avec courage, et sans la moindre crainte, sur la nation turque ; c'est assez dire que mon ouvrage n'est pas parsemé et mélangé de fables , ainsi que le sont tous ceux de mes devanciers. Mon séjour pendant 35 ans à Constantinople, à Àndrinople , à Smyrne, à Àlep et dans

toutes les contrées grecques , soumises à l'empire ottoman , m'a mis à portée de connaître dans les plus profonds détails le gouvernement turc. Je le préfère pour mon compte à tous les autres gouvernemens absolus \ la plus grande partie des Grecs mes compatriotes est du même avis sur ce sujet. Nous plaignons l'erreur religieuse des Turcs, mais nous ne les plaignons pas sous le rapport de leur situation civile et politique.

» La connaissance des langues turque et arabe , que j'ai apprises à Constantinople dès mon bas âge , m'a servi beaucoup à étudier , à approfondir les lois inahométanes , qui sont toutes consignées dans un seul et même code , le Coran , code unique , sacre , religieux et civil, qui embrasse toutes les lois inviolables des mabométans *. »

* Précis historique sur l'empire ottoman , par l'abbé Achille Syllusti'i , natif de Candie , 3 volumes iu-8°. , traduit du grec en italien , par lemt-me auteur , tome i". Venise . 1757.

L'opinion de l'abbé Syllostri est fondée et bien remarquable j je la partage ; et je dis , ainsi que lui : je n'écris pas pour les personnes à système qui jugent superficiellement; mais pour celles qui , dégagées de toute espèce de prévention, ne se forment une opinion qu'après avoir lu et examiné rigoureusement un ouvrage.

Cest pour elles seules que j'écris , c'est à elles seules que je dédie en quelque sorte ces recherches sur l'empire ottoman ; appelant leur sévérité quant à l'exactitude des faits , mais réclamant leur indulgence sur la faiblesse du style et sur le développement des pensées.

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