DEUXIÈME SEMESTRE
Troisième trimestre. — Après la Noël.
Lecture du règlement en public, xlvii.
Reprise des leçons ; les régents établissent leurs programmes, vu.
Dispulatio soletnnis huit jours après la reprise des cours, ix.
Examens de quinzaine, ix.
Nomination du magister specialis par les étudiants, xxix.
2 février : Purification de la Sainte Vierge. Vêpres à Notre-Dame et messe le lendemain, xxxviii, xxxix.
10 février : Vigile de sainte Scholastique. Vigiles à Saint-Bénigne à la mémoire de l'abbé Géront.
Collation au réfectoire offerte aux régents et à tous les écoliers, xli. — Distributions le lendemain faites au recteur et officiers ; les écoliers reçoivent chacun un pain et un denier.
25 mars : Annonciation. Vêpres à Notre-Dame et messe le lendemain, xxxvm,
Le Carême.
Chaque semaine même programme que ci-dessus avec les modifications suivantes : Le recteur a sa leçon ordinaire la première heure ; il ajoute pour la seconde heure des mathématiques (spera, proportionnes vel Euclideni), xx.
On lit le Grecismum, les summulœ et le doctrinale avant dîner. Après dîner, le lector compoti lit le compte après la leçon du recteur, xxxi, xxxn.
Les vendredis de Carême, prédication des Frères prêcheurs annoncée huit jours d'avance par le portier. Le recteur invite le prédicateur à dîner. Il y a salut avant dîner, vêpres à Notre-Dame après dîner et le lendemain messe ; c'est la missa clericorum, xix, xxxix.
Le vendredi avant le dimanche du milieu du Carême, on chante les vigiles à Notre- Dame ; la messe du lendemain a lieu à l'intention d'Etienne Berbisey. Une distribution de 20 solides, que se partagent les recteurs et maîtres, est faite ensuite, xlii.
Vacances d'au moins quinze jours avant Pâques, xxxiii, ix.
Quatrième trimestre. — Après Pâques.
Reprise des cours.
Disputatio solemnis huit jours après la reprise des cours, ix. Chez les subalterni, examens de quinzaine, ix.
9 mai : La translation de saint Nicolas. Mêmes solennités que pour la Saint- Nicolas d'hiver, mais il n'y a pas de dîner, XL.
Vacances de quinze jours au moins avant la Saint-Jean, xxxiii, ix.
Ce règlement ne marque pas, comme le croit M. Muteau (1), « la suprématie absolue de I Eglise sur les écoles ». A mon avis, c'est le contraire qui serait plutôt la vérité. Les droits conservés par le chantre ne sont, en réalité, que des droits honorifiques ; il n'y a pas un mot, dans le règlement, qui tende a. diminuer la compétence de la ville. La suite de l'histoire des grandes écoles de Dijon au quinzième siècle le montre bien. Vainement le chantre de Langres avait indiqué dans son règlement qu'on lui devait obéissance comme à un supérieur hiérarchique. En fait, son autorité tomba rapidement une fois que la ville, se montrant de plus en plus jalouse de ses droits, arriva à réduire à rien, à Dijon, la juridiction ecclésiastique. Les recteurs se montrèrent fort peu respectueux pour le chantre, avec les clercs duquel ils se battaient (2) et auquel ils donnaient, quand cela leur plaisait, d'irrévérencieuses sérénades^). Par qui étaient-ils poussés ? Il ne semble pas que ce fût par la municipalité, qui déplorait ces discussions et leur attribuait en grande partie la décadence des écoles
(2) Ar. h. mun., B. 159 (1450).
(3) Arch. dép., B*. 416, C n° 531. — Muteau, p. 143.
de Dijon (1) à laquelle notre règlement ne put remédier. Toujours est-il que si la municipalité n'activa pas le conflit, elle en profita et bientôt ce fut elle seule qui eut la haute main sur les écoles de Dijon. Le recteur prêta serment entre les mains du maire de « bien et loyalment exercer sa rèctorie et de s'y conduire au bien, honneur et profit de la ville et des enfants (2) ». Et le rôle du chantre de Langres dans le choix du recteur semble avoir été réduit à une approbation de pure forme, dont il ne resta presque rien, du reste, après la fondation du collège des Martins.
Une évolution toute pareille s'accomplit à la même époque dans les principales villes de Bourgogne. A Auxerre, dés 144-3, l'administration municipale a un droit direct de contrôle et de protection (3). En 1486, ce sont les habitants de Chalon qui, réunis en assemblée générale, choisissent le recteur et le présentent au chantre de la cathédrale, qui lui donne l'institution (4). Le chantre Antoine Thiard voulut, en 1490, résister et s'opposer à l'institution d'un certain Valérien, prêtre désigné par les échevins. La volonté du corps municipal, appuyée par celle de l'assemblée d'habitants, triompha de la sienne; il lui fallut consentir, le 17 juillet 1491, à une transaction qui consacrait sa déchéance. Il y était dit que la municipalité pourra choisir et présenter tel recteur que bon lui semblera et que le chantre sera tenu de l'instituer sans aucun contredit (5).
A Auxerre, en 1464, les Jacobins dirigent encore le collège des bons enfants ; nous les voyons remplacer par des maîtres d'école laïques, au seizième siècle (6).
A Bourg-en-Bresse, les disputes qui éclatent, en 1426, devaient également aboutir au triomphe de la municipalité (7).
Ghâtillon-sur-Seine, aux siècles suivants, verra également les échevins, en conflit avec l'abbaye de Notre-Dame, abandonner celle-ci et traiter avec Robert Couderan, curé de Buncey (8).
La municipalité montre aussi sa puissance à Auxerre, en s'opposant, en 1443, à la levé d'une taxe sur les écoliers (9). Par contre, à Sens, le chapitre semble, en 1496 et 1498, avoir conservé son autorité (10). Il en est de même à Avallon, en 1445 (11),
(1) Arch. mun., F. 1, sans date. On se plaint que le nombre des étudiants soit passé de deux mille à six cents.
(2) Arch. mun., B. 165.
(3) Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire, p. 22. — Batault, p. 16.
(4) Batault, p. 1C.
(5) Voir les textes dans Batault, p. 20, note 2. — A Auxerre, la municipalité, sans aller aussi loin, a, au quinzième siècle, un droit de contrôle et de protection qui lui permet de s'opposer, en 1444 aux mesures prises contre la gratuité. Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire et supérieur dans l'Yonne, p. 22. A Sens, au quinzième siècle, le préchantre a encore son droit d'examen ; ibid., p. 46.
(6) Quantin, Instruction primaire, p. 115.
(7) Brossard, Cart. de Bourg -en- Bresse, p. lu, 166 et suiv.
(8) Arch. dép. de la Côte-d'Or, E. 2371, cité par Garnier, Annuaire de 1895, p. 491.
(9) Qu.mtin, Histoire de l'enseignement secondaire, p. 22.
(10) Quantin, ibid., p. 47. Il nomme des commissaires pour informer de la conduite des recteurs et du régent.
(11) Ibid., p. 72.
à Beaune et à Autun (1). Dans ces villes, l'évolution qui donnera à la municipalité la haute main sur les écoles, ne s'achèvera vraiment que dans le courant du seizième siècle.
§ 4. — Les collèges municipaux du seizième siècle.
Tout décroît dans les collèges municipaux de la Bourgogne durant le cours du seizième siècle : la valeur de l'enseignement, celle des maîtres et le nombre des élèves. Les fameuses écoles de Dijon qui dénombraient jadis jusqu'à deux mille étudiants et en attiraient encore six cents vers 4446, ces écoles à six régents dont l'enseignement complet permettait d'atteindre le baccalauréat, ne sont plus, en fait, que des écoles moyennes et médiocres. Pour finir leurs études les jeunes Dijonnais doivent aller ailleurs. La ville a « le deshonneur » de voir encore en 1578 ses élèves gagner d'autres villes pour y « mendier l'instruction (2)».
Les six régents d'antanont fait place à quatre régents gradués, quelquefois trois et même moins malgré la fondation du collège des Martins, et ces régents ne sont pa6 toujours bien choisis, un certain nombre sont des incapables ou des débauchés que l'on recrute avec difficulté (3).
A la disette des bons maîtres correspond la raréfaction des écoliers. Dès l'année 1517, dans une lettre adressée au chantre de Langres, la municipalité de Dijon confrontait avec chagrin l'éclat de ses anciennes écoles et l'abaissement des écoles actuelles.
« Monsieur par cy devant noz escoles souloient avoir le bruyt et renommée de grammaire et autres arts et sciences au moyen des notables personnaiges, recteur et regens, qui tous y résidèrent ; mais de présent nos dites escolles sont de petite réputation, et toutes anischilées pour les grosses questions et mauvais ordre qui y a esté, tellement que souveni avons esté en peine faire venir devant nous lesdiis recteur et régens et y avons cuydé pourvoir. Mais nous n'avons tant seu faire que les escoliers n'ayent abandonnées les dites escoles au grand dommage de la ville et des habitants (4). »
Elle gérait encore en 1529 de «c la ruine et désolation des escoles par faute de bonne doctrine, au grand deshonneur de la ville » (5). L'établissement du collège des Martins
(1) On le verra plus loin.
(2) Sous ce rapport, Chalon nous parait avoir eu, pendant un certain temps, une situation supérieure à Dijon. Son « grand collège littéral » parait avoir été mieux doté et plus suivi. Cela suffit pour expliquer les citations que Batault rapporte p. 43, et auxquelles il attribue trop d'importance.
(3) En 15. 'S. on demande à Turrel de « fournir régents au collège » (Muteau, p. 164). On adresse la même requête à Berthod en 1556 (ibid., p. 199, 202, 203). « Les régents sont en tout insuffisants », dira-t-on également en 1561 (ibid., p. 211, note). On trouvera plus loin d'autres exemples.
(4) Garnier, Correspond, de la mairie de Dijon, t. I, n° 174, p. 278, 279.
(5) Muteau, p. 166.
ne modifiera que très peu cette situation qui durera jusqu'à la création du collège des Godrans (1).
Si l'on s'en tient aux vues d'ensemble, on constate qu'il en (ut de même à Ghalon : c'est la mauvaise conduite du recteur Desgorris, permettant à ses élèves de « porter dagues espèes, et s'entrebaltre avec grands scandalles et tumultes avec les clercs du bailliage de la dite ville tant de jour que de nuict », qui « avait forcé les parents à envoyer leurs enfants dans les villes voisines ou aultres plus basses escolles », suivant une délibération du 7 juillet 1558 (2). Cinq ans plus tard, en 1563, la ville répète que « l'escole reste à néant » (3). Elle n'a plus que sept pensionnaires en 1582 (4), que quarante élèves en 1592 (5); nous touchons le fond en 1612, il n'y a plus alors aucun pensionnaire (6) et cette décadence persiste à Chalon jusqu'en 1630.
