‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 97 sur 122 · LES RECTEURS DES ÉCOLES MUNICIPALES DE DIJON AU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES RECTEURS DES ÉCOLES MUNICIPALES DE DIJON AU SEIZIÈME SIÈCLE

1500-1507. — Jean d'YuR (Muteau, p. 153). C'est probablement celui qui résigne sa charge le 4 janvier de l'année 1506/7. (Arch. mun., B. 168, f° 123 r°). L'inventaire le nomme Jean Daguet.

1507/8-1517 (?). — Anatole Moillard, maître es arts, prêtre, il est installé le 4 janvier 1507/8 (Muteau, p. 155). En 1515, 1523, il est condamné à payer la prébende de 17 livres 10 sols. (Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1154, contient les arrêts sur lui). On trouvera aussi quelques indications dans les Arch. dép. de la Saône-et- Loire, E. 2192, f° 104. Il était, le 14 novembre 1508, prêtre choral de la chapelle Marche et Bonjour.

1517-1531. — Pierre Turrel. Voir au texte. (Muteau, p. 160 et suiv.).

1533-1537. — Odot Boillot, docteur- en théologie, chanoine de Saint- Andoche d'Autun et de Saulieu, commence sa charge le 4 juillet 1533. (Supra, p. 32). Il occupe encore sa charge en juin 1535 et le 8 mai 1537, époque où il transige avec la Sainte-Chapelle. (Arch. dép. de la Côted'Or, G. 1151). Il habitait en 1536 chez la veuve Simon Mairey, la geôlière. (Arch. mun., B. 179, 1° 118 r°). Il se déporte de sa charge le 19 janvier 1536/7. (Arch. mun., F. 6).

(1) Par contre, n'oublions pas que la guerre est plus dangereuse au village et qu'au moment des retraits dans les villes, les écoles étaient supprimées.

Maître Noël accepte la charge en 1536/7, mais on n'en parle plus dans le traité du 21 octobre 1536. (Arch. mun., F. 6).

1539-1543. — Thibaut Malpoy est principal en septembre. (Arch. mun., B. 181, f° 84 v°, f° 90 r°). Il loue une maison aux régents. (Voir avec B. 181, fos 95 v° et 95 r°). Il dut s'associer avec Guillaume Belin, prêtre, licencié en droit, car c'est le nom de celui-ci qui est indiqué en mai, juin et juillet 1540 dans les rapports avec la Sainte-Chapelle. (Muteau, p. 122, note 1 ; Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1154). Et pourtant les archives municipales nomment encore Thibaut Malpoy comme recteur en octobre 1540 (B. 181, f° 164 v°) et en août 1541 {ibid., f° 225 v°). Cette association fut remplacée par une autre avec Jacques Liébault. Elle part du 18 avril 1542, suivant déclaration du 7 mars de cette année, et vaut pour les dix-huit mois qui restent à courir pour Thibaut Malpoy. (Arch mun., B. 181, t° 257 r°). Ce Thibaut Malpoy, qui eut des difficultés avec les chapelains {ibid, tos 258 v° et 259 r°) est accusé en 1545 de mener mauvais train dans sa maison. (Arch. mun., M. 342, f° 147). Mais il proteste et les accusations paraissent très vagues et sans fondement.

1543-1549. — Jacques Liébault, prêtre, a passé un contrat de six ans depuis la fin de l'année 1543.

En 1548, on le signale derechef aux Arch. mun., M. 343, f° 28, et à propos de la rente de la Sainte-Chapelle (1er avril 1548). (Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1154, et Muteau, p. 122, note 1). Il exerce encore le 1er avril 1549. (Arch. mun., B. 189, f° 187). Le 14 juillet 1548 on se plaint de la mauvaise administration du collège tant de Me Jacques Liébault que de Me Richard. (Arch. mun., B. 186, f° 19 v°). On se plaint également de la nourriture des enfants en janvier 1548/9. (Ibid., f° 96 r°). Le l»r mars 1548/9, il demande qu'on le remplace par Thibaut Malpoy {ibid., f° 121 v°), vu son âge et sa caducité. (Ibid., f° 172 r°). On parle encore de lui en 1550. (Arch. mun., F. 6).

1549. — Thibaut Malpoy, prêtre à l'église Notre-Dame, est à nouveau nommé le 21 mai 1549 (Arch. mun., B. 186, f°s 159 v° et 160 r°) avec un régent du collège, Me Richard, malgré l'opposition du Parlement qui aurait préféré Claude Berthot. (Ibid., f° 165 r° et v°). Il passe un contrat avec ses régents. (Arch. mun., M. 88, f° 11). On le reçoit le 7 juin 1549 comme principal en même temps que Richard Dégorris, le régent. (Arch. mun., B. 186, f°* 170 v° et 171 r°). Mais voyant qu'il n'avait pas de pension à obtenir de la ville, il renonce.

1549. — Richard Dégorris le remplaça. Il est nommé le 10 juin 1549 (Arch. mun,, B. 186, fo 172 r° à 173 v"), nous avons sa lettre de nomination. Richard était depuis plusieurs années le régent de la première classe, mais le Parlement lui imposa un nommé Sagon. (Ibid., B. 187, f° 21 r°, juillet 1549). Or, ce Sagon n'était pas gradué. (Ibid., I0' 26 v° et 27 r°). Pour éviter l'intrusion du Parlement, la Chambre de ville, le 26 juillet 15i9, décida que trois des régents devaient être gradués. (Ibid., f° 36 r° et v°). On lui donna de l'argent pour aller chercher des régents. (Voir aussi B. 165 bis).

Sur ce, Richard Dégorris, mécontent de toutes ces tergiversations, abandonna le collège. Il alla, par la suite, à Chalon où nous le voyons exercer la charge de recteur de 1556-1558 (Batault, p. 23). En 1561, il est candidat au poste de recteur à Dijon; refusé, il fait des lectures dans la ville. (Arch. mun., B. 173 bis, f° 199; B. 199, fos 94 r° et v», 101 ro, 117 v°, 123 v«-124 v», 127 v», 128 ro, 134 v°, 209 r°; adde : Batault, p. 24). Il avait abandonné Chalon malgré une promesse de tenir encore l'école.

1549-1552. — Thibaut Malpoy. Le 8 octobre 1549, ne voyant pas revenir Richard Dégorris, la Chambre de ville institua Thibaut Malpoy pour quatre ans. (Arch. mun., 187, fos 80 r° à 82 ro). Il fut mis en possession par le maire, le 6 novembre. Le 29 novembre, Thibaut est en exercice

(f° 92 vo), de même en février 1549/50 (f° 116 v»), mais Thibaut ne peut donner à ses régents que de petits gages, « attendu le petit nombre d'escoliers estant de présent audit collège à cause du désordre qua esté cy-devant audit collège ». La ville est obligée de lui venir en aide le 4 mars pour contenter les régents. {Tbid., f0' 118 vo et 119 r°). Plus tard, le 17 janvier 1551, on se plaint de son administration; sous la pression du Parlement, on lui ordonne, d'avoir deux régents « doctes et lectrez, graduez et aultres de bonnes mœurs et honneste conversation », de faire dire des messes, de tenir la main aux lectures générales. (Arch. mun., B. 188, fo 156 r° et v°). Le 20 février, on le fait appeler. (Ibid., f° 166 v°). Le 29 juillet 1552, Thibaut demande à la ville que « Monsieur Berthot estant de présent en ce lieu » prenne sa charge. (Arch. mun., B. 190, fos 47 r»-48 r°). Il avait déjà demandé qu'on le libérât le 20 mai de la même année. (Arch. mun., B. 189, fo 236).

1552-1558. — Claude Berthot, prêtre, docteur en théologie, était l'oncle de Richard Dégorris et ne semble pas avoir eu un meilleur caractère. Il était entré en relations avec la ville pour la principauté du collège en mai 1549 (Arch. mun., B. 186, fo 152 r°), par l'intermédiaire de Guillaume Bélin. Le 9 août, la municipalité demande même au Parlement « de vouloir contribuer aux gages que demande ledit Berthot ». (Arch. mun., B. 190, f° 54 v°). Le traité fut passé le 30 août. (Ibid., fos 64 vo-79 v°). Le bail est fait à vie, « pour sa vie naturelle durant». Il reçoit la principauté et surpérintendance des écoles et collège. Il pourra changer la tradition ancienne, les heures de lecture et récitation tant du matin que du soir; il pourra nommer et ôterles régents sans l'intervention de la municipalité comme cela se faisait autrefois. Les pédagogues qui viendront du dehors auront de bonnes mœurs, un habit convenable à l'état scolastique. Berthot pourra les chasser s'ils ne sont incorrigibles; il pourra visiter les études des régents, chapelains et pédagogues quand bon lui semblera pour «s'il y a aucuns libvres suspects ». (Voir un petit résumé de ce traité dans Muteau, p. 190-192). L'année de son installation, Berthot traduit le livre de Jean Cocleus. (Muteau, p. 192). Il proteste en 1555 contre les rites indécents de la Saint-Jean. (Ibid., p. 196, Garnier: Le feu de la Saint-Jean).

A partir de ce moment il est en lutte avec la municipalité qui ne le paie pas et dont il s'est moqué dans une épître injurieuse. (Arch. mun., B. 194). Le Parlement semble le soutenir. (Reg. du Parlement, fonds Saverot, n° I, t. I, p. 665, 673, 686, 696, 791).

La municipalité avait également à se plaindre de Berthot et de son administration. Les régents espagnols suspects et ignorants soulèvent de nouvelles difficultés en juillet 1557. (Arch. mun., B. 195, f° 34 v° et F. 6). En octobre, Berthot réclamait le paiement de sa pension par huissier. (Ibid., f° 113 r°). Le 29 avril 1558, Berthot conclut un traité avec Thibaut Malpoy que la ville refusa d'abord d'approuver. (Arch. mun., B. 185, f° 172 r° et vo). Elle se décida plus tard à l'accepter. Berthot démissionne ; un arrêt du Parlement du 7 mai 1558 accepte sa renonciation. (Arch. mun., F. 6). Claude Berthot aurait été assassiné peu après, car l'inventaire des Arch. mun., B. 73 ter, nous indique que la procédure faite contre René Deseille, accusé de l'assassinat commis sur la personne de Claude Berthot, docteur en théologie, est portée à Fontainebleau.

1558-1561. — Thibaut Malpoy passe traité le 12 juin 1558 (B. 195, f° 188 r°), expulse un régent qui s'était absenté sans permission (B. 190, f° 51 v°), mais, malgré les plaintes de la municipalité, il refuse de quitter son poste de vicaire de Notre-Dame (B. 198, fos 87 v°, 89 r° et v°, 90 r° et v°; 99 r° et v°), il ne fait que le prône du dimanche aux écoliers. On lui reproche le départ des régents espagnols. (B. 198, f° 99 r° et v«). Les désordres du collège, surtout en février 1561 (B. 198, fos 100 r°-101v°), amènent l'attention du Parlement devant lequel la municipalité était en instance. (Extrait des Reg. du Parlement, Bibl. mun., fonds Saverot, I, t. I, f° 805 (14 juin), f° 1064 et f° 1110 (7 juillet). Il déclare « qu'il n'y a plus rien à espérer de maître Thibaut Malpoix » et décide de le remplacer. (Muteau, p. 211, note 1). La destitution est du 4 juillet. (B. 199, f° 34 v°).

1561-1565. — Louis de Baza (ou Bezat ou Vesa), Espagnol, précédemment régent au collège, est choisi par la municipalité les 11 et 12 juillet. (B. 199, fos 34 v°-35 v°). On le présente à la cour le 11 juillet, mais elle répond que par arrêt elle a décidé qu'il n'y aurait que des régents regnicoles. {Extrait des Reg. du Parlement, fonds Saverot, n° I, t. I, f° 1114 (11 juillet 1561). Arch. mua., B. 199, f° 35 v°). La ville déclare n'avoir pas été partie à cet arrêt et décide d'entrer en pourparlers avec le Parlement. Provisoirement, on nomme recteur Hubert Symon, l'un des commis des églises en la Chambre, 18 juillet 1561. (B. 199, f0s 37 v°-38 r°). Nouveaux pourparlers avec les régents de Dole dont l'un vient d'être « décoré du titre et degré de docteur à Doole » ; ils voudraient que la rectorie fût séparée de la principauté. Finalement Louis de Baza est recteur accepté par Langres. (Voir la convention avec lui du 31 juillet 1562, Arch. mua., F. 6). L'on profite probablement de ce que la résignation de Thibaut Malpoy est faite à son profit. (B. 199, f° 42 v°). Mais de grosses difficultés sont soulevées par les anciens régents. Nous voyons encore une mention de Louis de Baza en avril et juillet 1565. (Arch. mua,, F. 6 et B. 202, f° 25). La peste les fait partir à Paris en juillet, ils y sont encore en décembre. (Muteau, p. 225).

1565-1566. —Thibaut Malpoy les remplace; il exerce en octobre 1565. (B. 202, f° 98 r°, 108 r°). On lui donne 180 livres pour la première année. Mais il tergiverse. En septembre, la ville s'informe au sujet de son entrée en charge. (B. 262, f° 113 r°). En décembre, il n'est pas encore entré en fonctions sous prétexte qu'il n'est pas payé. (B. 202, f° 122 r°). Le 24 janvier 1566, il propose un remplaçant.

1566-1568. — Jean Le Goust entre au collège le l*r février 1566. Il a 180 livres de gages. Ou lui paie en sus 30 livres, vu « la chierté du temps », la peste et les frais qu'il a faits pour ramener ses bagages d'Auxonne. En août 1568, il touche la somme due pour la Sainte-Chapelle. (Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1154). Les étudiants de première classe demandent son renvoi pour incapacité. (Arch. mua., F. 6.) Le M juin, il demande à se retirer avant la Nativité; on lui permet de s'en aller à la Saint-Jean. (Arch. mun., B. 204, f° 190 v°). En octobre, il n'avait pas encore vidé la place; la municipalité lui en donne l'ordre. (Arch. mun., B. 205, f° 72 r°).

1568-1571. — François Chevillotte, maître es arts, est agréé le 13 août 1568; on lui donne quarante livres pour se rendre à Paris chercher des régents «doctes et dignes ». (Arch. mun., M. 106, f° 276; B. 205, t° 50 r°). Il devait en avoir quatre à 100, 50, 30 et 20 livres. (Arch. mun., F. 6). Il en ramène trois: Claude Camille, Jean de la Tournelle et Jean Bonvoisin. (Ibid., f° 71 r°). Le 20 octobre 1570 il demande une augmentation du prix de pension des écoliers et l'interdiction des pédagogies. (Muteau, p. 232). La Chambre, en décembre, refusait cette augmentation. (Arch. mun., B. 207, f° 109 v°.) Mécontent probablement de ce refus, Chevillotte abandonna le collège vers janvier 1571, car en juillet 1571 les régents déclarent qu'ils veulent se retirer à Autun où ils ont été loués par le principal, parce que le recteur de Dijon a délaissé sa charge depuis sept mois. (Arch. mun., B. 209, f° 33 v°). Aussi la Chambre lui cherche un remplaçant. Elle offre vainement la place à maître Taussard (ibid., f° 34 v°) et à Guillaume Pèroul qui refusent, vu le taux modeste des pensions [ibid., 209, fos 45 r°, 47 i°); et au principal de Beaune qui décline également la proposition. (Ibid., B. 209, f° 39 V).

1571-1578. — Jean Robert, prêtre, était curé de Saint-André de Dennevy (doc. de 1576, archives de Saône-et- Loire, E. 810). C'était le frère de l'auteur de la Gallia christiana. Il dut occuper son poste vers octobre 1571. En tout cas, en décembre de cette même année, il réclame uue augmentation du prix des pensions (Arch. mun., B. 209, f° 98 r°), demande qu'il renouvelle en janvier 1574, vu « la cherté du temps tant de blé que de la chair ». (Arch. mun., B. 210, f° 114 v°). La Chambre lui accorde 50 livres. C'était peu; en octobre 1574 il demande à se retirer en alléguant « les péda-

gogies» tenues hors de l'école. (Ibid., B. 212, f° 129 v°). En janvier 1576, arrivé à la fin de son engagement, il réclame 500 francs de pension ou au moins 400. (Ibid., f° 136 r°). On trouve moyen d'augmenter ses gages en le nommant chapelain du collège. (Ibid., fol. 161 i°). Le nouveau traité partant du 1er janvier 1576 allait au 31 décembre 1578. (Arch. mua., M. 113, f" 171 et F. 6\ Jean Robert resta jusqu'à la fin du traité. Il sera régent du collège sous son successeur Jean Provencel. (Arch. mun., B. 215, f» 192 v«).

1578-1581. —Jean Provencel, prêtre, il est principal en juin 1578. (Arch. mun., B. 215, f° 7 r°). 11 s'était associé avec Claude Carré. (Arch. mun., F. 6). Ses difficultés avec les boursiers qu'il nourrit mal lurent nombreuses. (Arch. mun.. B. 215, f° 177 v°). On lui cherche vainement un remplaçant à Besançon (M. 115, f° 152 v°) et à Langres. (Arch. mun., B. 215, f° 101 r°). Il réclame d'être payé de ses gages plusieurs fois, entre autres en mars et juillet 1580. (B. 215, fos 251 v°, 292 r°). Sa charge finit le 16 janvier 1581. (Arch. mun., B. 215, f° 347 r°).

1581-1583. — Jean Robert, prêtre, doyen de la Chapelle aux Riches. Le traité qu'il a conclu est de trois ans. (Arch. mun., B. 215, f° 311 r° et v°). Sa charge doit se terminer quinze jours avant la saint Rémi 1583, pour permettre à la municipalité de lui trouver un remplaçant. lia également des difficultés au sujet des boursiers (février 1581). (Arch. mun., B. 215, f° 353 v°. Sur un bailàcens fait à Jean Robert en 1582 on verra les Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 2090). Il avait demandé dès 1582 à quitter Dijon parce que tous les parents voulaient alors envoyer leurs enfants chez les Jésuites. (Muteau, p. 282.)

1595-1596. —Jean Robert, à l'expulsion des Jésuites, accepte encore d'être principalle 7 juillet 1595. (Muteau, p. 375). Il renonce à sa charge en 1596, trouvant la somme de 500 livres (et non 50 comme dit Muteau, p. 381) insuffisante. Il mourut en 1597. (Muteau, p. 282).

1596-1601. — Isaac Morel était à Chalon auparavant. (Muteau, p. 381, 390, 401). Le 10 septembre, on lui adjoint Claude Carrey, chanoine de la Chapelle aux Riches (Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 2102; Muteau, p. 401), enfin un nommé La Botte (ibid., p. 402).

1601-1603. — Antoine Quenisset, licencié endroit canon. (Muteau, p. 404).

§ 5. — Les collèges congrèganistes avant l'expulsion des Jésuites. — Les études et l'éducation au dix-septième siècle.

Pendant que les municipalités s'évertuaient sans succès au maintien d'une clientèle fort clairsemée autour de leurs établissements scolaires, il se fondait un ordre appelé à devenir bientôt le modèle des ordres enseignants et à remplacer par une organisation stable et rationnelle les perpétuelles improvisations de l'époque antérieure : c'est de l'ordre des Jésuites qu'il s'agit.

La nouvelle congrégation eut quelque peine à s'introduire en France (1). Le Parlement, l'Université, le clergé de Paris qui craignaient ses principes, sa concurrence, son

(1) Sur l'établissement des Jésuites en France et en Bourgogne, on trouvera un exposé dans les Comptes rendus des établissements de l'Institut et de la doctrine des soi-disant jésuites par les conseillers commissaires au Parlement séant à Dijon, chambres assemblées les 4, 5 et 6 juillet 1763, et arrêt définitif du 11 juillet 1163, M. DCCLXIII, sans nom de lieu ni d'imprimeur, un petit in-16 de 76, 72, 58, 34 pages : chacun des trois rapports et l'arrêt ayant une pagination différente. Nous citerons ce petit volume sous le nom de « Compte rendu ». — H. Boehmer, Les Jésuites, Paris, Colin, 1910, 1 vol. in-16 de 304 p. Voir Bibliographie, p. '295 et suiv. — H. Fouqueray, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, t. I, 1910. Des indications nombreuses se trouvent dans le manuscrit de la Bibliothèque publique de Dijon. Fonds Baudot, n° 239.

indépendance vis-à-vis des autorités diocésaines, s'efforcèrent de lui barrer l'entrée du royaume, ou tout au moins de semer soigneusement celle-ci d'épines. Leurs efforts conjugués enrayèrent longtemps les bonnes dispositions royales. Les lettres patentes du roi Flenri II, datées de janvier 1551 (1), qui admettaient la Compagnie jusqu'en l'année 1561 (2), s'y butèrent. Et même alors que le colloque de Poissy eut fourni aux arrivants l'occasion d'un éclatant triomphe, on ne leur permit de s'installer qu'avec de nombreuses restrictions. Les nouveaux venus n'étaient admis que « par forme de société et collège et non de religion nouvellement instituée » ; ils devaient prendre un autre nom que celui de « société de Jésus et de Jésuites » ; enfin, pour apprivoiser les défiances du clergé, ils devaient se soumettre à la juridiction et correction de l'Ordinaire. Restrictions vaines, auxquelles on ne tint point la main et qui ne furent invoquées, comme prétexte à expulsion, que deux siècles après, en 1763.

En attendant, la supériorité des établissements des Pères ne tarda pas à se manifester aux yeux les plus prévenus (3). A Paris, le fameux collège de Clermont attirait de nombreux élèves et des maîtres renommés, comme le fameux Maldonat, voyaient jusqu'à mille auditeurs se presser autour de leur chaire. La province ne pouvait manquer d'imiter Paris et, en particulier, les influences auvergnates (4), toujours sensibles en Bourgogne, durent se conjuguer avec les parisiennes. Toujours est-il, qu'en 1575, nous voyons à Auxerre et à Dijon, qu'il est question d'appeler les Révérends Pères. Dans la première de ces villes le projet, qui n'aboutit pas, venait du conseiller Guillaume Delaporte et de sa femme Bénigne Odebert (5) ; dans la seconde le président Godrau fit donation à cause de mort d'une somme de 36,000 livres à l'institution des Jésuites établie en l'hôtel de Langres à Paris « pour la fondation, bâtisse et entretien à Dijon d'un semblable collège de leur ordre ou l'on enseignerait les lettres grecques et latines (6) ». Le moment était favorable : l'anarchie dégoûtait tout le monde. Les recteurs municipaux à Dijon multipliaient, et leurs plaintes contre les pédagogies particulières (7), et leurs réclamations de gages impayés (8). Ils n'avaient plus pour leur classes de bâtiments convenables" enfin, au scandale des échevins, l'on constatait que d'habitude, les écoliers de la ville parlaient « plus familièrement en latin qu'en françois (9) ». D'un autre côté, le gouverneur Mayenne était favorable à la congrégation

(1) Isambert, Rec. des anc. lois fr., t. XIII, p. 178.

(2) Isambert, Recueil, t. XIV, p. 98.

(3) Fouqueray, p. 363 et suiv. ; Bœhmer, p. 90.

(4) Il y a des collèges à Clermont, Billom, Tournon, Mauriac, Toulouse, Rodez, Avignon, Chambéry, Lyon. Verdun, Nevers, Bordeaux et Bourges. Fouqueray, passim.

(5) Quantin, Collèges, p. 24, 25.

(6) Boullemier, reproduit par Muteau, p. 252.

(7) Arch. mun., B. 215, f» 31 r° (28 août 1578) ; ibid., f» 40 v« (octobre 1578), P 192 v» (1579).

(8) Arch. mun., B. 215, f01 98 r°, 292 r°, et plus haut, p. 717; la Confrérie de Saint-Yves est obligée de taire un don (ibid., f° 269 v°). On demande des cotisations aux particuliers. (Bibl. mun. de Dijon, F. B., t. If, f° 1297.)

(9) Arch. mun.,B. 215, f° 137 r" et v°. « Et sur ce qu'il a esté prié d'avoir le colège de la ville en recom-

nouvelle. En 1579, il avait invité le P. Edmond « Ogier » à venir prêcher l'Avent et le Carême à la Sainte-Chapelle. La municipalité, heureuse de donner cette chiquenaude au clergé de la ville, profita de l'occasion pour lui demander des sermons et lorsqu'il partit lui recommanda même les écoles municipales, en le priant de bien vouloir leur chercher « ung bon principal ». Mission de confiance qui prouvait en quelle estime on tenait les Jésuites et qu'on n'était pas loin de les faire venir eux-mêmes.

On peut croire que plus ou moins caché dans les coulisses, le président Godran ne fut pas étranger à ces démarches et qu'il profita de cette venue du P. « Ogier » pour lui soumettre ses projets, car, l'année suivante, nous le voyons révoquer par son testament du 1er août 1580, sa donation antérieure et instituer les Jésuites ses seuls héritiers conjointement et par indivis avec la ville de Dijon.

La suscription de ce testament olographe ne fut faite que le 9 février 1581, veille de la mort du président (1). Les clauses en avaient été longtemps pesées et retournées dans tous les sens : le collège devait porter le nom de collège des Godrans ; le programme était fixé. Il était entendu qu'on y enseignerait les « bonnes lettres que l'on dit humaines » et la « philosophie morale traitée par Aristote en ses livres des éthiques et politiques et par Platon ». Des cours d'agriculture et de mathématiques étaient prévus. Enfin, le président n'avait pas négligé l'instruction élémentaire des enfants et fondait aussi une école pour les jeunes filles (2).

Chose importante, il stipulait que l'instruction serait gratuite pour les enfants « habitants dans le ressort du parlement de Dijon, dont les pères ne payaient pas plus de cinquante sols tournois de tailles et autres subsides (3) ». Ce n'était pas entièrement

mandation tant d'ung bon principal que régens pour l'érudition de la jeunesse, il a voluntairement accordé d'en escripre aux escholles des Jésuites à Paris pour, si quelques ungs se présentoient qui soient capables, les adresser en ceste ville, et s'il en trouve en chemin allant en cy à Dole et de là à Lion qu'il sente capables, il les adressera. De quoi il a esté remercié. » On voit que l'inventaire et Muteau (p. 243) font erreur lorsqu'ils disent qu'on pria le P. Ogier d'envoyer « un principal et des régents de son ordre ».

(1) Les Arch. mun. F. t, contiennent copie du testament ; il fut enregistré le^ll février 1581 (Arch. dép., B. 12083, f° 87). Le moment était favorable puisque cette année même (1580), un édit d'Henri III recommandait aux évêques la création de collèges et séminaires dans leurs diocèses. Sur les clauses du testament, on pourra lire les réflexions de Boullemier, reproduites par Muteau, p. 155 et 156.

(2) « Que les maire et échevins, à la pluralité des voix, choisiront une femme d'un âge mùr, de bonne vie et mœurs, et de la religion catholique, et la nommeront pour tenir école publique, et montrer à lire et écrire à toutes les filles qui voudront y aller ; les former à la modestie et à la vertu, et leur apprendre à travailler à toute sorte d'ouvrages, soit en fil soit en laine, défendant expressément ceux en soye ou en fil d'or ou d'argent, comme étant superflus ; et ordonnant qu'au cas que cette femme leur apprit de pareils ouvrages, ou se montrât négligente dans ses autres fonctions, elle fût renvoyée et privée de sa place, dont il fixoit le salaire à 80 livres tournois par année, payable en quatre termes ;

» Que lorsque le choix en auroit été fait, il seroit communiqué aux gens du roi du Parlement, et publié aux prônes des paroisses afin que ceux qui sauroient quelque défaut notable à cette femme pussent en avertir, qu'elle seroit obligée de s'établir rue Magdeleine ou en la place Saint-Jean, ou en celle de la Sainte-Chapelle, afin que les femmes de distinction pussent la surveiller ainsi que ses élèves.

» Il prioit ces daines dont le plus grand nombre logeoit dans ces quartiers, de vouloir bien visiter cette école, et d'avertir les magistrats des abus qu'elles y reconuoitroient. » Boullemier, cité par Muteau, p. 258 ; sur cette école : Arch. mun , B. 219 ; Muteau, p. 313, 328.

(3) « Que tous les enfans des villes, bourg, et villages du ressort du Parlement de Dijon, dont les pères

l'instruction gratuite comme certains l'ont dit à tort. Entrer dans le détail des difficultés soulevées par ce testament nous parait inutile.

Après bien des hésitations, car ils ne voyaient pas de bon œil les clauses du testament les obligeant à rendre des comptes à la municipalité, ni celles qui les obligeaient à n'employer que des « français de nation », les Jésuites acceptèrent purement et simplement (1) et ouvrirent leurs classes, le 11 octobre 1581, un mercredi, après avoir fait « des oraisons publiques le dimanche, lundi et mardi » et quelques beaux discours qui rallièrent tous les suffrages (2).

Le lieu où ils s'installèrent fut l'hôtel de leur fondateur connu sous le nom d'hôtel de Latrirnouille. On renonça par raison d'économie à construire un collège entièrement neuf comme l'on en avait eu l'intention (3). Avec cet hôtel les Pères possédaient l'hôtel de Crux, une part importante du fief de l'Ermitage, la baronnie d'Antilly, Champseuil et Lochères au bailliage de Nuits et quelques constitutions de rente. Ce n'était pas très considérable : « Cette succession en apparence si brillante s'était trouvée réduite, toutes charges payées, remarque excellemment M. J. Gamier (4), à mille livres de rente, somme insuffisante pour l'entretien d'un collège ». Et nous ajoutons : d'un collège qui exigeait un personnel nombreux (5). Dès lors que la ville ait pris à sa charge l'entretien du régent chargé de l'instruction élémentaire des enfants pauvres (6) et de

n'auront payé, pendant les cinq années précédentes le tems de leurs études, que cinquante sols tournois de tailles et autres subsides, seraient reçus et admis à tous les exercices des classes aux heures indiquées, sans que le principal ou les régents pussent rien exiger d'eux pour l'entrée, les mois, les chandelles ou autres prétextes quelconques ; qu'à cet effet les enfans de cet état qui se présenteroient pour être enseignés ou institués seraient tenus d'apporter des certificats des maire et échevins des lieux de leur résidence qui constateraient la cotte que leurs pères auraient payée, et que les certificats seraient inscrits sur un registre à ce destiné. » Cité par Muteau, p. 257 ; voir aussi p. 259.

(1) Sur ces points, Muteau, p. 260, 261, 253; il reproduit in extenso le mémoire des PP. Odot, Pigenat et Félix Capain ; ibid., p. 303.

(2) « L'expérience, dit Boullemier, leur avoit appris que le temps et la persévérance faisoient surmonter de plus grands obstacles. Leur dextérité à manier les esprits leur fit espérer, pour la suite, ce que pour le moment on ne vouloit point leur accorder de bonne grâce ; et l'événement a prouvé depuis la justesse et la solidité de leurs spéculations. » Reproduit par Muteau, p. '270. — Sur les difficultés précédentes, Muteau, p. 309, 310.

(3) Bibl. de Dijon, fonds Saverot, n» 1, t. II, f°» 1380 et 1385. Voir aussi Muteau, p. 311, 315, 319, 320.

(4) Introduction au tome I" de la série D de l'inventaire départemental de la Côte-d'Or ; voir aussi Arch. mun. de Dijon, B. 215, f° 368 r°.

(5) Le 16 mars 1581, les Jésuites indiquaient qu'il leur fallait trente personnes : dix pour les lectures, dix pour les études, dix pour le couvent et le service. (Arch. mun.,B. 25, f° 363 r°). Ce fut toujours leur personnel puisqu'en 1759, 1760, 1761, Debrie nous montre qu'il est encore de 33 à 34 en y comprenant les missionnaires. (Arch. dép.,D. 12, Bulletin, 1903, p. 162, note 2.)