Le collège de Beaune n'est point en meilleure posture : non seulement il est affligé d'un logis « trop infâme », mais il déplore des scandales incessants et le préjudice que causent au grand collège les institutions particulières (7). Ces plaintes persisteront jusqu'à 1619 (8). A en juger par les réclamations des recteurs et les prohibitions de tenir des écoles séparées qui causent « la ruine et désolalion » de la grande école de la ville (9), la situation de Semur n'est pas plus brillante. Des difficultés semblables se rencontrent partout : à Auxerre (10) et à A vallon où pendant le seizième et le début du dix-septième siècle, nous voyons les choses aller de mal en pis, les bâtiments tombant en ruine et les écoliers désertant les collèges (11).
Elles nous autorisent à affirmer d'une manière générale la décadence des écoles municipales, tout au moins de celles des grandes villes de Bourgogne avant l'établissement des grandes écoles congréganistes, à en chercher les causes et à nous demander quels remèdes on essaya d'y apporter.
Les causes de la décadence de l'enseignement au seizième siècle sont bien visibles : les unes tiennent aux circonstances, les autres à l'organisation de l'enseignement.
(1) Elle est, prouvée par les difficultés soulevées par tous les recteurs avant et après cette fondation, et par tous les règlements défendant les écoles autres que celles de la ville et qui attribuent à ces « pédagogies » étrangères la décadence du collège et par les constatations nombreuses que nous rencontrons aux archives municipales et que nous indiquerons plus loin.
(2) Batault, p. 23.
(3) Batault, p. 24.
(4) Batault, p. 39.
(5) Batault, ibid.
(G) Batault, p. 46. Il nous semble bien difficile, après ces constatations, de dire, comme cet auteur, que « l'école de Chalon, pendant la seconde moitié du seizième siècle, était dans un état de prospérité très satisfaisant » : p. 43.
(7) Aubertin p. 14.
(8) Aubertin, p 23, 24.
(9) Leleu, dans le Mémoire historique sur la ville de Semur-en-Auxois, publié par Verdelot, p. 187, 188, 189, 194. Cette étude avait déjà paru dans le Bulletin de la Société des sciences historiques de Semur, t. VIII, 1872, p. 19 et suiv.
(10) Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire et supérieur, p 29.
(11) Quantin, op. cit., p. 73.
On parle quelquefois du « prestige » du seizième siècle et des beautés de la « Renaissance ». En Bourgogne, ce prestige est bien atténué et l'on rencontre dans la réalité plus de laideurs que de beauté. Le seizième siècle y fut un siècle sauvage, la vraie renaissance bourguignonne date du quinzième (1). L'on saurait difficilement imaginer, pour notre pays, une période plus triste, plus remuée d'invasions, plus flagellée de pestes, de querelles et de maux de toute sorte que celle qui s'étend de 1500 à 1600. Les ennemis étrangers s'en mêlent, Dijon est assiégée pir les Suisses en 1513 (2), quatre cents villages brûlés marquent la traînée de l'invasion des Allemands en 1570, et puis, pendant les guerres de religion, c'est cette incessante partie de surprises, d'enlèvements, de pillages dont nous avons déjà parlé (3). Les écoles au moment des guerres sont abandonnées, les parents ne se sépareront plus de leurs enfants ; la guerre supprimera les pensionnaires ; il n'y aura d'exercices scolaires que pour les externes et dans les endroits peu menacés : ils sont rares, ou dans les lieux fortifiés (i). Mais la guerre n'est point seule : tous les ans ou à peu près, surtout dans les villes resserrées et fortifiées, nou^ voyons apparaître la peste. Les écoliers fuient le collège et la ville et se réfugient à la campagne comme les autres habitants. Les vacances vont désormais s'étendre aux mois les plus chauds de l'été. Lorsque les municipalités se plaindront du mauvais état des collèges, les recteurs répondront en arguant des « maladies et mortalités »(5).Les écoliers de Beaune sont licenciés en 1530(0). A (]halon,le collège infecté en 1581 devra être fermé (7). Il faut venir au secours du recteur de Semur, en 1501, par suite des grands frais qui lui ont été occasionnés en partie « par infortune et accident de peste » (8). A Dijon, on vide l'école en 1565(9). en 1577, les pensionnaires assistent seuls aux classes et les Martinets, par crainte de la [teste, n'osent s'y rendre (10). Il est vrai que les régents donnent aux écoliers l'exemple de la fuite. En 1565, le recteur et les autres maîtres sollicitent de la Chambre la permission de se
(1) M. Kleinklautz, dans son Histoire de Bourgogne, Paris, 1909, p. 251, ind>q le également qu'au point de vue des lettres et des arts, on ne saurait, en effet, comparer notre époque du seizième siècle avec celle qui l'a précédée. Il y eut cependant encore quelques artistes remarquables.
(2) Kleinklautz, Histoire de Bourgogne, p. 222 et 236.
(4) A. Paris, il en est de même : « Les élèves avaient fui les collèges ou en avaient été expulsés; les classes de ces établissements envahies par la soldatesque avaient été transformées en corps de gai de ou étaient devenues la retraite des paysans et de leurs troupeaux chassés de la campagne pendant le siège de Paris et le long blocus qui suivit ce siège ; les professeurs, au lieu de donner leurs leçons, avaient été contraints par les gouverneurs à monter la garde ou à faire le guet. » Poirson, Histoire du règne de Henri IV, t. III, p. 756. Cité par de Charmasse, Les jésuites au collège d'Autun.
(5) Muteau, p. 163 et 166. — Turrel se plaint de la peste en 1527 et 1529.
(6) Aubertin, p. 12.
(7) Batault, p. 36.
(8) Leleu, p. 188.
(9) Muteau, p. 224, 225.
(10) Muteau, p. 242. En 1572, des « écoliers martinets libertins se sont évadés du collège menacés du fouet » et on dit par la ville qu'on se mourait de peste au collège. B. 210, f° 36 v«.
retirer dans leur pays (1) et, de fait, ils retournèrent à Paris en dépit de l'opposition du syndic.
A ces deux causes générales, la guerre et la peste, nous pouvons en ajouter une troisième : l'anarchie morale.
Le désordre des esprits et des mœurs n'est pas moins grand que le désordre matériel. On ne sait plus où est la règle ni la foi. Les nouvelles conceptions religieuses qui circulent vont s'efforcer de pénétrer dans les écoles (2). Peut-être un moment touchées par Turrel. elles seront professées ouvertement dans certaines petites écoles abécédaires (3).
A Chalon, l'attaque est plus nette. L'établissement tenu par le protestant Dynet obtient un tel succès en octobre 1565 que « l'escole de la ville tourne à néant (4) ».
Nulle part le succès des réformés ne fut plus brillant qu'à Autun où pendant un moment le protestantisme dominera l'école municipale avec Antoine Destamples qui se maintiendra dans la situation de recteur de 1566 à 1570 environ (fi). Ce protestantisme scolaire avait préoccupé les Etals de la province à un tel point qu'ils avaient demandé, en juin 1561, au pouvoir royal de supprimer ces foyers de la nouvelle religion (6). Ils ne s'étendront que partiellement, étouffés par la réaction violente que la Ligue imprimera. C'est vraisemblablement à ce désir d'enseignements conformes à leurs nouvelles croyances qu'il faut attribuer quelques-unes des écoles particulières dont les recteurs officiels se plaignent tant.
Donc on ne sait plus bien quelles règles morales enseigner et les barrières ayant perdu leur force, les passions se donnent cours. Les écoliers sont fréquemment joueurs, débauchés et violents (7). On les trouve, avec leurs maîtres, dans les maisons mal famées ou dans les cabarets plus souvent qu'à l'étude et ils profilent de ce que le moyen âge a laissé avec trop de complaisance la maison publique a voisiner l'école (8j.
(1) Arch. mun., B. 202. — Muteau, p. 225.
(2) Voir supra, p. 613.
(3) M. Belle La Réforme à Dijon (1530-1570), Revue Bourguignonne, 1911, p. xli et xm, ne croit pas que le protestantisme soit entré dans le collège, bien qu'il y constate la p^ence d'un certain Antoine Franchet. régent en 1535 (Arch. mun., B. 179), et qui. en 1543, est à Genève un léfVmiste ardent. En 1561, on parle de Putod, maître d'écoles; en 1566, de Jean de Guy, qui sera expulsé en 157;i (Arch. mun., B. 203 et B. 174). — Belle, loc. cit., et Muteau, p. 222 et 226, note 1.
(4) Batault, p. 30. En 1577. la ville décidera de supprimer l'école protestante alors tenue par un Genevois.
(5) De Chmnasse, Les jésuites au collège d' Autun, p. 8-15. On ne sait au juste l'époque du départ de Destamples. Il dut s'opérer avant 1572, époque du triomphe de la Ligue à Autun.
(6) Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 3028, fo' 25 et 27.
(7) Il y a des batailles aux environs du collège, on jette des pierres (Arch. mun., B. 192, et Muteau, p. 196 et 189). — Sur le désordre du collège en 1515 (Arch. mun., B. 156 bis). — Défense de laisser les enfants jouer au cabaret : 1556 (Muteau, p. 196) ; on renouvelle la prohibition des caiMtets en 1561 et 1562 (ibid., p. 220); en 1568 (ibid., p. 231) ; en 1572 (ibid., p. 235). Ces défenses sont aecomu ignées souvent d'autres défenses concernant les prostituées. En 1579, on se plaint encore de la vie scandaleuse qui se mène près du collège (Arch. mun., B. 215, f» 203 r°).
(8) Pour Dijon, voir plus haut. A Beaune et à Chalon, mêmes pratiques; voir plus loin, p. 697. Cela vient de la franchise dont jouissaient certains lieux. Ils drainèrent les malfaiteurs et les filles publiques. Voir p. 542.
Ajoutons pour en finir avec les causes générales, et c'est, peut-être, la plus importante, que les perturbations économiques si violentes au seizième siècle furent ressenties dans la province d'une manière très sensible. Elle n'était plus, au point de vue du commerce, dans la situation brillante qu'elle occupait au quatorzième siècle. Les marchands étrangers ne passaient plus par le duché pour se rendre aux foires de Champagne ou de Chalon-sur-Saône qui, depuis la seconde moitié du quinzième siècle, sont bien délaissées (I). 1-e commerce ayant emprunté d'autres routes, la clientèle étrangère, si appréciable au début du quinzième siècle, a disparu avec l'argent qu'elle apportait. Ce n'est pas tout : le renchérissement notable de toutes les denrées, amené par la découverte de l'Amérique et l'entrée de l'or en Europe, a fait déserter les écoles par de nombreux étudiants qui ne sont plus en état de payer les frais de leurs instruction (2). A Dijon, on parle dès 1511 de la cherté des blés (3). Cependant quand elle demandera, dès l'année 1517, une université, la ville prétendra que Dijon est un lieu « ou les gens d'étude pourront avoir leurs vivres à bon marché » (4), ce qui fait croire qu'à Dole la situation est plus mauvaise. Mais bientôt l'infortune fut pareille et le duché souffrit cruellement. Cette calamité de la « grand chierté des vivres » revient constamment dans la bouche des recteurs comme réponse aux plaintes municipales. Turrel en 1529 disait que « le temps etoit malvais et chierl » (5). David Brelucque, le recteur de Semur, lui fait écho : il accuse de la décadeuce de l'école autant « l'infortune et accident de peste » que « la chierté de toutes choses appartenant a la vie humaine »(6).