(6) L'arrêt du 14 août 1582 décide que « lesdits Jésuites seront tenus, au lieu desdites lectures d'agriculture, arithmétique et instruction à l'écriture, avoir personnages suffisants et capables pour lire en philosophie et faire un cours aux arts audit collège ; et commencer au jour de feste saint Rémi prochain ; et moyennant ce, lesdits vicomte mayeur et eschevins paieront chacun an auxdits jésuites la somme de quatrevingt livres des deniers de la courtepinte qui se lève audit Dijon et pourvoyeront d'un maitre écrivain qui enseignera dedans le vieil collège de ladite ville aux jeunes enfans gratuitement, pour le regard de ceux dont les pères et mères n'auront payé es cinq années dernières 50 sols de taille et subsides ordinaires dus au roi, suivant ledit testament.

» Quant aux autres enfans, il en pourra recevoir le salaire ordinaire et accoutumé des pères et mères d'iceux. » Muteau, p. 277, note 1. Voir aussi Arch. mun., B. 226 (23 décembre 1588). — Muteau, p. 286.

la maîtresse o'éeole cela semble très naturel. On comprend également pourquoi fut éludée la fameuse clause de reddition de comptes qui devenait aussi désagréable aux uns qu'aux autres : à la municipalité qui n'aurait pu que constater l'insuffisance des recettes et eût été exposée chaque année à de nouvelles demandes, et aux Pères qui ne tenaient nullement à cette ingérence de la municipalité Ils l'écartèrent d'accord et d'autant mieux qu'à la place de la demi-gratuité stipulée par le président Godran, les Jésuites, conformément aux usages de leur ordre, avaient posé le principe d'une gratuité complète. Leur collège, doté d'un cours de philosophie qui remplaça les cours de mathématiques et d'agriculture, dut donc être largement subventionné par les dons particuliers (1) auxquels n'hésitèrent point à participer, le cas échéant, dans une assez généreuse mesure, la municipalité et les Etats de Bourgogne.

Cette intervention fut d'autant plus nécessaire dans les premiers temps de l'installation du collège que l'on était alors au moment le plus mordant des guerres civiles. La Ligue, bien implantée en Bourgogne, avait fort à faire pour lutter contre le Béarnais, le nouvel Armagnac, et les Jésuites furent d'acharnés ligueurs. A Dijon, c'était le recteur du collège des Jésuites de Paris, qui correspondait avec l'échevinage des affaires de l'Union (2) et dans le collège même les recteurs Jean Gentil et le P. Christophe se signalèrent parmi les plus furieux des anti-royalistes. Le collège (3) souffrit tout naturellement des effets de cette agitation, dans sa discipline et dans sa bourse, les terres qu'il possédait dans la campagne ayant été ravagées et ses revenus taris. Les Etats et le Parlement furent obligés de venir à son secours et de rétablir les classes payantes (4). Une ruine momentanée suivit tous ces efforts.

Quand Henri IV eut triomphé, il fit payer cher aux Jésuites les conséquences de leur zèle infructueux (5). Biron, lors de la capitulation de Dijon, refusa de maintenir leur

(1) Legs et rétributions accordés aux Jésuites (Bibl. mun., fonds Saverot, n° 1, t. III, f» 29 (14 août 1582); legs, ibid., t. III, f° 171 (6 août 1586); legs du président de La Motte Jacqueron ('20 mars 1584) Arch. mun., B. 222, Muteau, p. 315.) — Autre don de 500 écus en 1584 (Muteau, p. 318) ; en 1587, 100 livres ; en 1588, 1,200 écus; en 1590, 1,500 écus; en 1591, 300 écus. Muteau, p. 321, 322, 329, et Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3071, f» 138. — Legs des Chartreux en 1614, Muteau, p. 319.

(2) Arch. mun , B. 227. Le recteur de Dijon avait été chargé de demander au recteur de Paris d'assumer cette charge.

(3) Le 10 août 1589, la ville décide de donner 100 écus aux religieux jésuites « qui sont dans une telle pauvreté que souvent ils n'ont point de pain et que les régens ne boyvent de vin ». (Arch. mun., B. 237.) Le 6 juillet 1590, autre secours (B. 228). Le 2 octobre de cette année, le provincial Louis Richarme et le recteur Jehan Gencel font savoir qu'ils sont « mourant de faim, de froid, faute de nourriture et vesture »>. Ibid. — Voir aussi Muteau, p. 324, 325, 326. — Sur le6 embarras de l'école des filles à la même époque, Muteau, p. 328.

(4) 11 y eut deux délibérations, l'une du 8 octobre 1587, l'autre du 17 octobre 1589. Chaque écolier devait payer deux écus par égale portion à quatre termes. Arch. mun., B. 227. En 1592, ils touchaient 5 sols par mois. Muteau, p. 326; adde, Arch. mun., F. 11.

(5) Les Jésuites eurent-ils une part de responsabilité dans l'exécution de Laverne? Il semble que non. Drouot, L'affaire Laverne, Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur, 1910, p. 103, ne dit rien. Peut-être pourrait-on tirer parti d'une indication fournie p. 108, note !•. Voir aussi dom Plancher, t. IV, p. 618, 619; Muteau, p. 341 ; Arch. mun., B. 176, f* 184.

établissement dans la ville. L'expulsion décidée contre eux par le Parlement de Paris, le 29 décembre 1594, à la suite de l'attentat de Chatel (1), produisit donc ses effets en Bourgogne et, le 8 juin 1595, peu de jours après la capitulation, on leur enjoignit de quitter la place. Ils partirent laissant derrière eux de nombreux amis qui travaillèrent à leur rentrée.

Qui allait donc les remplacer?

Leur installation à Dijon avait été l'arrêt de mort du collège des Martins que l'on n'entretenait plus que pour la forme (2) et que son recteur avait abandonné, leur départ faillit faire renaître un collège municipal (3). Mais les inconvénients anciens se manifestèrent à nouveau ; derechef l'on assista avec lassitude au vieux spectacle de la lutte du principal et des régents, derechef les élèves se montrèrent aussi indisciplinés que les maîtres (4), et les programmes furent aussi incertains que les gages. L'agitation ligueuse des esprits d'ailleurs n'était point calmée : le collège eu portait l'ennui. Beaucoup de parents préféraient conserver leurs enfants près d'eux ou les envoyer à l'étranger, à Dole surtout (5). Aussi, sensibles à ces inconvénients, la municipalité, les Etats et le Parlement (6) multiplièrent-ils démarches sur démarches auprès du roi pour obtenir le rappel des exilés. Tout fut tenté : l'on s'adressa au maréchal de Biron et au clergé, Ton écrivit même au pape (7). Plus ces instances se faisaient pressantes, plus la royauté mollissait (8). Le général des Jésuites, le P. Aquaviva, en ordonnant aux Jésuites du Midi de prêter le serment de fidélité au roi, et en sollicitant la faveur du roi pour des missions qu'il envoyait au pays de Vaud et à Constantinople, avait su calmer les appréhensions du monarque. On parla aussi de l'intérêt des lettres et des sciences. Les Jésuites rentrèrent donc subrepticement d'abord, on ferma les yeux, et enfin des lettres patentes de Rouen, données en septembre 1603 et enregistrées au parlement de Dijon le 1 7 novembre (9) de la même année — cette hâte est significative — autorisèrent la résidence des Pères dans certaines villes et particulièrement à Dijon. Ils y restèrent jusqu'en 1763.

(1) Isambert, Recueil, t. XV, p. 93 ; Arch. mun., F. 15 ; Compte rendu, p. 13 ; Corresp. de la mairie, t. II, p. 541, n'603.

(2) C'est pour y continuer l'enseignement que les Minimes, en 1593, avaient demandé le vieux collège. Arch. mun., B. 219. Voir aussi Arch. mun., B. 219, 231 (5 août 1594); Muteau, p. 282, 286, 299, 300.

(3) Le 28 août 1590, nous voyons qu'on enseigne l'abécédaire au vieux collège et que la municipalité gratifie le maître (B. 228).

(4) Arch. mun., B. 234.

(5) Arch dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater (1595) ; Arch. mun., B. 233 ; Muteau, p. 408 ; Bœhmer, p. 94, 95.

(6) Pour le Parlement: Bibl. mun. de Dijon, fonds Saverot, n° 1, t. III, f° 771; t. IV, f° 37 (28 juillet 1599) ; pour les Etats : ibid., t. III. f° 747 (14 juin 1599). — Ils réclament tous les ans (Muteau, p. 394).

(7) Arch. mun., B. 236; B. 239.

(8) En dépit de l'apparition des protestants. (Muteau, p. 399). Naef dit à tort que ceux-ci ne mirent point d'obstacles à la rentrée des Jésuites. La réforme en Bourgogne. Paris, 1901.

(9) Isambert, t. XV, 288, 301. — Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12068. Compte rendu, p. 48. Bibl. mun. de Dijon, Fonds Saverot, n° 1, t. IV, f<> 93.

A peine réinstallés, nous les voyons renoncer à la faculté que leur laissait le parlement, le 6 août 1604, de lever de chaque écolier deux écus d'or et rétablir la gratuité. Par contre, ils sollicitent à nouveau des subsides (1) qui jusqu'à leur disparition leur seront largement accordés.

Les autres villes de Bourgogne, un peu jalouses, peut-être, de la renommée scolaire de la capitale, cherchèrent, aussi, à installer chez elles des fondations semblables. A Autun, le 22 mai 1601, Antoine de la Croix gratifia la ville d'un legs de 15,000 livres destinées « à dresser un collège de Jésuites audict Ostun, en tant qu'il auroit pieu au roy notre sire de les restablir... et, à leur deffault, aux capucins ». Au relour des exilés, l'on songea à exécuter ce legs, qui souleva des difficultés variées ; les capucins réclamaient d'un côté, de l'autre, le principal du collège municipal, Naudot, qui voyait, par l'expérience de Dijon, qu'une telle fondation ruinerait son établissement, s'y montrait fort hostile; en troisième lieu, le Parlement de Dijon craignait de voir s'installer une fâcheuse concurrence au collège de cette ville, et, précisément pour ce dernier motif, les Jésuites eux-mêmes hésitaient. Ils se décidèrent, enfin, en remarquant qu'à Autun « il y a grand nombre de maisons et néanmoins peu d'habitants, que les vivres et les maisons sont moins chers qu'à Dijon » et que, par conséquent, ce collège s'adresserait à une clientèle moins fortunée qu'il était bon de ne point laisser échapper. L'adhésion des Jésuites enleva toute force aux résistances : l'opposition du principal fut négligée; l'état lamentable (2) de son collège parlait trop contre lui ; les capucins n'avaient qu'une influence restreinte et mince. Seul, le Parlement de Dijon constituait un adversaire solide et obstiné ; ses refus d'enregistrement furent énergiques, il fallut plusieurs lettres de jussion pour l'amener à l'enregistrement pur et simple de l'autorisation royale (3).

Au collège d'Autun fut annexé une sorte de petit collège à Arnay. Le fondateur Jean Laverne, lieutenant criminel au bailliage d'Arnay, avait donné ses biens aux Jésuites, sous la condition d'entrenir à Arnay deux régents dont l'un s'occuperait de la quatrième

(1) Bibl. mun. de Dijon, Fonds Saverot, n» 1, t. IV, foi 93, 113, 117. — Arch. mun., B. 241; B. 248. Compte rendu, p. 48, 49.

(2) Il n'y avait alors que trois classes : la seconde, la troisième et la quatrième. Le 17 novembre 1610, le vierg d'Autun exposait « que le collège de cette ville est totalement négligé et sans escolliers, ce qui provient pour ce que la ville n'a aucun patrymoine ny deniers pour y mettre des hommes capables de faire l'exercice requis au dit collège ». De Charmasse, Les Jésuites au collège d'Autun, p. 38.

(3) Les premières lettres du roi sont du mois d'août 1608 et d'octobre 1613. — Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12094. D'autres lettres de novembre 1617 obtinrent un enregistrement mitigé, les Jésuites n'auraient été qu'au nombre de dix et n'auraient pu enseigner la rhétorique, la philosophie et la théologie (Bibl. de Dijon, man. 456, t. I, p. 320. Fonds Saverot, n° 1, t. IV, f° 620). — Les dernières lettres de jussion, du 26 février 1620 (Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter) suscitèrent encore un essai de tergiversation du Parlement qui convoqua une assemblée générale d'habitants. N'ayant pu réussir, il n'insista pas; Bibl mun. Dijon, fonds Saverot, n» 3, t. IV, f» 774 ; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter, f» 3. Sur tous ces points ' de Charmasse, p. 42 à 47 ; Muteau, p. 436, note 2. Dans le compte rendu l'on ne parle pas des lettres de jussion, probablement parce que, suivant la doctrine parlementaire, on considérait un enregistrement forcé comme inexistant. Autun fut désormais pour les Jésuites une véritable place forte.

et de la troisième et l'autre de la sixième et de la cinquième. L'autorisation du Parlement ici ne se fil pas attendre et fut donnée en 164-5 (1). A vrai dire, ce collège était en même temps une maison de mission comme le collège de Paray qu'en 1617 Eléonore de la Magdelaine avait fondé pour trois Jésuites, en stipulant qu'en cas de renvoi des Révérends Pères les fonds retourneraient à ses héritiers (2). L'avenir devait montrer que la précaution n'était pas inutile. Dans ce collège, une transaction intervenue entre les religieux et le maire et échevins de l'endroit, le 29 juin 1651, stipulait, comme pour Arnay, l'établissement de deux régents.

Plus considérables, bien entendu, furent les établissements des Jésuites à Auxerre et à Sens, où ils s'installèrent également en l'année 1622. A Auxerre, ville obstinée et défiante, l'on n'obtint toutefois de classe de rhétorique qu'en 1624 et de philosophie qu'en 1636 (3) ; à Sens, au contraire, un cours de philosophie complet et fait en deux ans se rencontre dès l'institution (4). Dans cette dernière ville, les Révérends Pères trouvèrent une forte opposition de l'Université et du Parlement; à Auxerre, le peuple s'en mêla et l'on alla jusqu'à l'émeute, en 1626 ; la population rendait les nouveaux venus responsables de la grande élévation des tailles. Croyance ou prétexte cherché, la chose certaine est que c'est dans cette partie de la Bourgogne que les Jésuites devaient d'ailleurs trouver les adversaires jansénistes les plus chauds et les luttes les plus âpres, jusqu'à l'époque de leur expulsion. Une renommée hostile les accompagnait souvent. A Chalon, ils ne purent s'installer qu'en 1634, le 26 juin, après de nombreuses péripéties à la suite de l'opposition des protestants, aidés de certains jurisconsultes, comme Bouvot, et d'une cabale parlementaire (5). Les lettres patentes de 1618 et de 1619, qui les autorisaient, ne furent pas enregistrées, il fallut, pour l'installation de Chalon, eu 1632, l'intervention du prince de Condé, qui emporta l'assentiment des habitants, et même de nouvelles lettres du roi du mois d'août 1632 (6). Ces lettres furent-elles enregistrées? Il semble que non. a II ne paraît pas, par vos registres, ni par la copie collationnée qui a été produite, que ces lettres patentes vous ayent jamais été présentées », disait en 1763, à l'assemblée du Parlement, le conseiller Fevret de Fontette (7). C'est vers la même éqoque que les Jésuites gagnèrent Mâcon, où l'on

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12255, f° 143. Sur ce collège : Courtépée, t. IV, n° 36; de Charmasse, loc. cit., p. 54.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, D1 ; Courtépée, t. III, p. 52, 58, 59, remarque malicieusement que les tableaux de la chapelle ne représentaient que des saints de la compagnie. Voir aussi Arch. dép. Saône-et-Loire, D. 29.

(3) Quantin, Collèges, p. 31. — Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

(4) Quantin, p. 51, 52. On songeait à les attirer depuis 1618.

(5) Batault, p. 50.

(6) La Cuisine, II, p. 103. — Courtépée, III, p. 239; Compte rendu, p. 52. Bibl. mun. de Dijon, fonds Saverot, n° 3, t. IV, f° 668; ibid., f° 712. — Sur les écoliers de l'Université de Bourges qui entouraient le prince de Condé : Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter, f° 27. L'Université de Bourges est étudiée dans ses débuts par Fouqueray, p. 595 et suiv.

(7) Compte rendu, p. 51.

prévoit leur arrivée dès 1638 (1); nous les voyons aussi, en 1618 et 1644, installés à Bourg-en-Bresse, et à l'hôpital d'Ornex (2).

Là s'arrêta la marche triomphante de leur ordre en Bourgogne. Les tentatives qu'ils firent pour s'installer à Semur en 1622 (3) et à Chàtillon-sur-Seine n'aboutirent pas. Et pourtant la ville de Châtillon mit une obstination sans pareille dans les réclamations qu'elle fit d'un collège de Jésuites. Le 3 avril 1620, le Parlement lui défendait expressément de recevoir « des Jésuites ni autres collèges sans lettres patentes vérifiées par la cour (4) > ; en 1700, on nous signale qu'une supplique est encore adressée au roi pour lui demander l'autorisation de confier la direction du collège de Châtillon à la compagnie de Jésus. L'on se heurta derechef à un refus du monarque- (5). Encore çà et là quelques velléités d'extension se peuvent surprendre dont sont restées quelques traces. C'est ainsi qu'en 1737, à Seurre, un traité fut conclu entre les délégués de la mairie et deux religieux de la compagnie de Jésus de Lyon pour la conduite de collège. Là encore, le projet n'eut pas de suites (6).

Les collèges des Jésuites ne furent pas les seules fondations congréganistes. Ils suscitèrent des imitateurs et des adversaires. Les Oratoriens, établis en 1610 à Paris par le cardinal de Bérulle et qui semblaient, au dire de Bossuet, avoir pour devise : « Ici l'on obéit sans dépendre et l'on gouverne sans commander », eurent aussi des maisons en Bourgogne et même dans certaines villes ils s'efforcèrent de devancer leurs rivaux. Des lettres patentes de 1626 et de 1628, enregistrées le 9 février 1629, autorisaient leur établissement à Dijon, à Beaune et à Ghalon (7). Mais, devant l'hostilité des partisans des Jésuites, ils durent reculer dans la première (8) et la dernière (9) de ces trois villes. Plus heureux à Beaune, où leur fut livré, le 8 septembre 1624 (10), le collège alors en complète décadence, ils le relevèrent et tentèrent aussi de s'installer un peu plus tard à Jujurieux-en-Bresse (11).

(1) Sur le collège de Màcon : Lex, Nos anciens collèges, discours prononcé à la distribution des prix du collège de Louhans, le 31 juillet 1894, et C.-R. de Gréard, Bulletin du comité des travaux historiques, section des sciences économiques, 1897, p. 3 et suiv.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362. Les archives du Parlement ne possédaient rien sur ces deux établissements. Compte rendu, p 53. Les Jésuites furent les aumôniers et directeurs du collège pendant vingt-six ans (1618- 1644). Ce n'est qu'en 1G44 qu'ils obtinrent le brevet royal qu'un leur refusait de Paris. Bûche, Histoire du « studium » collège et lycée de Bourg en Bresse, Bourg, 1898, p. 43, 45, 61.

(3) Peut-être y eut-il opposition de l'abbé de Saint-Maurice. Leleu, p. 211.

(4) Bibl. de Dijon, fonds Saverot, n° 1, t. IV, f° 726.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, D. 118.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, D. 120.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12097.

(8) Ils sont installés rue Saint-Jean, en 1621. — Courtépée, II, p. 124.

(9) Batault, p. 53.

(10) Batault, p. 49. — Aubertin, Journal la Bourgogne de 1860, p. 508; Muteau, p. 444; de Charmasse, Les jésuites, p. 118 et suiv. Les barnabites eurent l'intention d'établir un collège à Beaune vers 1619. Les Jésuites s'y opposèrent. Arch. mun., F. 13.

(11) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12260, f» 168 (1618).

Si leurs tentatives scolaires n'obtinrent donc que des résultats assez restreints dans la province, en revanche les Pères Oratoriens eurent une large part à la direction des grands séminaires que l'on installait alors un peu partout. A Màcon, depuis 1617(1), ils ont le séminaire-collège qui, en 1695, devint un grand séminaire. S'ils y furent en 1633, lors de l'introduction des Jésuites, déchargés de l'obligation d'enseigner les belles-lettres, ils restèrent jusqu'au dix-huitième siècle, nous apprend Courtépée, directeurs de l'institution du séminaire. Il leur fut d'ailleurs enlevé à la fin du dix-huitième siècle pour les punir de la couleur janséniste de leur enseignement.

A Dijon, ils sont également chargés du grand séminaire dont l'existence fut fort agitée. Gréé, en 1659, par Jean-Baptiste-Bernard Gonthier, vicaire général de Langres. après approbation de la municipalité et réception de lettres patentes conformes en 1665 (2), il fut transféré à Langres vers 1673 (3) par M. de Simiane de Gordes, puis plus tard rétabli à Dijon, en 1680 (4), sous la direction des Pères de l'Oratoire, qui, quelques années auparavant, en 1675, avaient obtenu également la conduite du séminaire de Chalon (5).

La congrégation des Sulpiciens, depuis lt>80, régentait le séminaire d'Autun dont la première pierre avait été posée en 1669 (6j, le 18 octobre, par l'évêque Gabriel de Roquette. A Auxerre, les Lazaristes reprirent, cette année même 1680, le séminaire que des séculiers avaient dirigé jusqu'en 1673 (7).

A ces grands séminaires, l'on essaya, dans certains diocèses, à Autun et à Dijon, d'annexer de petits séminaires. Celui d'Autun fut fondé en 1691, parGabriel Pillot de Fougerette; annexé en 1710 au grand séminaire (8), il en fut séparé en 1757 à nouveau. En 1789, nous le voyons dirigé par des SulpicieDs. A Dijon, un petit séminaire des pauvres clercs fut fondé en 1685 par le vénérable abbé Joly en faveur de quatre eufants; leur nombre augmenta, et en 1687 on les installa à Saint-Etienne (9), sous le nom de M. Fyot. Ce petit séminaire de Saint-Etienne fut supprimé, faute de dotation suffisante, dans le courant du dix-huitième siècle; puis il ressuscite pour peu de temps à la veille de la Révolution; on en trouve une mention en 1788.

(1) Courtépée, IV, p. 442, 448.

(2) On trouvera des renseignements dans Courtépée, II, p. 140; l'abbé Choiset, Le petit séminaire Saint- Etienne de Dijon, Bulletin du diocèse de Dijon, 1884. p. 59 Ce séminaire fut établi dans l'ancien hôtel Montgommery. Bibl. de Dijon, fonds Baudot, n° 71, p. 346. Sur Gonthier : l'abbé Bavard, Vie du vénérable Bénigne Joly, p. 97. — Arch. mun., D. 304; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12106, f» 302.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12109, f° 194.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12112, f° 217, contiennent l'approbation du mandement de l'évêque de Langres supprimant 1' prieuré de Saint-Helier et en réunissant les biens au séminaire de Dijon.

(5) Courtépée, III, p. 238.

(6) Courtépée, II, p. 526. - Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12107, f° 243.

(7) Courtépée, II, p. 526.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12112, fu 257 v»; Courtépée, II, p. 528. Sur les antécédents de ce séminaire, Clément. Le petit séminaire d'Autun, Autun, 1898, p. 3, 13, 17, 20.

(9) L'abbé Choiset, Le petit séminaire de Saint-Etienne de Dijon, Bulletin du diocèse de Dijon, p. 10 et suiv., p. 17; Courtépée, II, p. 141, indique à tort 1693. L'abbé Bavard, Vie d'Etienne Johj, p. 383 et suiv.

Pour en finir avec les congrégations enseignantes d'hommes, dont l'influence se manifesta en Bourgogne dans le courant du dix-septième siècle, nous n'avons plus qu'à mentionner les Carmes, les missionnaires de Saint-Joseph, les Minimes, les Augustins et les Frères de la doctrine chrétienne.

Les premiers s'installèrent à Gex, à Saint-Jean-de-Losne et à Semur. Leur enseignement dans cette dernière ville ne semble pas avoir été très apprécié. Si, en 1618, on leur confie le collège en fixant minutieusement leurs droits et leurs devoirs (1), en 1628 on le leur retire pour le remettre à des séculiers. Une réforme assez sérieuse de l'ordre des Carmes décide à nouveau la municipalité de Semur à leur rendre la direction du collège en 1652 (2); mais aux éloges succèdent à nouveau des plaintes nombreuses; le collège fut même un moment fermé (3). Rétabli en 1666 à la satisfaction de la municipalité, nous voyons celle-ci reprendre en 1675 la litanie de ses griefs contre un enseignement insuffisant et déserté par les élèves dont les meilleurs allaient à Dijon achever leurs études (4). Quel était le bien fondé de ces reproches, nous ne pouvons le dire; le point certain, c'est qu'il était impossible au petit collège de Semur de lutter avantageusement contre la puissante institution des Godrans.

Pareilles mésaventures n'affligèrent pas les prêtres de la congrégation de Saint- Joseph dont l'enseignement fut toujours très apprécié en Bresse. Ils sont à Nantua depuis 1677 et, nous déclare un document postérieur, « la jeunesse qui leur est confiée est bien instruite; ils ont un grand nombre de pensionnaires (5)». Les Joséphistes tenaient également, depuis 1690, à Louhans, un autre collège également florissant (6). Plus tard ils auront les collèges de Belley en 1770 et de Chalon-sur- Saône (7). Mentionnons les Minimes de Chalon, qui enseignèrent à Fontaines (8); ceux de Dijon semblent avoir eu à Dijon un petit pensionnat dont les élèves suivaient les études des Godrans. Les Augustins depuis 1658 sont installés à Seurre (9). Enfin nommons les doctrinaires, avant d'arriver à ceux qui devaient bientôt fournir pour l'enseignement primaire l'équivalent de l'effort fait par les Jésuites pour l'enseignement secondaire, les Frères de la doctrine chrétienne.

Les doctrinaires ou Prêtres de la doctrine chrétienne, qu'il ne faut pas confondre avec les Frères de la doctrine chrétienne, sont fixés à Noyers depuis 1653 (10), mais

(1) Lcleu, p. 195. — Muteau, p. 450. Pour Saint-Jean-de-Losne où l'installation des Carmes existe depuis 1623. Courtépée, II, p. 454.

(2) Leleu, p. 198.

(3) Leleu, p. 215. — Courtépée, III, p. 476.

(4) Leleu, p. 220-225.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

(6) Courtépée, III, p. 297.

(7) Nous ne mentionnons pas ici les Lazaristes qui ne sont que des missionnaires. Sur eux, voir Bibl. mun. de Dijon, fonds Baudot, n° 71, p. 338 et suiv. — Mutent, p. 509. — Courtépée, II, p. 125.

(8) Courtépée. III. p. 377-378.

(9) Courtépée, III, p. 268.

(10) Quantin, Collèges.

ce n'est qu'à la suite des lettres patentes de septembre 1659 (1), autorisant leur établissement dans tout le royaume, lettres enregistrées le 28 janvier 1660 par le Parlement de Bourgogne, que nous voyons leurs installations s'étendre sur la province. En 1664, les habitants d'Avallon leur confient la direction de leur collège fondé en 1650 par le président Odebert (2). Ils arrivèrent à s'y établir en dépit d'empêchements variés et la venue de nombreux élèves récompensa leurs efforts (3). Les Frères de la doctrine chrétienne n'apparurent qu'au dix-huitième siècle, bien qu'à Dijon, ils aient une maison en 4678; ce furent deux anciens magistrats de Dijon, MM. de Blaisy et de Gergy, qui eurent l'idée d'installer dans la capitale de la Bourgogne des écoles de charité pareilles à celles de Saint-Sulpice de Paris. M. de Gergy donna huit mille livres au denier vingt pour la pension de deux frères et Claude Rigoley offrit le local et quatre cents livres de rente. Cette école, encouragée par la municipalité, s'ouvrit en juin 1705. En 1723, les largesses du marquis Jacques de Thiard permirent un établissement à Auxonne. A Dijon ces écoles s'augmentèrent par la suite et allèrent jusqu'à trois (4).

Cette longue énumération montre le rôle nouveau que prennent les congrégations dans l'enseignement des garçons au dix-huitième siècle ; elle permet de constater aussi que ce rôle nouveau est tenu par des ordres nouveaux. Les anciens ordres enseignants ont perdu leur renommée d'autrefois. Les écoles de Saint-Bénigne ne méritent plus d'être mentionnées (5); les cours de théologie des Jacobins de Dijon ne font guère de bruit, et c'est un peu par hasard que l'on apprend l'existence de cours d'études en certaines vieilles abbayes comme celle de Saint-Seine ou de Cluny (6). Mais l'aspect le plus neuf que revêt l'enseignement au dix-septième siècle se manifeste peut-être dans le grand développement donné à l'enseignement des filles. De nombreuses congrégations enseignantes spécialisées se forment à cette intention; la plus importante fut celle des Ursulines. Elles constituent un ordre dont la fondatrice en Bourgogne (7) fut, en 1605, Françoise

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12102, f° 165, et 12104, f° 232.

(2) Arch. dép., D. 117. Joseph Garnier, Introduction au tome 1 d'inventaire de la série D et E, p. vu. — Courtépée, III, p. 609. L'autorisation de s'installer fut donnée en 1690. Arch. dép., B. 12114, f° 144 v°, et B. 12104, f° 232.

(3) Quantin, Collèges, p. 74-80.

(4) Arch. dép., D. 124. — Courtépée, II, p. 141. En 1699, on les établit en possession de la maladière. Arch. dép., B. 12115, f° 3 v°, Arch. mun., F. 13. Leur première école fut à Saint-Pierre, la deuxième à Saint- Philibert. On transféra celle de Saint-Pierre à Saint-Nicolas. Ils demandent en 1729, le 10 juin, la permission de fonder une troisième école et déclarent qu'à leurs trois vœux, ils ont ajouté celui « d'enseigner gratuitement ». Sur tous ces points on consultera les Annales de l'Institut des frères des écoles chrétiennes, 1883, t. I, p. 156, 157, 426 ; t. II, p. 26 et suiv. Je dois ces indications à l'obligeance de M. A. Musy, de Dijon.

(5) Chomton, Histoire de l'Eglise Saint-Bénigne, p. 258.

(6; Arch. mun., B. 270. Pour Cluny, Voillery, La fin de l'ancien régime en Bourgogne, Dijon, 1908.

(7) Françoise de Xaintonge prit la règle de vie des Ursulines d'Italie, fondées par la bienheureuse Angèle de Bresse, née à Disensane, en l'état de Venise. Voir Les Chroniques de l'ordre des Ursulines, I" partie, Paris; Jean Hénault, 1573, t. I, p. 23. L'ordre, approuvé en 1544 par le pape Paul III, fut introduit en France, à Avignon, dans la province de Lyon, par Françoise de Bermond, ibid., p. 95, sous une forme sans communauté dont les Prêtres de la doctrine chrétienne prirent la direction spirituelle. La forme de commu-

de Xaintonge, fille d'un conseiller au Parlement de Dijon ; elle reçut les encouragements du Père jésuite .lenty, son confesseur. Sa sœur aînée, Anne de Xaintonge, établit également à Dôle (1) une compagnie de sœurs qu'elle nomma compagnie de Sainte- Ursule. Les sœurs de Dôle restèrent sans clôture. A Dijon, les registres de la municipalité nous signaleot bientôt l'existence de la nouvelle communauté. Ils nous apprennent, le 13 novembre 1607, que «depuis peu de jours encore plusieurs filles qui se qualifient Urselines se sont plantées en une maison de ceste ville de leur autorité privée (2) ». On décida d'ouvrir une enquête; elle ne leur fut pas défavorable. L'évèque-duc de Langres leur ayant donné son autorisation, le 4 octobre précédeot (3), la ville ne se montra pas trop méfiante, et le 2 mai 1608 elle leur permit de s'installer suivant les termes de leur requête pour « fournir l'instruction des jeunes filles en toute piété et honnesteté, ce qu'elles entendent faire gratuitement et sans en prandre ny exiger aulcune chose ». Il était donc entendu qu'elles ne mendieraient pas et qu'elles n'accepteraient dans leur communauté que les personnes qui apporteraient douze cents livres de rente (i). La ville, disent les chroniques de l'ordre, ne jugeait pas cet institut « moins utile pour les femmes que celui de la Compagnie de Jésus pour les hommes ». Elles obtinrent, en effet, au moins le même succès que les Jésuites. « Leurs classes, disent les Chroniques (5), furent en peu de temps si remplies qu'elle- ne pouvaient contenir le grand nombre d'écolières qui s'y présentaient. Elles n'estoient que cinq maistresses et avoient assez d'emploi pour vingt personnes. » Et plus loin : « Les séculiers, principalement les parensde leurs écolières, estoient en admiration de les voir si bien instruites. » L'affluence fut telle qu'elles furent obligées d'abandonner leur première maison et d'en acheter une autre plus spacieuse où fut ensuite construit le monastère. Car ces ursulines de Dijon adoptèrent en 4611 (6) la règle de saint Augustin et en 1615 s'efforcèrent de se faire ériger en monastère cloîtré. Les bulles papales n'arrivèrent, après « beaucoup de difficultés », que le 23 mai 1619 (7). Suivant les conseils que leur avait donnés

nauté fut établie plus tard dans la maison de l'école de Venise où Françoise se retira en 1596. L'on trouve à la Bibliothèque municipale de Dijon un exemplaire de la Regola délia compagnia di santa Orsala di Brescia, 1620, qui, en 1731, faisait partie de la bibliothèque des Cordeliers. Sur Françoise de Xaintonge, voir les Chroniques, p. 160, et le manuscrit cité à la note suivante, qui reproduit le même récit. Le manuscrit 71 du Fonds Baudot, p. 351, ne donne que très peu de choses ; enfin Courtépée, t. II, p. 228 et 229, de Charmasse, p. 105, et Milsand, Catalogue, p. 31, Muteau, p. 425.

(1) Dôle eu' une filiale à Vesoul, en 1629, Chroniques, p. 275, et Bibl. de Dijon, Fonds Milsand, D. 10962, iïian. v,rie ^.ette école de Vesoul disparut bientôt. Sur l'expansion des Ursulines en Franche-Comté et en Suisse : l'abbé Morey, Anne de Xaintonge et la compagnie de Sainte-Ursule au Comté de Bourgogne, Paris, Bloud et Barrai, 2 vol. in-16.

(2) Arch. mun., B. 245, f° 146 v°.

(3) Bibl. publ. de Dijon, Fonds Milsand, n° 10962.

(4) Arch. mun., B. 245, f 237 r° et v°.

(5) Chroniques, p. 162.

(6) Cette même année furent obtenues, en décembre, des lettres royales d'institutions mentionnées par Isambert, Recueil, t. XVI, p. 21.

(7) Bibl. mun. Dijon, Fonds Milsand, 10962, contient une copie de la supplique présentée au pape pour l'érection du monastère des Ursulines, le 22 juin 1619.

saint François de Sales, elles comprirent que l'enseignement devait être leur fonction principale. Aussi, aux trois vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, elles en ajoutèrent un quatrième, celui d'instruction. Les Chroniques, qui voient tout beau, passent sous silence des démêlés vifs que le nouvel ordre eut en 1623 avec l'évêque de Langres pour la nomination de la supérieure et du directeur (1) et les motifs qui amenèrent un moment des Ursulines de Dijon à refuser l'enseignement, ce qui obligea la municipalité d'intervenir le 14 juillet 1645 (2). Ce ne furent là, d'ailleurs, que des incidents passagers. L'ordre resta un ordre enseignant et enseigna beaucoup, et non contentes d'enseigner à Dijon, les Ursulines essaimèrent un peu partout dans la province et les provinces voisines. A peine installées, nous les voyons créer en 1613 une filiale à Langres (3), puis une autre à Poligny en 1616 (4); en 1617, elles commencent la maison d'Auxerre (5). Leur inspiratrice, Mère de Xaintonge, à l'issue d'un triennal, en 161 9, s'installe à Chàtillon-snr-Seine(6) comme supérieure. Un peu plus tard, les Dijonnaises gagnent Chalon-sur-Saône en 1627 où elles furent appelées par une dame Abigail Mathieu, qui leur donna une partie de son bien (7). Enfin, elles fixèrent aussi une maison à Avallon, en 1629. Ce fut là le dernier établissement des Ursulines de Dijon, nous disent les chroniques (8), qui n'usèrent pas davantage de leur permission générale, que leur avait donnée l'évêque d'Autun, M?r de Ragny, de s'établir dans toutes les villes de son diocèse, ces Ursulines « reconnaissant que la trop grande multitude des couvents n'est pas toujours utile » .

Il est vrai qu'à ce moment elles pouvaieut considérer avec fierté non seulement leurs six filiales, mais encore les nombreuses filiales de leurs filiales. Langres avait donné naissance aux établissements de Chaumont-en-Bassigny, de Joinville, de Saint-Dizieren-Champagne et dans le duché (9), de Saint-Jean-de-Losne en 1641 (10) et de

(1) Récit véritable de ce qui s'est fait et passé en la démission de la supérieure du monastère de Sainte- Ursule de la ville de Dijon en l'année 1623, Paris, 1624, Bibl. mun. de Dijon, n° 16175. Le pape Urbain VIII permit aux religieuses de faire choix d'un directeur de leur communauté sous la conduite et approbation de l'évêque de Langres.

(2) Arch. mun., B. 283, P 55 r°.

(3) Chroniques, p. 162, 170.

(4) Chroniques, p. 307. Elles prirent l'habit en 1633.

(5) Chroniques, p. 204, donnent la date de 1623, mais elles avaient été commencées en 1617, par les Ursulines de Dijon.

(6) Chroniques, p. 170; Courtépée, t. III, p. 398, t. IV, p. 165, indique 1630. Il y avait une élection de supérieure tous les trois ans, et aucune supérieure ne pouvait rester en charge plus d'un ou deux triennals.

(7) Chroniques, p. 250, 464. Courtépée, t. IV, p. 100, indique 1625. La même personne fit, en 1619, une donation considérable au collège de cette ville. Batault, p. 69.

(8) Chroniques, p. 265. L'indication n'est pas tout à fait exacte, car elles participèrent à d'autres fondations. Voir plus loin, sur Avallon, de Charmasse, p. 262 ; Courtépée, t. III, p. 608 ; Quantin, Enseignement primaire, p. 116 et 135.

(9) Chroniques, p. 170, 469.

(10) Chroniques, p. 394 ; Courtépée, t. II, p. 454 ; Claudon. Rapport au Conseil général, 1907-1908, p. 8.

Flavigny (1). De Poligny avaient essaimé les groupes fondateurs des maisous de Salins en 1633 (2) et de Nozeroy en 1648 (S).

Chàtiilon-snr-Seine, infatigable, s'était répandue un peu partout; deux ans après sa fondation, cette école détachait une bouture à Noyers en 1621 (4), puis d'autres à Tonnerre en 1627(5), à Bar-sur-Seine (6) et à Troyes (7) en 1628, et quelques années plus tard à Mussy (8). Enfin, un des derniers rejetons de Dijon. Avallon reprendra le couvent de Corbigny (9), commencé par les Ursulines d'Auxerre, et entreprendra entièrement celui de Cravant en 1644 (10). Ce n'est pas tout. Tonnerre aura des sousrameaux à Bar-sur-Aube et à Ligny-en-Barrois (11). El pour continuer l'exemple que lui donnait sa maison-mère, des sous-filiales sortiront à leur tour d'autres maisons. C'est ainsi que Noyers remplacera les Ursulines d'Auxerre à Montbard (12).

L'insitution des Ursulines de Dijon s'est donc multipliée à la manière des fraisiers en lançant de tous côtés, en guise de coulants, des maisons à leur tour bientôt fécondes.

Mais le provignement bourguignon le plus remarquable fut peut-être celui des Ursulines de Saint-Chaumont en Forest (Saint-Ghamond) qui vinrent jusqu'en Bourgogne (13) fonder les établissements florissants d'Autun et de Saulieu (14) et celui d'Auxonne (15).

Le groupe d'Autun (16) qui ne se composait, en 1617, que de quatre personnes ayant pour toute fortune six blans fut la souche des établissements de Beaune (1 7), d'Arnay (18), de Corbigny (19), de Semur (20), de Marcigny (21) et enfin de Paray (22).

A leur tour, les colonies lancèrent des rejetons tout autour d'elles, Beaune essaime

(1) Chroniques, p. 170 et 303.

(2) Chroniques, p. 307.

(3) Chroniques, p. 426.

(4) Chroniques, p. 298. — Courtépée, t. III, p. 517.

(5) Chroniques, p. 253.

(6) 1654. Chroniques, p. 261 ; Courtépée, t. IV, p. 412.

(7) Chroniques, p. 261.

(8) Chroniques, p. 439.

(9) Chroniques, p. 408.

(10) Chroniques, p. 408; Courtépée, t. IV, p. 350; Quantin, Enseignement primaire, p. 81.

(11) Chroniques, v» Ligny à la table.

(12) 1647. Chroniques, p. 423; Courtépée, t. III, p. 506.

(13) Créées en 1613, 1620. Les chroniques indiquent aussi les maisons de Vesoul, de Montbrison, Saint- Symphorien-le-Château, iMende, Malzien, Monistrol et Saint-Etienne-en-Forest. Chroniques, p. 327, 328.

(14) 1624. Chroniques, p. 228 ; Courtépée, t. IV, p. 100 ; de Charmasse, instruction primaire, indique à tort 1614.

(15) Chroniques, p. 243. On y observa les coutumes de Lyon jusqu'en 1646, époque où l'on s'associa aux Ursulines de Paris. Courtépée, t. II, p. 412.

(16) Chroniques, p. 178, indiquent 1620 en se plaçant à l'époque de la bulle de l'archevêque de Lyon. Voir Courtépée, t. II, p. 523; Harold de Fontenay, Autun et ses monuments, p. 395.

(17) 1626. Chroniques, p. 249; Courtépée, t. II, p. 295.

(18) 1628. Chroniques, p. 262 ; Courtépée, t. IV, p. 35.

(19) 1629. Chroniques, p. 408; Courtépée, t. III, p. 235.

(20) 1631. Id., p. 297 ; Courtépée, t. III, p. 607.

(21) 1643. Courtépée, t. II, p. 523 et t. III, p. 527 ; il indique comme origine Charolles.

(22) 1644. Courtépée, t. III, p. 52; de Charmasse, p. 272.

en 1633 à Bourbon-Lancy (1) et en 1634 à Nuits (2); Arnay-le-Duc se propage à Vitteaux (3) et à Vézelay (4), Corbigny à Saint-Pierre-le-Moutiers (5).

Quelquefois les maisons se réunissent pour une fondation, c'est ainsi que Flavigny fut établie par Auxonne et Langres (6), Seurre par Auxonne et Beaune (7), Dijon et Châtillon s'unissent pour l'établissement de Bourg-en-Bresse (8). Nuits et Beaune en font autant pour Saint-Gengoux-le-Royal.

Sur les confins de la province, nous voyons Bourg-en-Bresse établir la maison de Ghâtillon-en-Dombes, en 4634 (9), qui à son tour donne naissance à celle de Thoissey en 1666. (10) De Bourg vient ainsi Pont-de-Vaux (11). L'école de Màcon fut créée en 1615 par la mère de Bermond (12), et de Màcon sortit en 1633 le couvent de Charlieu (13). Sens vient de Montereau (14), Nevers de Moulins (15) et Belley de Chambéry(16); enfin signalons l'établissement deMont-Cenis en 1642 (17) et ceux de Trévoux

et Gex.

Les établissements scolaires des Ursulines furent généralement bien reçus des populations. Ainsi, très peu de temps après leur installation, la pension de Beaune avait plus de deux cents élèves, et à Seurre, en 1673, le monastère comprenait plus de cinquante religieuses (18). Nous avons vu plus haut le succès de celles de DijoD. Mais dans certaines villes, comme à Arnay (19) et à Noyers surtout, les habitants firent une forte opposition aux sœurs que l'on insultait dans les rues et à qui l'on arrachait des mains les denrées qu'elles achetaient et qui ne pouvaient sortir qu'avec le voile blanc des novices. Il y avait là, disent les chroniques (20), un « reste de l'hérésie qui venait de régner dans ce pays-là ». A Montbard, il était entendu qu'elles ne pouvaient faire

(1) Courtépée, t. III, p. 177.

(2) Chroniques, p. 314; Courtépée, t. II, p. 367, sans compter hors de la Bourgogne, Arc-en-Barois ; en 1G43. Chroniques, p. 405; Courtépée, t. IV, p. 208.

(3) 1633. Chroniques, p. 304. La supérieure, mère Marguerite Aufert, était alors supérieure de Beaune. Courtépée, t. III, p. 529, t. IV, p. 35.

{i) 1648. Chroniques, p. 351.

(5) 1657. Id., p. 441.

(6) Id. p. 303.

(7) 1632. Id., p. 298 ; Courtépée, t. III, p. 268.

(8) 1624. Id., p. 215.

(9) ld., p. 314.

(10) ld., p. 457.

(11) 1645. Id., p. 326.

(12) ld., v» Màcon, à la table.

(13) Id., p. 304.

(14) 1642 ~Id , p. 404.

(15) 1622. Id., p. 196.

(16) 1629. Id., p. 274.

(17) Id., p. 424. Elles indiquent Mont-Seny ou Mont-Ceny. Courtépée, t. III, p. 145-

(18) ld., p. 249 et 298. Nevers avait plus de cinq cents externes. — Id., p. 196.

(19) Id., p. 262.

(20) Id., p. 298, 299.

de provisions de blé ou de vin que pour deux ans (1). On faisait allusion à un rôle d'ailleurs bienfaisant, que jouaient les Ursulines dans les campagnes où elles devenaient facilement les banquiers des habitants et des paroisses (2). Ce qui leur donna un rôle considérable dans certains pays comme l'Auxois(3). Nous n'avons pas à insister davantage sur la vie des maisons des Ursulines, et il nous suffira de mentionner les fameux incidents de la possession des Ursulines d'Auxonne, qui amenèrent un moment l'abandon de leurs classes (4).

Quelquefois aux externats seront annexés des pensionnats payants, c'est à l'un de ceux-ci que fait allusion un document cité par M. Muteau (5), car il ressort d'une enquête sur l'état des communautés de femmes, mise en lumière par M. de Charmasse, que les Ursulines considéraient qu'il leur était interdit par les règles de leur institut de prendre aucune chose de leurs élèves, pas même des présents, et celles d'Arnay-le- Duc ajoutaient que souvent elles faisaient l'aumône à leurs élèves « pour les attirer à leur instruction (6) ». La gratuité admise par les jésuites pour les garçons, devenait également normale dans les pensionnats de tilles.

L'ordre des Ursulines ne fut pas la seule des congrégations enseignantes de femmes. Les sœurs de Charité, les sœurs de la Providence, les sœurs de la Croix, les sœurs de Sainte-Marihe marchèrent également sur leurs traces. D'ailleurs, même les ordres non enseignants comme les Bernardines, les Visitandines, les Jacobines, contribuèrent dans une certaine mesure à l'instruction en recevant des pensionnaires.

Les Bernardines ont des pensionnaires à Dijon (7). Elles en ont aussi les Jacobines et les Visitandines installées dans cette ville depuis 1631 (8) et à Semur depuis 1633 (9). Trois ans plus tard, nous voyons leurs pensionnats à Chalon (10), enfin, en 1698, une communauté de ces sœurs, venues de Lyon, se fixait à Bourbon-Lancy (11).

(1) Gourtépée, t. III, p. 506.

(2) Voir des emprunts aux Ursulines de Dijon faits par Savouges. Arch. dép., C. 595 (1787) ; par Lamargelle, ibid., G. 1190; aux Ursulines de Montbard, par Quincerot, ibid.,C. 1392; aux Ursulines de Seurre, ibid., C. 1736 (1737). Pour Villey-sur- Tille, Claudon, Rapport annuel des Arch. du départ, de la Côte-d'Or, 1909-1910, p. 42.

(3) J. Garnier, Annuaire de la Côte-d'Or, 1895, p. 486. Elles acquirent entre autres la seigneurie de Posanges sur les de Cléron ruinés.

(i) Sur la possession de ces Ursulines, de 1G55 à 1660, Chroniques, p. 244 et suiv ; Courtépée, t. II, p. 412; Bibl. de Dijon, Fonds Baudot, n° 1.

(5) Il est question d'une somme que noble Estienne Siredey, chanoine de la Sainte-Chapelle doit aux Ursulines de Saint-Jean-de-Losne « pour la pension de Marie Siredey, sa nièce et pupille, qui était à raison de 100 livres par an ». Registre des causes de la mairie, 362, cité par Muteau, p. 517, note 2.

(6) De Charmasse, réponses des Ursulines de Paray, de Nuits et d'Arnay-le-Duc, loc. cit., p. 272, 273. Les Arch. dép. Côte-d'Or, L. 570 nous permettant des constatations analogues pour les Ursulines de Semur, Sanlieu et Nuits au début de la Révolution.

(7) Courtépée, t. II, p. 131.— Fyot, Histoire de Saint-Etienne, p. 231, et suiv. ; Muteau, p. 450.

(8) Muteau, p. 445, et suiv. On leur refusa, en 1645 et 1646, d'établir un second couvent. Arch. mun. de Dijon, D. 57 (?).

(9) Courtépée, III, p. 477.

(10) Courtépée, III, p. 235.

(11) Courtépée, III, p. 177.

Les sœurs de la Providence font de l'instruction une mission spéciale ; elles s'obligeaient, disent leurs statuts, « à tenir des écoles ou classes publiques, pour apprendre aux jeunes filles à lire, à écrire et à travailler, afin de les tirer de l'oisiveté, leur donner le moyen de gagner leur vie et celle de leurs pauvres parents. Nous remarquons une de leurs écoles à Auxerre, en 1678 (1). A Moulins sur Allier, en 1766. «les petites écoles > sont tenues parles filles de la Croix (2). A Dijon, en 1676, nous apercevons de même des sœurs de Sainte-Marthe, institution toute locale et qui existe encore, elles s'occupent non seulement des malades, mais aussi de l'instruction gratuite de la jeunesse des pauvres habitants (3). En 1682, des sœurs des écoles charitables du saint Enfant Jésus sont établies sur la paroisse Saint-Philibert (4) : une lettre du fondateur de la congrégation, le P. Barré, minime, en fait foi. Ces sœurs furent remplacées, croit-on, peu après, à l'école Saint-Philibert par les filles de la Charité ou sœurs grises, dont les deux premières furent appelées à Dijon en 1686 par Bénigne Joly (5). Nous les voyons installées sur la paroisse Notre-Dame, en 1696, de là, elles gagnèrent les autres paroisses de Dijon. Elles sont à Saint-Michel, en 1698; à Saint-Pierre, en 1702; à Saint-Philibert, en 1751; Saint-Nicolas les voit en 1753 et Saint-Jean en 1765. Elles ont partout des écoles (6). Nous les trouvons également à Beaune (1690), Chàtillon, Blaisy (1700), Moutier-Saint-Jean (1660), Alise (1666), Chalon (1711), Autun (1748), Montcenis, Pierre-de-Bresse (1732), etc. Quant aux sœurs noires ou de l'Enfant Jésus, elles tenaient les classes à Chalon (7), Louhans et Givry. Comme les Ursulines et les sœurs de la Providence, les sœurs grises et les sœurs noires enseignaient gratuitement.

Cette riche énumération n'est point complète, nous n'avons point parlé des sœurs du Saint-Sacrement de Mâcon fondées vers le milieu du dix-huitième siècle, le 11 mai 1741 , par l'abbé Agut, chevalier de Saint-Pierre de Màcon, et qui consacraient leurs soins aux hôpitaux et aux écoles. Celle de Mâcon fut ouverte en 1751 (8), au faubourg de la Barre, près de l'hospice de la Providence. Ces religieuses avaient d'autres établissements en Bourgogne, notamment à Chalon-sur-Saône (la Charité, 1752), à Tournus (1755), à Sassenay (1756), Auxonne (1758), Romenay (1758), à Cluny (1759) et Sennecey-le- Grand en 1778. A Sainl-Gengoux-le-Royal et à Cluny, elles avaient pris la place de religieuses ursulines dont les communautés s'éteignaient à la fin du dix-huitième siècle

(1) Courtépée, IV, p. 330. — Quantin, Instruction primaire, p. 27.

(2) De Charmasse, Instruction primaire, p. 27C.

(3) Arch. mun., D. 57.

(4) Bavard, Vie de Bénigne Joly, p. 312.

(5) Vie de la vénérable Louise de Marillac sœur de M. Legros, fondatrice et première supérieure des filles de la charité, Paris, 1769 et la note précédente.

(6) Etablissement des filles de la charité ou sœurs grises en Bourgogne, catalogué imprimé en MDCCLXIX.

(7) Courtépée, III, p. 235.

(8) L'abbé L. Chaumont, Vie de M. Agut, Lyon, Emmi. Vitte, 1891 (je dois cette indication et bien d'autres à M. A. Musy).

faute de sujets. Les sœurs du Saint-Sacrement ont des établissements non seulement en Bourgogne et en Bresse, mais dans la Franche-Comté, le Lyonnais, le Forez, l'Auvergne, le Dauphiné, le Languedoc et le Roussillon. Ces congrégations enseignantes de femmes sont tellemeut nombreuses, qu'il est fort difficile de n'en point oublier (1).

En présence de cet immense effort fait par les congrégations d'hommes et de femmes en faveur de l'instruction, les anciens établissements municipaux dirigés par des laïques ou des prêtres séculiers perdaient beaucoup de leur importance. On n'en trouve plus guère que dans les petites villes, c'est avec peine qu'ils vivotent à Bar-sur- Seine (2), à Charolles, à Nuits, à Saint-Jean-de-Losne, à Montbard (3) et à Cuiseaux (4), sous la direction de deux ou trois régents. A. Pontdevaux en Bresse, c'est à ce nombre d'un principal et de deux régents qu'on est arrivé depuis longtemps (5), les collèges de Montluel et d'Ambérieu sont encore plus modestes (6). Tournus peut être placé un peu plus haut: fondé par lettres du 29 mai 1689, par des prêtres séculiers, le collège est devenu un séminaire-collège, dirigé par un supérieur et quatre régents. On y enseignait toutes les classes, la philosophie exceptée (7).

Les seuls collèges municipaux un peu notables étaient ceux de Chàtilloo et de Saulieu. Le premier, desservi depuis longtemps par un principal et trois régents, n'allait que jusqu'à la rhétorique exclusivement. Pierre Guyotte, clerc tonsuré, fils d'un vigneron de Noiron-lez-Citeaux et ancien principal de ce collège (8), y institua dans son testament de 1676 « une classe de rhétorique où l'on enseignera, non seulement l'art de bien dire, mais encore l'histoire, les intérêts des princes, la cosmographie, la géographie, la chronologie, la généalogie des principales maisons de l'Europe et encore la carte et le bassin avec toute la perfection du monde ». La principauté était attachée à cette chaire de rhétorique. Malheureusement ses désirs furent peu remplis, la ville de Châtillon qui jusqu'alors donnait 200 livres de gages sur ses deniers au principal, retrancha ses 200 livres, ce qui fit perdre à la fondation une partie de son efficacité (9). Ses efforts pour installer des Jésuites demeurèrent, nous l'avons dit, infructueux (10).

(1) D'autant plus, comme nous l'avons dit, que beaucoup, sans être des ordres enseignants, ont des pensionnaires. C'était le cas des Bénédictines de Prâlon. Courtépée, IV, 80.

(2) Courtépée, IV, p. 423.

(3) Muteau, p. 523. Pour Montbard, où il n'y a qu'un petit collège. Arch. dep. Côte-d'Or, L. 570.

(4) Courtépée, III, p. 309.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

^6) Ibid.

(7) Arch. Côte-d'Or, C. 362. — Courtépée, IV, p. 469, 350 ; Batault, p. 28. On trouvera aussi des indications dans les archives de la ville de Tournus, C. C. 14.

(8) Nous le voyons en 1637-1638, un Pierre Guyotte, principal du collège de Châtillon. est maintenu en possession des dimes de la chapelle Saint-Georges. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12242, f° 211. Un autre arrêt antérieur montre une contestation entre Guyotte, principal, et le curé d'Aisey-le-Duc. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12234, f° 244.

(9) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

(10) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362. On pourra consulter sur ce collège les archives de la ville de Châtillon, malheureusement fort en désordre, Clamlon, Rapport au Conseil général de la Côte-d'Or, année 1908-

Le collège de Saulieu (1) se soutenait davantage. Il avait reçu, en 1598 et 1599, des donations assez importantes, que Pierre de Bretagne arrondit encore en 1664. Un arrêt du conseil, du 26 février 1665. stipulait qu'au nombre des charges de la ville, il faudrait compter une somme de 500 livres pour les honoraires du recteur et des précepteurs du collège. Cet arrêt fut suivi d'un autre arrêt de 1677, rendu dans le même but. Auparavant, pour empêcher la concurrence des écoles protestantes, l'on avait défendu « à toutes personnes de retirer la jeunesse sous prétexte de l'instruire (2) ». L'instruction y était gratuite.

En dehors des écoles organisées, nous apercevons dans les villes importantes les maîtres d'école et d'écriture, les ancêtres de nos instituteurs actuels ; un écriteau suspendu au-dessus de leur porte annonce leur titre et leur qualité (3), ils ont fort à faire pour résister à la concurrence qui leur est faite en particulier par les congrégations. C'est pour cela qu'ils se sont réunis en corporation à Dijon, en 1654, et ont rédigé des statuts qui les soumettent à des examens sérieux, à une information attentive sur leur vie et leur moralité et à l'approbation de l'évêque diocésain (4). Leur mérite n'était point négligeable. C'est un Bourguignon, Lucas Marterot, qui en 1608 présente en France les premiers modèles de l'écriture bâtarde moulée (5). C'est aux treize maîtres experts et jurés écrivains qu'en l'année 1678, l'imprimeur dijonnais Antoine Michaud dédiait son livre « de l'orthographe françoise ou méthode nouvelle pour rendre notre langue facile ». Son fils Claude Michaud devait plus tard publier le fameux « roticochon » ou méthode très facile pour bien apprendre les enfans à lire en latin et en françois. Leur clientèle était modeste. La clientèle riche et titrée se voyait, avant l'âge nécessaire pour entrer au collège des Godrans, drainée par l'Académie des nobles établie après plusieurs essais faits entre autres par un nommé Roger de la Peyre, en 1638 (6). Son nom de petit séminaire pour les enfants de qualité, comme on l'a remarqué avec raison (7), a induit en erreur de nombreux auteurs qui l'ont confondu avec le séminaire de la Madeleine. Cette académie reçut, à diverses reprises, un certain nombre de gratifications des Etats de Bourgogne (8).

(1) Claudon, Rapport au Conseil général de la Côte-d'Or, 1909-1910. p. 39, indique que les archives municipales de Saulieu contiennent des documents qui vont de 1580-1788.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362 et L. 570. Sur les collèges de la Bresse : de Louhans, de Cuiseaux, de Cuisery, voir Lex, Nos anciens collèges, et le compte rendu cité plus haut.

(3) Le tableau indiquant la profession de maître d'école est mentionné. Arch. mun., B. 30.

(4) Chapuis, Les anciennes corporations dijonnaises, Dijon, 1906, 1 vol. in 8°, p. 403 et suiv. Dès 1595, les Jésuites faisaient remarquer qu'on devrait exiger un chef-d'œuvre des pédagogues comme des gens de métier. Arch. mun., F. 13.

(5) Chapuis, p. 406, 405.

(6) Muteau, p. 466.

(7) L'abbé Debrie, Bulletin, 1903, p. 132, note 2.

(8) Arch. dép., C. 2998, f°» 1 1 et 117; C. 2999, P 93; E. 1680, citées par l'abbé Debrie, Bulletin, 1903, p. 132, note 2.

Dans les campagnes l'instruction un moment entravée à la suite des troubles de la fin du siècle précédent et des guerres du début du dix-septième siècle, tendait à reprendre une importance plus grande qu'on ne l'admet communément. La royauté et le clergé unirent leurs efforts. Henri IV, en 1598 (1), voulant l'instruction obligatoire, avait édicté une peine contre les parents qui n'enverraient pas leurs enfants à l'école. En 1006, un éiiit décidait que « les précepteurs, régents ou maîtres d'école de petites villes » seraient approuvés par les curés de paroisse ou par les personnes qui avaient le droit de les nommer (2). Vers la même époque à Auxerre, en 1610, l'évêque François Donnadieu priait les curés * d'exborler leurs paroissiens d'avoir des maistres d'escole pour instruire la jeunesse es lieux ou les curés ne peuvent y vacquer » ; et en 1622, il demandait à ces maîtres d'école de parler à leurs élèves, une fois par semaine, du catéchisme et de la doctrine chrétienne (3). En 1040, on s'efforce vainement d'arrêter les écoles mixtes (4). Mais c'est surtout le désir d'enrayer le protestantisme qui donna un nouvel essor à la propagande scolaire. En France, on euseigne volontiers contre quelqu'un ou quelque chose (5). Le protestantisme devenant l'ennemi, il fallut fortifier la surveillance ecclésiastique de l'école. En 1669, l'évêque d'Autun obtenait un arrêt du conseil du roi soumettant les maîtres d'école à sa juridiction (6). Dans un règlement des plus intéressants sur la matière qui nous occupe, cet évèque, M. de Roquette, indiquait que « les petites écoles ne (devaient) pas seulement servir pour apprendre à lire et écrire aux enfants, mais pour les former à la piété ».

A la suite de la révocation de l'édit de Nantes, il publie en 1685, dans un recueil des ordonnances synodales du diocèse d'Autun, un grand nombre de prescriptions sur celle matière (7).

En 1695, l'évêque d' Auxerre, André Golbert, demandait qu'il y eut autant que possible, dans chaque paroisse, deux écoles, une pour les garçons, une pour les filles. Dans les paroisses trop pauvres pour payer des maîtres, les curés et les vicaires devaient eux-mêmes enseigner la jeunesse. Les documents cités par M. Quantin (8)

(1) Quantin, p. 7.

(2) Isambert, Recueil, t. XV, p. 307.

(3) Quantin, op. cit. En 1682, le 22 juin, le promoteur de Langres se plaint encore des écoles mixtes. Muteau, p. 514.

(4) Quantin, p. 27.

(5) Arch. mun., B. 248 ; Batault, p. 52. Surtout au moment de la persécution protestante on mit en relief l'obligation d'élever les enfants réformés dans la religion catholique. Muteau, p. 523 et 528 ; adde Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12115, f 69.

(6) De Charmasse, p. 265.

(7) De Charmasse, p. 260. — Quantin, p. 20 et 21. On trouvera les règlements diocésains réunis dans la communication de M. Fayet au congrès scientifique de 1858, p. 126, citée par Quantin, p. 7, et dans le Compte rendu de l'assemblée générale des comités catholiques, 19-24 mai 1873 ; Quantin, p. 17 La nécessité de recevoir l'autorisation du grand vicaire de l'évêque de Langres est indiquée en 1675-1676. Arch. mun., B. 314.

(8) Instruction primaire, p. 19.

montrent qu'un certain nombre d'entre eux s'acquittaient avec zèle de cette importante mission. Cette même année 1695, un édit royal du mois d'avril (1) renouvelait l'ordre de soumettre les maîtres d'école des villages à l'approbation des curés et autorisait l'évèque à les renvoyer. Un autre édit, du 13 décembre 1698, obligeait les paroisses où il n'y avait pas de maîtres à en établir (2). Il était décidé que les habitants seraient imposés pour la subsistance des maîtres jusqu'à la valeur de 150 livres par an, et pour les maîtresses jusqu'à la valeur de 100 livres. Ces édits eurent-ils en Bourgogne grand effet? Il est difficile de se prononcer (3). Ils participent à un mouvement qui leur est antérieur. Nous possédons encore un rapport de Claude Bossut, le curé de Baigneuxles-Juifs, sur les écoles de Parchiprêtré de Duesme en 1689. Nous y voyons que sur vingt-six communes, vingt au moins possédaient des écoles (4). Les procès-verbaux de visite de paroisse de Parchiprêtré d' A vallon, de 1678 à 1702, nous révèlent que sur les trente paroisses dont se composait Parchiprêtré, vingt-cinq étaient pourvues d'écoles (5); à Vézelay, pour vingt-neuf paroisses, nous trouvons dix-huit maîtres (6). Sans prétendre qu'il en ait été de même partout, l'on peut affirmer que l'instruction primaire avait, à la fin du dix-septième siècle, une situation meilleure qu'on ne l'admet d'habitude et que les décisions de l'Etat n'ont pas été aussi vaines qu'on ne le dit quelquefois (7).