A ces causes générales déjà suffisantes pour expliquer le médiocre fonctionnement des écoles du seizième siècle, il faut en ajouter de spéciales tenant à l'organisation même de ces écoles. Les municipalités ont repris la direction et la surveillance de l'enseignement, mais sont-elles capables de ces fonctions? Elles ont à choisir le personnel, mais quel choix s'offre à elles? Elles ont à soutenir des établissements qui demandent des frais, avec quelles finances le feront-elles? Elles ont à assurer une continuité et une tradition dans l'effort scolaire, en sont-elles capables? La réponse que nous donnerons à ces questions nous permettra de saisir les motifs profonds de l'insuccès du seizième siècle et des brillants résultats du dix-septième.
(1) Toussaint, Les foires de Chalon-sur-Saône, des origines au seizième siècle, Dijon, Nourry, 1910, p. 57, 58, 63.
(2) Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant 1789, Paris, 1901, t. II, p. 57 et suiv. — Les pays soumis au roi d'Espagne ressentirent ce renchérissement de meilleure heure. Ibid., p. 59, note 3. Le duché éprouva vite les conséquences du voisinage d* la Franche- Comté.
(3) Arch. mun., B. 168, f» 212 r° et v°. De même en 1512, ibid., f 229.
(4) Arch. mun., B. 169 et F. 18.
(5) Arch. mun , B.
(6) Leleu, p. 188. En 1565, à Chalon, la famine est telle que la municipalité obérée ne. peut payer le recteur. L'année suivante, à Dijon, Jean le Goust reçoit 30 livres en sus de ses gagei à cause « de la chierté du temps ». Arch. mun., M. 10-i, f° 178. En 1568, Jean le Goust demandera à quitter la rectorie de Dijon avant l'expiration de son temps, tant ses pertes sont grandes vu la cherté de tout. Arch. mun., B. 204, f" 190 v°.
Au début de notre période, il règne une sorte d'incertitude sur la situation exacte des recteurs vis-à-vis de l'autorité ecclésiastique. Si àChalon il n'y a qu'un droit d'institution que le chantre est obligé de donner (1), à Dijon il paraît que le chantre conserve encore en principe le droit de nommer le recteur. C'est ainsi qu'il est indiqué que Jean Dyur et Pierre Turrel sonl recteurs avant de prêter serment à la ville (2). Pour Turrel, nous avons même encore la lettre de la municipalité sollicitant son institution du chantre de Langres (3). Mais cette influence paraît de moins en moins sérieuse, le chantre se contente de toucher son droit d'escolage(4) et l'on n'invoque son autorité que pour la forme. C'est en ce sens que l'on peut parler d'une certaine laïcisation des écoles au seizième siècle.
11 faut dire qu'à peine l'école fut-elle laïcisée de la sorte que l'introduction du protestantisme et les ordonnances d'Orléans donnèrent à l'examen religieux et à l'institution des maîtres par l'autorité ecclésiastique, une nouvelle nécessité (5). Nous en parlerons plus loin. De plus, les municipalités ne sont point sans tutelle. L'institution du chantre fut bientôt doublée d'une nouvelle autorisation, celle du Parlement (6).
(1) Voir infra, p. 690.
(2) Le 1«' juillet 1500 (Arch mun., B. 168, f° 13 y), Jean d'Yur prête serment :
« Item mesdis seigneurs ont fait venir par devant eulx maistre Jehan Oyur recteur des escoles de ceste dicte ville auquel ils ont fait fere serement de bien entretenir l'escole de ceste dicte ville de bons maistres et regens et que lira ou fera lire chascun jour les lessons acoustumées 1> squelles il est tenu de lire chascun jour (comme) recteur.
» Item que sil lui vient aucuns escoliers estrangiers non subgects des pays du Roy et que sil est averti par ses dits escoliers d'aucune entrepnnse qui se fait contre la majesté du Roy, incontinent il en advisera mesdi^seigneurs pour en fere la pugnicion selon que le cas le requera. Lequel maistre Jean Dur a promis et juré de ainsi le fere en présence d* maistre Hugues Chappuisot régent esdites escoles. »
(3) Voir infra, p. 601. Nous voyons que les échevins mettent le recteur en possession des écoles (Arch. mun., B. 168 f° 123 r°) La situation juridique est bien comprise par Turrel ; il porte déjà le titre de recteur et demande aux échevins de vouloir « avoir pour agréable de souffrir faire son office de recteur ». Le chantre lui a donné le titre, la municipalité lui donne la juridiction ou exercice sur son territoire. Nous avons aussi aux archives départementales de la Côte-d'Or, G. 1 154, une lettre d'institution au porteur remise par le chantre de Langres le 7 avril 1538. Elle est donnée sous la forme de lettre mis-ive adressée à la Siinte-Chapelle : « Messeigneurs, après avoir interrogé le présent pourteur que j^y treu>é homme honeste et scavant et suffisant pour exercer la charge de recteur des escoles de Dijon je luy ay don >é son institution, lequel s'est obligé a moy que pour le droict par vous prétendu sur les dites escoles, il vous fera norrir et instruire en bonne doctrine ung des enffans de votre église pour demye pension ainsi que verrez par la copie de l'obligacion que je vous envoyé qui est chose as-ez aprochant dudit droit par vous prétendu et sans préjudice d'icelluy ni des p-irties auquel je ne veulx aucunement contrarier ne prejudicier mais le garder entièrement en gardant aussi le droict et auctorité de la dignité de chantre et maistre d'escole que je tiens de présent en l'église de Langres... »
Ce maintien du droit du chantre ti<mt aussi au fait que le traité de 1332 ayant été passé entre la Sainie- Chapelle et le chantre de la cathédrale de Langres, c'est lui que l'on assigne pour le faire respecter.
(4) En 1561, le chantre touche encore pour droit d'escolage la somme de huit francs. (Arch. mun., B 199. f» 39 r°.)
(5) A Chalon, en 1582, le chantre reçoit du recteur la promesse « de faire son devoir d'instruire la jeunesse en la religion catholique, apostolique et romaine et en bonnes mœurs et vie ». Batault, p. 34, note 2.
(0) En juillet 1561, le Parlement déclare « que quant la ville aura nommé un personnage pour exercice.de ladite charge de principal qu'il sera par ladite ville présenté à ladite Cour pour dicerner s'il sera personnage digne et capable de ladite charge, et en ensuivant aultre arrest de ladite court donné et rendu du temps que M* Claude Berthot jadis principal du collège a porté ladite charge : ce que ladite cour avoit fait et pour le
En attendant, même là où le chantre nomme le recteur, c'est la municipalité qui le choisit. Demandons-nous comment se fait ce choix? A Chalon, en 1539, il y a une sorte de concours. En sus des deux candidats qui furent admis, les nommés Cornille et Godin, il y avait trois compétiteurs descendus chez le tavernier Bricard et dont la ville solda les frais. L'examen s'accomplit devant les conseillers et habitants assemblés en l'hôtel de ville, « affin de iceux ouïr et entendre pour savoir s'ils sont gens exercés de savoir et de bonne pronunciation » (1). Cet examen consistait vraisemblablement dans un discours et dans des réponses à diverses questions posées par les assistants. Quelquefois, on charge quelques échevins de ce contrôle des candidats qui, forcément, ne présente pas de garanties sérieuses. En 1558, c'est le procédé encore suivi à Dijon. Il est vrai que dans cette ville le Parlement contrôle le choix fait et opère une sorte de nouvel examen. Cet examen, en 1567, est fait « par les intendants du collège, tant d'église que échevins lays spécialement messieurs de robe longue » (2).
Ce qui rend l'insuffisance de ces épreuves plus sensible, c'est que les études ont changé de direction et de méthodes. L'argumentation n'est plus le but principal poursuivi comme au moyen âge. Alors il était relativement facile de juger les mérites des candidats. C'était à un combat de paroles que l'on assistait et le succès appartenait à la promptitude, à la dextérité, à la facilité d'élocution, à des qualités apparentes même aux profanes. Maintenant la grammaire, jadis méprisée, a pris le premier rang sous l'influence des humanistes. L'antiquité et le latin doivent être étudiés par des investigations plus profondes. Ces connaissances exigent d'autres experts (3) et les municipalités ne les peuvent fournir.
Alors même qu'ils eussent compris, ce qui n'était pas, de bons examinateurs, ces corps municipaux n'auraient point pour cela évité les maîtres mauvais ou médiocres.
Au seizième siècle, le nombre des candidats qui s'offre à leur choix, est fort restreint. M. de Charmasse (4) a déjà fait remarquer la peine que l'on éprouve alors à se procurer des précepteurs satisfaisants. A Dijon, nous voyons qu'il est rare que les échevins aient la main heureuse. Parmi les régents qu'ils embauchent, les uns sont des « vicieux », comme ces quatre régents de Paris qu'on rencontre dans de mauvais
zèle qu'elle a à l'institution de la jeunesse de la ville et non pas pour vouloir entraindre les previllèges et auctorité d'icelle. » Arch. mun., B. 199, f° 34 v».
(1) Batault, p. 22. En 1580, cet examen se passe devant le maire, plusieurs échevins, le procureur syndic et plusieurs notables de la ville, en présence de notaires et de témoins. .Il consiste dans une déclamation faite au collège sur un sujet donné par l'assemblée. — Ibid., p. 34, note 2. En 1582, on se contente d'indiquer que les examinateurs ont ouï publiquement le candidat. Ces examens remontent à une époque bien antérieure. A Dijon, en 1440, la municipalité demande au chantre de Langres de « mètre sus une gracieuse question à laquelle pluseurs notables clercs de ceste ville seroient ». Arch. mun., B. 157, f° 68 r°.
(2) Arch. mun., B. 202, f 126 v°.
(3) Nous dirons un mot, au paragraphe suivant, des connaissances requises.
(4) Les jésuites au collège d'Autun, p. 24. On verra dans le tableau des recteurs de Dijon qui suit ce paragraphe, le gTand nombre de refus qu'éprouva la municipalité.
lieux, le 11 avril 1535, et dont on est contraint de renvoyer deux (1), ou des indisciplinés comme ce régent Godin, auquel sont adressées des observations le 27 septembre 1566 (2). On peut trouver pis encore, tel ce Jouan Cruchaudet, dont parlent, en 1590, les registres criminels de la ville (3) et ceux du Parlement (4). On rencontre même des faux monnayeurs, comme cet Etienne Clément, le maître d'école de Talant (5). Quand on emploie des étrangers, ce sont d'autres inconvénients. Les recteurs forment ou de très médiocres maîtres ou, au contraire, de ces savants intempérants et surchargés d'érudition, comme le seizième siècle en a tant produit, mais dont le savoir compliqué et le tempérament bohème n'offraient rien de ces qualités de mesure, de précision, de connaissances moyennes mais sûres, nécessaires à un directeur de collège municipal. L'exemple le plus notable de cette sorte de maîtres est fourni par le fameux Pierre Turrel, dont la municipalité dijonnaise désira tour à tour, avec impatience, et l'arrivée, et le départ.