En réalité l'Etat aida puissamment les congrégations et les évêques, les encouragea dans leurs efforts, veilla à l'établissement des impositions scolaires dans les campagnes, fit interpréter souvent dans un sens favorable au maître par le subdélégué et l'intendant les clauses des conventions passées avec les habitants. L'on peut dire que sans fournir, comme l'Eglise, la plupart des maîtres de l'enseignement secondaire et supérieur et même une portion non négligeable des maîtres primaires, ainsi que le programme complet de l'éducation, il donne à l'instruction une aide indispensable.

Faut-il mentionner à côté de ces enseignements réguliers, les cours spéciaux qui

(1) Isambert, Recueil, t. XX, p. 251.

(2) Art. 9 et 10. Isambert, Recueil, t. XX, p. 317. Il y eut aussi un édit du 16 octobre 1700, prononçant amende contre les nouveaux convertis qui n'envoyaient pas leurs enfants à l'école. Muteau, p. 528 et supra, p. 536, note 7.

(3) Sur leur influence dans le diocèse d'Auxerre, Quantin, p. 30.

(4) L'abbé Lucotte, Les écoles dans l'archiprêtré de Duesme, en 1689, Rulletin, 1885, p. 145.

(5) De Charmasse, p. 343 et suiv.

(6) Jbid. En dehors de ces écoles, signalons celles de Vitteaux, Garnier, Annuaire, 1895, p. 491, de Givryen-Chalonnais, Arch. dép., B. 12265, f° 123 (1650) ; de Saint-Germain-la-Feuille, Courtépée. t. IV, p. 289 ; de Grenand, Courtépée, t. IV, p. 70; d'Asquin, Courtépée, t. IV, p. 380; Vermanton a une école de filles, Courtépée, t. IV, p. 371 ; Guillon a pour maître Constant Billard, maintenu en dépit des contestations du curé. Arch. dép., B. 12266, f» 38. Les archives départementales de la Côte-d'Or, D. 119, nous ont aussi conservé le contrat à la date de 1673 par lequel Jacques Lorensot, curé de Moutmoyen, donne une somme de 5,000 livres pour l'achat de maisons et fonds de terre dont le revenu servira à doter « un collège où l'on enseignera la doctrine chrétienne, apostolique et romaine, à lire, écrire, chanter la note, montrer l'arithmétique autant que celui nommé audit collège en sera capable ». Il est bien entendu que cette énumération est loin d'être limitative.

(7) M. de Charmasse, p. 278, s'est efforcé, nous semble-t-il, de trop restreindre l'effet utile de ces ordonnances et du rôle de l'Etat.

permettront à ceux qui le désirent d'apprendre l'escrime, la médecine et même le droit? Un mot bref suffira pour les indiquer.

Un règlement en vers nous traçait déjà, au seizième siècle, les devoirs du maitre d'escrime :

Qui le jeu apprendre vouldra

Le serement au maistre fera,

Et le maistre le recevera

Ainsi que au jeu appartient.

Cinq solz mettra sur la croisée

En faisant le serement de l'espée

Et la cymere (le vin) aux compagnons (1).

Lorsque les médecins s'installeront en 1654-, époque où ils obtinrent des lettres patentes du roi qu'ils sollicitèrent le Parlement d'enregistrer, la ville appuya leur demande tout en faisant remarquer que les médecins ne devaient avoir droit à aucune indemnité et que la ville ne contribuerait en rien à l'établissement de leur collège (2).

On parlera aussi, en 1678 et 1080, de professeurs libres, d'un professeur royal d'astronomie et de mathématiques, de professeurs de géométrie, de professeurs de langues (3). Quant au droit, il n'est encore professé à Dijon que par des professeurs libres qui tiennent de petits cours d'Institutes et quelquefois, comme le sieur de la Héronnier, donnent tout à la fois des notions de langue latine et des notions juridiques en 4683. Un peu plus tard Louis Drouhin prend le litre de « professeur de droit à Dijon » (4). Les tentatives faites au début du dix-huitième siècle pour l'établissement d'une faculté de droit dans la ville, n'avaient pas réussi. L'on ne devait y arriver que vers le milieu du dix-huitième sièele. En attendant les écoliers légistes et étudiants (5) sont assez nombreux pour inquiéter, dès la fin du seizième siècle, les Jésuites qui demandent à la mairie la suppression des cours des institutes suivis au détriment de leurs éludes (6) par « leurs escolliers non seullement des classes de philosophie, mais de la première et seconde » — ils ne suivent plus leurs classes — « avant qu'ilz ayent les reins assez forts pour aspirer à plus haulle étude ».

Si l'on se rappelle ce que nous avons dit précédemment des collèges du seizième siècle (7), l'on comprendra le succès des écoles qui ont suivi (8). D'abord les

(1) J. Gamier, Annuaire départemental de la Côte-d'Or, 1873, p. 374. Arch. mun., F. 15. — Les Arch. mun., B. 227, nous montrent des lettres de maitre d'escrime concédées le 24 janvier 1592.

(2) Arch. mun., B. 293.

(3) Muteau, p. 514, 521.

(4) Muteau, p. 492, 520, 521, note 1.

(5) Muteau, p. 525.

(6) Arch. mun. de Dijon, F. 13. Le document est sans date. Ces lectures, dit le document que la cote indique écrit vers 1595, sont commencées depuis dix ans et sans fruit.

(7) Voir p. 692 et suiv.

(8) Thurot, p. 103, montre aussi la situation favorable des Jésuites en face de l'organisation incohérente et embarrassée des collèges du moyen âge, de même Bûche pour Bourg-en-Bresse, op. cit., p. 41.

circonstances se montrèrent favorables : à l'anarchie et aux dissensions intestines avaient succédé l'ordre et une paix relative à l'intérieur, la peste avait pris fin au milieu du dix-septième siècle; le cours normal des études pouvait se poursuivre sans trouble et sans à-coup. La révolution monétaire était elle aussi terminée. La richesse était moins dansante : les collèges se trouvent donc dans une situation extérieure plus favorable. Ajoutons, il faut le dire et le montrer, qu'ils sont beaucoup mieux organisés.

Avec les écoles congréganistes, avec les Jésuites surtout, nous n'avons plus cette perpétuelle incertitude qui ruinait l'édifice scolaire à l'époque antérieure. Les municipalités ne passent plus leur temps à chercher des recteurs. Les collèges ont un personnel stable, indépendant et instruit, le recrutement très étendu des congrégations leur permet de faire un choix et un triage, leur organisation permet d'obtenir, à peu de frais, des maîtres capables (1) et contents de peu,quise fixeront dans un enseignement et ne consumeront plus leur temps dans la recherche d'une situation meilleure. Du coup la ville de Dijon, celles de Chalon et d'Autun dont les ressources sont médiocres mais qui se trouvent dans un pays où le recrutement intellectuel fut toujours de premier ordre, vont posséder des instituts dignes de leur clientèle. Si le collège de Godran n'enseigne pas les langues étrangères et ne peut être nommé véritablement Académie ou Université, en revanche, c'est plus qu'un collège du second degré, puisqu'on y enseigne la théologie (2). Depuis la fondation du président Odebert, en 1649 (3), les collèges de Chalon, d'Autun et de Sens, sont des collèges du second degré, et comprennent, à la fin du dix-septième siècle, des classes de philosophie (4). On peut dire que Dijon connaissait à nouveau de «r fameuses écoles » comme au moyen âge (5) L'on n'avait plus, comme c'était le malheur d'autrefois, à errer dans la ville à la recherche d'un local scolaire, les Jésuites surent se fixer et construire des bâtiments suffisants pour abriter leurs élèves. A Dijon, soixante-dix ans après leur établissement, « ils avaient achevé la construction de leur collège : son étendue primitive avait doublé. Ils possédaient, outre la dotation primitive, un beau domaine à Marsannay-

(1) On peut citer, à Dijon, les PP. Battus, Duchesne, Viguier, Oudin, Leblanc.

(2) Bœhmer. p. 226. D'ailleurs les divisions des collèges de Jésuites en grands, petits et moyens, n'ont pas toujours reposé sur les mêmes bases. Sur ces points, Fouqueray, p. 596 et note 4. D'après le testament du président Godran, il devait y avoir des chaires de morale, grec, latin, français, italien, arithmétique, lecture, écriture. Nous avons indiqué comment les deux dernières furent remplacées. Le cours d'italien n'exista jamais. « Si les Dijonnais apprennent des langues étrangères, c'est dans leur famille ». Abbé Debrie, Bulletin, 1903, p. 204.

(3) Arch. mun., F. 12, B. 119; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12102, f° 181 V.

(4) Pour Chalon, Batault, p. 89, mais les Jésuites (1731) s'y débarrassent de la sixième classe élémentaire. Batault, p. 89, 94. A Autun, la philosophie ne commence qu'en 1632, de Charmasse, Jésuites, p. 56, 58. A Auxenv, la rhétorique est créée en 1624, la philosophie en 1651, une seconde classe de philosophie en 1675; Quantin, p. 32. A Sens, le cours de philosophie commence en 1673 ; Quantin, p 35.

(5) On va donc, depuis la transaction du 20 octobre 1615 (Muteau, p. 438), de la sixième à la philosophie. Adde, Bibl. mun., Fonds Saverot, n° 1, t. IV, f° 605 ; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12094, (M39 v°; Muteau, p. 440; Arch. mun., B. 119.

la-Côte, la terre de Mirande et de Lichey qui leur servait de maison de plaisance, la plus grande partie du fief de l'Ermitage. Les fonds de la fondation Odebert leur avaient permis d'acquérir la seigneurie de Vauzey, voisine d'Antilly, et la magnifique terre de Pourlans, qui rapportait 30,000 livres de rente, le tout sans préjudice des constitutions de rentes et des autres capitaux engagés (1). »

A Antun, nous les voyons, de même en 1643, quitter l'ancien collège et s'installer dans des constructions nouvelles; en 1675(2), ils achètent une maison de campagne; à Ghalon, ils reconstruisent également leurs bâtiments (3). A Auxerre (4) et à Sens (5), leurs revenus sont plus modestes et ne leur permettent pas de si grandes entreprises.

Non seulement ils ont des maisons, mais dans ces bâtiments sont logées de somptueuses bibliothèques pour l'époque. Ce souci de la bibliothèque ils l'avaient dès leur première installation à Dijon, puisque, lors de leur expulsion en 1595 (6), ont les voit confier leurs livres à des personnes sûres. Cette bibliothèque s'accrut par la suite. L'un des donataires les plus généreux fut le chanoine Fevret à Dijon (7) ; à Chalon (8), c'est l'évêque Jacques de Neuchèze et M. Virey qui, en 165$ et 1636, augmentent généreusemeut la masse des livres.

Voilà donc des collèges dotés d'un personnel nombreux, installés souvent dans des bâtiments neufs et pourvus de belles bibliothèques : il semble que pour subvenir à leur entrelien, il faille exiger des prix de pension élevés et de grosses subventions des municipalités et des Etats, eh bien! tout au contraire, l'on ne demaudera que peu de choses, en somme, aux pouvoirs publics et surtout pas de subventions régulières : bien plus! l'on ne demande rien aux élèves, l'instruction est gratuite d'une façon absolue (9) pour les pauvres comme pour les riches, pour les nobles comme pour les bourgeois (10). Cette gratuité, à la bien considérer, était une idée de génie, car non seulement elle amenait aux collèges des Révérends Pères une clientèle énorme, surtout celle des gens titrés qui, prodigues pour les dépenses de luxe, lésinent volontiers sur le nécessaire, mais encore elle décourageait la concurrence (11) et était un excellent prétexte et une bonne raison de réclamer des dons particuliers, de ces dons qui n'entraînent aucun contrôle, dont on ne connaît jamais le montant exact, qui permettent toujours de faire

(1) J. Garnier, Introduction au volume Ier des Invent, de la série D et E, p. vu. Ils ont aussi des privilèges comme celui du franc-salé. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12104, P 171.

(2) Oe Charmasse, p 84.

(3) Batault, p. 59, 60.

(4) Quantin, p. 34.

(5) Quantin, p. 53.

(6) Voir plus haut, p. 5.

(7) Arch. mun. B 123; Arch. mun., F. 14.

(8) Batault, p. 61, 72, 74, 7C. Pour Autun, de Charmasse, p. 105.

(9) Nous avons trouvé la gratuité au moyen à*e.

(10) Deberre, p. 12 ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 133.

(11) D'ailleurs les Jésuites profitent du monopole. Muteau, p. 452 ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 132; de Charmasse, Jésuites, p. 31.

le pauvre en étant riche et d'agir en riche sans capital bien établi. On sait que les Révérends Pères avaient poussé jusqu'à la perfection l'art de quêter les grosses sommes. Et dans une large mesure, on ne pouvait leur reprocher leur avidité et leurs réclamations perpétuelles d'argent puisqu'en définitive leurs établissements entraînaient de gros besoins financiers. Leur faute fut d'avoir évité le contrôle à ce point que les historiens ne trouvent, le silence des documents facilitant les interprétations préconçues, ni chiffres pour les attaquer, ni chiffres pour les défendre.

II faut dire d'ailleurs, pour juger plus complètement de l'installation matérielle des Jésuites, que les frais de l'entretien du collège étaient fort diminués du fait qu'il n'avait point de pensionnat (1); cette absence de pensionnat lui conciliait quantité de personnes : hôteliers, maîtres d'écritures, logeurs de toutes sortes, prêtres, familles peu fortunées qui recevaient les nombreux écoliers suivant les cours des Godrans (2). Les collégiens de l'ancien régime vivaient donc, dans une certaine mesure, la vie de nos étudiants modernes.

Et du coup se comprend une certaine turbulence des élèves que l'on a exagérée et même s'expliquent des incidents graves comme ceux qui amènent la fermeture du collège au début de 1623. Les élèves de philosophie avaient organisé toute une compagnie licencieuse et nommé des « abbés, prieurs et autres chefs de leurs tripots et débauches (3) ». Quelques années plus tard éclate en 1633 une sorte de grève des écoliers de logique qui, non contents de quitter leurs classes, veulent empêcher par violence les autres écoliers de rentrer au collège (4). Dans les deux cas le Parlement fut obligé d'intervenir.

Il arrivera aussi à certains d'entre eux de se rendre au café, de fumer, de jouer aux blanques ou au billard. La municipalité fait alors entendre des remontrances qui prouvent la sévérité d'alors, plutôt qu'un relâchement général de la discipline comme l'ont prétendu quelques auteurs (5).

Le tempérament calme des Bourguignons influe en somme favorablement sur l'atmosphère générale des études, nous ne trouvons pas à Dijon ces violentes querelles des jansénistes et des molinistes qui, ailleurs, amenèrent tant de troubles. La situation d'Auxerre fut moins bonne : l'apparition des pratiques et règlements de la Congrégation des écoliers de Dijon, publiée en 1712, sous le titre d' « heures de la Congréga-

(1) Toutefois, à Autun, il existe un pensionnat. De Charmasse, Jésuites, p. 107. A Dijon, ils avaient bien, en vertu du testament de Godran, un monopole de pensionnat (Muteau, p. 257), mais ils n'en profitaient pas.

(2) C'est ainsi que des écoliers pourront venir de Vaucouleurs, Lure, Vaudrecourt, Bourbonne, Charolles, Montcenis. Debrie, Bulletin, 1903, p. 134.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter, f°» 21, 27.

(4) Arch. dép., B. 12237, f 281 v». Sur ces points, Muteau. p. 452, 453, 454, 462.

(5) Arch. mun., B. 267, B. 280 ; Arch. mun., F. 13. On trouvera un très patient relevé de ces décisions disciplinaires dans Muteau, loc. cit. et p. 488, 497, 503. Voir aussi Debrie, p. 161, qui indique que le fouet était aussi employé comme moyen de correction. Même constatation pour Charolles, Lex, loc. cit., Bulletin des trav. hist. i891, p. 10, le procédé est général, il durera jusqu'à la Bévolution.

lion érigée pour les écoliers dans le collège de la Compagnie de Jésus à Auxerre », excita une indignation très grande chez les adversaires des Jésuites qui avaient fait supprimer la congrégation du collège auxerrois (1). A Dijon, au contraire, on admet non seulement la Congrégation des écoliers dite de la Purification, mais aussi celle des clercs ou de l'Assomption, celle des messieurs ou de l'Annonciation, celle des ecclésiasiiques ou de la Visitation (1590) et celle des artisans, qui assurent aux Jésuites des partisans dévoués dans toutes les classes de la population (2). Des institutions analogues se rencontrent en partie à Autun où l'on signale également des congrégations des écoliers et des artisans.

Il n'y a pas jusqu'à l'idéal un peu mécanique de l'éducation religieuse qui ne soit conforme et à l'idéal dogmatique du siècle et au tempérament posé, rassis, et au cerveau bien compartimenté des Bourguignons du dix-septième siècle. Comme les Romains de l'ancienne époque, les Jésuites mettent la religion dans une vie bien réglée, des prières exactes, une assistance journalière à la messe, des examens de conscience, des communions méthodiques. C'est l'égal, le continu, le mesuré, le réglé, le monotone train de la vie qui leur paraît devoir être le résultat d'un bon dressage. Pour eux la foi vient en grande partie de la volonté, les œuvres comptent, l'habitude, le pli pris constituent la meilleure réponse aux objections et aux tentations. La facilité de leurs confesseurs qui ne terrorisent ni ne découragent les pénitents, leur assure une large clientèle dans laquelle ils recruteront leurs élèves. Pour amener ceux-ci à éviter, dans une certaine mesure, les entraînements des jeunes passions et les pousser dans leurs études, ils ont recours à deux moyens puissants : les exercices phvsiqueset l'émulation. Nulle part l'on n'a développé d'une manière aussi systématique le sentiment d'émulation. Les classes concourent les unes avec les autres, dans chaque classe on établit des subdivisions qui luttent ensemble, chaque écolier a un concurrent spécial (3). A une époque où l'amour-propre est plus que jamais surrexcité puisqu'il est la récompense et le moteur de la hiérarchie sociale, c'était habile d'en faire un levier puissant de l'instruction, surtout dans un pays où l'effort a besoin d'être activement sollicité.

Mais la vie intellectuelle n'est pas seule, la vie physique, la culture physique ne sont point négligées. L'élève, habitué aux exercices violents, trouve aux collèges des maîtres d'escrime et même des maîtres de danse. Chaque année les cérémonies scolaires publiques, les déclamations, les représentations publiques dramatiques permettront

(1) Quantin, p. 31 et suiv. ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 157, note 2.

(2) Courtépée, t. II, p. 141, 147; Raoul Allier, Confrérie du Saint-Sacrement, confond la confrérie des clercs et des messieurs, comme l'a fait remarquer Debrie, Bulletin, 1903, p. 117. Il devait y avoir relation entre ces confrérie-; et la compagnie du Saint-Sacrement. Quand un confrère quittait la ville, on lui délivrait un certificat. Ibid., p. 118.

A Autun, nous trouvons aussi une congrégation des artisans et des écoliers. De Charmasse, p. 100.

(3) De Charmasse, Jésuites, p. G ; Bœhmer, p. 229 ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 227. On use aussi des décorations. Arch. dép. Côte-d'Or, D. 16.

aux parents de juger des progrès de leurs enfants et aussi de distribuer aux puissants de la province, l'encens dont ils sont si friands (1). Le jeune homme, formé à la diction et au maintien, acquerra cette tournure dégagée, cette assurance aisée et naturelle (2), ce bon ton qui permettront facilement de distinguer l'élève des Pères des enfants mal dégrossis que livrent encore les autres collèges (3).

Aussi le succès est-il grand, le nombre et la qualité se rencontrent. En 1614, les classes de cinquième et de sixième comptent plus de deux cent cinquante élèves (A). Quant à la qualité, il suffît de nommer les grands noms de Bossuet, de Buffon et de Bouhier, pour montrer l'illustration qu'ont jetée sur le pays tout entier les élèves du collège des Godrans. Et après eux, que d'autres parmi lesquels Crébillon, La Monnoye, Brulart, l'abbé Nicaise, Delamare, Lanlin, Piron, sans compter toute une pléiade de magistrats éminents du Parlement, d'avocats divers, de savants et de beaux esprits de toute sorte, témoignent combien le collège des Godrans a bien mérité de la Bourgogne (5).

§ 6. — L'enseignement des collèges depuis l'expulsion des Jésuites jusqu'à la Révolution. L'instruction primaire, les collèges, l'Université, l'Académie, les cours publics.

Le succès des écoles des Jésuites n'eut qu'un temps; plus on s'éloignait du seizième siècle, plus on en venait à oublier l'anarchie qui les avait précédées, et plus, au contraire, se mettaient en lumière et s'accusaient et se gonflaient certains vices de ces instituts. A la On du seizième siècle, la France avait eu soif d'autorité et d'une direction; au dix-huitième siècle elle est lasse d'un absolutisme qui l'a conduite à des désastres. Les Jésuites, tout-puissants sous Louis XIV, supportèrent naturellement les conséquences de la réaction qui suivit la mort du grand roi. Ils payèrent en partie le passif de la liquidation.

(1) Batault, p. 41, 88, 99 ; de Charmasse, p. 63, 64 et suiv. ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 208; Léon Quantin, Les distributions de prix au collège des Godrans, à Dijon, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1907. Les Etats contribuent aux dépenses des prix. Arch. dép., C. 2999 ; Muteau, p. 512.

(2) Au dix-septième siècle, dit M. de Charmasse, p. 4, la tâche sociale des Jésuites fut de rendre à l'étude, au travail, aux bonnes mœurs et à la France des générations que cinquante ans de guerres civiles avaient détournées de toute discipline intellectuelle et morale.

(3) Nous n'avons pas à parler de ce qu'on enseignait, c'était le latin ; la langue latine était seule en usage et l'on faisait force thèmes, un ou deux par jour. De Charmasse. Jésuites, p. 26 ; Quantin, p. 62, et surtout Debrie, Bulletin, 1903, p 187, 188, 189, 204. Le grec n'est connu que médiocrement. L'histoire et la géographie n'ont ni cours ni professeur spécial; les sciences n'acquièrent une importance qu'à la fin du dix-septième siècle.

(4) Arch. mun., B. 186, f° 119 ; Debrie, Bulletin, 1903, p. 133.

(5) Il est amusant de citer, à ce propos, une observation de Boullemier qui montre sa manière de juger « une preuve sans réplique, dit-il, que le collège de Dijon n'a jamais jeté un grand éclat sous les jésuites, c'est qu'il n'a pas mérité la plus petite place dans l'immense collection des Pères Ribadeneira, Alagambe (Muteau imprime à tort Alganède) et Sotwel ». On verra aussi, sur cette appréciation, ce que dit Muteau, p. 426 et suiv.

Au moment de leur triomphe, ils s'étaient montrés des maîtres impérieux, donnant, trop souvent, à des questions personnelles, l'allure tranchante et l'âpreté de discussions théologiques. Leurs ennemis les entraînaient d'ailleurs volontiers sur ce terrain. La domination des Jésuites s'étendait trop loin, sur trop de choses et sur trop de classes de la société pour ne pas inquiéter ou lasser ceux qui ne voulaient pas l'accepter.

Aussi, un peu partout, dans le clergé séculier, dans les congrégations qu'ils ne dirigeaient pas, comme dans l'Université et une notable fraction des parlements, avaient-ils recruté des adversaires. Et voici qu'au moment où l'esprit public va leur faire défaut un idéal nouveau, très prôné par les philosophes en vogue, très différent du leur, se lève et fait prendre en dégoût leurs méthodes qu'on ne croit plus supérieures. Nous allons suivre, de près, en Bourgogne, tout ce mouvement qui aboutira, en 1763, à l'expulsion. Nous montrerons ensuite, en commençant par la base, c'està-dire les écoles primaires, l'état de l'instruction publique en Bourgogne, à la veille de la Bévolution. De la sorte, nous aurons l'occasion de signaler tout ensemble et les idées nouvelles et les institutions qui s'efforcent de les satisfaire.

Pour suivre dans tous ses détails les causes de l'expulsion des Jésuites et retrouver en Bourgogne les échos des sentiments qui animèrent contre eux une partie du pays, il faudrait faire l'histoire du Jansénisme dans ce pays. Telle n'est point notre intentiou. Nous nous contenterons d'indiquer que la lutte fut surtout chaude sur les confins de la province, à Sens où elle éclate en 1647 et montre l'animosité du clergé dirigé par l'archevêque janséniste (1), de même à Auxerre où M9r de Caylus en 1726 condamne les cahiers du P. Lemoine(2). La dispute n'était pas moins vive à Mâcon et, à ce propos, l'on peut rappeler l'étrange mascarade du lundi gras de l'année 1651, dans laquelle on vit un garçon des écoles des bons Pères, habillé en Grâce suffisante, traîner derrière lui un évoque en piteux appareil. Sans doute, en cet évèque s'offrait une caricature de Jansénius (3), néanmoins les autres évêques bourguignons durent se retirer

(1) Quantin, Collèges, p. 56, 65; un arrêt du Conseil de l'année 16611 soumettait les Jésuites aux évêques pour l'administration de la pénitence et la prédication. La querelle assoupie en 1675 à l'arrivée d'un nouvel archevêque qui rendit aux Jésuites les pouvoirs qui leur avaient été enlevés, reprit en 1732.

(2) Quantin, p. 37 et suiv. « Les Jansénistes prétendaient que la conscience n'est jamais un guide sur ; les Jésuites soutenaient une doctrine contraire et plus humaine. Sur ces controverses, on pourra lire des aperçus très mesurés de Remy de Gourmont, Le chemin de Velours.

(3) Un plus tragique personnage

Suivait en un triste équipage.

Il semblait un prélat sacré, Mais un prélat déshonoré.

Son rochet, son camail, sa mitre Faisaient voir qu'il portait ce titre, Mais sa mitre était de papier ; Il marchait comme un prisonnier

Qui suit, plein d'opprobe et de honte, Le char du vainqueur qui le dompte...

peu satisfaits de procédés qui livraient à la malignité publique, leur titre et leur costume.

Une partie du clergé séculier, celle surtout qu'a touchée le Jansénisme (1), est donc hostile aux Jésuites, elle ne veut point qu'on lui enlève ses meilleurs fidèles, ni qu'on installe en dehors et au-dessus des paroisses des congrégations qui les dominent (2). Le clergé régulier lui aussi n'est pas toujours content. Les Oratoriens, en travers de leur route, à Dijon, à Chalon, à Mâcon, trouvent constamment les Jésuites. Devant leur opposition les Théatins ne peuvent s'installer à Beaune ni les Cordeliers à Autun (3). A Dijon, par une suite de procédés ingénieux, ils sont arrivés à tuer le cours de théologie des Dominicains (4). A Sens, nous relevons des conflits de même

Les enluminures du fameux Almanach des PP. Jésuites intitulé : « La déroute et la confusion des Jansénistes » avec L'onguant pour la Brûlure ou Le secret d'empescher aux Jésuites de brûler les livres, in-12, cité par Lex, Nos anciens collèges, discours prononcé à la distribution des prix du collège de Louhans, le 31 juillet 1894. Voir le compte rendu de M. Gréard, Bulletin du comité des trav. hist. et scientif., sect. des sciences écon. et soc, 1897, p. 3 et suiv.

(1) Sur les prédications des Jésuites d'Autun contre Jansénius: de Charmasse, Jésuites, p. 70 et suiv. Il ne faut point exagérer d'ailleurs cette hostilité du clergé, car les évêques protesteront contre l'expulsion des Révérends Pères. Une abondante collection de témoignages d'évêques favorables à leur cause a été réunie par le R. P. de Ravignan dans son Clément XIII et Clément XIV, Paris, 1854, p. 508 et suiv. On remarquera parmi les signataires de l'acte du 30 décembre 1761, en faveur des Jésuites, les noms de l'évêque de Langres, Gilbert de Montmorin. de celui de Màcon, Henri de Valras, et de celui d'Autun, Nicolas de Bouille (op. cit., p. 508). L'évêque de Chalon-sur-Saône, Louis-Henri de Rochefort d'Ailly adressa, le 8 octobre 1761, au chancelier, une lettre en leur faveur (ibid., p. 511). Sur les décisions de l'Assemblée générale du clergé (ibid., p. 512 et suiv.). L'évêque de Langres écrivit même contre leur condamnation une lettre fort énergique qui fut condamnée au feu par le parlement de Paris (même ouvrage, volume supplémentaire, p. 12). Quant a l'évêque de Dijon ses sentiments nous sont révélés par cette copie prise sur un registre in-folio de l'ancien évêché de Dijon que nous communique M. A. Musy :

« Claude Marc Antoine d'Apchon, évèque de Dijon,

» Sur la demande que nous ont faite les Pères Jésuites de rendre témoignage à la façon dont ils ont rempli les différentes missions auxquelles ils sont employés dans cette ville où ils ont un collège très nombreux, la justice et l'équité nons portent à nous rendre à leurs désirs ; en conséquence, nous attestons et certifions que depuis treize ans que nous avons été employé d'abord en qualité de vicaire-général dans ce diocèse dont la Providence nous a confié le gouvernement depuis six ans, les Pères Jésuites l'ont toujours édifié par la pureté de leurs mœurs et la régularité de leur conduite ; qu'ils y ont toujours enseigné une doctrine saine et orthodoxe, sans que jamais on y ait aperçu les moindres traces de la doctrine abominable qu'on leur impute; qu'ils s'appliquent avec soin à instruire la jeunesse dans la religion et dans les sciences; qu'ils remplissent avec désintéressement toutes les parties du saint ministère, prêchant la morale la plus pure, formant les fidèles à la piété, et les y entretenant parleurs congrégations et parles retraites qu'ils donnent; faisant avec fruit des missions dans les paroisses de notre diocèse et des diocèses voisins, et que nous avons toujours trouvé en eux beaucoup de subordination à l'autorité épiscopale et beaucoup de correspondance avec les pasteurs ; enfin que nous regardons cette société comme très utile à l'église et à l'Etat.

» En foi de quoi...

» Donné à Dijon le 30 octobre 1761.

» f Claude Marc Antoine, » Par mandement : » évèque de Dijon. »

Mallage. »

(2) Aussi, à Sens, est-il entendu que les Jésuites n'auront d'autre congrégation que celles des Messieurs. Quantin, p 75.

(3) Arch. mun., F. 13. Pour Autun, de Charmasse, Les Jésuites, p. 56.

(4) Le procédé employé fut ingénieux ; les Jésuites alléguèrent, en 1733, lors de la fondation de l'Université de Dijon que les cours de théologie des Dominicains se faisaient aux mêmes heures que les cours de

nature (1). Le clergé séculier et le régulier devaient souvent on plier devant des maîtres on les abattre et, au dix-huitième siècle, ils n'étaient pas, dans son ensemble, d'humeur à plier.

Les municipalités, elles aussi, deviennent maussades, se sentant de plus en plus écartées de l'administration du collège à l'entretien duquel elles contribuent. Celle d'Autun, en 1(377, à l'occasion du renvoi de plusieurs élèves, voudrait bien « qu'il soit dict que les faultes capables d'expulser les escholiers seront réglées par Messieurs les magistrats de cette ville, comme ayant institué et dotté le collège (°2) ». En 1 724, on réclame, à l'occasion d'une visite officielle à laquelle les Pères ne se prêtent qu'à contre-cœur (3); se sentant suspects et mal vus, ils s'inclinèrent. Néanmoins, en 1725. ils ont fort à faire pour n'être pas mêlés dans une grave question de contestations de préséance entre le Vierg d'Autun, les officiers du présidial et certains chanoines (4).