Ce Pierre Turrel, natif d'Autun, s'était fait une grosse réputation dont la Bourgogne, en 1517, était pleine. Il avait prononcé sur le grand théâtre, à Autun, à l'occasion des fêtes de saint Lazare (6), un magnifique poème en vers saphiques, tout bourré d'allusions mythologiques, qui avait excité l'admiration universelle. Aussi la ville de Dijon n'eut-elle qu'un désir : attirer vers elle ce « notable et scientifique personnage » (7). Nous savoûs déjà, par sa lettre au chantre de Langres, quels efforts elle fit pour réussir. Turrel vint donc à Dijon, il prêta serment le 2 décembre 1517 (8) et, pendant un certain temps, il semble que l'on se soit félicité de part et d'autre, à en
(1) Arch. mun., B. 177, f° 34 r°, 35 v°.
(2) Muteau, p. 228.
(3) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B2. 360 (liasses des procès criminels de la ville de Dijon). Il avait été condamné par la mairie à la question du moine de camp et trois matrones devaient visiter les petites filles qu'on l'accusait d'avoir « efforcées ».
(4) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12IG9: Extrait des amendes adjugées en instance criminelle de la court de Parlement « Dijon (1589-1590) : /
« Jouan Cruchauldet maître d'escolle demeurant à Dijon apellant de la sentence donnée de la mairie audit Dijon le treiziebme d'avril mil cinq cens quatre vingt et dix contre le procureur syndic de ladite ville appelé, a esté condamné à la torture par ladite sentence confirmée par arrêt du onziesme de may audit an, avec adjudication de l'amende du fol apel.
» Ledit Cruchauldet pour autre arrest du quatorziesme dudit mois de may a esté bannit perpétuellement du royaume de France et condamné en trois escus d'amende envers le roy. »
(5) <( Estienne Clément natif de Salins maistre d'escolle à Talant et Jehanne Huguenin sa femme accusez de fabrication et exposition de faulse monnoye, sacrilège et larecin, appelant contre le procureur syndic de Dijon, appelés deux fabriciens de l'église de Tallan, on été condamné par arrêt du 31 janvier 1591 au bannissement perpétuel et à cinq escus d'amende envers le Roy. » Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12169 (liasse).
(6) « Sunt et ibi (à Autun) reliquiae sanctorum, praecipue corpus S. Lazari, ai quem recurrunt plures morbo gravati et sanantur, faciesque peregrinis devotis ostenditur cujus Zoilogia (prout ab Heduis anno domini 1516 in amplissimo theatro per varias personam lusa fuit in mente angusto) carmina saphico Adonioque édita a Petro Turello Heduensi viro, undequaque literatus sequitur : Rhetores Galliam taceant », etc. Voir pour la référence la note 5 suivante.
(7) Garnier, Corresp. de la mairie, 1. 1, n° 174, p. 278, 279.
(8) Arch. mun., B. 168, f° 123 r°.
juger par l'élégie dont Turrel récompensa la ville (1). Il est vrai que, dans ce poème, la mythologie n'arrivait pas toujours à cacher certains traits d'un réalisme achevé ; telle sa description du Suzon, rangé parmi les trois fleuves qui baignent la ville.
Aller est a succo, vel sicco, Succio factus Nil nisi sordiduli pondéra ventris agens (2).
De l'enthousiasme suscité par Turrel chez certains, le grand jurisconsulte Ghasseneuz nous fournit une preuve éclatante, paradoxale et fort curieuse. Pour lui, Turrel, en cosmographie, est un autre Ptolémée ; c'est, en astrologie, un autre Alcabitius ; il vaut Cicéron pour l'éloquence, Bias pour la philosophie, Tite-Live pour l'histoire. C'est un être unique. En France, on ne lui connaît pas de supérieur ni même d'égal (S). Le compliment est un peu gros; il n'est pas isolé. Chasseneuz, chaque fois qu'il nomme Turrel, indique qu'il le considère comme un savant prodigieux (4). Bèze le désigne également comme I'ud « des principaux devineurs de son temps » en faisant peut-être allusion à sa science d'astrologue et La Croix du Maine voit également en Turrel un « homme fort versé en astrologie et aussi des principaux devineurs de son temps » (5). Il est vrai qu'il copia peut-être le précédent éloge (G).
II semble bien que l'enseignement de Turrel obtint d'abord quelque succès à en juger par les noms et la notoriété de ses élèves. De même qu'à Autun il avait influencé Chasseneuz (7), à Dijon il enseigna d'autres futurs commentateur? de la coutume de Bourgogne, Jean Begat et Philippe de Villers, Bénigne Pérard, Claude Robert, le premier auteur du Gallia christiana, le poète Tabourot des Accords et Pierre Duchastel, le futur défenseur de son maître, qui devait devenir évêque et grand aumônier de France sous François Ier (8).
(1) Cette pièce est citée par Chasseneuz, Catalogus gloriae mundi, XIIe partie, considération tiO, p. 374, de l'édition de Genève, 1649. On trouvera dans la même édition, p. 365, les vers sur saint Lazare dont il a été parlé plus haut.
(2) Voir infra, p. 603. La description de Turrel était malheureusement exacte.
(3) « Quod de Petro Tulero (Turello) Heduo, qui alter Ptolomaeus in Cosmographia, alter Alcabitius in Astrologia, alter Cicero in arte dicendi, alter Bias in Philosophia, alter Livius in historia, dici potest : et unum dicere non pudebit, quod nec majorem imo nec parem recepit Gallia nec similis invenire potest. » Ceci n'est pas pris dans un discours de Longueil, comme le pense Robert Cenal et Lacroix du Maine. Catalogus gloriae mundi, pars XII, considérât. 17, p. 486 de l'édition citée.
(4) Undeqicaque lileratissimus, p. 565, de l'édition plus haut citée.
(5) Man. de Dijon, p. 483, f° 96 v°. — Comme ouvrages, il avait composé une table chorographique et une histoire de Bourgogne qui se trouvaient, d'après la même source, en 1736, en manuscrits dans la bibliothèque du conseiller de la Mare (Ibid., f° 97 r").
(6) Sur les erreurs de Lacroix du Maine, on pourra consulter les manuscrits précités.
(7) C'est vraisemblablement à l'influence de Turrel qu'il faut attribuer les longs passages sur la situation astrale d'Autun que l'on rencontre dans le préambule du commentaire de la coutume de Bourgogne, Consuctudines ducatus, édil. de Genève, Crespin, 1616, col. 37 : « Sed jam humi satis serpsimus. in coelum queso eamus, inquirentes quid coelestes influxus huic tam antiquae oivitati syderaverint », etc. Dans ce cas, les gros éloges de Chasseneuz pour Turrel ne seraient que la contre-partie de la contribution de Turrel.
(8) Garnier, Corresp. de la mairie de Dijon, t. I, p. cxvni, Courtépée, t. II, p. 143 et Muteau. np. cit., p. 164. Il aurait été, en 1526, en correspondance avec Agrippa d'Aubigné ;man. 483, 1° 96 v°).
Toutefois la qualité des élèves ne pouvait faire oublier à la ville la considération plus terre à terre de la quantité. Celle-ci, pour les causes nombreuses que nous avons indiquées, allait toujours diminuant. Après quelques années, le corps de ville crut en pouvoir rendre responsable Turrel et effectivement celui-ci donna lieu à de nombreuses objections. Voici à quelle occasion.
Turrel, comme les savants universels de son temps, faisait une part à l'astronomie. Il ne dédaignait pas de rédiger des almanachs. Sous son nom, il en parut un le 22 novembre 1522, dédié à Mme de La Trémoïlle (1), et encore, en 1525, nous voyons qu'il donnait également à Dijon une édition latine d'une sorte d'almanach, sous le titre un peu bizarre de Computus novus (2). Jusque-là la science d'astrologue de Turrel paraissait inoffensive et ne lui avait attiré aucun ennui, il n'en fut plus de même à partir de 1527. Comment expliquer ce changement? Peut-être une phrase de Paradin nous donne-t-elle la clef du mystère ? Il nous dit que Turrel aurait prédit à la princesse Louise de Savoie, mère du roi, le désastre de Pavie. Cette prédiction nous semble avoir été faite en 1524, époque où les princesses Louise et Marguerite passèrent par Dijon. Elles étaient accompagnées du fameux prédicateur protestant Michel d'Arande (3). Il n'est pas impossible que Turrel ait subi quelque influence de celui-ci, d'un autre côté le succès de sa prédiction semble lui avoir monté la tète. Il se mit à mélanger l'astrologie, la théologie et la politique (4) et, même osa publier ses rêveries après en avoir donné connaissance à ses élèves et admirateurs.
(1) Voici le titre : « La grant Pronostication avec lamanach bien au long calculée pour l'an mil CCCCC et XXIII commencent le Xe iour de mars et finissant l'an révolu a icelluy iour a lorizon et hem[is]phere de la très renommée et bonne ville de Dijon. » — C. Oursel, Notes sur le libraire etimprimeur dijonnais Pierre-1. Grangier, à propos d'une édition inconnue du Computus novus de Pierre Turrel. Extrait des Mémoires de la Société éduenne (nouvelle série), t. XXXIV, année 1906, 23 p. in-8°.
(2) C'est à M. Oursel que revient le mérite d'avoir signalé le gros intérêt de l'édition dijonnaise du Computus novus. Voici le titre : « Computus novus pedestri oratione contextus, dies festos ab operosis uno digito disterminans, omnibus maxime ecclesiasticis viris per quam necessarius, nuperrime a magistro Petro Turrello Augustodunensi, aslrophilo, Divionensis gymnasii moderatore primario editus. » Et au bas : « Veneunt Divione in edibus Pétri Grangier, in vico dive Virginis Marie sitis. » La dédicace porte l'indication ad tcrtium kalendarum februarii 1525 (30 janvier 1525), et la dernière page le nom de l'éditeur parisien : Gromon, 1525. Il y eut une autre édition parisienne, en 1525, chez Gaudoul, signalée par un texte de \\ Bibliothèque municipale de Dijon, man. AF. -483, f° 95 r° ; et plus tard, d'autres éditions de Claude Nourry, en 1536 (Oursel, op. cit., p. 5 et 6, note 1) ; enfin une édition à Lyon, en 1553 (voir le manuscrit précité).
(3) Belle, loc. cit., p. 1, note 1 et supra, p. 612.
(4) Paradin, cité par le man. 483, f° 97 v°, (fonds Baudot, man. 31, f° 34 v°) : « Petrus Turellus Divioneus, mathematicus, astralogus eminentissimus qrii primo captivitatem paviensem erat vaticinatus, ante annos plus minus centum (Paradin vise ici les événements postérieurs à Turrel) his versibus praesagiit talia de francia et religionis discrimine.
Astrologus vates haec nuncio mœsta nepotes
Corpore qui grandis, rex tertius ordine, fratrum
Praedivas edet caedes, lanio ipse suorum.
Quas propter surget civili francia bello.
Proh dolor ! et procerum praeceps cadet isto duello.
Non erit una fides, non lex, non unicus et rex
Multi sed reges, leges et religiones
Mais, en entendant ces discours et ces vers nouveaux, la Chambre de ville et le Parlement de Dijon dressèrent l'oreille et se mirent à murmurer.
La première lui adressa une réprimande et se plaignit qu'il négligeât l'école « et du mauvais traitement qu'il faisait des enfants »(1). Le Parlement agit par des voies moins obliques et défendit « à tous maistres d'escoles de ce pays de Bourgogne qu'ils n'aient à lire publiquement ou en secret à leurs élèves ou autres de ladite théologie à peine d'en être punis corporellement » (2).
Mais que sert de morigéner un prophète ? Turrel était d'autant moins disposé à entendre qu'il avait foi dans son art et trouvait des croyants. Aussi la Chambre de ville, le 12 juin 1528, gronde à nouveau. Elle dénonce « les abbus et erreurs » qu'il commet « soubz couleur de l'art de l'astrologie dont il se mesle » (3). Elle lui défend d'en user à nouveau « pour ce que plusieurs scandalles et plaintes en venoient contre luy »
Seviet haud minimus in partes scissa ruinis
0 Deus ! avariis saevi lacerata tribunis (manque dans le manuscrit 483). Sic ruet infelix per reges Francia cives Antea quae felix per reges Francia dives. C'aruit anno 1524.
(Haec excerpta sunt ex tomo 2° lectionum memorabilium Joannis Volfli jurisconsulti, p. 228-229).
II est difficile de tirer au clair la chronologie des œuvres de Turrel. La Commission des antiquités de la
Côte d'Or possède de lui un manuscrit intitulé Magistri Pétri Turrelli astroplrili inter Heduos fatale
pronosticon mirabiles futuronem eventus super mundi duralione et ultimi periodo révélons. On trouvera une analyse de ce manuscrit révélé par M. Fyot : Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, t. XV, p lxxvii. dans la Revue de la Côte-d'Or et'de l'ancienne Bourgogne, t. II, p. 1 et suiv. Cette analyse est due à MM. Tissot, professeur de philosophie au collège royal de Dijon, et Pautet. C'est ce M. Tissot qui fut chargé par M. Pallu, l'ancien propriétaire du manuscrit, de le remettre à la Commission des antiquités en 1835.
« La fatale prévision par les astres et disposition d'icelle sur la région de Jupiter maintenant appelée Bourgogne pour l'an 1529 et plusieurs années subséquentes » fut imprimée à Lyon en 1528, indique l'article précédent de MM. Tissot et Pautet, p. 15 d'après Papillon, Bibliothèque des antiquités de Bourgogne, 2e partie, p. 331. Les prédictions de Turrel, semble-t-il, écrites en un latin confus circulaient d'abord en manuscrit, l'impression venait plus tard après une traduction faite en un français plus clair. Ce procédé semble avoir été très favorable au prophète.
(1) 3 lévrier 1526/7. — Arch. mun., B. 172, f° 15 r°. Voir plus loin.
(2) Bibl. mun., fonds Saverot, n° 1, t. I, p. 21. — Muteau, p. 161. C'est probablement alors en 1528 (Courtépée, t. II, p. 142) qu'il fut défendu par Pierre du Chastel qui distinguait de l'astrologie diabolique l'astrologie humaine qui ne relève que des capacités intellectuelles. Turrel ne professait, selon lui, que cette dernière. Gallandius, Pétri Castellani, magni Franciac eleemosynarii vita, Paris, 1574, cité dans la Revue de la Côte-d'Or et de l'ancienne Bourgogne, t. II, p. 5, note 1 . Voir aussi Mémoires de la Société éduenne, nouvelle série, t. I (1872), p. 500 et suiv.
(3) Vendredi 12 juin 1528, Arch. mun., B. 172, f° 103 r° : « Pourceque Messeigneurs ont estez advertiz que maistre Pierre Turrel recteur des escolles en ceste ville commect abbuz et erreurs soubz couleur de l'art de l'astrologie dont il se mesle, ilz ont ordonné qu'il sera mandé a deux heures pour luy en faire remonstrance et aussi quil ayt a fournir regens, aultrement l'on y pourveoira. />
L'après-midi, vers une heure : f° 103 v° . « Lesquelx ainsi illec estans est venu devers eulx en ladite chambre maistre Pierre Turrel recteur des escolles auquel a este deffendu par monsieur le vicomte mayeur qu'il venit à désormais user de l'art d'astrologie en ceste ville pour ce que plusieurs scandalles et plaintes en venoient contre luy et ce à peine d'estre mis hors de ladite ville et d'en estre pugniz.
» Et quant à l'escolaige d'y pourveoir de bons maistres et regens tellement que les enffans soient bien instruictz aultrement l'on y pourveoira ainsi que de raison. »
à peine d'être expulsé de la ville. En même temps, on lui renouvelait l'ordre d'avoir de bons régents. Vaines remontrances, Turrel est sourd.
Pour l'année 1529 ses pronostics, croit-il, se sont réalisés ; il en est tellement fier qu'il les fera imprimer à Lyon en 1531 (1). Cette même année 1529, les échevins dijonnais exaspérés offraient la place de Turrel au recteur de Dole, mais celui-ci qui ne voulait pas se brouiller avec un homme de la notoriété de Turre! et qui trouvait les conditions de la municipalité insuffisantes, refusa de donner une réponse ferme. Néanmoins la municipalité insista derechef auprès de Turrel, lui rappelant les admonestations dont il n'avait tenu compte. Elle lui annonçait son désir d'instituer « ung général régent au collège » ayant la direction supérieure de l'établissement. Cette fois Turrel fut modéré et plein de sens dans sa réponse : « A quoy ledit recteur leur a respondu que le philosophe avoit escript Quid unnsquisque bene judicat hoc quod vidit et pour ce que ilz navoient vu ny n'entendoient pas ce que il avoit fait pour le bien de ladite escolle, l'on luy impetoit le tort de la ruyne; disant que depuis qu'il avoit esté, le temps avoit été toujours mauvais et chiert et tousjours avoient régnez morlalilez et maladies que luy avoit donné mauvais couraige; paraillement il n'avoit aucune maison pour fere lecture generalle pour ce que l'escolle estoit habalue ; neanlmoings en luy donnant maison et lui faisant comme l'on vouldroit fere a ung estrangier, il vouldroit, servir et desservir ledit estât bien et dehuement, voyre aussi bien que personne qui fut deçà les monts, et qu'il n'estoit délibéré de laschier la dite charge. Après lesquelx propos l'on a fait retirer le dit Turreau et on conveneu que après avoir ouy la responce audit Des Lestre (le recteur de Dole) l'on y porvoyera selon raison (2). »
Il est probable que la réponse ne vint jamais, car deux ans plus tard, le 15 janvier 1530, nous retrouvons Turrel encore aux prises avec la municipalité. Il avait composé pour le nouvel imprimeur, Pierre Grangier, deux vers à l'honneur de la ville de Dijon. L'imprimeur voulait les mettre au commencement de quelques livres II en avait été même si content qu'il les avait inscrits sur sa maison et son atelier :
Costigeris superat reliquas insignibus arbes Divio ut est felix sanguine Martis ali (3).
Turrel n'en était pas moins content : pour lui ils valaient bien cent écus et il réclamait qu'on inscrivit au-dessous son nom : Turrelli. Pendant ce temps, la municipalité,
(1) Voici le titre : « Le période, c'est-à-dire la fin du monde, contenant les dispositions des choses terrestres par la vertu et influence des corps célestes, imprimés à Lyon, 1531. » Bibl. de Dijon, man. A. F. 483, f° 97 r°. Suivant M. Fyot (voir page 29, note 7), le période serait la traduction française du manuscrit de la Commission. Il s'appuie sur une note des Mémoires de la Société éduenne, 1872, t. Ier, p. 503, note qui accompagne une analyse du période. On pourrait y joindre l'indication d'une affirmation conforme de La Croix du Maine, citée par Papillon, Bibliothèque des antiquités de Bourgogne, 2e partie, p. 331.
(2) Arch. mun., B. 173, f° 100 r», cité plus loin. — Arch. mun., F. 1.
(3) Arch. dép. de la Côte-d'Or, liasse des procès criminels de Dijon, F. 360, n° 31. Cet important document pour l'histoire de l'imprimerie à Dijon avait échappé à M. Garnier et à M. Muteau.
flairant sous ces vers une moquerie, commença une enquête qui probablement n'aboutit pas. Cette même année, Julien Martin, en léguant les fonds nécessaires pour la création d'un collège, semble avoir tiré la municipalité d'embarras et lui avoir donné un moyen de se débarrasser de Turrel (1).
Mais cela n'alla point sans inconvénients, car, après le départ de Turrel, il n'y eut plus d'écoles à Dijon jusqu'au 4 juillet 1533 : « Les jeusnes euffans de la ville et de tout le pays perdent leur jeusnesse et vivent sans instruction et doctrine au grand dommage de la chose publiq et advenir et aussi au grand blasme de la ville (2). » A cette époque Odot Boillot consentit provisoirement à instruire les enfants avaut l'achèvement du nouveau collège, mais sans grand enthousiasme. Dans les délibérations, il déclare qu'il est vieux, qu'il a besoin de repos, qu'il ne trouvera pas de régents (3), qu'il n'accepte que provisoirement et sous la condition de pouvoir quitter la charge s'il est malade ; on voit que l'emploi ne lui convient guère.
Effectivement, en mai 1534 et avril 1535, par deux fois il demande d'être délivré de son office de principal (4). Après lui, nous aurons Thibaut Malpoy qui semble être un brave homme de vicaire de Notre-Dame, ne paraissant au collège que pour faire le prône le dimanche et auquel la municipalité est obligée de confier à cinq reprises la direction des écoles parce qu'elle n'en trouve pas d'autre ; puis Claude Berthot qui, institué à vie, est obligé de se déporter de sa charge après des procès nombreux ; Richard Dègorris qui s'esquive de son poste ; Louis de Baza dont la qualité d'étranger nuit au prestige et qui déserte à l'occasion d'une peste. François Chevillotte lâche également l'infortuné collège, si bien que les malheureux régents restent sept mois sans être payés ni nourris et s'engagent à Autun. Jean Robert est plus sérieux, mais les difficultés d'argent qu'il éprouve sont fort grandes (5). Tous ces recteurs n'ont
(1) C'estl'opinion de M. Garnier, Corresp. de la mairie, 1, p. cxix, cxx. Turrel était peut-être à l'expiration de son temps, ou prit-il congé de la municipalité. Toutefois une seconde édition du Computus novus semble indiquer qu'il est encore à Dijon en janvier 1530/1. Le livre est daté ex pluleo noslro Divionco ad tertium calen. Februarii, anno ex orbe redempto MDXXX. Mémoires de la Société éduenne, 1872, p. 501. Turrel qui avait épousé Henriette Chisseret laissa un fils, Bénigne, correcteur de la Chambre des comptes, et qui fut emprisonné avant le 22 décembre 1589 comme complice de la conjuration royaliste qui devint l'affaire La Verne. Arch. mun. de Dijon, B. 227, f° 175 v°. M. Henri Drouot qui ne cdte point le document précédent dans son beau travail sur l'affaire Laverne, Revue bourguignonne, de l'enseignement supérieur, t. XX (1910), p. 1 et suiv., indique un certain nombre d'autres textes p. 186. Voir aussi D'Arbaumont, Armoriai de la Chambre des comptes, p. 291 Ce Bénigne Turrel laissa pour fils Jean Bernard, également membre de la Chambre des comptes. Sur ce personnage et sur Isaac Turrel, trésorier de France, et Charles Turrel, voir également D'Arbaumont, p. 269, 303, 304. On pourra ajouter les renseignements que nous fournit une pierre tombale de l'ancienne église Saint-Etienne de Dijon ; elle porte le nom de Jean Bernard Turrel, correcteur de la Cour des comptes, mort en février 1701. Je dois l'indication de cette pierre à la grande obligeance de M. Fyot, secrétaire de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or.