A Chalon, des conflits couvent également. En 1716, le maire Gauthier veut faire revivre l'ancien usage des distributions de prix par la municipalité, mais « on ne put procéder à cette distribution parce que les R. P. Jésuites affectèrent de ne point paraître à la réunion ny de faire approuver les thesmes que Monsieur le Maire avoit paraphés lors de l'examen; ce qui décida MM. les magistrats à quitter le collège et à ordonner que la distribution seroit faite à l'hôtel de ville ». L'énergie de la municipalité fit peur aux Jésuites qui consentirent à quelques excuses (5).

En 1737, autres piqûres : le maire s'oppose à la suppression des représentations théâtrales qui occupaient pourtant par trop les enfants, en alléguant la « possession immémoriale » et l'émulation qui en résultait (6). La même année, à la rentrée des classes, il se plaint que les Révérends Pères n'aient pas envoyé un des leurs pour recevoir les magistrats qui venaient écouter la harangue latine que le Père de rhétorique prononçait

droit et que, par conséquent, les étudiants en philosophie qui fréquentaient les cours des Dominicains ne pouvaient le faire qu'au détriment de leurs études. Ils obtinrent d'abord une interdiction des cours des Dominicains, mais cette interdiction ayant été levée, ils s'avisèrent d'un autre biais et exigèrent que ce cours de théologie qu'ils détestaient, d'un an fut porté à deux, ce qui écarta les élèves. Langeron, Les écoles de philosophie et de théologie de l'ancien couvent des Dominicains de Dijon: Bulletin d'hist. rel. du dioc. de Dijon, 1884, p. 95 à 107. La tactique des Jésuites aboutit également à Besançon où ils empêchèrent l'établissement du cours de théologie des Dominicains. Des Cilleuls, La lutte pour la liberté d'enseignement secondaire à Besançon au dix-huitième siècle, Bul. de l'Académie de Besançon, 1910, p. 173 et suiv.

(1) A Sens, à 1747, on fait défendre aux supérieurs des petits séminaires d'imprimer des thèses destinées à des exercices publics. Quantin, Collèges, p. 64.

(2) De Charmasse, Les Jésuites, p. 70.

(3) Ibid., p. 81.

(4) Ibid., p. 83.

(5) Batault, p. 90.

(6) « Ces représentations attirent presque tous les honnêtes gens de la ville et de tous états au collège, ce qui n'est pas un petit objet pour exciter les écoliers à bien faire et à être couronnés en présence d'une assemblée aussi distinguée. » Batault, p. 103.

chaque année à pareille date (1). Le conseil ressentit vivement l'insulte et il autorisa le maire à poursuivre en justice ceux qui l'avaient commise.

Tous ces petits événements sont significatifs, il s'amoncelle l'orage autour de ces établissements si importants au siècle précédent. Ces susceptibilités, qui cherchent des prétextes, souvent mauvais, déguisent mal une animosité qui n'a peut-être pas encore une pleine confcience de sa force et de son but, mais qui s accroît et se fortifie de menus froissements de tous les jours.

L'mcompatibiliié d'humeur des pouvoirs administratifs d'alors et des Révérends Pères devait se manifester surtout dans les actes des parlements. Celui de Dijon, comme les autres, défenseur très obstiné des libertés de l'Eglise gallicane, ne voyait pas volontiers, en théorie, les Jésuites, leurs adversaires. Plus les temps nouveaux approchaient, plus il se montrait favorable aux Jansénistes. C'est seulement, après plus de quinze ans de tergiversations, qu'il se décidera, après des ordres réitérés du roi, à enregistrer le 23 novembre 1668, les bulles condamnant Jansénius (2) et encore ne le fera-t-il que « sans préjudice des privilèges de l'Eglise gallicane » Les affaires des Quillotistes que les Jésuites poursuivirent avec énergie et que le parlement ne condamna qu'avec indulgence (3) durent également leur créer, spécialement dans les familles parlementaires compromises, des ennemis acharnés. Le 7 septembre 1715 et le 21 août 1717, nous voyons que le Parlement réclame contre la déclaration royale de juillet 1715, permettant aux Jésuites de succéder à leurs parents jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Il y avait là un privilège exorbitant, retiré aux autres ordres, et de nature à troubler les familles (4). En 1718, les remontrances des parlementaires vont plus loin : le 17 novembre ils défendent, malgré les lettres patentes royales, la publication de la bulle du Pape, condamnant les Réflexions morales (5).

Les adversaires des Jésuites étaient donc répandus partout, dans la province et à la cour, dans le parlement et le clergé, dans la bourgeoisie janséniste et mêm * dans le peuple : les émeutes d'Auxerre (6) et le traitement qu'on fit subir aux Ursulines de Noyers (7) en sont des preuves parmi tant d'autres.

Ces attaques allaient devenir d'autant plus vives et plus redoutables que la résistance se faisait plus faible. Depuis longtemps, à l'intérieur de l'ordre s'était fait sentir un certain relâchement.

Comme les armées rudement disciplinées s'amolissent dans la victoire plus facilement que les autres, les Jésuites dans le courant du dix-septième siècle avaient perdu

(1) Quantin, p. 95.

(2) De la Cuisine, Le Parlement de Bourgogne, Dijon, 1864, t. III, p. 120.

(3) De la Cuisine, t. III, p. 131.

(i) Les remontrances sont reproduites par Muteau, p. 535, note 1.

(5) De la Cuisine, t. III, p. 167, 168.

(6) Voir p. 724.

(7) Voir p. 732.

peu à peu cette vigueur et cette cohésion qui avaient amené leurs premiers succès. Le gouvernement de l'institut était tombé aux mains des proviociaux et des profès, qui, plus intéressés par les soucis politiques, se déchargeaient volontiers sur les jeunes du poids de l'enseignement (4). Le recrutement était moins bon, puisqu'on n'exigeait plus de renonciation immédiate à la fortune lors de l'entrée dans l'ordre et que cette indulgence ouvrait carrière à des vocations douteuses. L'avidité et la passion de dominer qui s'expliquaient plus facilement au moment où l'ordre naissant avait besoin de faire face à une œuvre immense et de restaurer la discipline relâchée, persévéraient, alors qu'on ne voyait plus le but immédiat, et les contemporains s'en scandalisaient. L'influence des Philosophes et des Athées fit le reste.

Sans doute, dans le courant du dix-septième siècle, l'impulsion reçue est encore assez puissante pour qu'on n'aperçoive pas ces défauts dans les collèges de l'ordre, mais, au dix-huitième siècle, ils sont flagrants, et nous ne pouvons point considérer entièrement comme faux les reproches qu'adressait aux Pères, Boullemier, un de leurs détracteurs acharnés sans doute, mais bien placé pour les connaître et qui, parlant à un moment où les anciens élèves des Jésuites étaient partout, n'aurait pu vraiment sans soulever de très énergiques démentis s'exprimer comme il le faisait, si ses accusations eussent été entièrement calomnieuses. Il blâme chez les Jésuites « la jeunesse et l'inexpérience des régents des basses classes, le dégoût pour les fonctions de l'enseiment, la hâte de quitter les chaires d'humanités pour celles de théologie, l'ennui chez les professeurs aussi bien que chez les écoliers, la faiblesse des études, la routine et les méthodes arriérées (2)». Qu'il n'y ait une forte exagération dans ces reproches, je le veux bien, mais tout n'était pas exagéré. Et même si l'on peut constater que les Pères avaient fait des efforts pour relever le niveau de leur enseignement et introduire plus largement dans leur plan d'études les sciences naturelles et l'arithmétique, on est obligé d'avouer qu'ils n'y réussirent guère.

Leurs méthodes, un peu routinières, ne développaient point cet esprit de recherche, de vérification et d'inquiétude nécessaire aux sciences naturelles. Ils ne s'adaptèrent pas ou plutôt ils n'eurent pas le temps de s'adapter. La catastrophe qui devait ruiner leur ordre en France arriva sur ces entrefaites. Pour manquer leur revanche et négliger les événements favorables à leurs ressentiments, leurs ennemis étaient trop puissants et trop habiles.

L'occasion cherchée fut le scandale de l'affaire Lavalette et ses spéculations commer-

(1) Sur tous ces points, Bœhroer, p. 257-26">.

(2) Ces thèmes continuels étaient indiqués comme une méthode routinière et absurde (Muteau, p 325 et 503), l'usage continuel du latin déplaisait aux femmes (Deberre, p. 60 et 61). Les revues de littérature et d'érudition avaient abandonné l'ancien latin et les vers latins ; les citations érudites si prisées au siècle précédent ne touchaient plus personne. Sur tous ces points, voir Debrie, Bulletin du diocèse de Dijon, 1903, p. 163, 164.

ciales à la Martinique. Le Parlement de Paris profita du procès pour examiner les statuts de l'Ordre et le 8 juillet 1761, il le déclara illégal. Le 6 août 1762, il ordonnait sa suppression et le 14 juin 1763 le roi déclarait tous ses biens confisqués au profit de la couronne (1).

Le Parlement de Dijon qui avait déjà, un an auparavant, témoigné d'une humeur hostile aux Jésuites à propos des mémoires d'Aix (2), fut réuni au mois de juillet 1763 (3). Les trois conseillers, Febvret de Fontette, Cottin de Joncy et Bureau de Saint-Pierre, présentèrent trois rapports ou plutôt trois réquisitoires. Le premier fit valoir que les Jésuites n'avaient pas observé les conditions posées par les lettres de leur institution. Il ne lui fut pas difficile de prouver que l'Ordre avait pris le nom de « Jésuites », ne s'était pas soumis aux évêques et qu'il formait une congrégation.

Il ne s'attacha pas au fait qu'en 1603 le nom de Société ou Compagnie de Jésus avait été employé par des lettres patentes royales et qu'il était bien tard, après deux siècles, pendant lesquels les Pères avaient joué le rôle si considérable et si officiel que l'on sait, de venir contester leur droit à l'existence. Le procès qui se déroulait était surtout un procès de tendance : on poursuivait, d'une façon vague, l'Ordre comme « préjudiciable à l'Etat par ses statuts, ses sentiments ou sa conduite (4) ». M. Cottin de Joncy, le lendemain, insista sur ce qu'il y avait dans l'institut « des soy disant Jésuites » de contraire aux maximes du royaume et à l'ordre public (5). Il montra toute l'organisation des Pères, depuis la classe des indifférents jusqu'à celle des profès de quatre vœux en passant par les écoliers approuvés, les coadjuteurs formés et les profès de trois vœux. Il attaqua les privilèges et les constitutions des Jésuites, les fausses renonciations faites à ces privilèges et le despotisme du pouvoir directeur et la servilité de l'obéissance qui lui était due. « Il est contre l'ordre public, disait-il, qu'on tolère dans le royaume une société religieuse qui n'a aucune législation fixe et permanente, dont la règle toujours variable peut être étendue ou restreinte et dépend de la volonté du général... ; que les sujets s'engagent sans connaître dans toute leur étendue les obligations qu'ils contractent...; que des citoyens contractent un engagement non réciproque, etc. ».

Enfin, le troisième jour M. Bureau de Saint-Pierre présenta le compte rendu de la doctrine morale des soi-disants Jésuites (6). Tous ces commissaires concluaient à l'expul-

(1) Bœhmer, Les Jésuites, p. 271 ; Batault, p. 104. Les Jésuites avaient bien essayé d'éviter le danger qui les menaçait ; on verra à ce sujet une lettre du recteur Charles Gauthier au conseiller Fevret de Fontette, du 25 mars 1763. Muteau, p. 558. A Paris, ils étaient allés plus loin puisque, le 19 décembre 1761, le Père provincial remettait aux évêques de France une déclaration signée de 116 Pères qui s'engageaient à enseigner les propositions de l'assemblée de 1682. Viollet, Le roi et ses ministres, Paris, 1912, p. 133.

(2) De la Cuisine, t. III, p. 155, 257.

(3) De la Cuisine, t. III, p. 244, 245 ; Muteau, p. 558 et suiv.

(4) Compte rendu, Ie' cahier, p. 74.

(5) Compte rendu, 2e cahier, p. 66.

(6) 3e cahier, p. 11 et suiv.

sion tout en rendant hommage à « la vie dure et laborieuse des soi-disanls jésuites, à la régularité de leurs mœurs et aux vertus éclatantes de plusieurs d'entre eux ». On faisait le procès de l'Ordre et non celui de ses membres sans se demander si l'absolution des uns n'était pas celle de l'autre.

Le 11 juillet 1763, un arrêt du Parlement de Dijon (1) approuvait l'arrêt du Parlement de Paris, déclarait qu'il y avait abus dans les constitutions, déclarations et « ce qui constituait l'essence du dit régime », il l'affirmait « incompatible avec les principes elles règles de tout état policé, destructif de la subordination légitime à laquelle tous les sujets sont tenus envers leur souverain; spécialement répugnant aux libertés de l'Eglise gallicane, aux quatre articles de l'assemblée générale du clergé de France ; contraire aux canons de l'Eglise, aux maximes et lois fondamentales du royaume; inconciliable avec le droit public tant ecclésiastique que civil de la nation, et irréformable par son essence (2) ». Les vœux des Jésuites furent donc annulés, on ordonna la fermeture de leur collège. Les Jésuites devaient avoir vidé leurs maisons, collèges et résidences au 1er octobre prochain ; ils devaient « se retirer en tels lieux du royaume que bon leur semblera, autres néanmoins que collèges, séminaires ou toutes autres maisons destinées à l'instruction et éducation de la jeunesse, si ce n'est le temps nécessaire pour être admis aux ordres ». Ils devaient vivre sous l'autorité de l'Ordinaire et ne pouvaient se réunir au nombre de plus de deux, sous quelque titre et dénomination ni en quelque maison ou habitation que ce puisse être et sans pouvoir sortir du royaume qu'en vertu d'une permission expresse du roi ».

Cette expulsion des Jésuites marque véritablement dans l'histoire de l'enseignement une date nouvelle. C'est d'elle que nous partirons pour jeter un regard d'ensemble sur l'enseignement à la fin du dix-huitième siècle et voir où en étaient l'instruction primaire, les collèges et enfin les établissements d'enseignement supérieur et les cours publics divers.

U instruction primaire.

L'instruction primaire dans le courant Hu dix-huitième siècle se répand de plus en plus. Sans doute l'école dépend toujours du clergé et le recteur de l'approbation de l'évêque, mais l'Etat montre un souci plus grand des écoles et, toujours à l'occasion des mesures prises contre le protestantisme, nous voyons que la déclaration du 14 mai 1724. enjoint aux parents d'envoyer leurs enfants aux écoles jusqu'à l'âge de 14 ans (3).

(1) A Chalon, l'arrêt fut enregistré le 18 juillet.

(2) Compte rendu, 4e cahier, p. li et suiv.

(3) « Art. 6. — Enjoignons à tous les pères, mères, tuteurs et autres personnes qui sont chargées de l'éducation des enfants et nommément de ceux dont les pères ou les mères ont fait profession de la R. P. R. de les envoyer aux écoles et aux catéchismes jusqu'à l'âge de quatorze ans, même pour ceux qui sont au-dessus de cet âge jusqu'à celui de vingt ans aux instructions qui se font les dimanches et fêtes, etc. » Isambert, Recueil des anc. lois françaises, t. XXI, p. 264. L'on prévoit donc non seulement l'obligation scolaire, mais aussi la fréquentation post-scolaire.

Elle exige un contrôle de celle mesure de la part des procureurs royaux et de ceux des seigneurs hauts-justiciers (4). Les intendants, eux aussi, surveillent plus attentivement que jamais la situation de l'école. Enfin, il n'y a pas jusqu'à certaines théories répandues et encore très influentes au début de la Révolution, comme celles des Physiocrates qui ne contribuent au succès des études en voyant en elles non seulement un moyen d'éducation et de formation en partie religieuse, mais aussi des véhicules puissants pour l'instruction et des facteurs de richesse (2). Sans doute ces idées furent combattues par d'autres, mais comme les sentiments contraires à l'instruction du peuple se manifestèrent plutôt à l'occasion de ce que nous appellerons l'enseignement secondaire, c'est à ce propos que nous en parlerons.

De la diffusion des écoles paroissiales en Bourgogne à la veille de la Révolution, il n'est plus permis de douter : les beaux travaux de MiM. de Charmasse (3) et Quantin (4), de MM. Babeau (5) et Fayet (6) ont répandu sur le sujet une suffisante lumière. Grâce au premier surtout, nous pouvons donner une statistique des écoles d'un grand nombre d'archiprètrés de l'ancien diocèse d'Autun. Nous voyons que pour les archiprêtrés d'Arnay-le-Duc, d'Avallon, de Beaune. de Nuits, de Fiavigny, de Semur-en-Auxois, de Couchey, de Duème, de Pouilly-en-Auxoiset de Touillon, sur deux cent soixante-quinze paroisses, il y avait deux cent vingt et une écoles dont onze étaient dirigées par des maîtresses (7).

(1) « Art. 7. — Pour assurer encorre plus l'exécution de l'article précédent, voulons que nos procureurs, et ceux des sieurs hauts justiciers, se fassent remettre tous les mois par les curés, vicaires, maîtres ou maîtresses d'écoles ou autres... un état exact de tous les enfants qui n'iront pas aux écoles ou aux catéchismes et instructions, de leurs noms, âges, sexes et des noms de leurs pères et mères, pour faire ensuite les poursuites nécessaires contre les pères et mères... ou autres chargés de leur éducation. » Isambert, lac. cit., p. 264, 265.

(2) La lettre des curés de l'archiprêtré de Vézelay à Msr Marbeuf, évêque d'Autun, en 1769, montre qu'on voit dans l'instruction non seulement des avantages spirituels, mais aussi des avantages temporels. Cette lettre est citée par M. de Charmasse dans l'ouvrage indiqué à la note suivante et par l'abbé Pissier, Recherches historiques sur Asquins avant 1789 (Bulletin de la Soc. d'études d'Avallon), 1909, p. 239 et suiv.

(3) M. de Charmasse, Etat de l'instruction primaire dans l'ancien diocèse d'Autun pendant les dix-septième et dix-huitième siècles.

(4) « La seconde moitié du dix-huitième siècle voit partout des écoles dans les paroisses qui forment l'arrondissement d'Auxerre. »

(5) Dans l'Aube, en 1789, sur quatre cent quarante-six communes, quatre cent trois étaient pourvues d'écoles. Or l'Aube, remarque Voillery, p. 176, comprend l'ancien bailliage de Bar-sur-Seine.

(6) Les écoles de la Bourgogne sous l'ancien régime ou réfutation d'un rapport officiel de 1813, par M. Fayet, Langres, 1875, 1 broch. de 32 pages.

(7) Pour l'ancien diocèse d'Autun, voici les conclusions de M. de Charmasse :

Archiprêtré d'Arnay-le-Duc. — 33 paroisses ; 30 écoles ; 28 maîtres et 2 maîtresses. Aubaines, Joursen-Vaux, Vie, Champignolles et Veilly n'ont pas d'écoles.

Archiprêtré d'Avallon. — 28 paroisses ; 27 écoles y compris les Ursulines d'Avallon.

Archiprêtré de Beaune — 50 paroisses (46 rurales, 4 urbaines); 40 écoles (3 parmi les paroisses urbaines, 2 de filles).

Archiprêtré de Couches. — 22 paroisses ; 9 écoles (7 de garçons, 2 de filles).

Archiprêtré de Duême. — lbid.

Archiprêtré de Fiavigny. — 29 paroisses ; 29 écoles.

Archiprêtré de Nuits. — 29 paroisses; 26 écoles.

Pour la partie de l'ancien diocèse de Dijon comprise dans l'ancienne Bourgogne, bien que ne possédant point des documents aussi complets, nous arrivons à des résultats analogues. C'est ainsi que le doyenné rural de Saint-Jean de Dijon pour vingthuit cures, dix vicariats, dix binages, en tout quarante-huit églises (1), comprend au moins quarante quatre écoles (2); le doyenné de Bèze pour vingt-cinq églises au moins dix-huit écoles (S) ; celui de Saint Seine pour vingt églises au moins quatorze écoles (4), celui d'Is-sur-Tille vingt et une écoles sur vingt-cinq églises (5). A Mirebeau la propor-

ârchiprêtré de Pouilly-en-Auxois. — 23 paroisses ; 22 écoles (dont 1 maîtresse). Archiprètré de Semur-en-Auxois. — 23 paroisses ; 13 écoles (dont 1 maîtresse d'école). Archiprêtré de Touillon. — 16 paroisses; 16 maîtres d'école. En résumé, sur 275 paroisses, il y avait 221 écoles, dont lt étaient dirigées par des maîtresses.

(1) Pour compléter dans une certaine mesure le travail de M. de Charmasse qui comprend le diocèse d'Autun, nous avons dressé le tableau des écoles du diocèse de Dijon qui faisaient partie du duché de Bourgogne. Nous prenons la nomenclature des paroisses de ce diocèse dnns le pouille du diocèse de Dijon vers 1789, publié par M. Gabriel Dumav dans les Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d'Or^ t. XII, p. 81-36. Nous respectons l'orthogiaphe des noms de lieux cités par ce document pour rendre les recherches plus faciles dans l'index dressé par M. Dumay. Nous indiquons par un astérisque *, les paroisses dont les recteurs ne sont pas mentionnés dans les inventaires des archives du département de la Côte-d'Or publiés par Joseph Garnier, et bien que nous ayons compulsé toutes les liasses où il n'indiquait pas de recteurs, nous ne croyons pas notre liste complète, car dans certains villages nous n'avons rien comme archives ou des pièces insignifiantes. Nous donnons néanmoins ci-dessous le résultat de nos recherches que l'on pourrait facil. ment compléter par des enquêtes dans les actes de l'état civil de l'époque.

Pour le doienné rural de Saint-Jean de Dijon, nous avons des recteurs à Saint-.lean-de-Losne, Arch. dép. Côte-d'Or, C. 1574 ; à Ahuy, C. 454, 2952; Brochon*, C. 2958, 2959; Fixin, C. 524, 2959; Echirey ou Ruffey, C. 578, 579 ; Fontaine, C. 532 (Fayet, op. cit., p. 28); Gevrey, C. 535; Hauteville, C. 537; Marsannay-en- Montagne*. C. 550, 2900; Perrigny*. C. 2959 ; Couchey, C. 499; Messigny, C. 552, 553; Orgeux, C. 561, 562: Varoy, C. 613, 614 ; Plombières, C. 570 ; Velars, C. 615, 616 ; Sùnt-Apollinaire, C. 581 ; Talant, C. 599, 2956 ; Aiserey, C. 456, 457 ; Barge, C. 468 ; Saint-Philibert, C. 584 ; Brasey, C. 1586, 2962; Montot, C. 1609; Cessey et Chambeire, C. 483, 484, C. 2962; Isier C. 541 ; Longchamps, C 773; Labergement, C. 770; Remilly, C. 575, 576 2952 ; Tellecey, 835, 2929; Cirey C. 491 ; Binge, C. i72, 473 ; Chevigny-Saint-Sauveur, C. 489; Couternon, C. 501 ; Fauverney, C. 516; Magny, C. 547, 548 ; Fénay, C. 519, 520 ; Saulon-la-Chapelle, C. 587, 589, 29"i8; Longvic, C. 546; Neuilly, C. 554, 555; Crimolois*, C. 503; Noiron-les-Citeaux, C. 556, 557; Quétigny, C. 573, 574, 2951, 2952 ; Sennecey, C. 597, 2912, 2930 ; Tart, C. 601, 605, 608(3 écoles) ; Varange, C. 612, "2944. Nous ne trouvons pas d'indications pour Bellefond. Fixey, Essigey et Marlien.

(2) Il faudrait dire 46, si l'on songe qu'à Tart il existe trois écoles (Tart-le-Haut, Tart-le-Bas, Tart-1'Abbaye).

(3) Doienné de Bèze :

Arceau*, C. 461 ; Beaumont*, C. 1226; Beire, C. 1228, 1229; Bèze, C. 2911, 2012 ; Bourberain*, C. 2016 : Brognon, G. 1 >32 ; Dampierre-sur-Vingeanne, C. 507; Flacey*, C 1247, 2958 ; Lux, C. 1261 ; Mornay* C. 2056 ; Pouilly, C. 2i 60 ; Noiron-sous-Bèze, C. 1272 ; Saint-Seine-sur- Vingeanne, C. 586 ; Spoy, C. 1293, 2959 ; Val- Saint-Juhen, C. 1282; Clénay, C. 493; Véronne, C. 1303, 1304 ; Viévigne, C. 617. Nous n'avons pas trouvé pour l'Heuilley et Oigny.

(4) Doienné de Saint-Seine :

Baume-la-Roche*, C. 2190; Blaisy-le-Bas, C. 1803 (Bulletin du dioc. de Dijon, 1903, p. 128) ; Villotte. C. 1213; Clarencey, C. 1809; Curtil, C. 504; Etaule, C. 515; Francheville, C. 1252; Pellerey, C. 1192; Prenois, C. 571 et C. 2916; Vaux, C. 1211, 2963; Saint-Seyne, C. 1203 et C 2909; Bligny, C 1172; Trouhaut*, C. 1209; Val de Suzon, C. 609, 610. Nous ne trouvons rien pour Panges, Blaisy-Haut, les enfants vont probablement à Blaisy-Bas, Champagny, Darois, Poncey, Saint-Martin-du-Mont et Turcey.

(5) Doienné d'Is-sur-Tille :

Boussenois, C. 1230; Chaignay, C. 1236; Courtivron, C. 1241; Tarsul, C. 1298; Echevannes*, C. 2029; Villey, C 1308 ; Gémeaux, C. 1256 ; Pichange*, C. 1276 ; Is-sur-Tille, C. 1214 et C. 2945; Marsannay-le Bois, C. 1264 etC. 2958; Epagny, C. 1248; Norges-la-Ville, C. 558; Savigny, C. 1288; Saulx-le-Duc, C. 1236; Poiseul-, B. 12142, t° 282 et B. 12144, t° 105; Selongey, C 1291, C. 2965; Foncegrive, C. 1248; Tilchâtel, C. 2067 ; Vernot, C. 1300, 1300, 1301 ; Villecomte, C. 1366; Diénay, C, 510. Les renseignements nous manquent pour Cressey, Orville, Saussy.

tion est encore plus satisfaisante, nous comptons vingt-quatre écoles sur vingt-cinq églises (1), fie même dans le doyenné de Minot où nous avons pour vingt et une églises dix-huit écoles au moins (2). Par contre, le doyenné de Sombernon pour lequel nous sommes moins renseignés, ne nous livre que quinze écoles connues sur trente-trois églises (3), il est vrai qu'en ce pays pauvre, il existait dix binages et que nos documents sont certainement incomplets.

En somme pour cent quatre-vingt-douze églises, nous avons plus de cent cinquantequatre écoles, ce qui nous donne une proportion de quatre cinquièmes certainement inférieure à la réalité (4), à en croire le conventionnel Daunou, qui écrivait, en 1789, dans le journal encyclopédique : « S'il n'est guère de ville qui n'ait de collège, il n'est guère de hameau qui n'ait sa petite école (5). »

Les recteurs sont toujours choisis suivant l'ancienne méthode par la communauté des habitants réunie sur la place publique, parfois même au cabaret, et composée de pères de famille. Le vote avait lieu à haute voix, dans les cas douteux l'intendant était saisi. Une fois élu le maître devait passer un examen devant l'autorité ecclésiastique. Il passe par une triple épreuve des habilants, du curé et du représentant de Pévèque, ou plutôt il est présenté par les paroissiens et le curé et reçoit de l'Ordinaire l'autorisation d'enseigner, ou les lettres de régence. Les ordonnances synodales du nouveau diocèse de Dijon, publiées en 1 744, montrent bien, sur ce point, la situation du maître. Les curés et vicaires doivent veiller à ce qu'il en soit établi un partout (6), et à défaut

(1) Doienné de Mirebeau :

Belleneuve, G. 470, G. 2953 ; Bezouotte, C. 740; Binge, C. 472, 478; Cirey, C. 491 ; Etevaux, C. 756, 757; G. 2911 ; Champagne, C. 1238; Cheuge, C. 748; Jancigny, C. 768 ; Magny-Saint-Médaid, C. 791, 792, G. 2931 ; Heuilley, C. 765 ; Mirebeau, C. 796, C. 2908; Montmançon, G. 80 ; Drambon, C. 754 ; Oizilly, C. 802, G. 2927, 2932, 2935, 2942; Renève, C. 1280; Saint-Jean-de-Pontailler. C. 805, C. 2932, 2938; La Mirchotte (voir à Lamarche-sur-Saône, C. 786, C. 2921) ; Saint-Léger, C. 825, 826 ; Marandeuil, C. 784 ; Saint-Sauveur, G. 827, 828; Tasnay, C. 1295, 1296; Talmay, G. 833, 834 (Liste à peu près complète des recteurs depuis 1540 suivant une communication que m'a faite M. G. Dumay) ; Trochère, C. 842. La Marchotte, qui n'a pas d'école, n'est qu'un hameau de 16 feux. Courtépée, II, p. 435.

(2) Doienné de Minot :

Barjon, C. 1225; Avaux, C. 1223; Avelange, G. 1221 ; Bussières, C. 647 ; Bure, G. 1063, 106i ; Echalot, C. 1084; Essarois*, C. 1087; Montenaille et Busserotte, G. 1234 ; Frenois, G. 1254; Molois, C. 1268; La Margelle, C 1190; Lery, C. 1189, G. 2966; Marey, C. 1262; Minot, C. 111! ; Montinoyen, C. 1117; Poiseulla-Grange, G. 1193 ; Saint-Beroing, G. 1135 : Moitron, G. 1112 ; Salives, C. 2958. Nous manquent des indications sur Beneuvre, Romprey, Fraignot.

(3) Doienné de Sombernon:

Sainte-Marie, G. b78 ; Crteva.nnay', G. 2912 ; Echannay, G. 655 ; Gissey, C. 658; Grenan, G. 659; Lantenay, C. 542; Pâques, C. 568; Malain, C. 664; Montoillot, G. 2952; Pralon (il y a des religieuses); Remilly, C672, C. 2935, G. 2945 ; Sombernon, G. 1823, G. 2958 ; Mesmont, C. 668; Ursy*, G. 607, G. 2955 ; Arcey*, G. 463. Nous n'avons point de renseignements sur les autres villages.

(4) M. Fayet conjecture qu'il n'y avait guère que le sixième des paroisses n'ayant pas leur école. Je pense que la proporlion était encore plus faible.

(5) Cité par Voilleiy, La fin de l'ancien régime en Bourgogne, Beaune, 1908, p. 182.

(6) Les statuts synodaux de Dijon déclaraient : « S'il se trouve dans notre diocèse quelques paroisses qui soient sans recteur d'école, nous ordonnons aux curés et vicaires desdites paroisses de veiller à ce qu'il en soit établi. » C'est en accomplissant ce devoir que nous voyons le curé de Serley adresser une requête à l'intendant pour obliger les habitants à se pourvoir d'un recteur d'école. Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 1002.

d'autre candidat, choisir celui des habitants qui paraîtra le plus propre à se bien acquitter de cette fonction « de concert avec la communauté assemblée (1) > Le chapitre 44 ajoute ensuite • « Ceux qui voudront être admis pour faire les fondions de recteurs d'école dans une paroisse, après avoir fait leurs conventions dans une assemblée qui sera indiquée par le curé en la manière ordinaire, se présenteront à notre promoteur ou à tel autre prêtre que nous voudrons commettre, pour être interrogés sur les principes de la religion, sur la lecture, l'écriture (°2), l'arithmétique, le plain-chant, et sur ce qu'ils doivent savoir des cérémonies de l'église... et lorsqu'ils seront trouvés propres à bien remplir l'emploi auquel ils aspirent, nous leur donnerons, pour cet effet, notre approbation par écrit ».