(2) Arch. mun , B. 176, f" 50 v». Cet Odot Boillot était un ancien régent parisien : malheureusement, on n'a pas recopié dans le registre au f° 42 v° les articles passés avec lui.
(3) Ibid., f» 11 r°.
(4) En mai 1534. Arch. mun., B. 177, f» 48 r» ; 1" avril 1534/5, Arch. mun., B. 178, f° 34 i >.
(5) On verra à la fin de ce paragraphe la liste complète des recteurs de Dijon.
que des baux assez courts, à l'exception de Berthot, ils savent que la municipalité est changeante, que son ton est tranchant et sa bourse fort sèche (1).
N'ayant ni la compétence, ni le choix, ni les ressources, les municipalités néanmoins ne se lassèrent pas. Elles s'efforcèrent d'enrayer la décadence de leurs écoles en employant une série de moyens très énergiques que nous allons examiner.
Le premier, s'il avait abouti, aurait peut-être fourni aux écoles un bon recrutement de maîtres : c'était la création d'une université. Elle aurait dispensé les Dijonnais d'aller chercher à Dole des recteurs et régents d'un sentiment patriotique douteux pour remplacer les viveurs ou les fortes têtes que leur envoyait Paris. En 1516, le 21 novembre, et en 1517, le 22 décembre, il y eut des démarches faites dans ce sens auprès du roi, et diverses délibérations prises à ce sujet (2) ; nous possédons même un projet de lettres patentes royales (3) établissant cette université, « en toutes facultés et sciences ».
Ce séduisant projet ne réussit pas, probablement par suite de l'opposition de l'Université de Paris qui n'aimait point les concurrences même modestes. La seule voie qui restait ouverte aux municipalités pour recruter de boDs maîtres, c'était de les bien payer. Malheureusement, avons-nous dit, les finances municipales, fort alourdies par des dettes, ne permettaient guère de l'employer. On se contentait de venir indirectement en aide aux maîtres en leur concédant le monopole et en les autorisant à prélever certaines sommes sur les étudiants, quitte à les subventionner plus directement si l'année était trop mauvaise. Le système, s'il ne fournit pas de brillants résultats, fut appliqué avec zèle.
Dans toutes les villes de Bourgogne où se trouvait un collège, nous voyons se multiplier les interdictions des « pédagogies particulières (4) ». Si un maître comme Paradin veut instruire les écoliers, qu'il aille au collège (5). Qu'il aille également au collège de Dijon, cet ancien recteur de Chalon, ce Richard Dégorris qui, encore en 1565, s'obstine à faire des lectures dans sa maison (6). L'on ne permet, en dehors des écoles de la ville, que les écoles abécédaires (7) et les écoles des abbayes et couvents,
(1) Aussi, en 1571, trois maîtres consultés refusent la place de Dijon. Les recteurs acceptant abandonnent presque tous leur place avant la fin du contrat.
(2) Arch. raun., B. 73. — Muteau, p. 158, 159. — Garnier, Corresp. de la mairie de Dijon, I, p. cxvn et suiv.
(3) Arch. mun., F. 18 (trésor des chartes).
(4) A Dijon en 1510, Arch. mun., B. 168 ; en 1535 (Muteau, p. 185) ; en 1552. Arch. mun., B. 190 (Muteau, p. 191) ; 1563, Arch. mun., B. 200 (Muteau, 222) ; en 1575, 1578 et 1580 : c'est une clause officielle à chaque changement de recteur. A Semur, en 1551, 1556, 1560, 1571, Leleu, p. 186, 187, 192; Muteau, p. 178, note 1. A Chalon en 1546, 1556, 1579, 1592. 1593 ; Batault, p. 22, 24, 41. A Châtillon en 1575 : Bulletin de la Société historique du Châtillonnais, 2e série, 1895-1896, p. 419. A Beaune, en 1575 également; Aubertin, p. 14. A Auxerre, en 1604 ; Quantin, Enseignement secondaire, p. 28. A Saulieu, en 1580.
(5) Arch. mun., B. Ii9; Muteau, p. 185.
(6) Arch. mun., B., 173 bis, F 199, et Arch. dép. de la Côte-d'Or, D. 121.
(7) Arch. inun., B. 200; Muteau, p. 222, et Bibl. mun., fonds Saverot, n° 1, t. II, f° 631 (1572).
qui ne concernent que les seuls religieux (1). Les personnes qui ont des pensionnaires : ce sont d'habitude des prêtres, doivent les conduire à l'école (2). Toutefois, on ne leur interdit pas d'apprendre aux enfants leurs prières (3).
Le monopole s'étend aux écoles de filles ; la Chambre de ville, en 1578, interdit à toutes femmes de « tenir escholles de jeunes filles pour leur apprendre la couture en drap et linge et à lire et escripre si elles ne sont reçues et installées par elle (4) >.
Ce furent des raisons financières qui créèrent le conflit de Turrel et de la municipalité. Turrel avait demandé des gages aux enfants pour se payer, probablement avait-il augmenté fortement les prix (5). Avant lui, des difficultés s'étaient déjà élevées entre le régent Chapuisot et le recteur Maillard ; ils semblent s'être dispulé les élèves. Chapuisot, qui avait obtenu une garde du bailliage, y renonce et conserve « son droit ancien en paiant au recteur les droiz acoutumés » (6). Quand la municipalité de Dijon propose, le 29 novembre 1529, au recteur de Dole de venir remplacer Turrel, on expose très bien la situation du recteur. On lui demande de venir occuper la place dans les mêmes conditions que les anciens recteurs « selon que par le passé les recteurs souloient faire ; assavoir sans luy donner aulcunz gaige, ni payer louaige de maison ». Il s'agit de la maison d'école. La seule chose qu'on lui offre, c'est de lui louer « une maison pour sa demeurance jusques à ce que l'on ayt puissance de l'acheter » (7).
La pauvreté de l'offre est remarquée par le recteur de Dole, qui répond qu'il voudrait « quelque honeste pancion comme de cent livres par an avec une maison pour sa résidence et pour tenir l'escole (8) ». Outre la demeure que lui offre la municipalité, Jacques de Lestre voudrait une pension et une maison d'école. Bien plus, l'intervention de Turrel montre qu'il n'a même pas la résidence gratuite (9). En somme la ville de Dijon, avant la fondation du collège des Martins, n'offrait qu'un titre
(1) Il y avait une pédagogie à Saint-Bénigne pour les novices, Chomton, p. 258; Muteau, p. 103 ; une autre chez les Cordeliers en 1517, Muteau, p. 161. Une institution pour les enfants de chœur de la collégiale de la Sainte-Chapelle à Saint-Fiacre. — Girault, Essai sur Dijon, p. 356 et Muteau, p. 183. — Arch. dép., G. 1178.
(2) Semur : Leleu, p. 192.
(3) 1565 : Muteau, p. 223.
(4) Muteau, p. 242.
(5) Arch. mun., B. 172, f° 15 r°, 3 février 1526/7 : « Mesdits seigneurs ont fait venir devers eulx en ladite chambre Maistre Pierre Turrel recteur des escolles de ceste ville pour adviser dudit escollaige et luy a esté remonstré le maulvais traictement qu'il faisoit des enffans ; lequel a respondu que la peste et la meschante maison de l'escole en estoit cause suffrant de, en luy baillant maison, fere ce quil apartiendroit ; voire estoit contant de non gaiger les enffans pourveu qu'il ayt maison sans en riens payer. Sur qnoy mesdits seigneurs luy ont ordonné de bailler par escript sadite response deans dimenche et la mectre es main du procureur de la ville pour faire pourveoir en ceste partie ainsi que de raison. »
(6) Le 3 décembre 1511. Arch. mun., B. 168.
(7) Arch. mun., B. 173, f° 100 r°.
(8) Il ajoute qu'il « estoit assez bien colloque audit lieu de Dolle ; qu'il ne vouldroit l'abandonner s'il ne pensoit estre de bien en mieulx. » Arch. mun., B. 173, f° 102 v° et 103 r°.
(9) Voir plus haut, note 5.
nu de recteur d'école. La maison de la grande école était « à terre » en 1517 (1). Il fallut faire des constructions nouvelles qui à leur tour, en 1529, gisaient écroulées (2). Turrel se plaint donc de n'avoir point de maison pour faire sa lecture générale (3). Sans abri et sans argent, les malheureux recteurs dijonnais ne pouvaient esquiver la ruine et les reproches aveugles de ceux qui n'en saisissaient pas ou n'en voulaient pas voir les véritables causes (4).
Dans cette détresse, les initiatives individuelles et les décisions des Etats généraux du royaume apportèrent une aide puissante aux corps de ville trop obérés en leur permettant d'obtenir la maison et l'argent, le collège et les gages.
Il est significatif que la tradition lasse d'ordinaire remonter l'origine du collège à la construction d'un bâtiment dans une certaine ville, alors même que les écoles existaient depuis longtemps dans cette même ville (5). C'est que, pour les besoins nouveaux, une construction spéciale est indispensable et l'école doit se doubler d'un pensionnat (6). L'un des premiers donateurs généreux que nous rencontrons en Bourgogne fut Julien Martin, le curé de Diancey, qui, le 13 décembre 1531, affecta la rente d'une somme de 4,000 livres à « l'extruction, érection et fondation d'un collège en la ville » de Dijon. La ville devait acquérir une maison, édifier une chapelle et les constructions suffisantes pour qu'on pût donner l'instruction des enfants et écoliers « tant en grammaire, logique et autres sciences, selon et en la forme connue et uz des collèges de l'Université de Paris » (7).
Il était entendu que le principal et les trois ou quatre régents seraient « gradués en université ». Le donateur stipulait pour eux la franchise d'impôts pendant la durée de leur charge et le maintien du monopole. Trois boursiers devaient être élevés dans le collège, chacun pendant huit ans, pour 25 livres chacun, en tout 75 livres par an. En fait, Julien Martin voulait un grand collège (8) à trois ou quatre régents (9), nous avons vu que ses vœux furent assez mal réalisés.
(1) Arch. raun., B. 109, f° 130 r°. Les petites réparations faites auparavant n'avaient pas suffi. (Muteau, p. 155).
(2) Arch. mun F1 ; Muteau, p. 161, note I.
(3) La grande école se tient alors dans une grange appartenant à feu Guillaume Baissey ; on songe à l'acheter. B. 173, f° 69 r° et v°. Auparavant, le 27 avril, le 9 juillet, le 22 novembre, on avait cherché d'autres maisons. B. 173, f'" 14 v°, 15 r°, 53 v°. Dans cette « grange ou l'on souloit tenir la grande escolle de la ville », il y avait une petite maison qui fut vendue le 4 mars 1532/3 à Jean Dessoye; Arch. mun., B. 175, f° 217 r°.