On peut dire qu'une quatrième approbation était nécessaire, celle de l'intendant ou du moins que l'intendant pouvait intervenir, et en fait intervenait souvent, dans les contrats passés entre les communautés et le recteur, soit pour ratifier, soit pour infirmer les conventions. Les archives le montrent attentif à l'avis de son subdélégué, tantôt diminuant, tantôt haussant les prix fixés par le contrat. Chaque année il reçoit les rôles de taille du recteur d'école, en tout temps il veille à l'exécution des contrats, enfin il s'occupe des contestations : les habitants qui ont à se plaindre d'un recteur s'adressent à l'intendant (3) aussi bien qu'à l'évêque (4); ils font de même les recteurs qui se pensent révoqués à tort (5).

En général les conventions sont passées pour une durée assez courte. C'est une sorte d'amodiation, un bail de trois, six, neuf que passe le recteur pour un salaire fixe dont le montant, fort variable dans les documents que nous avons sous les yeux, oscille entre quinze et trois cent cinquante livres (6), et s'accroît, en outre, d'une rétribution scolaire des enfants qui se gradue suivant le genre d'instruction qui leur est donnée. C'est ainsi que fréquemment l'on exigera, par mois, trois sous des enfants qui apprennent à lire,

(1) L'archiviste Quantin indique parmi eux des notaires et des avocats. — Cf. Voillery, La fin de l'anc. rég. en Bourg., p. 178 et suiv.

(2) M. Voillery ajoute : « les principes de l'orthographe et de la grammaire ». En 1782, à Bourbon-Lancy, le sieur Ousuzeau est soumis à un examen sérieux des curés de la ville. Arch. du départ, de Saône-et- Loire, D. "2.

(3) C'est ainsi qu'à Gémeaux, nous voyons révoquer un recteur soutenu par le seigneur. C. 1256. Huguenin, Un village bourguignon sous l'ancien régime, Gémeaux. Dijon, Darantiere, 1893, p. 211 et suiv. Un gros procès est soutenu à Grenan entre deux recteurs dont l'un a été nommé par l'évêque. Arch. Côte-d'Or, C. 659.

(4) C'est à l'évêque que s'adressent les habitants d'Asquins pour se plaindre de la négligence du maître {Bulletin d'Avallon, 1909, p. 238). On trouvera, pour le diocèse de Langres, aux Arch. de la Haute-Marne, sous les nos 147 à 151, le Registre des décisions du bureau établi par l'illustrissime Gilbert de Montmorin pour le gouvernement de son diocèse, cité par Fayet, op. cit.

(5) Les Arch. dép. Côte-d'Or, C. 872, nous montrent une réclamation du sieur Arnaut, recteur d'école de la paroisse Saint-Nicolas de Beaune, contre sa révocation par les habitants.

(6) A Pommard, le recteur d'école a 300 livres (Arch. dép. Côte-d'Or, C. 947). Voillery, loc. cit., p. 179. De plus, les habitants lui doivent chacun six pintes de vin ou 15 sols dans les mauvaises années ; il y a en outre la rétribution payée par les élèves. Quand le maître est grammairien dans une petite ville il est mieux payé.

cinq sous de ceux qui reçoivent en outre des notions d'écriture (1). Les recteurs sont en général exempts d'impôts et de tailles, parfois ils reçoivent un logement (2) avec des gages ou, au ieu de gages, sont gratifiés d'une pièce de terre, ou de rétributions en nature. Le cumul de tous ces genres d^ rétributions est admis dans certains villages. Les gages sont tantôt pris sur les revenus ordinaires de la commune, ou inscrits au rôle de la taille ou sur un rôle spécial tenu par l'intendant; dans certaines paroisses heureuses, des fondations ont délivré les habitants du souci de payer le recteur (3).

Ces gages constituent pour les villages une lourde charge car, chose trop peu remarquée, ils augmentèrent considérablement dans le courant du dix-huitième siècle : à Crimolois le recteur reçoit 20 livres en 1770, 24 en 1772, 36 en 1778, 54 en 1781 ; le recteur de Beaumont-sur-Vingeanne ne touchait que 15 livres par an en 1750, en 1770 ses gages sont montés à 35 livres, ils sont de 150 livres en 1786. Olui de Lux, en 1757, se contentait de 20 livres, il en touche 40 en 1758, et 150 également en 1787; le recteur de Dampierre-en-Montagne louche 60 sols en 1768, 100 sols en 1777. On peut dire, par ces exemples pris au hasard et un peu partout, que l'élévation du taux des gages est générale au dix-huitième siècle.

Ces crues importantes des salaires rectoraux ne doivent pas toujours être interprétées comme des augmentations pures et simples. Souvent le recteur reçoit plus d'argent parce qu'il reçoit moins de dons en nature. On l'explique expressément en 1787, à Arceau, où moyennant ses 230 livres, le maitre d'école doit écrire sans rétribution les actes aux assemblées de la communauté, porter les eaux bénites, renoncer ï la demi-mesure de grain et aux galettes, etc., qu'il recevait auparavant (A). Néanmoins on peut considérer que de 1750 à 1785 environ, en ti ente-cinq ans, les gages des recteurs ont souvent plus que doublé, parfois quintuplé et même décuplé, et cela grâce à la vigilance de l'Lglise et de l'Etat.

(1) A Pommard, les élèves qui débutent paient 3 sols, les plus avancés qui lisent 4 sols ; la somme s'élève à 5 sols quand ils commencent à écrire, G sols quand ils apprennent à lire en procès, 8 sols s'ils étudient en sus l'arithmétique, 10 sols s'ils vont jusqu'au plain-chant Les pauvres et orphelins sont instruits gratuitement au nombre de cinq ou six, au choix du curé (Voillery, La fin de l'anc. rég. en Bourg., p. 179). A Ûampierre-en-Montagne, les enfants paient 5 sols par mois pour apprendre à écrire, 5 sols pour apprendre a chanter, 3 sols pour apprendre à lire. (Arch. Côte-M'Or, C. 1810).

(2) L'abbé Voillery, p. 180, indique des maisons rectorales à Sdint-Uruge, Irouer, Sainte-Palais, Asquin. Genay, Frolois, Villebicbot, Pernand, Volnay, Vi&niolles, Lusigny. Nous pouvons ajouter Marsannay-la-Côte. Bourberain où, en 1778, on a abattu la vieille école, Poiseul-les-Saulx, etc. Pour Arc-sur-Tille, Arch. dép. Côte-d'Or, L. 794, f° 36.

(3) C'est ainsi qu'en 1779 Adam Chaignot et Fr. Bouchard, sa femme, obtinrent la permission de céder à la communauté de Poiseul-les-Saulx une maison et des terres pour entretenir une école. Arch. dép Côte-d'O'-, B 12142, f" 282 et pour les lettres de surannalion : B. 12114, f° 105. Toute une liste de fondateurs est donnée par l'abbé Voillery, op. cit., p. 180. Sur un legs de l'abbé Pingon aux habitants d'Arrens-enliugey. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12140, f» 13 (1767). Sur celui de la dame de Saint-André de 200 livres de gages au recteur de Grenan. Arch. dép. Côte-d'Or, C. G59.

(4) Il touche en outre les mois des écoliers et les assistances à l'église et est exempt de la taille royale et des autres charges de la communauté. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 461. On verra aussi une assez curieuse énumération des droits en nature du recteur de Dampierre-en-Montagne (Arch. dép., C. 1810); il est vrai que la plupart de ces droits, il les perçoit comme marguillier.

L'intendant et son subdélégué s'occupent aussi d'une meilleure répartition de l'imposition scolaire. Toujours pour Arceau, le subdélégué Millot fait remarquer qu'en faisant payer tous les communiants pour l'école, on arrive en 1785 à 11 sols 3 par tête, « en sorte qu'un père de famille ayant dix enfants et point de biens, paie dix fois autant que celui qui n'en a qu'un et qui est trois fois plus ricbe : ce qui est le comble de l'injustice et de la déraison ». Aussi l'intendant décida que le recteur devrait recevoir gratuitement les enfants pauvres désignés par le curé pour leur faire deux fois par semaine le catéchisme, et que, désormais, l'imposition serait faite au marc la livre de la taille royale sur un rôle particulier vérifié et rendu exécutoire -ans frais par le subdélégué (1). Ce procédé plus juste, puisqu'il proportionnait la charge de l'impôt aux ressources de chacun, semble avoir été employé dans un giand nombre de localités et avoir remplacé l'impôt scolaire du moyen âge égal par tête de communiants (2).

Le recteur fournit toujours à peu près le même enseignement qu'au moyen âge, il apprend à lire en latin et en français, à écrire, à compter. C'est surtout le catéchisme et la morale qui forment la base des enseignements confiés à la mémoire. La mélliode d'instruction reste la méthode individuelle : les enfants épèlent chacun à leur tour et copient la ligne écrite au tableau par le maître. Celui-ci doit se conformer aux ordonnances synodales qui fixent les heures de classe, les matières à enseigner, le temps des examens (3), leur recommandent d'apporter le même zèle à l'instruction des pauvres et des riches, et surtout de ne point brutaliser les élèves.

Pour assurer L'application de ces règlements les recteurs sont soumis à une surveillance. « Nos archidiacres, nos doyens ruraux, disent les ordonnances synodales de Dijon, s'informeront, dans le cours de leuis visites, de ce qui regarde les recteurs d'école, et s'ils en trouvent qui ne soient point approuvés, ou dont la conduite soit suspecte, ou qui soient négligents dans l'exercice de leurs fonctions, ils ne manqueront pas d'en faire mention dans leurs procès-verbaux. »

La même vigilance et la même surveillance étaient recommandées aux pasteurs pour les écoles de leurs paroisses, ils devaient voir « si les maiires y sont assidus, s'ils y instruisent avec la méthode convenable, si les enfants y profitent, s'ils ne sont point traités avec trop de rigueur ou avec trop d'indulgence (4) ».

(1) Auparavant, les rôles non vérifiés permettaient des abus aux recteurs qui les dressaient et les percevaient eux-mêmes. Le subdélégué Millot rappelle que les habitants ne doivent mettre aucun rôle en recouvrement sans autorisation. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 542.

(2) A Flacey, à Dracy lez-Vitteaux, à Dampierre-en-Montagne, on remplace également les impositions pa>tête d'habitant par une somme fixe. Ue même à Lantenay. Arch. dép. Gôte-d'Or, C. 542.

(3) Il est ordonné aux recteurs d'école de « doijner assidûment leurs leçons pendant toute l'année sans autre interruption que celle des temps des récolles, ce qui ne pourra s'étendre au delà de deux mois ». Eu dehors des temps de vacances, il y avait congé le jeudi soir et les jours de fête arrivant en semaine. Voillery, p. 178 En fait, nous verrons par les documents révolutionnaires que dans les campagnes il y avait près de sept mois de vacances.

(4) Oans les villes où le nombre des écoles était assez grand, un excès de sévérité pouvait être puni par la fermeture de l'école ; c'est ce qui arriva à Dijon, en 1752, à la femme Condé. Arch. mun. de Dijon, B. 380.

Par une attention digne de remarque et pour sauvegarder la dignité du maître, il leur était enjoint, lorsqu'ils n'en étaient pas contents, de « ne le reprendre qu'en particulier et jamais en présence de leurs élèves ».

Telle était la situation des recteurs, on peui dire qu'elle était encore assez mal définie, que le choix était incertain, dépendant d'une assemblée souvent incompétente, que les gages variaient trop d'une paroisse à l'autre et surtout que l'avenir des maîtres ne s'assurait que par des moyens de fortune. La pension de retraite en général n'était pas prévue; quelquefois, quand la paroisse était fortunée, on faisait payer quelque chose au précédent maître par le successeur, quelquefois même s'établissait une pension, mais c'était très rare bien que désiré, puisque nous voyons que des demandes de pensions sont parfois adressées à l'intendant.

En somme, la situation du recteur, bieo que très améliorée, n'est pas encore brillante, il se plaint déjà d'être distrait de son travail par la quantité d'occupations accessoires dont on l'accable. Il est souvent le sacristain, le chantre, le servant d'église, le conducteur de l'horloge, le sonneur de cloches, le porteur d'eaux bénites (1). Quelques municipalités même en font déjà leur greffier et leur arpenteur (2). Si ces occupations variées accroissent quelque peu ses ressources, elles augmentent sa dépendance et l'écartenl par trop de ses fonctions principales. Aussi certains instituteurs bourguignons protestent-ils violemment contre la situation qui leur est faite sous ce rapport à la veille de la Révolution (3).

En résumé, l'instruction est largement donnée, il y a des écoles presque partout. Mais les maîtres sont pris un peu au hasard et ne reçoivent aucune préparation spéciale. Dès lors, on peut se demander si dans ces écoles on apprend vraiment quelque chose en dehors de quelques notions usuelles et du catéchisme. N'avons-nous pas là des garderies d'enfants plutôt que des écoles ? Il est impossible de répondre avec précision, faute de documents statistiques. Il est évident que les paroisses n'auraient pas payé aussi cher de -simples garderies ; d'ailleurs tous les contrats prévoient qu'une instruction sera donnée. Les résultats variaient avec les maîtres et, suivant les paroisses, pouvaient être fort différents. En général, l'usage de la signature était assez

(1) A Cessey et Clumbaire, le recteur d'école reçoit 37 livres par an pour les eaux bénites (27 de Cessey et 10 de Chambeire). Il touche 18 livres pour remonter l'horloge. Le subdélégué supprima les eaux bénites. « eu égard écrivait-il en marge, à ce que les gages sont assez forts ». Le recteur touchait 1T>0 livres plus la rétribution scolaire et les assistances a l'église. Aussi une seconde main à côté de la note du subdélégué, peut être la main le l'intendant, ajoutait-elle : « Très forts (les gages) eu égard à son casuel ». Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 483. A Crmolois, à Marsannay et nombre d'autres communes, les fonctions de marguillier et de recteur sont confiées à des personnages différents.

(2) Arpenter s'appelle alors « percher », par exemple à Orgeux.

(3) G est le sens du petit pamphlet intitulé : Cahier de doléances à présenter aux Etats généraux assemblés à Paris par les instituteurs des petites villes, bourgs et villages de la Bourgogne, publié par Albert Duruy, Revue des Deux-Mondes, 1881, n° du 15 avril, et reproduit par Muteau, p. 580.

fréquent, ce qui nous est prouvé par les registres de baptême (1), les minutes des actes notariés, les déclarations de terres des censitaires signées par des laboureurs, des vignerons et même des femmes (2), enfin par les cahiers de paroisses dressés en 1789. Mais, en fait, en dehors de la signature et de certaines règles pratiques de calcul et d'arpentage que conservaient les fortes têtes de chaque famille (3), il semble que les notions acquises en dehors, peut-être, des principes religieux, rafraîchis chaque jour par les prières et les dimanches par la messe et le sermon, s'évaporaient assez vite. Nous avons là-dessus quelques indications que l'on peut tirer de l'inspection de M. de Las Cazes pour la ferme générale de Bourgogne : il se plaint de l'ignorance prolonde des employés (4.). Toutefois cela ne veut pas dire qu'on n'apprit rien dans les écoles, nous savons par une expérience journalière, qui fait encore le désespoir des instituteurs d'aujourd'hui, qu'on désapprend vite au sortir de l'école, et si cette déperdition des connaissances acquises à l'école primaire (5) est encore possible maintenant malgré les journaux, les affiches et les livres à bon marché semés à profusion partout, combien à plus forte raison l'était-elle autrefois? L'école était donc tort répandue, mais il n'en sortait d'ordinaire que des savoirs peu consistants Dans les villes, les écrivains et grammairiens (6) réunis en corporations ou confréries offraient de toutes autres garanties que les magisters des campagnes, à en juger par leurs statuts qui les soumettent à des épreuves sérieuses, notamment par leurs statuts dijonnais approuvés le 23 juin 1764 (7). L'aspirant grammairien, s'il a été admis à se

(1) Quantin, Instr. prim., p. 40. A .loigny, à Saint-Julien-du-Sault, les registres de chrétienté sont presque tous signés des parents et des témoins (communication de M. E. Picard). On constate aussi de nombreuses signatures à Asquins. Bulletin de la Soc. d'Avallon, 1909, p. 243, 244. Par contre, à Villaines-les- Prévotes, on trouve, en 1G87, un maître d'école qui ne sait pas signer lui-même. Claudon, Rapport annuel des archives, 1912, p. 43.

(2) Bulletin de la Soc. d'Avallon, 1909, p. 244.

(3) C'est souvent le mieux doué qui s'occupera des comptes et de la lecture; les autres se reposeront sur lui et se permettront facilement d'oublier.

(4) Il déclare qu'à Dijon il a trouvé « des employés aussi faibles pour le verbal et ignorants pour l'écriture que dans les autres inspections du département » ; à Auxonne, pour le plus grand nombre, les employés sont « ignorants jusqu'à savoir à peine signer leur nom » ; à Chalon, il « y en a peu qui sachent écrire et verbaliser»; mêmes constatations à Noyers et à Louhans; à Paray-le-Monial, le capitaine général d'inspection, le sieur du Félix « se plaint que les commandants mêmes de ses brigades soient peu au fait du verbal et de l'écriture. » Georges Pitre, La ferme générale en Bourgogne et l'inspection de M. de Caze (1745-1746), Dijon, Nourry, 190-5, p. 154, 157, 159, 162, 163, 166, 173. Sans doute l'inspecteur, M. de Las-Cazes, qui est un médiocre, a pu grossir les rares défauts qu'il était à même d'apercevoir; de plus les maîtres d'école n'apprennent point à verbaliser, mais le fait que beaucoup des employés de la régie d'alors savaient à peine écrire, montre les faibles résultats obtenus.

(5) On pourra lire, sur ce point, un intéressant mémoire de M. Botival sur La déperdition des connaissances acquises à l'école primaire {Bulletin du Comité des trav. hist. et scient., section des sciences économiques et sociales. Congrès des Sociétés savantes de 1895, p. 350). Pour la Côte d'Or, des renseignements intéressants se trouvent dans les rappoits de M. Séris, au Conseil général, Rapport du Préfet. 1908, p. 166 et suiv. Cet oubli des connaissantes acquises est déjà constaté dès le moyen âge. Voir un texte cité par M Genestal, Le procès sur l'état de clerc, p. 15, note 1.

(6) Ils forment une confrérie sous le patronage de saint Nicolas. Arch. mun., G. 39. Nous avons une approbation de leurs statuts de 1719, 1720. Arch. mun. de Dijon, B. 359. D'autres statuts fuient établis en 1734. Chapuis, p. 404; Arch. mun, B. 368.

(7) Chapuis, Les anc. corpnr. dijonnaises, p. 408. Voir aux Arch. dép. Cote-d'Or, E5. Sur le placard imprimé de ces statuts, Chapuis, p. i!2, note 1 ; Arch. mun., G. 39; ibid., B. 398.

présenter après information, subit trois examens (1). Le premier jour il est interrogé sur les principes de la langue latine et de la langue française et fait un thème. Le second jour, il fournit une explication d'auteurs latins et une version. Le troisième jour on l'interroge sur les règles de la poésie latine, sur les figures de rhétorique et il doit « faire une composition en vers hexamètres et pentamètres » (2). Les aspirants grammairiens étaient soumis à des essais également sérieux et probants (3)

A la suite de ces vérifications du savoir du candidat, la communauté se prononçait a la majorité sur son admission et le nouveau maître prêtait serment (4) Désormais il jouissait des privilèges de la communauté, entre autres du monopole « des parties dépendantes des arts et profession des maîtres écrivains et grammairiens » (5). Tout rigoureux qu'il fût, ce monopole n'empêchait point les précepteurs particuliers d'élever des pensionnaires (6).

Ces maîtres grammairiens qui ne manquaient pas de mérite et dont certains même firent progresser leur art (7), étaient payés (8) ; ils préparaient les enfants à suivre les cours des Godrans jusqu'à l'âge de dix ans environ. Redoutant fort la concurrence des Frères de la doctrine chrétienne qui, eux, instruisaient gratuitement, ils réclamaient un droit de visite dans les écoles des Frères (9).

Précaution vaine, puisqu'en 1785 ils insistent encore et demandent « qu'à l'exemple de ce qui se pratique à Rouen et à Nancy, les frères des écoles chrétiennes ne puissent

(1) Une liste des matières sur lesquelles devait porter l'examen avait déjà été publiée en 1778. Arch. mun., B. 392.

(2) Art. x.

(3) « Art. h. —Ils subissaient aussi trois examens. Le premier jour, le récipiendaire devait répondre sur les règles de la prononciation et de l'orthographe, faire des lectures en fiançais et en latin même dans les pièces de procédure. On exigeait aussi des pièces d'écriture ronde, italienne et bâtarde, en grosse, moyenne, coulée et minutée... Le second jour, on l'interrogeait sur l'art de « jeter et compter tant aux jets qu'à la plume », et on lui faisait faire un exercice sur les quatre principales règles d'arithmétique simple ou par fraction ». Enfin le troisième jour on l'examinait sur des vérifications d'écritures et signatures.

(4) Mention de la prestation de serment du sieur CUllat, en 1739. Arch. mun., B. 373.

(5) Art. 14. — Défenses à toutes personnes, même aux ecclésiastiques, d'enseigner soit en ville, ou dans leurs maisons, à moins que les écoliers ne fussent leurs pensionnaires, aucune des parties dépendantes des arts et profession de nuitres, écrivains et grammairiens... Ce monopole leur était reconnu dès l'établissement de la Confrérie de Saint-Nicolas. Arch. mun., G. 39 ; on le rappelle en 1732 (Arch. mun., B. 367) et en 1739 (Arch. mun., B. 369).

(6) En 1783, nous lisons dans les Arch. mun., B. 417. la condamnation à 10 livres d'amende du sieur Fauconnet, précepteur, qui avait instruit d'autres enfants que ceux de la maison où il demeurait.

(7) Tel ce Gillot qui, en 1736, fut exempté de contributions pour avoir corrigé et augmenté « le rudiment de Langres ». Arch mun , B. 370.

(8) Debrie, Bulletin, p. 42, 43, 44. Néanmoins, le métier rapportait peu. Muteau, p. 575 etsuiv.; Chapuis, p. 405, 406.

(9) Dans le paragraphe 15 des statuts de 1764, il était dit que « les Frères de la doctrine chrétienne enseignant dans les écoles de charité de cette ville, se conformeront aux titres de leur institution, et en cas de contravention pourront lesdits maîtres, assistés d'un officier de police, faire visite chez lesdits frères. » Cet article contient la mention d'un droit de visite qui avait été refusé quelques années avant aux maîtres ■l'école. Arch. mun., B. 36o. Mais il ne semble pas avoir été admis en pratique. Arch. mun., B. 398; voir plus loin, p. 743. A Semur, les grammairiens se plaignaient également de la concurrence des Carmes (1737). ^eleu, p. 244.

admettre dans leurs classes que des enfants de parents déclarés indigents par certificat d'un échevin ou d'un curé de la paroisse et que les jurés de la corporation aient le droit d'aller chez les frères, assistés d'un commissaire de police, pour voir si le règlement était observé. Ce qui prouve bien que le droit de visite mentionné par le règlement de 1777 avait été obtenu par surprise, et que la municipalité n'en tenait pas compte, c'est qu'elle refusa d'accéder à cette requête et déclara ne rien vouloir changer à ce qui avait été arrêté en 1730 (1).

C'est que les frères des écoles chrétiennes, installés en 1705, rendaient trop de services pour qu'on songeai à les remplacer (2). En 171 S, l'école de la paroisse Saint- Philibert avait cent soixante-douze élèves, celle de Saint-Nicolas soixante-dix. Aussi, le 10 juin 1729, les frères demandent l'établissement d'une troisième école en sus des deux premières (3). La ville le leur accorda d'autant plus volontiers que, d'un côté, elle semble avoir suspecté les sentiments religieux delà corporation des maîtres écrivains (4) et, de l'autre, elle avait trop d'intérêt à la fréquentation scolaire pour vouloir l'entraver. Elle refusa même de prohiber d'une façon complète l'entrée des personnes aisées chez les Frères, ce qui l'eût obligée à augmenter ses subventions à ceux-ci, tout en faisant constater, pour apaiser les réclamants, par un échevin visiteur, que les élèves des écoles incriminées étaient presque tous indigents (5). Celte faveur pour les nouveaux instituts était générale en France à une époque où les congrégations étaient plutôt mal vues, elle s'étendait aux Doctrinaires et explique les lettres patentes de 1778 (6), qui réputaient les prêtres de la congrégation de la doctrine chrétienne capables de recueillir toutes successions. Les Etats provinciaux de Bourgogne vinrent également au secours des Frères (7). En dehors de Dijon nous les voyons installés à Belley au nombre de trois depuis 1762, « pour tenir les écoles chrétiennes et gratuites pour les garçons » (8)

(1) Arch. mun., B. 419 et B. 426 ; voir aussi Arch. mun., F. 19. Sur tous ces points, on trouvera d'assez nombreux renseignements dans un rapport de M. H. Poupon, Compte rendu de l'Association amicale des anciens élèves des frères des écoles chrétiennes de Dijon, 31 mai 1896, p. 14, 18, 19 et suiv.

(2) On trouvera des indications et des commentaires hostiles aux Frères des écoles, dans Muteau, p. 531 et suiv.

(3) Voir aussi Arch. dép., D. 124 et Muteau, p. 567.

(4) Il y a dans les statuts de 1764 tout un étalage de prescriptions religieuses qui semble bien répondre à cette prévention. En 1700, un maître décole avait été condamné à faire amende honorable pour avoir mal parlé de la sainte Hostie (Muteau, p. 528). On craignait les protestanis; ainsi l'arrêt du Parlement de Dijon (Arch. mun . G. 39) indique-t-il que nul ne pourra exercer la profession de maître écrivain sans l'approbation de l'évêque. Voir aussi Bibl. de Dijon, fonds de Juigné, raanus. n° 1, t. VII (v° école); Muteau, p. 571, note 3.

(5) Arch. mun., G. 39. Elle déclarait très justement : « Si les maîtres d'écolles prétendent avoir le ^roit de faire prescrire l'état, la condition et fortune des habitants qui ne doivent point user de cet avantage public (l'école gratuite), qu'ils le fassent décider avec les habitants. » Cité par Muteau, p. 569, eu note.

(6) Arch. dép., B. 12141, f°» 271 r° à 272 r° (28 juin). L'enregistrement est du 10 décembre.

(7) En 1750, ils leur achetèrent quatre poêles en fonte pour chauffer leurs classes à Dijon. Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 3694.

(8) Ils avaient été appelés à Belley par suite des libéralités des sieurs Bouillets d'Aizeret et de Noiron qui leur avaient légué 1,000 livres environ. On décida, avec ces 1,000 livres, par les lettres patentes royales du 15 octobre 1748 et de janvier 1762, ainsi que par les délibérations de la ville du 30 novembre 1749 et 4 avril 1762, de constituer 200 livres de rente à chacun des trois frères ; le surplus était fourni par les octrois. Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 362.

et à Noyers où les secours qu'ils reçoivent des habitants de la ville leur permettent, en 1766, de se déclarer tout uniment « ni riches, ni pauvres, au reste... contents de cette médiocrité (1)». Ils avaient aussi installé une école à Auxerreen 1721 et a. Autan, peu avant 1789. Dans la première de ces deux villes, les écoles Saint-Charles, fondées en 1759 par Mgr de Caylus. l'adversaire des Jésuites, élevaient, encore en 1791. quatre cents enfants de toutes conditions (2), et à Autun, en 1627, trois prêtres s'occupaient tout spécialement des enfants pauvres. La ville d'Auxonne, elle aussi, profitait d'un legs d'un nommé Monin de la Coude, écuyer, qui avait cédé à l'institut des frères de Saint-Yon, de Rouen, une rente de 600 livres et sa maison d'Auxonne, pour « entretenir trois frères pour l'instruction des enfanis pauvres (3) ». Enfin à Chalon, quelques années avant la Révolution, l'évêque, MBr du Chilleau, avait établi des écoles chrétiennes pour les garçons dont il avait confié la direction aux clercs de son grand séminaire. Il ne s'en tint pas là et créa une école analogue à Buxy (4).

A côté des maîtres d'écoles, nous trouvons quelques maîtresses laïques, à Frôlois, à Is-sur-Tille, peut-être à Epoisses et Corombles (5), à Pommard, à Pouilly-en-Auxois, à Talmay et à Chàtillon-les-Dombes (6). Mais ces maîtresses sont assez rares, l'éducation des filles est ordinairement confiée aux religieuses et notamment aux Ursulines dont nous avons parlé précédemment. Bien que toutes les ordonnances synodales prohibassent les écoles mixtes, il ne paraît pas qu'en pratique, ces ordonnances fussent bien observées.

A Dijon subsistent toujours les anciennes écoles de filles (7) et celles des congrégations, dont certaines, les sœurs de Sainte-Marthe, sont du nombre, reçoivent des éloges de la municipalité (8). Nous y trouvons aussi de nouvelles écoles privées : M1,e Anne Viennois en dirige une (9), et la Chambre l'autorise, en 1769, à faire exécuter

(1) Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 362.

(2) Voillery, p. 197, 19*.

(3) Arch. dép. delà Côte-d'Or, D. 124.

(4) L'établissement de ces écoles de Chalon est connu par le mandement de Mar du Chilleau instituant ces écoles et en donnant le règlement (communication de M A. Musy qui a retrouvé l'unique exemplaire, croit-il, de ce règlement). Ces écoles sont aussi mentionnées par Batault, p. 139, 140. A Lyon, en 1670, l'abbé Démia avait installé des écoles semblables qui subsistèrent jusqu'à la Révolution. L'établissement où l'on formait ces clercs-maitres se nommait le séminaire S dnt-Chailes. Cf. G. Compayré, Charles Démia et les origines de l'enseignement primaire, Paris, Paul Delaplane, s. d. Sur l'école de Buxy on lira la Notice historique sur Buxy d'après les chroniqueurs bourguignons et les documents les plus authentiques, de l'abbé L.-M.-G. Chaumont, Buxy, 1897, p. 94 et suiv.

(5) Arch. dép , D. 122. L'homologation du Parlement fut donnée en 1758 ; il semble, toutefois, qu'on n'ait pu exécuter cette fondation, faute de ressources suffisantes

(6) C'est en 1779 qu'on rencontre pour la première fois l'institutrice de Talmay. Le 5 décembre de cette année, elle reç >it de la fabrique, par avance, 40 livres de gages (communication de M. G. Dumay). Pour Châtillon-les-Dombes, voir VA Imanach de la ville de Lyon et des provinces du Lyonnais, Forez et Beaujolais, 1785 (conjmunicalion de M. A. Musy).

(7) Celle du président GoJran. Arch. mun., F. 19.

(8) Arch. mun., B. 364. La municipalité atteste qu'elles s'occupent avec le plus grand zèle de l'instruction des enfants pauvres.

(9) Arch. mun., B. 403.

tous les huit jours à ses élèves des exercices publics (1). Certaines maîtresses tiennent également pension et demi-pension et reçoivent chez elles des jeunes filles pour des prix variables (2).

Les collèges nouveaux.

La question des collège? se posait, à la fin du dix-huitième siècle, sous un nouvel aspect. Il ne suffisait pas d'expulser les Jésuites, il fallait les remplacer. La royauté s'occupa de la réorganisation de leurs collèges. Ce fut l'objet de l'édii de février 1763 (3). Il portait règlement pour les collèges qui ne dépendaient pas des Universités et s'efforçait de remédier aux vices des institutions existantes (4) par une organisation commune aux établissements « autres néanmoins que ceux dont l'administration serait entre les mains des congrégations régulières ou séculières ». En résumé, la royauté voulait, déclare expressément l'édit, réaliser pour les collèges une réforme analogue à celle que Louis XIV avait si heureusement accomplie pour les hôpitaux du royaume (5).

Dans ce règlement (6), entre autres choses, l'on prescrivait la formation, pour les

(1) Les Affiches de Dijon du 27 avril 1790, p. 102, contiennent une petite annonce qui donne une idée du programme varié de ces cours particuliers. La dame Robert, qui l'a fait insérer, déclare qu'elle « montre aux jeunes demoiselles à dessiner, à peindre, écrire, broder, coudre en linge, l'orthographe, l'arithmétique et généralement toutes sortes de petits ouvrages qui conviennent à l'éducation des jeunes demoiselles. Elle les reçoit, ajoule-t-elle, au mois, en pension ou en demi-pension ».