(4) Ceci justifie en partie l'intervention du Parlement.
(5) A Joigny, cet achat d'une maison fut fait, au début du siècle. Quantin, p. 85.
(6) L'Université demandait, en 1576, que les écoliers fussent tenus d'habiter dans des collèges.
(7) On trouvera l'acte de fondation reproduit en entier par Muteau, p. 167, note. Il y eut une première délibération le 11 décembre L'acceptation des offres par la municipalité fut faite le 13 décembre. Arch. mun., B. 175, f»* 45 v°, 47 r° et 48 v°. Le 15, on visite des maisons pour l'école (f° 103 v°) ; le 29, on décide l'achat de la maison de Saint-Etienne (f°« 106 v° et 107 r°). Le corps du fondateur fut plus tard enterré dans la chapelle du collège ; Arch. mun., B. 182 ; Muteau, p. 190. On pourra lire la description des chambres du collège aux Arch. mun., B. 178, fos 88 r° à 89 r° et f° 95 v°.
(8) D'après le procès-verbal d'une vente faite au nouveau collège (Arch. mun , B. 178), une des salles pouvait contenir de 100 à 120 écoliers.
(9) Il avait établi une rente pour payer les boursiers, régents et autres charges du collège (Arch. mun..
En 1535, à Auxerre, nous trouvons une fondation analogue faite par un chanoine d'Auxerre, Germain de Charmoy, curé de Merry-Sec et de Pourrain ; elle était faite à la charge d'éduquer gratuitement trois boursiers (1). A Sens, en 1537, c'est également un membre du chapitre, le doyen Philippe Hodoart, ancien professeur de l'université de Paris, qui fonde un collège dont le principal devra être choisi par les principaux dignitaires du chapitre (2).
La fondation de Didier Thomassin et de Marguerite Touret, sa femme, pour Tonnerre, date de 1545; elle ne semble pas avoir été exécutée (3). C'est aussi vraisemblablement à une libéralité privée qu'il faut attribuer la construction du collège de Montbard en 1548(4).
Pour Villeneuve-le-Roi, nous connaissons le nom du fondateur en 1550, c'est Etienne du Bourg (5). A Châtel-Censoir, la cession de la maison du collège, en 1554, est due à la générosité du chapitre (G). Par contre, il semble qu'à Beaune ce soit la municipalité qui se soit chargée, en 1558, d'acquérir un nouveau local pour écarter les écoles du lieu de prostitution, la grange aux faultes, dont elles étaient jusqu'alors voisines (7). La ville de Semur fut plus heureuse ; en 1573 et 1579, une donation générale de tous les biens de Nicolas Frolois permit « l'entretenement et augmentation des précepteurs selon que l'affluence des escoliers le requerroit » (8).
Entre temps était survenue une ordonnance royale qui augmenta puissamment le mouvement qui se dessinait en faveur des écoles, ce fut l'ordonnance d'Orléans (9). 11 était décidé dans l'article 8 que dans chaque église cathédrale et collégiale, il y aurait une prébende affectée à un docteur en théologie qui devrait annoncer la parole de Dieu chaque dimanche et jour de fête et faire trois fois par semaine une leçon publique sur l'écriture sainte à laquelle les chanoines devraient assister.
L'article 9 continuait en ces termes :
« Outre ladite prébende théologale, une autre prébende ou le revenu d'icelle demeurera destiné pour l'entretenement d'un précepteur, qui sera tenu, moyennant ce, instruire les jeunes enfans de la ville gratuitement et sans salaire : lequel précepteur sera élu par l'archevêque, ou évêque du lieu, appeliez les chanoines de
M. 93, f° 152). Ce qui permit au Parlement d'intervenir et d'exiger des gages pour les régents en 1535, semble-t-il. Le 25 mai, un régent touche 20 livres.
(1) Quantin, Enseignement secondaire, p. 24.
(2) Quantin, loc. cit., p. 47 et suiv.
(3) Quantin, loc. cit., p. 91.
(4) Courtépée, t. III, p. 514.
(b) Quantin, p. 102, 103.
(6) Quantin, p. 97.
(7) Aubertin, p. 13, 18, 19.
(8) Leleu, p. 191.
(9) Isambert, XIV, p. 66, 67. — G. Picot, Hist. des Etats généraux, édit. Hachette, 1888, 5 vol. in-16. Voir t. II, p. 262, 263.
leur église, et les maire, échevins, conseillers ou capitouls de la ville, et destituable par ledit archevêque ou évêque, par l'avis des dessus-dits ».
Enfin l'article 10 appliquait à l'entretien des écoles « et aumônes des plus prochaines villes et bourgages » les revenus des confrairies.
Cet article 9 de l'ordonnance d'Orléans de 1560 souleva des résistances de la part du clergé. Aux Etats de mars 1561, la chambre du clergé en demanda la révocation (1), mais en vain. Il fallut s'exécuter ou transiger.
A Chalon, le 17 novembre 1566, les chanoines s'accordèrent avec la ville ; la prébende préceptoriale fut fixée à 120 livres, le chapitre céda en toute propriété et gratuitement à la ville une portion de maison où se tenait l'école et, en revanche, il fit reconnaître son « antique droict scolasticq annexé à la dignité de chantre de instituer le maislre des écoles de Chalon (2) ». A Autun, le chapitre protesta contre l'ordonnance qui reconnaissait le droit d'institution à l'évêque en arguant qu'au chantre seul appartenait « l'institution des principal et régents des escholes ». Mais son opposition ne réussit pas et la lutte contre le protestantisme contraignit le chapitre à accorder la prébende au recteur catholique de l'école alors aux prises avec un recteur protestant. Un arrêt du Parlement de Dijon du 10 mars 1571 était d'ailleurs intervenu pour l'y contraindre (3).
A Dijon, un premier arrêt du Parlement (-1) du 1er février et 1er mars 1566/7 avait bien affecté à l'entretien d'un régent une prébende de la Sainte-Chapelle, celle du chanoine Bonnat, mais on obtint du roi Charles IX, le 6 mars, des lettres patentes exemptant les chapitres de ses chapelles de Dijon, de Bourges et de Paris, des prébendes préceptorales ; ces lettres furent enregistrées par le Parlement le 6 avril 1566/7, si bien qu'un certain Agnien (5) Petitot fut pourvu de la prébende malgré les protestations de la ville. Elle essaya de renouveler sa tentative en 1573 à la mort d'un autre chanoine (6), mais sans succès, et le 17 février 1588, Henri III, par un édit également enregistré par le Parlement, confirmait encore l'exemption (7), aussi la ville déçue pour cette prébende en demandait une autre aux abbayes de Saint-Bénigne et de Saint- Etienne (8).
A Saulieu, le collège qui est florissant en 1570, sous la direction des chanoines de
(1) Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 3028, f 9.
(2) Batault, p. 25 et suiv. — Voir sur l'homologation du Parlement : Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12081, f° 207.
(3) De Charmasse, Les jésuites, p. 6 à 14.
(4) Arch. mun., B. 203, f° 138 r°.
(5) Et non Bignon, comme l'indique Muteau, p. 227, qui ignore les édits royaux dont nous parlons plus haut.
(6) Muteau, p. 237, note 2.
(7) Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1137.
(8) Arch. mun., B. 314. Parmi les donateurs qui vinrent en aide aux écoles de Dijon, il faut citer la Confrérie de Saint-Yves qui, en mai 1580, offrit 25 livres de rente aux écoles. Arch. mun., B. 215, f" 269 v».
Saint-Andoche, jouit aussi de la prébende. Les chanoines ont même stipulé que chacun d'eux pourrait envoyer au collège son clerc ou son domestique gratuitement (1).
A Avallon, c'est en 1576 que nous voyons fonctionner la prébende (2), dont le montant fut fixé, en 1616, à 240 livres par an. A Beaune, une délibération de 1581 nous montre également que l'on jouit de la prébende et cela sans difficultés (3). Il n'en fut pas de même à Sens ; il fallut des procès avant que la prébende fût accordée parle Parlement et fixée à 300 livres (4). On trouve des conflits pareils à Tonnerre (5). A Auxerre, une transaction de 1560 se contentait de 150 livres (6).
Ainsi d'une façon générale, de bon gré ou de mauvais gré, l'ordonnance d'Orléans fut appliquée, ce n'est que dans les cas exceptionnels, là où il n'y avait que très peu de chanoines, comme à Saint-Julien-du-Sault (7), qu'on renonça à l'exigence de cette prébende préceptoriale.
Grâce aux fondations des particuliers et aux prébendes des chapitres, la situation matérielle des collèges est améliorée. Dans certaines villes elle permet même, suivant les désirs des Etats, de fournir l'instruction gratuite. Les enfants de l'école d'Autun reçoivent non seulement renseignement mais ils ont droit à la chandelle et au chauffage. Cette situation enviable cessa dans l'année 1601 où l'on fut obligé de réclamer un mot des enfants de la ville pour droit de scolarité. Quant aux étrangers, plus maltraités, ils paieront en outre cinq sols par mois (8). Les enfants de Beaune sont également bien traités puisqu'on défend, en 1581, d'exiger d'eux un tribut (9).
Mais ailleurs on ne put maintenir cette gratuité. Nous constatons qu'à Dijon, en 1552(10), le recteur Berthot touche des pensionnaires 50, 40 ou 30 livres, suivant le degré de finesse des mets de la pension. Les premiers sont ceux qui mangent à la table du principal. Il y a en outre trois pensionnaires qui ne paient que 25 livres chacun, ce sont les trois boursiers de la fondation Martin.
Des demi-pensionnaires ou caméristes (11), il touchera 4 francs (12); des externes ou martinets, 6 blancs par mois (13).
(1) Courtépée, t. II, p. 102.
(2) Quantin, p. 72, 73. — Courtépée, t. III, p. 609.
(3) Aubertin, p. 20.
(4) Quantin, p. 50.
(5) Quantin, p. 91.
(6) Quantin, p. 26.
(7) Quantin, p. 101.
(8) De Charmasse, Les jésuites, p. 28, 31.
(9) Aubertin, p. 20.
(10) Arch. mun., B. 190, f°» 64 v° et 79 V>, résumé. - Muteau, p. 191.
(11) C'est vraisemblablement ce mot de « cameriste » que Batault a lu « canuviste », p. 36, note, première colonne.
(12) Ces demi-pensionnaires n'avaient droit qu'à la chambre nue et au potage.
(13) Cette somme de six blancs est rappelée en 1515, le 13 avril (Muteau, p. 223), mais le mot « leur » ne se rapporte pas aux régents, comme l'indique Muteau, mais au recteur.
En outre, les enfants devaient payer six francs par an aux régents. 11 y aura une augmentation en 1565, sous le régent espagnol Louis de Bersa (1). Quelques années plus tard, en 1570, le principal Chevillotte trouvait ces prix insuffisants et demandait un règlement plus élevé : soixante-cinq livres pour la première pension. Pour ce prix, il s'engageait à donner pour quatre élèves un plat de veau et mouton en été ; en hiver, un plat de bœuf et mouton avec le dessert, fruits ou fromage, trois fois du rôti de veau ou mouton chaque semaine à la deuxième table et à la troisième « l'équipolent suivant le temps (2) ». Il ajoutait qu'il donnerait à la première table trois godets de vin et du pain à volonté ; à la deuxième, du vin à l'équipolent et aussi tant de pain qu'ils le veulent ; enfin il donnait du pain à déjeuner. Mais la ville refusa cette crue des prix de pension (3).