(2) En 1761, un jugement condamne un cavalier de la maréchaussée, un sieur Godard, à payer à une maîtresse une pension de deux mois pour deux pnfants qu'elle a reçus chez elle pour leur apprendre à lire. La condamnation s'élève à 48 sous, ce qui nous donne 12 sous par mois pour chaque enfant. Arch. mun., B. 395. En 1707, le chapelain Desbordes enseigne l'écriture aux enfants de chœur de Saint-Eiienne, aux gages de trois livres par mois (Muteau, p. 532); en 1728, le sieur Dominique, maître d'écriture, reçoit cinq livres par mois pour chaque écolier (Muteau, p. 541, note 2). Quelquefois le maître recevait un paiement en nature.

(3) Isambert, Rec. des anc. lois franc., t. XXII, p. 389. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B 12134, f° 255 v°. On disait, entre autres choses, dans le préambule de cet édit que « les écoles publiques destinées à l'éducation de la jeunesse dans les lettres et les bonnes mœurs et à l'accroissement des différents genres de connaissances .. ont toujours été regardées comme un des fondements les plus solides de la durée et de la prospérité des états ». Et l'on ajoutait, en insistant : « L'institution des universités fait une partie essentielle de l'ordre public, puisque, par les degrés qu'elles confèrent, ce sont elles qui ouvrent l'accès à la plus grande partie des fonctions publiques et jusqu'aux dignités même les plus éminentes de l'Eglise et de l'Etat. »

(4) « La multiplicité de ces collèges, l'obscurité et l'indigence de revenu d'un grand nombre d'entre eux, peuvent faire craindre qu'il ne s'en trouve plusieurs dont l'établissement peu solide, le défaut de règles ou les vices de l'administration exigent une entière réforme, ou une réunion à d'autres collèges plus utiles et mieux établis, quelques-uns même une entière suppression. »

(5) « En quoi nous avons cherché à nous conformer, autant que l'objet le pouvait comporter, à l'exemple que nous a laissé le feu roi, notre très honoré seigneur et bisaïeul, dans sa déclaration du 12 décembre 1698, donnée pour une administration d'un genre également utile au bien de mes sujets. » Isambert, loc. cit.,

(6) 11 fut enregistré purement et simplement par le Parlement, malgré l'opposition du premier président de Berbisey, de la Chambre des comptes et de la ville de Dijon, et exécuté en vertu de l'arrêt confirmatif du Parlement du mois de mars 1764. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12134, f° 497 v». La royauté s'occupait aussi de la réparation des bâtiments et de l'administration des biens des Jésuites dans divers édits de 1763 et 1761. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12134, P262 v°, t°» 264, 320; t» 315, 461, add., f«370, 372. Les instances

collèges étrangers à l'Université, d'un bureau d'administration. A Dijon, il fut rapidement (1) constitué par l'évoque, Msr d'Apchon, et par MM. Fyot de la Marche, premier président, Quarré de Quintin, procureur général, Rousselot, maire, Daubenton, échevin, Ranfer, avocat, Belot, marchand notable (2). A Chalon nous avons dans le bureau l'évêque, le lieutenant général au présidial, le procureur du roi, le maire et le premier échevin, ils choisissent les deux notables (3). Le droit de présidence ne devait point passer de l'évêque à ses représentants ; les notables, d'ailleurs rééligibles indéfiniment, n'étaient nommés que pour six ans. Dans ces notables, pères de famille, âgés de trente ans et domiciliés dans la ville, on peut voir une sorte d'essai de représentation des pères de famille qui, jadis, pour le choix du recteur, dans l'assemblée générale, jouaient le rôle que l'on sait.

Le bureau s'assemblait deux fois par mois, il devait nommer et inspecter le principal et les maîtres (4) dont la destitution dépendait également de lui ; il donnait le plan des études, assistait aux examens et avait, en quelque sorte, la direction supérieure de la maison. Toutefois les délibérations les plus importantes devaient être homologuées par le Parlement avant d'être exécutées (5).

Dans ce bureau, placé d'une façon étroite sous la férule du Parlement, les municipalités n'avaient plus qu'une influence très restreinte. Elles s'en aperçurent bien vite : « L'administration du collège, disaient les échevins de Chalon. au lieu de retourner aux échevins auxquels elle appartient dès les temps anciens a passé au bureau (('»). » A Dijon (7), à Autun(8)et à Bourg (9), nous trouvons des protestations aussi nettes. Mais on ne se souciait guère des municipalités et leur effort fut vain. On leur répondit que la présence au bureau du maire et des notables devait leur suffire, et ce fut tout.

auxquelles étaient intéressées les communautés religieuses devaient être jugées par les tribunaux du ressort. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3332. Un moment, les propriétés du collège des Godrans furent revendiquées par les syndics de faillite Lionci, ceux qui avaient amené la chute des Jésuites, mais ils se heurtèrent à la ville de Dijon qui intervint au procès comme héritière du président Godran et finit par triompher. Muteau, p. 564; Garnier, p. vin de l'introduction au volume d'inventaire des séries D et E.

(1) Il y avait urgence car, entre l'expulsion des Jésuites et l'arrivée des nouveaux régents, les écoliers se montrèrent très indisciplinés. La Chambre de ville de Dijon, le 11 juillet 1763, avait été contrainte de « faire défense aux écoliers du collège qui n'avaient plus de cours à suivre et dont les régents (Jésuites) venaient de quitter le ressort du Parlement qui avait fait atficher l'arrêt de leur condamnation, de s'attrouper dans les rues et de jeter des pierres ». Arch. mun., B. 397.

(2) On trouve dans l'almanach de 1773 une liste des administrateurs, p. 176 et suiv.

(3) Batault, p. 114.

(4) Les gages du principal et des professeurs avaient été fixés par délibération du 24 septembre 1763. Muteau, p. 587. Le nombre des professeurs fut maintenu à quatorze, non compris les principal et sous-principal. La veuve Desaint était imprimeur du collège.

(5) Les lettres royales confirmatives du règlement du collège de Dijon sont du 18 septembre 1764 ; elles furent enregistrées par le Parlement le 17 du même mois. Elles sont reproduites par Muteau, p. 587, note 1. Il y eut d'autres lettres du 18 juin 1765 sur la police et la discipline, et du 12 août sur le pensionnat, indiquées, mais non reproduites par Muteau, p. 588.

(6) Bat.ult, p 114, 115.

(7) Dijon s'appuyait sur le testament du président Godran. Arch. mun., B. 397.

(8) De Charmasse, Les Jésuites.

(9) Bûche, Histoire du « studium » collège et lycée de Bourg-en-Bresse, 1898, p. 98 et suiv.

Peut-être se flaltait-on d'éviter les ennuis du désordre du seizième siècle. Malheureusement le fonctionnement du bureau fut loin d'être satisfaisant. Ce bureau, organisé au-dessus du principal, se trouvait en conflit avec lui sur bien des points, à Dijon, à Ghalon, à Autun. Pour sortir d'embarras, il fallut de nouveaux règlements. Celui du 23 mars 1766 (1) compléta celui de 1764. Il détaillait minutieusement, ce qui est assez significatif, les formes que l'on devait suivre pour la destitution du principal et des régents (2). On stipulait expressément que l'instruction serait gratuite et même, ce qui marque bien les tendances de l'époque, que les écoles de mathématiques et de langues seraient des classes libres ouvertes à tous les écoliers qui s'y présenteraient (3). Sauf pour ces cours, il y avait des examens d'entrée au collège devant le régent de sixième et l'on ne pouvait suivre les classes sans connaître les déclinaisons et conjugaisons latines. Les écoliers qui voulaient passer en classe de philosophie ou en théologie, en sortant d'un autre collège, devaient exhiber un certificat de la maison qu'ils quittaient assurant qu'ils avaient suivi la classe inférieure. Avant les vacances, il y avait de même un examen fixant le rang d'entrée de l'élève dans la classe supérieure. L'instruction religieuse était visée par de nombreuses dispositions (4), mais il était expressément recommandé que les quatre articles de la déclaration du clergé de France du 19 mars 1682 fussent enseignés et insérés, chaque année, dans les thèses de théologie.

Les fêtes et les jours de congé méritent également d'être indiqués. Les fêtes de la Sainte-Catherine et de Saint-Nicolas (5), les vieilles fêtes du moyen âge, sont conservées. On y ajoute le jour de la naissance du roi et le jour de la Saint-Louis; enfin, le principal peut donner deux jours de congé, par an, à sa volonté. Chaque semaine, il y a un congé le jeudi.

Les petites vacances vont de la Noël au lendemain de la fête des Innocents (25 au 29 décembre); de la Quadragésime au mercredi des Cendres inclus (18 février au 21);

(1) Reproduit par Batault, p. 143 à 148.

(2) Déjà, dans le règlement de 1764, il était dit : « Art. 21. —Quand il y aura plainte contre un professeur, ledit professeur sera appelé pour se défendre. Si le bureau prononce la destitution, cette décision sera exécutée par provision, mais le professeur pourra en appeler au procureur général du roi et lui envoyer toutes les pièces de l'enquête dirigée contre lui. Le Parlement décidera si la destitution est définitive. »

(3) Deux des chaires de théologie furent transformées en chaires d'allemand, de grec et d'italien. Ce qui montre bien la faveur donnée aux langues vivantes. Mais comme l'italien n'attirait pas un nombre suffisant de Dijonnais, la chaire d'italien fut remplacée par une chaire d'histoire. J. Garnier, loc. cit., p. vin de l'introduction citée.

(4) On exige la religion catholique des membres du collège ; une messe du Saint-Esprit est célébrée avant la rentrée des classes, le 3 novembre ; chaque classe commence par une prière ; les écoliers, qui doivent avoir leur livre de prières, vont à la messe tous les jours. Une instruction chrétienne est donnée le samedi pour les théologiens, philosophes, rhétoriciens et élèves de seconde. Un catéchisme a lieu pour les autres ; cet exercice dure une demi-heure.

(5) La Sainte-Catherine est la fête des philosophes et la Saint-Nicolas celle des autres écoliers, indique le règlement de 17G4. Voir aussi Batault, p. 108. •

à Pâques, du dimanche des Rameaux au dimanche de Quasimodo (15 jours); et A la Pentecôte, elles commencent la veille et vont jusqu'au mercredi suivant.

Les grandes vacances s'ouvrent à la veille de la Nativité de la Sainte Vierge (le 8 septembre), jour auquel on dit une messe d'action de grâces, et durent jusqu'au 3 novembre. C'est vraisemblablement encore l'époque des vendanges qui esl considérée comme décisive en Bourgogne.

Les bureaux s'occupèrent également des bibliothèques assez abîmées par les Jésuites avant leur départ (1). A Dijon, on réunit ensemble les bibliothèques Martin et Févret. Le public y fut admis quatre jours par semaine et les professeurs eurent la pei mission de prendre communication des ouvrages. Les prix triennaux du premier président de Uerbisey (2) furent maintenus et, chaque année, deux distributions de prix, accompagnées d'exercices littéraires, remplacèrent les anciennes distributions doublées de représentations scéniques que les jésuites eux-mêmes voulaient supprimer avant leur expulsion. Enfin, par une série de moyens appropriés, l'on s'efforça de maintenir au collège de Dijon sa réputation d'autrefois.

« Si l'on parcourt, dit M. Joseph Garnier(3), la liste des professeurs qui, de 1764 à 1790, se succédèrent dans les chaires du collège, on est étonné du nombre d'hommes remarquables qui les ont occupées.

» Le premier principal, Merceret, devenu curé de Fontaine-lez-Dijon, fut député de son ordre à l'Assemblée nationale. On doit à l'abbé Gourtépée une description historique du duché, encore aujourd'hui dans toutes les bibliothèques bourguignonnes ; l'abbé Bailly fut un des théologiens distingués de son temps; le premier professeur de mathématiques, Jurain, était correspondant de l'Académie des sciences de Paris ; l'abbé Volfius, professeur d'éloquence, fut élu, en 4791, évêque constitutionnel de la Côted'Or ; Mailly, professeur d'histoire, est l'auteur de plusieurs ouvrages estimés sur les annales du pays; l'abbé Bertrand, physicien des plus distingués, en correspondance avec tous les savants de son époque, mourut, en 1792, victime de la science en accompagnant d'Entrecasteaux à la recherche de la Peyrouse.

» Nous mention lierons encore Joseph Jacotot, l'auteur de la Méthode universelle d 'enseignement ; l'abbé Boullemier, bibliothécaire, qui écrivit VHistoire du collège; Caillet, professeur de poésie, secrétaire de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, à laquelle appartenaient la plupart des noms que je viens de citer.

(1) A Autun, on prétendait qu'ils avaient le cachet des scellés. De Charmasse, p. 100. A Dijon, Boullemier les accuse à la fois d'enlèvement et de plagiat. Sur l'enlèvement des livres qu'ils firent à Dijon et Chalon, voir Debrie, Bulletin, 1903, p. 231 et 232. Des médailles disparurent également. Debrie, p. 234. L'accusation de plagiat est générale : « Cette infidélité, dit Boullemier, n'était pas particulière aux seuls Pères de Dijon. Il parait que partout ils volaient les manuscrits et s'en approprioient ce qu'ils trouvoient de bon et faisoient disparaître ensuite les originaux pour jeter un voile sur leurs larcins. »

(2) Sur ces prix, Mu'eau, p. 543 et suiv.

(3) P. vin de l'introduction citée.

» Les élèves de tels professeurs répondirent à leurs efforts, car lorsque la Révolution eut abaissé toutes les barrières, ceux qui n'appartenaient point aux classes privilégiées, et c'était le plus prand nombre, purent librement donner l'essor à toutes leurs aptitudes.

» Servis par les circonstances, beaucoup arrivèrent aux plus hauts emplois. Nous citerons dans la politique et l'administration : Berlier, président de la Convention et conseiller d'Elat sous le premier empire, le conventionnel Bazire, les deux frères Arnoult, l'un avocat, l'autre membre du Conseil des Cinq-Cents puis le conseiller d'Etat Frochot, député des Etats généraux, puis premier préfet de la Seine, les deux frères Marel, l'un qui fut le duc de Bassano, l'autre qui entra au Conseil d'Etat; Petitot, qui mourut directeur de l'instruction publique sous la Restauration ; Duboy- Laverne, directeur de l'imprimerie nationale ; dans la magistrature : Jacquinot, de Pampelune et Legouz, procureurs généraux à la Cour de Paris ; dans l'armée : les généraux Heudelet, Bouchu, Charbonnel, Delaborde, Lucotte, et tant d'autres dont le nom ne revient pas sous ma plume. »

En attendant, les collèges devaient vivre et l'on n'avait pas été longtemps à s'apercevoir que les ressources permanentes fournies par les biens et les fondations attachées aux collèges des jésuites étaient tout à fait insuffisantes (1). Dans de nombreux endroits, pour combler le déficit et répondre d'ailleurs au vœu de l'opinion publique qui voyait avi'C crainte cette vie d'étudiants libres adoptée par de tout jeunes enfants, on recourut aux pensionnats. On peut même dire que c'est de la fin du dix-huitième siècle que date la plus grande extension des pensionnats en Bourgogne. Celui de Chalon, que tenait le principal, comprenait seize pensionnaires en 1764 (2). Il y en avait un également à Auxerre (3), à Bourg-en-Bresse (4), à Montluel (5) et à Thoissey. A Châtillon, « le petit collège n'était soutenu que par les pensionnaires ». Il en est de même à Seurre (6), à Marcigny-sur-Loire et Saint-Gengoux-le-Royal (7). A Dijon surtout, ces pensionnats

(1) A Chalon, les recettes constituées par les immeubles, cens, rentes, préceptoriale et divers montent à 6,380 ; les dépenses à 7,877 : la différence est couverte par le revenu des rétributi >ns scolaires: 3 francs par mois et p-ir élève. Arch. dép. de la Gôte-d'Or, C. 362, et Batault, p. 110, 113. A Auxerre les revenus sont si insuffisants que les professeurs offrent de renoncer momentanément à l'accroissement de leurs honoraires pour conserver une chaire de philosophie qu'ils considèrent comme « d'une nécessité indispensable ». Arch. dép. de la Côte-d Or, C. 36'!.

(2) Les pensionnaires y étaient mal logés. Arch. dép. de la Côte-d'Or. C. 362. Leur nombre, de quatre-vingts à l'époque des jésuites, est tombé à douze en 1773. Les Jésuites de Chalon, contrairement aux habitudes de l'ordre, admettaient donc des pensionnaires.

(3) Arch dép. de la Côte-d'Or, C. 362.

(4) La ville se plaignait de la prédilection du principal pour les pensionnaires, les seuls « sur lesquels il fait quelques bé'i^fices ». Ibid.

(5) Le collège de Montluel en 1785 était administré par « le sieur Disernet, principal actuel et le troisième de sa famille qui, de père en fils, occupe cette place ». Les classes pour le latin y sont suivies jusqu'à la rhétorique. Almanach de la ville de Lyon et... du Lyonnais pour l'année 1785.

(6) Pour Seurre, le document cité par Muteau, p. 554, en note, art. 20.

(7) Almanach du Maçonnais, année 1784. Pour Saint-Gengoux, Almanach... du pays et comté de Maçonnais pour l'année 1186.

prirent une grande importance ; ils furent installés d'abord sur le modèle de l'école royale militaire (1). Le plus considérable, le pensionnat du collège, fut établi le 1er novembre 1705, sous la direction de M. Caillet auquel succédera en 1777 M. Rousselot (2). En 1785 la pension est tenue par MM. Musard et Jacotot(3), dont les prospectus de plus en plus longs vantent les mérites de Dijon comme lieu d'instruction, établissent un programme et déclarent que « quelques déclamations que l'on ait faites contre la langue latine, il faut avouer que rien n'en peut remplacer l'étude ». Aussi, dès la première année, les enfants de six à sept ans étudient uniquement le latin, ce n'est qu'après cet entraînement qu'on les envoie aux classes publiques où il y a plus d'émulation. Les ails d'agrément sont limités (4), on ne permet que la musique et le dessin. Le prix de pension, d'abord de 375 livres en 1777, est monté à 450 livres en 1785.

À côté de ce pensionnat officiel du collège Godran, placé sous la surveillance des administrateurs, il y en avait d'autres. La noblesse soucieuse de ne pas frayer avec les autres classes et, peut-être, les anciens partisans des jésuites (5), formaient la principale clientèle de l'un de ceux-ci. Cet établissement, fondé en 1766, était dirigé par l'abbé Liebault; il comprenait uniquement des pensionnaires, au début; plus tard il admit des externes. Son prix, relativement élevé, 800 livres avant douze ans, 900 après, pour les pensionnaires, et 600 pour les externes, (6), faisait qu'il n'était fréquenté que par les gentilhommes, quelques bourgeois et quelques gros négociants. Le prospectus de 1771 vante fort les qualités des élèves sortis des mains de M. Liebault : « Ils sont en état de se présenter avec décence; ils ont des mœurs, de la religion, de la douceur dans le caractère; ils savent ce qu'ils doivent à Dieu, au roi, à la patrie, à leurs parents, à leurs amis, à la société, et singulièrement à l'égard de celle-ci tout ce qui est dû au sexe. »

Dans un grand nombre de villes les questions d'argent et les difficultés d'organisa-

(1) Almanach de... Bourgogne pour 1773, p. 179. Les lettres patentes royales du 12 août 1765 s'occupaient du pensionnat.

(2) 11 entra en exercice le Ier septembre 1777. Almanach de 1780, p. 154.

(3) Almanach de Bourgogne pour 1785, p. 178-185. Dès l'époque de Caillet, le grand pensionnat est divisé en quartiers de duuze ou quinze élèves à peu près du même âge ou de la même classe ; il y a, pour chaque quartier, une salle d étude et une salle pour cocher, dans laquelle chaque pen ionnaire a sa chambre. Chaque quartier est surveillé par un maître. Plus tard, en 1780, les chambres isolées sont réservées aux grands dont le travail exige plus de recueillement ; les petits sont réunis dans une chambre commune. En 1785, le maître de quartier a pris le nom de préfet. On sait le sort que Napoléon devait faire à ce titre.

(4) On n'engage pas les parents à multiplier les sorties ; les sorties du dimanche sont défendues. Le lever se fait à 5 h. 1/2, à 5 h. 3/4, prière ; de 5 h. 3/4 jusqu'à 7 heures, travail des classes (c'est-à-dire étude); « on les coéffe dans cet intervalle ». La perruque exige un long temps pour son édifice et la main du coiffeur. A 7 h. 1/2, déjeuner ; de 8 heures à 10 heures, messe et récréation jusqu'à 10 h. 1/2 ; de 10 h. 1/2 à 1 1 h. 1/2, dessin ou étude ; de 1 1 h. 1/2 à midi, répétition de latin. A midi, dîner et récréation jusqu'à 1 heure, etc.

(5) A Auxerre, la lutte fut moins discrète. Après le départ des Jésuites, les querelles continuèrent ; on se divisa en latins, défenseurs des Jansénistes, et en grecs, partisans des Jésuites et de la Cour. Quantin, p. 42. En 1773, on va plus loin ; plusieurs professeurs sont condamnés aux galères pour « propos criminels contre la personne du roi ». Les élèves, de 131, sont tombés à 42.

(6) Voiries Af/iches de Dijon, en 1770, 8 décembre ; et aussi le prospectus de 1771.

tion firent regretter les congrégations qui, d'ailleurs, libres, échappaient à la réglementation. A Chalon, après avoir tenté, en 1763(1) de remettre le collège aux Oratoriens, puis aux Bénédictins, on le laissa vingt et un ans sous la gérance de M. Bizouard, de Semur, auquel succédèrent les Joséphistes de Lyon (2) qui l'administrèrent jusqu'à la Bévolution. Des Joséphistes également dirigent le collège de Belley, fondé par Mer du Doucet, en 1772, « pour l'instruction gratuite de la jeunesse » (3).

Des Joséphistes aussi reprirent le collège de Thoissey, administré auparavant par les religieux de la congrégation de Saint-Maur (4). Enfin, le collège de Nantua est également régenté par cet ordre local très apprécié. C'est pour le collège de Nantua que l'intendant réclamait des lettres patentes en le déclarant « parfaitement bien tenu » et « de la plus grande utilité, non seulement pour la ville de Nantua, mais encore pour tout le Bugey, la Bresse et les provinces voisines ». Il recevait des pensionnaires de Lyon, de Savoie et de Franche-Comté (5). Les religieux Carmes, à Semur et a Gex (6), par contre, éprouvaient des difficultés : un incident leur fit quitter la seconde ville. Dans la première ville, ils avaient obtenu subrepticement du Conseil d'Etat, en 165°2 (7), un traité qui leur reconnaissait pour toujours le privilège de l'enseignement subventionné par les magistrats et le monopole à quatre lieues à la ronde : ce qui leur amena de nombreuses discussions avec les échevins qui trouvaient leurs élèves « aussi mal élevés pour les mœurs que pour les belles-lettres » (8).

Les Oratoriens, qui avaient échoué à Chaton, ne s'établirent à Autun dont le collège, dirigé par des séculiers, était un des mieux tenus de la province, au dire de M. de Charmasse, que tout à la fin de l'ancien régime, le 22 septembre 1786 (9).

(1) Leur admission souleva une vive opposition. Batault, p. 120-122, reproduit intégralement le règlement de MM. Bizouard et Viennois. Voir aussi Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12134, f° 447 v» et B. 12135, f° 213 v°.

(2) An-.h. dép. de la Côte-d'Or, B. 12144, f" 464 v°.

(3) Arch dép. de la Côte-d'Or, C. 362 et B. 12138, f" 38. Les Etats de Bourgogne s'engagent à donner annuellement une rente de 300 livres « aussi longtemps que MM. de Saint-Joseph garderont le collège de cette ville ».

(4) Les Bénédictins avaient été autorisés par lettres patentes du mois de janvier 1769 enregistrées au Parlement de Dombes le 13 février suivant. Abnanach... du Lyonnais pour Vannée 1785. On voit, par une transaction de 1776 (Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12140, f° 214). que les Bénédictins sont encore à Thoissey; en 1783, le 22 mai, le transfert s'opère d'une congrégation à l'autre (Arch dé;>. Côte-d'Or, B. 12144, f» 163 v» à 165 v» ) L'art. 4 indique que « l'enseignement se fera gratuitement dans le collège. » En 1785, les joséphistes acquièrent un jardin près de leur collège. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12145, f° 67 v».

(5) En 1776, ce collège comprenait sept ecclésiastiques, tr-nte pensionnaires et huit domestiques. C'est le collège le plus considérable du Bugey. (Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362). En 1785, il fait l'acquisition d'une maison de campagne Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12145, f° 53.

(6) Ce collège, établi par lettres patentes du roi, du 24 novembre 1790, enregistrées à Dijon le 5 juin 1750, fut abandonné par les Carmes en 1771, après un scandale. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

(7) Voir Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12129, f° 122, et Leleu, op. cit., p. 245 et suiv., 253 et suiv.

(8) Leleu, p. 239.

(9) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 12145, f'296 v». Les Oratoriens continuèrent dans le courant du dix-huitième siècle à tenir le collège de Beaune. L'un d'eux, le père Anselme-David de Bardonenche introduisit dans cette ville le goût des mathématiques et des bonnes études (Courtépée, t. II, p. 297; Aubertin, p. 45); enfin, en 1790, le préfet des études et professeur de rhétorique était le fameux Joseph Lebon, « jeune homme très

A Auxerre, en vertu des avantages offerts par les congrégations, le collège passa également des séculiers dans les mains des bénédictins de la congrégation de Saint- Maur qui chargèrent de la direction les religieux de Saint-Germain et l'organisèrent suivant le programme des écoles militaires (1).

Nous rencontrons toutefois, en dehors de Dijon, un assez grand nombre de collèges bourguignons dirigés par des séculiers à la fin de l'ancien régime à Bourg (2), à Mâcon (3), à Sens (4), à Ghàtillon, à Flavigny (5), à Montluel (6), à Tournus (7), à Semur-en-Brionnais (8), à Seurre (9), à Saulieu, etc. Mais, sauf quelques exceptions comme Châtillon dont le collège est prospère, beaucoup de ces établissements végètent ou meurent et sont peu appréciés de l'opinion publique. Le gros effort que l'on fait alors pour mettre en valeur les lerres et amener le peuple à les cultiver avec plus de soin semble, dans une certaine mesure, contrecarré par ces collèges où il entre trop de laboureurs qui en sortent « des êtres inutiles » et dont la nullité pratique est mal gazée d'un peu de science qui les dégoûte des travaux des champs. C'est en véritable disciple de l'école des pliysiocrates que l'intendant Amelot écrivait : « Je suis peu partisan des collèges dans les petites villes. Cela donne l'occasion au peuple de faire apprendre le latin à ses enfants et d'en faire de mauvais prêtres, des procureurs, des sergents et autre engeance de même espèce (10). » Et ceci n'est point une parole en l'air; à Semur, en 1786, on augmente la rétribution scolaire en la portant de 5 sols à 12 sols en déclarant « que les plus pauvres artisans envoient leur fils au collège ce qui les

doux et très aimé ». Aubertin, p. 46 et suiv. Sur un autre élève de l'oratoire de Beaune, Henri Vienne, on lira une communication de M. Henri Chabeuf, Mémoires de l'Académie de Dijon, 4" série, t. XI, 1907-1910, p. cx-cxv.

(1) Les lettres patentes de transfert aux séculiers sont du mois de novembre 17G3, enregistrées au Parlement le 12 de ce mois. Mais les revenus étaient insuffisants comme nous l'avons vu. Voir plus haut, p. 767, note 1. C'est en 1776 qu'une déclaration du roi enregistrée au Parlement le 10 juin 1777 érigea le collège en école royale militaire. Voillery, p. 185.

(2) Arch. dép Côte-d'Or, B. 12135, f° 71 v° (lettres du 7 mars 1765) ; les mêmes archives, C. 362, donnent des détails sur les constructions.

(3) Les Arch. dép., C. 362, donnent l'état des revenus de ce collège.

(4) La municipalité déclarait, en 1756, que ce collège, « gouverné par des prêtres séculiers, est un des plus fréquentés de la province ; le soin que l'on a des écoliers, la bonne éducation qu'on leur donne et la modicité des pensions attirent de toute part... L'instruction est gratuite, » Arch. dép. Côte-d'Or, C. 362.

(5) Le cours d'étude établi par dom Pageault, à Flavigny, après quelques années de succès, « finit par une faillite et un feu d'artifice », indique l'abbé Debrie, Bulletin, 1903, p. 46; adde Bul., t. I, p. 226 et suiv., t. II, p. 9 et suiv. Celui des Dominicains de Dijon, cesse en 1765. Par contre, le cours d'étude de Moutiers semble avoir subsisté.

(6) A Montluel, en 1766, la ville est obligée de se charger de l'entretien des bâtiments et des frais des distributions de prix car le principal, trop endetté, n'avait qu'un seul régent. Arch. dép., C. 362.

(7j Lex, Bulletin des trav. hist., 1897, p. 11.

(8) C'est à propos de la suppression provisoire des appointements du principal de Semur-en-Brionnais qu'Amelot a écrit la lettre que nous citons à la page suivante.

(9) A Seurre, après avoir remis le collège aux Auguslins, on l'a confié, en 1714, à un séculier, M Blondel, qui devra enseigner « suivant l'usage et la méthode des BR. PP. Jésuites de Dijon ». Muteau, qui cite ce document, p. 552 en note, l'interprète mal et croit que cette obligation est imposée aux Augustins.

(10) Arch. de Mâcon, D. 28, 12.

dégoûte de leur emploi (1) », et la ville de Saulieu, en 1764(2), admet expressément cette thèse dans le mémoire qu'elle présente pour faire maintenir son collège. « La multiplicité des collèges, dit-elle, peut entraîner des inconvénients, en général, la trop grande facilité de faire étudier la jeunesse et de la conduire sans frais jusqu'aux dernières classes attire de la campagne et parmi les artisans des villes un grand nombre de sujets dont le travail seroit plus utile au public s'ils étoient restés dans leur première condition. » Mais, à Saulieu, où il y a peu d'agriculture vu la stérilité du terrain, l'on ajoute que ces inconvénients n'existent pas (3). D'ailleurs, ce collège ne donnait que les premiers principes et a les artisans, qui déjà ne peuvent suffire aux premières dépenses, se rendent compte qu'il faudrait payer une pension pendant quatre ou cinq années dans une autre ville pour y faire achever l'éducation de leurs enfants, ce qui les détourne de ce dessein » (4).

L'attitude de la fin du dix-huitième siècle est ainsi bien dessinée. On veut que les paysans aillent aux petites écoles (5), on n'eu veut guère dans les collèges. Au lieu de voir dans l'instruction gratuite l'idéal comme au moyen âge et comme au seizième siècle ou comme dans les collèges congréganistes du dix-septième et du début du dixhuitième siècle, l'on y aperçoit un danger (6).

L'enseignement supérieur et les cours publics.

C'est peut-être surtout dans ce que nous convenons d'appeler l'enseignement supérieur que se manifestèrent de la manière la plus éclatante les tendances du dix-huitième siècle et ses efforts vers la centralisation. Le Parlement et les Etats, c'est-à-dire la province, s'occupent beaucoup de l'Université et des cours publics. On voudrait constituer dans le duché un enseignement complet et contrôlé de la base au sommet et, en même temps, tourner cet enseignement vers les sciences pratiques, la physique, l'histoire naturelle, la chimie, la médecine, les mathématiques. Une éducation scientifique tend à remplacer, en partie, ou tout au moins à couronner la vieille formation littéraire. Cet

(1) Leleu, p 257.

(2) Arch. mun., C. 362.

(3) En fait, le collège de Saulieu dépérit. Voir Bibl. de la ville de Dijon : Le dialogue entre deux écoliers sur la décadence du collège de Saulieu. Cette décadence est également constatée pour la période qui suit 1740 Arch. dép. Côte-d'Or, C 362.