Nous possédons pour Chalon des documents de même nature. Si, en 1558, on se plaint delà misérable nourriture des enfants, en 1582 l'on prend des précautions (4). Les pensionnaires seront bien traités et nourris, « leurs chambres, lits et personnes nettoyés et tenus nets ».
Il n'y a que deux prix de pension; l'une est de 20, l'autre de 25 écus par an « sinon au cas que aulcungs vouldront faire plus grande pension à la table du principal et de gré à gré ». L'avantage était alors de manger du « pain blanc boulangier » acheté en ville au lieu du pain de froment fabriqué au collège (5).
Les demi-pensionnaires paieront 20 sols par mois. Ils ont droit à une « chambre haulte » pour se retirer et manger ; le collège leur doit le potage et ils peuvent faire cuire leur viande au feu de la cuisine du collège sans augmentation de prix. Tons les écoliers paient, pour l'entrée du collège, un droit qui était, pour chaque mois, de 2 sols 6 deniers pour les écoliers de la première, deuxième et troisième classe, et de 20 deniers pour ceux de la quatrième classe (6). On voit que la ville qui, en 1579, refusait au recteur Boulay de lui accorder 5 sous pour l'entrée de chaque élève, et autant par mois, s'est départie de son intransigeance (7). Toutefois, bien des indices subsistent qui nous prouvent que la gratuité de l'instruction reste l'idéal. En 1600. une fondation est établie à Chalon pour permettre d'enseigner gratuitement la philosophie (8).
Les contrats insistent sur les questions matérielles. Pour assurer la bonne nourriture des pensionnaires, on permet au recteur Isaac Morel de tuer au collège même les
(1) Arch. mun., B. 202, f 126 r°.
(2) Muteau, p. 282.
(3) On avait, auparavant, permis d'établir un four au collège.
(4) Batault, p. 23.
(5) C'est, au fond, le système de Dijon, mais les prix sont fort distants.
(6) Batault, p. 36, note.
(7) Ibid., p. 33, 34.
(8) Ibid., p. 42.
moutons. Pour les autres viandes, il devait aller aux boucheries de la ville (1). Le principal devait être alors tout à la fois le maître savant, le bon hôtelier, le boulanger habile et aussi le boucher expert en bêtes et viandes (2).
Mais les prébendes ne suffirent pas, il fallut y adjoindre des gages qui allèrent grossissant de plus en plus.
Si à Ghalon, en 1539, on semble se contenter de donner aux nouveaux recteurs « dix livres pour les aidier à se mettre en ménage » et en outre « trois champlits, deux charriots et des châssis avec une chiert pour disserter quant ils feront la lecture des leçons » (3). On se montre plus généreux en 1578, où l'on parle de gages de 24 écus pour Nicolas Terson (4); en 1579, de 200 livres y compris les 120 livres de la prébende préceptoriale (5).
A Dijon, on ne donne rien avant la fondation du collège des Martins, en dépit des réclamations des recteurs. En 1535, il y eut un arrêt du Parlement ordonnant des gages aux régents, qu'invoque l'année suivante Odot Boillot ; on lui répond qu'il faut prendre patience et que « les prédécesseurs recteurs avaient bons régens et souffisans lesquels n'avoient aucun gage de la ville » (6). Plus tard, en 1552, Claude Berthot stipulera 120 francs les six premières années de sa charge, 30 les suivantes. Thibaut Malpoy touche 180 livres en 1565. Jean Robert, en 1576, réclame 500 francs de pension ou au moins 400. On suit l'énorme progression qui s'est faite dans les prétentions des recteurs depuis le début du siècle.
Une concordance mystérieuse ramène au seizième siècle un phénomène que nous remarquerons à nouveau lors de la Révolution française, la rupture entre l'idéal et la réalité. On désire ardemment l'instruction, mais les circonstances sont défavorables. De ce désir, les Etats généraux du royaume nous livrent des preuves nombreuses, non seulement par la création des prébendes, mais encore par des déclarations non équivoques contenues dans les cahiers de la noblesse et du clergé. C'est la noblesse qui réclame, en 1560, que les parents soient tenus, sous peine d'amende, d'envoyer leurs enfants à l'école (7). C'est le clergé qui, aux Etats de 1588, insiste et veut
(1) Ibid., p. 39.
(2) Nous possédons quelques indications sur les prix des petites écoles. A Chalon, en 1593, le maitreécrivain Pageot prend des enfants 30 sols par mois; si ces enfants apprennent à chiffrer, l'on ajoutera un supplément de 15 sols (Batault, p. 41). A Semur, en 1560, le recteur touche 20 deniers des écoliers de plus de six ans et 10 deniers des écoliers de six ans et au-dessous (Leleu, p. 187).
(3) Batault, p. 22.0n ajoute, en 1546, une gratification de 20 livres pour une fois seulement. La transaction avec Désgorris, de 1559, stipule que ce dernier, moyennant une somme qui lui est donnée pour éteindre tous procès et pour les frais, « devra tenir le collège sans pension, ni gaiges pendant quatre ans ». Batault, p. 23-24.
(4) Batault, p. 33.
(5) A Avallon, en 1623, la ville paie les gages de l'écrivain et donne 150 livres par an pour chacun des deux régents ; le principal fait le reste (Quantin, p. 73). A Tonnerre, en 1571, le recteur a 90 livres de gages (p. 91). En 1577, il a 60 livres. En 1636, 150 livres. Voir ibid., p. 91-92.
(6) Arch. mun., B. 179, f 117 r°-v°.
(7) Picot, Hist. des Etats généraux, édition Hachette, t. Il, p. 262, 263.
partout des écoles de village avec obligation de les fréquenter (1). Le péril de l'ignorance, croit-on, contribue aux progrès de la Réforme et rend les fidèles incapables de juger de la pureté des enseignements qui leur sont présentés.
Dans les délibérations des corps municipaux de Bourgogne, nous trouvons souvent l'indication des dangers qui peuvent atteindre la jeunesse « faulte de bonne doctrine ». Le désir de répandre l'instruction existe donc (2). Si ce désir ne fut pas réalisé, si même il y eut une sorte de recul, au moins dans les villes, par rapport à l'époque précédente, il ne faut pas en accuser un prétendu amour de l'ignorance, mais les circonstances, qui furent déplorables. Peut-être même, du côté des villages, y eut-il un léger progrès dans certains pays plus favorisés, comme l'Autunois.
Quoi qu'il en soit, les renseignements que nous possédons sont clairsemés.
Outre les collèges que nous avons signalés, il existe toujours des écoles à Arnayle-Duc, Pierre Saulsotte en est le recteur en 1577 (3) ; à Châtillon (4), où l'on en compte même deux et à Tournus, qui maintient le droit du chapitre d'instituer le recteur (5); à Noyon, où l'on enseigne le latin (6) ; à Chablis, où les habitants sont obligés de s'opposer au chantre qui veut nommer le recteur sans leur permission (7). A Charolles, il existe un savant maître, Léonard de la Ville (8). Tous les noms des recteurs de Bèze, depuis 1573, nous sont livrés par les protocoles (9). Sur Saulxle-Duc, en l'an 1590 (10), sur de petits villages, comme Charoiseau en 1513, Asnières en 1528, Magny en 1543 (11), Lucenay-l'Evêque (12), Flavigny (13) nous possédons également des indications. Nous trouvons même des déclarations impressionnantes, comme celle que révèle une assemblée générale des habitants d'Autun, du 16 août 1580, « qu'il n'y a si petite bourgage qui n'entretienne un précepteur » (14). Le vœu des Etats
(1) Picot, t. IV, p. 22 et suiv. Aux Etats de 1576, on avait demandé des écoles populaires pour fournir l'instruction gratuite, avec précepteurs élus par les maires et échevins (Ibid., t. III, p. 175). La multiplication des écoles est également réclamée aux Etats de 1614; toutefois, on indique vouloir détourner de l'étude les incapables (Picot, t. IV, p. 404-405).
(2) Suivant M. Picot, au quinzième siècle, l'instruction est un privilège ; au seizième siècle, elle devient le but de l'ambition universelle. Encore, ne faut-il pas exagérer, il y a vraiment trop d'écoles en Bourgogne au quinzième siècle, pour qu'on y parle de l'instruction-privilège.
(3) Arch. dép. de la Côte-d'Or, E. 2232. — Garnier, Annuaire, 1895, p. 491. — De Charmasse, Etat, p. 252, cite un autre document de 1519.
(4) Arch. dép. de la Côte-d'Or, E. 2374. — Sur l'école de la rue de Chaumont tenue en 1578 par Etienne Rémond : ibid., E. 2337 ; Garnier, Inc. cit.
(5) Courtépée, t. III, p. 294.
(6) Quantin, p. 80.
(7) Quantin, p. 96.
(8) L'abbé Papillon cite quatre ouvrages de sa façon imprimés en 1567. — Courtépée, t. III, p. 20.
(9) Garnier. op. cit., p. 491.
(10) Garnier, ibid., p. 491.
(11) Quantin. lnstr. primaire, p. 163, 165, 166.
(12) De Charmasse, Etat, p. 255.
(13) En 1567. Courtépée, t. III, p. 491.
(14) Reg. des délibér. de la Chambre de ville, vol. IV, f° 8, cité par de Charmasse, Les jésuites, p. 24.
généraux de 1 588 n'avait donc rien d'inouï. Il est même possible que dans les campagnes , où la cherté des vivres se faisait moins sentir et la peste ne sévissait pas, ces petites écoles aient été relativement plus prospères que dans les villes (1).
L'impression que donne l'étude du seizième siècle pour les collèges des villes est bien celle d'un insuccès de la gestion municipale. Les corps de ville se rendent compte qu'ils ne peuvent aboutir; d'un autre côté, ils n'ont plus une liberté aussi grande qu'auparavant; si le contrôle ecclésiastique ancien a cessé d'être gênant et même a disparu dans nombre de cas, il est remplacé par un contrôle nouveau et plus inquiet en même temps imposé par la lutte contre le protestantisme et par une tutelle fort lourde, celle des Parlements. Ceux-ci, en vertu, soit de leur droit général de police, soit de l'homologation donnée par eux aux fondations, soit de l'application des ordonnances royales, vont s'occuper de plus en plus de la question des collèges. La municipalité de Dijon est obligée d'en passer, lorsqu'elle choisit un recteur, par l'assentiment du Parlement.
Il en résulte que, un peu découragées, les villes n'attachent plus autant d'importance à la direction de leurs collèges ; elles sentent, au cours de leur guerre contre le protestantisme, le besoin d'un enseignement à base religieuse plus précise ; elles ne trouvent pas de bons maîtres. Elles sont donc prêtes a céder la place à des organisations mieux outillées qu'elles et plus aptes à l'enseignement On peut dire que le seizième siècle avait préparé la place dans laquelle s'installèrent les jésuites et les autres congrégations du dix-septième siècle.