(4) C'est ainsi qu'en 1768 la municipalité de Dijon enjoint aux parents d'envoyer leurs enfants aux ateliers ou aux écoles. Arch. mun., B. 408 ; voir aussi p. 536.

(5) Et aussi comme les curés de Vézelay, dont nous citons plus haut la lettre de 1759, p. 752. note 2. Par contre, il est bien manifeste que dans les villes, les corporations de grammairiens, par nécessité, sont hostiles à la gratuité et veulent la restreindre aux indigents (voir p. 761).

(6) L'idéal n'est pas la suppression du collège, mais leur utilisation dans une juste proportion. La ville de Saulieu met en lumière, avec beaucoup de netteté, cette conceplion : « Il est de l'avantage d'une ville d'entretenir autant qu'il est possible, et suivant les règles d'une juste proportion, un certain nombre de sujets en état de remplir les charges et les emplois dont les fonctions ont un rapport plus essentiel au bien public. »

esprit nouveau, s'il est moins visible dans l'Université, éclate dans les œuvres de l'Académie et dans les cours qu'elle encourage.

L'Université de Bourgogne apparut la première de ces deux institutions. Les Etats de Bourgogne réclamaient depuis longtemps sa création. Leurs instances se firent plus pressantes en 1724 (1). Ils alléguaient alors l'importance judiciaire de Dijon. Ils réussirent. En dépit des efforts de Besançon et de Paris (2) pour empêcher cette atteinte à leurs droits anciens, cette requête triompha, appuyée chaudement qu'elle était par le duc de Bourbon, le gouverneur de la province (S). On avait employé du reste les gmnds moyens. Le professeur de la Faculté de droit que Besançon avait envoyé à Versailles défendre ses intérêts, se laissa séduire; il revint doyen de Dijon et doté d'une place d'agrégé pour son fils, promise en même temps que la survivance. Le triomphe ne fut toutefois pas complet. L'opposition de Besançon avait réussi en ceci que l'Université de Dijon se réduisait à une Faculté de droit qui comptait cinq chaires : une d'institutes du droit civil, une pour le Digeste, une pour le Code et les Novelles, une pour le droit canon et une pour le droit français. Ce sera l'Académie de Dijon qui, pendant la fin du siècle, représentera ce qui manquait à l'Université pour être un organisme complet.

On s'installa, en 1725, dans une partie des bâtiments des Jacobins de Dijon (4). L'enseignement, suivant les réformes de Louis XIV (5), était réduit à trois années : ce qui explique la sécheresse, la maigreur et la platitude de cet enseignement routinier et le peu de zèle des professeurs dont le grand désir paraît être de ne jamais modifier leurs cours. Aussi les voii-on, contrairement à la règle qui était de permuter tous les cinq ans. obtenir en 4728 une prorogation de cinq ans (6). En 4786, lors de l'enquête qui fut faite par la Faculté de Paris sur les causes qui avaient amené la décadence des études juridiques et les réformes à adopter, ils répondirent gravement : « Tout est prévu et sagement combiné, et quant à la forme et au fond de l'enseignement par les édits, déclarations, lettres patentes de 1679, 4682, 4690, 4700 et parles statuts parti-

(1) M. Villequez, Les Ecoles de droit en Franche-Comté et en Bourgogne (Revue de législation ancienne et moderne, française et étrangère, année 1872, p. 258 etsuiv., 349 et suiv. ; 561 et suiv. ; 1873, p 66 et suiv.). Sur la Faculté de droit de D jon, tirage à part, Thorin, 1875, in-8°, broch. de 164 p. Voir aussi Muteau, p. 524 .

(2) On verra le mémoire qui réfute les objections des Universités de Paris et de Besançon aux Archives départementales, C. 3689.

(3) Arch. mun. D1. La réponse favorable du régent fut du 6 juillet 1722 ; Arch. dép. C, 3689 ; la bulle du pape autorisant la Faculté, du 16 avril 1723; des lettres d'attaches, du 1" juin ; l'enregistrement, du 26 ; enfin l'organisation et la réglementation de la Faculté se réalisèrent par les lettres patentes du 20 septembre 1723. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, f° 297; C. 3689, Edits et règlements pour l'Université de Dijon, Dijon, de Fay, 1736, in-12 de 74 p. Edits et règlements pour l'Université de Dijon, avec les anciens édits, règlements et déclarations concernant les études de droit civil et canonique dans toutes les Universités du royaume, in-8°, Dijon, de Fay, 1744. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3689.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3689.

(5) Edit de 1679. Dans la première année, les étudiants étudiaient les institutes du droit civil ; dans la seconde, le droit civil, les Pandectes, le droit canon ; dans la troisième, le droit civil, le Code et les Novelles. Quant à la leçon de droit français, elle se prenait l'une des trois années, à la volonté du candidat. Voir aussi Arch. dép.. B. 12128, f» 261 v.

(6) Villequez, p. 35.

culiers, notamment par celui de 1723 spécial à Dijon. Ce ne sont pas les préceptes ni les règles qui manquent... Le régime tracé par les lois publiques ne laisse rien à désirer (1). »

En réalité de ces hommes qui vraiment désiraient trop peu, il n'y a que quelques noms qui ont surnagé : celui de Delusseux, auteur d'un manuel très clair et très solide : Compendium institutionum ad usum scholœ, fort apprécié des étudiants, et surtout ceux de deux professeurs, l'un de droit français, Gabriel Davot, l'auteur d'importants Traités sur diverses matières de droit français à l'usage du duché de Bourgogne, et l'autre, celui de Bannelier, son collègue de droit romain qui édita, en 1751, l'ouvrage de Davot, en l'augmentant de notes aussi étendues que le texte (2).

Ces professeurs, au nombre de cinq, comme nous l'avons dit, étaient suppléés par des agrégés (3) qui remplaçaient les professeurs empêchés, morts ou absents, assistaient avec eux aux examens et thèses, siégeaient dans les concours pour les places d'agrégés et même présidaient, mais aux thèses de baccalauréat seulement. La présidence des thèses de doctorat ne leur était accordée que par suppléance du professeur absent qui restait toujours le président en titre (4).

L'Université avait un protecteur, le prince de Condé qui transmettait ce titre à ses successeurs dans le gouvernement de la Bourgogne. Un chancelier conférait les grades; le premier fut l'abbé Bouhier, doyen de la Sainte Chapelle ; les autres devaient être nommés par le roi sur présentation de l'évêque de Langres d'abord, de Dijon ensuite (5). Enfin quatre directeurs complétaient cetle sorte de conseil supérieur. L'un, le directeur-né, était le premier président du Parlement; le troisième, à partir de 1730, fut de droit le vicomte-mayeur de Dijon (6); la seconde place de directeur était réservée au do\en du Parlement; ordinairement, c'était un ancien membre du barreau ou du parquet (7) qui occupait la quatrième. Le Parlement avait donc une large influence.

Les directeurs étaient avertis des examens, siégeaient dans les concours, administraient l'école, surveillaient les professeurs et les autres suppôts de la Faculté parmi lesquels nous comptons : le secrétaire archiviste, le bedeau massier et deux bedeaux ordinaires (8), les appariteurs d'autrefois.

En dépit du personnel décoratif qui semblait le garantir, l'enseignement universitaire

(1) Villequez, p. 36 et suiv.

(2) Villequez, loc. cit.

(3) Sur leur traitement, Villequea, p. 10. Arch. Côte-d'Or, C. 3226, f° 253. Sur le concours pour les places d'agréés ibid , p. 33. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12123, f» 291.

(4) Villequez, p. 6.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12129, f° 241.

(6) Voir aux Arch. mun., B. 124, l'arrêt du Conseil d'Etat portant que la charge de directeur de l'Université sera réunie aux fonctions de vicomte inayeur de cette ville.

(7) L'àlmanach de la province de Bourgogne donne les noms de ces différents personnages. Voir, par exemple, en 1770, p. 59; 1773, p. 42 ; 1776, p. 50.

(8) Sur ces points, Villequez, p. 3 à 5.

était donc fort médiocre dans son ensemble, et l'opinion publique s'en rendait parfaitement compte. En 1789, voici, à ce propos, ce que nous rencontrons dans les cahiers du clergé du bailliage d'Autun (1) :

« Les abus qui se sont glissés dans les Universités les rendent presque inutiles, et leurs privilèges deviennent pour la plus part injustes : elles doivent être des écoles de science ; elles sont une ressource pour la paresse. On y achète à prix d'argent des titres et des privilèges qui ne devroient être accordés qu'au savoir et au travail. 11 est pressent de remédier à ces abus, dont l'influence depuis longtemps se fait sentir, en supprimant les universités qui ne sont plus en exercice et qui reçoivent sans examen et sans épreuve, en n'accordant plus de dispenses et en rejetant tout brevet dérogatoire, excepté cependant pour les curés de campagne qui ayant travaillé avec distinction pendant quinze années dans le ministère seroient jugés dignes d'occuper les cures de la ville »

On comprend dès lors que l'on se soit efforcé de créer, à côté des Universités, des centres plus actifs pour l'intelligence et la satisfaction des besoins nouveaux. Des Académies (2). des cours publics nouveaux, des fondations de toute sorte répondirent à ces tendances.

Si l'Académie de Dijon n'apparut qu'assez tard, en 1740, on peut dire qu'elle était désirée depuis longtemps. Dès la fin du dix-septième siècle, on parlait d'en établir une : « Un discours sur l'établissement d'une Académie des belles-lettres dans la ville de Dijon » avait même été prononcé en 1693 par Etienne Moreau, avocat général à la Chambre des comptes. L'établissement de cette Académie était, nous apprend le président Bouhier, « la grande passion de Moreau (3) » ; mais il ne réussit pas, et la raison qu'en donnait l'illustre président, était que « le génie bourguignon n'est pas propre à ces sortes d'assemblées, lesquelles loin d'être applaudies par ceux qui n'en seroient pas, seroient l'objet perpétuel de leurs railleries ». Néanmoins, comme pour se donner à luimême un démenti, Bouhier réunissait dans son hôtel de la rue Saint-Fiacre un certain

(1) Mémoires de la Société éduenne, nouv. série, t. XIV (1885), p. 120. "Voir plus loin.

(2) Nous ne faisons que nommer l'Académie d'escrime, qui est présentée comme une sorte d'annexé de l'Université. Elle fut autorisée : « Considérant, disait une délibération de la mairie du 1" octobre 1729, que l'établissement de l'Université attire à Dijon une foule de jeunes gens auxquels il importe de procurer des maîtres de tous exercices, parmi lesquels un maître d'escrime. » Muteau, p. 513, note 1.

Sur ces points voir : Milsand (Ph.), Notes et documents pour servir à l'histoire de l' Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, suivis de la table méthodique des travaux renfermés dans les Mémoires de cette Académie de 1769 à 1869, Dijon, 1871, in-8°, 368 p. ; l'abbé Deberre, La vie littéraire à Dijon, Paris. 1902, p. 224 et suiv.; Maurice Lange, Le président Richard de Ruffey. Histoire secrète de l'Académie de Dijon (de 1741 à 1760), Paris, 1909, p. 5 et suiv. On trouve un petit historique de l'Académie dans ï'Alnianach de Bourgogne, 1773, p. 132 et suiv., avec la liste des membres et des notices sur l'histoire littéraire de l'Académie ; il est reproduit dans les almanachs suivants ; de même dans Courtépée.

(3) Souvenirs de Jean Bouhier. Extraits d'un manuscrit autographe inédit, sans date ni nom d'auteur ou d'éditeur, un petit vol. in-12, p. 33. L'exemplaire que nous possédons est dédié à M. Garnier par L. Larchey.

nombre de littérateurs et d'érudits parmi lesquels on comptait le Père Oudin, Charles de Brosses, Févret de Fontette et Richard de Ruffey, le futur chroniqueur de la future académie.

En 1736 mourut Hector-Bernard Pouffier, doyen du Parlement de Dijon. Par son testament, il léguait, à ses successeurs les doyens du même parlement, une fortune assez considérable comprenant 40,000 livres de contrats et sa terre d'Aiserey, le tout à la charge de payer annuellement 2,000 livres qu'il hypothéquait sur ces fonds. Cet argent devait servir à doter l'Académie. Quatre magistrats étaient chargés d'administrer ces biens avec le doyen. Ils formaient un bureau dont le doyen était directeur, ayant pour assesseurs deux autres conseillers, le plus ancien des procureurs ou avocats généraux et le vicomte-mayeur (1).

Plus tard, nous le verrons, on jugea bon d'ériger, au-dessus de l'Académie, comme on l'avait fait pour l'Université, un protecteur. Le prince de Condé, gouverneur de la province en 1763, fut revêtu de ce titre important. L'Académie et l'Université se soudaient en quelque sorte dans la personne de ce même protecteur.

Seulement, le règlement qu'avait établi Pouffier présentait des différences notables avec les règlements des autres Académies du royaume. Si bien qu'on hésita quelque peu avant d'accorder les lettres patentes qui autorisaient l'établissement de l'Académie. Elles furent expédiées de Versailles au mois de juin 174-0, enregistrées le 30 du m^me mois par le Parlement de Dijon (2) et enfin, le 13 janvier 1741, une séance publique d'ouverture eut lieu dans la salle de l'hôtel de ville. C'était un local extraordinaire ; ordinairement l'Académie habitait l'hôtel Pouffier. Plus tard, de 1763 à 1773, ellf occupa la grande salle de l'Université, aujourd'hui salle Proudhon à la Faculté de droit; enfin, le 20 juillet 1773, elle acquit l'hôtel du président Bouchin ou hôtel de Pringles, près de la rue des Carmes (3). Elle y resta jusqu'à la Révolution.

En principe, l'Académie devait comprendre vingt-quatre membres, six honoraires, douze pensionnaires et six associés. Ces membres se répartissaient en trois classes : une de physique, une de médecine et une de morale.

On voit, par cette simple indication, vers quelles études penchait l'opinion au moment de l'institution de l'Académie. Les sciences naturelles, mathématiques et sociologiques longtemps négligées, prenaient, sans conteste, la première place.

Néanmoins, cet exclusivisme présentait de gros inconvénients. Comme l'a remarqué M. Lange : « A moins de passer pour moralistes ou pour physiciens, les Crébillon, les Piron et les Rameau n'auraient pu y trouver place... Bossuet, s'il eût vécu audix-hui-

(1) Courtépée, t. II, p. 148 ; Voillery, p. 197.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12127, f» 172.

(3) Arch. dép. Côled'Or, B. 12145, f° 129; Courtépée, t. II, p. 149. Une description du salon de l'hôtel de la rue des Carmes se trouve dans YAlmanach de 1780, p. 131, et est reproduite dans les suivants. Voir aussi Cornereau, Mémoires de l'Académie de Dijon, 4» série, t. XI (1909-1910), p. 172, note 1, p. 174.

tième siècle, n'eût pas été. n'eût pas pu être de l'Académie de Dijon (1). » Une autre exigence fort sévère, qui s'opposait au large recrutement de l'Académie, était l'obligation de la résidence.

Enfin, certaines clauses des statuts décidaient que les prix alloués sur les 2,000 livres de Pouffier seraient adjugés par les directeurs et les honoraires aux seuls pensionnaires, ce qui était les réduire, comme l'indiquait Richard de Ruffey, « à la condition d'écoliers (2) ». Les pensionnaires refusèrent de se soumettre à cette condition humiliante. Ils démissionnèrent, si bien qu'on finit par remplacer les six prix par une médaille d'or de 300 livres qui devait se donner par voie de concours public. C'est à ce concours public qu'est dû l'événement qui devait sauver l'Académie de l'oubli. En 1750, sur un sujet donné au concours par un nommé Gelot, elle fut amenée à couronner l'ouvrage retentissant de Jean-Jacques Rousseau sur les effets de la civilisation sur les mœurs (S).

Malgré tout, l'Académie ne vivait que d'une vie languissante, mais un événement se produisit qui devait lui communiquer une force nouvelle. A la mort du président Bouhier, en 1746, un des membres de la société littéraire qui se réunissait chez lui proposa au président de Ruffey de continuer dans sa demeure cette réunion (4). Il y avait là de nombreux représentants de la grande robe : MM. de Brosses, Jehannin, Espiard delà Cour, de Fontette, Bouillet, Cœur de Roy, deTournay, qui appartenaient à la haute magistrature. Dans la société Ruffey, il n'existait entre les membres aucune hiérarchie, sauf pour le directeur. Comme on n'exigeait point la résidence, les Bourguignons installés à Paris, Crébillon, Buffon, Rameau, l'abbé Leblanc s'agrégèrent à cette Académie. Il n'y avait point non plus de classes marquées. « Chacun, disait l'article 22 des statuts, sera absolument libre de choisir selon son goût ou ses connaissances le genre ou la matière qu'il voudra traiter, pourvu qu'elle ne soit pas de pur calcul ou de pure théologie non historique. » En un mot, tandis que l'Académie de Pouffier donnait la part la plus grande aux sciences médicales et mathématiques, la société de Ruffey inclinait davantage du côté des belles-lettres.

Mais Dijon n'était pas une ville assez vaste pour alimenter deux académies. En 1759, la société de Ruffey, à la suite de décès et d'événements divers sur lesquels nous ne

(1) Lange, p. 7.

(2) Lange, p. 9. Sur les discussions engagées en l'année même de la naissance de l'Académie et les pamphlets qui coururent alors, voir une communication de M. Cornereau, Mémoires de l'Académie de Dijon, 4e série, t. XI (1907-1910), p. Cil, cv; adde: Foisset, Le président de Brosses, p. 349 et suiv., et l'éclaircissement de la page 564.

(3) Le titre exact était « si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs ». Le détail des concours est présenté par M. Cornereau, Deux lauréats de V Académie de Dijon. Mémoires de l'Académie, 4e série, t. IX (1903-1904), p. 1 et suiv. On lira même avec profit le discours de M. H. Chabeuf, Jean-Jacques Rousseau et V Académie de Dijon, Bulletin officiel de la ville de Dijon, juillet 1912 (tirage à part, Dijon, Marchai, 1912, 15 p.); un extrait dans la Revue de Bourgogne, 1912, p. 273 et suiv.

(4) Lange, p. 18.

sommes pas très renseignés, ne se réunissait plus; l'Académie de Pouffier offrait à son président une place d'académicien honoraire. De Ruffey hésita. « L'bonneur de rendre un service important à sa patrie le décide », dit-il dans son style facilement hyperbolique quand il parle de lui-même. Il fut reçu le 16 février 1759 et prononça un discours de réception, usage qui depuis fut constamment suivi.

Avec Ruffey, les règlements anciens sont transformés, de nouveaux statuts sont adoptés. L'on crée, pour « resserrer les liens des grands hommes bourguignons avec leur province », des places d'associés correspondants. Il demande au prince de Condé d'accepter la protectorat de l'Académie ; enfin, parmi les membres honoraires, il fit entrer le plus de personnes de qualités. Mais malgré ses efforts, ce furent les iravaux scientifiques qui gardèrent la première place. Faut-il voir en cela les conséquences d'un tempérament un peu pesant qui excluerait les Bourguignons de< œuvres de l'imagination, comme le croit M. Lange (1), ou le résultat des tendances générales de l'époque, ce qui me paraît plus exact.

Nous n'avons pas à entrer dans le détail de la vie de l'Académie de Dijon (2). Il nous suffira de dire à sa gloire qu'elle constitua en quelque sorte, pendant un moment important de l'histoire du dix-huitième siècle, le cerveau de la Bourgogne. Des hommes comme Berryat, Daubenton, Nadault, Queneau de Monlbeillard, Hoin. Maret, Guyton de Morveau ou l'illustre Buffon, collaborateurs de l'histoire naturelle, de l'encyclopédie ou de la collection académique, ont joué un rôle trop considérable dans l'histoire de la rénovation des sciences en ce pays pour qu'il soit permis de les passer sous silence. Ajoutons que l'Académie contribua grandement, avec les Etats de Bourgogne, à toutes ces fondations utiles dont certaines durent encore et constituent l'ornement actuel de la ville de Dijon.

C'est à l'Académie que fut remis par M. Bénigne Legouz de Gerland, le cabinet d'histoire naturelle qui est devenu maintenant le petit musée de l'Arquebuse (3). Ce musée fut enrichi par les dons de M. de Clugny, contrôleur général intendant à Brest, qui y envoya des poissons et reptiles ; par le prince de Condé qui tira à son profit, de son musée de Chantilly, quantité de morceaux précieux de mines et de fossiles. C'est à l'Académie que M. Legouz offrit également le jardin botanique qu'il avait formé à grands frais (4), et dont le soin fut confié à M. Duiande. Un autre académicien y fit

(1) Lange, p. 25, comme poète bourguignon ne cite que Piron. Il oublie Lamartine, et parmi les prosateurs qui furent de prodigieux poètes, Bossuet.

(2) Toutefois, notons un changement significatif: les cours et les séances diminuent en 1771, à la suite des affaires du Parlement, pour se relever en 1773. Jean-Baptiste Micault note que cette année, il y avait abondance de légistes, 135 conseings. Mercure Dijonnais, p. 255, 256. C'est la génération de la Révolution.

(3) Courtépée, t. II, p. 149. Nous trouvons aussi aux Arch. dép. de la Côte-d'Or, C. 3694, la preuve du souci des Etats à augmenter les richesses des collections de la province. On se propose d'acquérir le cabinet d'histoire naturelle de dom Milliere. En 1773, on achète la collection de minéralogie de M. Bouchu. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3226, f° 325.

(4) On trouvera une notice dans VAlmanach de H76, p. 194.

construire une serre dont on profite encore. Le cours de botanique fut inauguré par Durande le 20 juin 1773.

Malheureusement, un médailler précieux, donné à l'Académie par le président de Ruffey et augmenté par la suite, n'a plus conservé que des débris de ses anciennes richesses (1).

Ces collections, considérées comme des fonds destinés à l'instruction publique (2), ne constiluent point la seule contribution de l'Académie de Dijon à la propagation de la science en Bourgogne.

En 1776, le 28 avril, Guyton de Morveau, dans un laboratoire magnifique pour l'époque, ouvrit son cours annuel, public et gratuit de chimie. Maret et Durande furent ses collaborateurs ; ils se chargeaient plus spécialement d'exposer au public les propriétés des drogues simples et des produits chimiques. C'est ce Guyton-Morveau qui fit élever, aux frais de M. Dupleix de Bacquencourt, intendant de la province et chancelier de l'Académie, un conducteur ou garde-tonnerre sur le grand pavillon de l'hôtel de l'Académie. C'est Maret qui fait à Saint-Etienne ses expériences sur les propriétés du chlore (3).

L'impulsion donnée par l'Académie profita grandement à la médecine qui prit alors une nouvelle extension.

Le collège des médecins de Dijon avait été reconnu par des lettres patentes de 1654 (4). L'on ne pouvait professer dans la ville sans être agrégé à ce collège, être Français, docteur d'une des universités de France (5), avoir subi deux examens de trois heures, l'un sur la chirurgie, l'autre sur la matière médicale, et soutenu publiquement, en présence des officiers municipaux, une thèse thérapeutique (6).

C'était avec le collège que les magistrats devaient conférer en cas de maladies épidémiques et il était seul juge de la capacité des empiriques qui devaient lui présenter leurs brevets et les remèdes qu'ils se proposaient de distribuer, ils devaient même les fabriquer devant eux et, aussi, faire en leur présence les opérations chirurgicales qu'ils se proposaient de pratiquer (7). Les municipalités ne pouvaient, sans le consentement du collège, permettre aucun exercice ou distribution de remèdes. Les

(1) Les Etats avaient rendu, en 1780, une ordonnance prescrivant de faire recueillir et placer dans un dépôt public toutes les médailles, monnaies et autres curiosités trouvées dans les travaux ordonnés par la province Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3G94.

(2) Gourtépée, t. II, p. 150. Les élus contribuèrent pour 1,800 livres à l'établissement de ce cours de chimie. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3690.

(3) Voir plus haut, p. 601.

(4) Counépée, t. II, p. 151 ; Almanach de Bourg., 177G, p. 180.

(5) C'était une prescription royale que seuls ceux-là qui étaient reçus dans une université pouvaient exercer la médecine. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12115, f8 110.

(6) La thèse soutenue dans la grande salle de l'hôtel de ville est ouverte par un discours prononcé par le oathédrant ; il n'y a point de président. Tous les docteurs agrégés argumentent devant les officiers municipaux. Almanach delà province de Bourgogne, 1773, p. 180, 181.

(7) Almanach de Bourgogne, 1776, p. 165, reproduit par la suite. Voir par ex. 1780, p. 157; 1785, p. 186.

médecins se sont affranchis de la tutelle ancienne et tendent à devenir eux-mêmes des surveillants de leurs anciens inspecteurs.

Le collège se chargeait aussi des leçons sur la botanique et des herborisations (1), la donation du Jardin des plantes de M. Legouz fit rétablir ce cours de botanique qui avait été un moment délaissé. C'est également ce collège qui donnait aux sages-femmes des leçons sur les accouchements.

En 1773, les élus généraux firent établir un cours gratuit d'accouchement. M. Enaux, lieutenant du premier chirurgien du roi, nommé à la place de démonstrateur, faisait chaque année, à l'aide de mannequins, deux cours d'accoucliemenl auxquels assistaient chaque année plus de cent cinquante sages-femmes (2). Pour faciliter leur déplacement, la province leur allouait à chacune 24 livres (3), et on distribuait aux élèves, dans ces différents cours, un « catéchisme sur les accouchements ».

Quant aux chirurgiens (4), ils avaient tous renoncé à la barberie (5) et ouvrirent, en 1733, à la porte Guillaume, une chambre où les pauvres malades de la ville et des villages voisins de la ville pouvaient venir de 10 heures à midi tous les jours, et où ils trouvaient des chirurgiens qui les traitaient et leur fournissaient gratuitement le linge et les médicaments externes. Nous en reparlerons à propos de l'assistance publique.

Pour être chirurgien il fallait subir diverses épreuves : examens sur les principes, la théorie et la pratique de la chirurgie en général, l'histoire des maladies, des médicaments, le choix des méthodes de traitement, les diverses espèces d'accouchement. Enfin le postulant devait savoir faire des démonstrations anatomiques (6). Un cours public et gratuit de chirurgie fut ouvert le 7 décembre 1775 par M. Chaussier, maître en chirurgie de l'Académie de Dijon, et correspondant de l'Académie royale de chirurgie de Paris. Ce cours, il le faisait gratuitement, tous les jours à 1 h. 1/2, dans sa maison de la rue Chanoine (7). A ce cours, le docteur Chaussier ajouta, en 1781, des cours d'histoire naturelle et de physique expérimentale (8).

! es pharmaciens, eux aussi, étaient soumis à des examens particuliers chez le doyen

(1) La municipalité ne pouvait choisir le professeur de botanique que parmi les docteurs agrégés. Il y avait dix docteurs agrégés en 1776, dont huit à Dijon.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, Ç. 3692 (liasse). En 1780, on lui adjoignit le chirurgien Hoin. Sur ce cours, Almanach de 1776, p. 181 ; il y joint plus tard un cours sur les maladies des yeux. Almanach de 1785, p. 196.

(3) On augmenta le prix par la suite. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 3235, f° 116.

(4) Courtépée, t. II, p. 151.

(5) D'ailleurs, le roi, pour encourager la dissociation de la chirurgie et de la profession de barbier, avait décidé, par ses lettres patentes du 10 août 1765, que seraient compris au nombre des notables bourgeois et pourraient être revêtus des offices municipaux ceux-là seuls qui pratiqueraient la chirurgie sans aucun mélange de profession mécanique. Almanach de Bourgogne, 1773, p. 182 ; même article en 1776, p. 168.

(6) Almanach de Bourgogne, 1773, p. 183. Ce Bernard Chaumier s'élait déjà signalé par son dévouement en 1769. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3220, f° 217.

(7) Almanach de 1776, p. 183. Ce cours du docteur Chaussier fut rétribué en 1780 par les Etats. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3691 et C. 3233, f» 78; C. 3240, f° 40.

(8) Institués par les Etats. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3691 et C. 3245, f 730.

et publics dans la grande salle de l'hôtel de ville (1). Il fallait, en outre, qu'ils aient composé un électuaire et un onguent ou emplâtre. L'almanach déclare que ces « marchands (2) apothicaires dijonnais se distinguent par leurs connaissances dans le choix et leur fidélité dans la composition des drogues qu'on leur commande ». Ils profiteront, eux aussi, du Jardin des plantes et des cours publics de chimie et de matière médicale.

Enfin les vétérinaires ne furent pas oubliés, la province envoyait, à ses frais, à l'école de Lyon (3) ou à l'école d'Alfort (4), quelques jeunes gens.

Enfin, en 1783, un observatoire fut placé sur la terrasse du logis du roi, et un cours d'astronomie fut fondé et professé gratuitement par l'abbé Bertrand. Ce fut cet observatoire qui fut gratifié, en 1789, d'un télescope par l'illustre astronome anglais Herschell (5).

Ces indications suffisent à faire comprendre le rôle très considérable joué par les académies dans le courant du dix-huitième siècle. Elles apportèrent aux études entreprises dans les collèges et les universités le complément qui leur manquait. On peut dire que nos Facultés actuelles des sciences et de médecine sortent direclement des initiatives académiques encouragées d'ailleurs avec beaucoup d'intelligence par les Etats de la province.

La sollicitude des Etats s'étendit aussi plus loin : il est vrai qu'elle avait été précédée par l'initiative de cet excellent citoyen que fut M. Legouz de Gerland (6). Il avait eu le projet de fonder une école gratuite de dessin dans la ville et avait fait même graver les coins qui devaient servir à frapper les médailles des prix quand les élus généraux songèrent que c'était à la province qu'il convenait de faire les frais d'un établissement aussi important. Ils établirent, en 1766, une école gratuite de dessin dont les cours commencèrent en 1767. Le directeur lut M. Devosge de l'Académie de Dijon (7), qui déjà avait établi chez lui un enseignement en 1755.

Cette académie ne fut pas sans gloire, l'illustre peintre Prud'hon en est sorii. Elle comprenait, en 1773, cent cinquante écoliers répartis en huit classes. Pour les encou-

(1) Almanach de Bourgogne, 1773, p. 185; 1776, p. 171. Les visites des boutiques des apothicaires et marchands droguistes étaient faites par un officier de police, le syndic des apothicaires et deux médecins du collège. Ibid., p. 1C6.

(2) Car ils sont marchands et, à ce titre, entrent dans les offices municipaux et de la justice consulaire.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3242, f 621.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3708. Ils doivent s'engager à s'établir dans le duché ; en 1779, leur nombre est réduit à deux.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3690. Voir aussi quelques indications dans Gornereau, Mémoires de l'Académie, 4e série, t. XI (1909-1910), p. 173.

(6) Cependant, il y avait déjà quelque chose avant Legouz de Gerland ; M. Oursel, dans une communication à l'Académie de Dijon, Mémoires de V Académie de Dijon, 4« série, t. XI, années 1907-1910, p. çcxxxiv a cçxxxvi, a montré qu'il existait déjà à Dijon une sooiélé d'artistes qui se réunissait, place Saint-Jean, chez M. Verniquet. Bibl de Dijon, man. 1605, f» 133 (fonds Baudot, 325).

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3693 et C. 3217, f° 220. Devosge avait reçu l'année précédente un encouragement. Ibid., C. 3216, f" 61. Ses honoraires, de 2,400 livres, sont passés, en 1770, à 3,600 livres. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3223, f° 343.

rager, les Etats avaient établi dès 1769(1) trois prix annuels et, en outre, en 1775, des prix extraordinaires, comprenant trois pensions annuelles de 400 livres et destinées à entretenir pendant quatre ans les peintres et sculpteurs couronnés dans un concours spécial, furent fondés La pension fut augmentée plus tard et s'éleva à 600 livres, puis à 1 ,000 livres (2).

Les pensionnaires pendant leur séjour à Rome devaient envoyer chaque année des études, et la troisième année copier un tableau, ou une statue, ou un buste qu'on leur indiquait. La province se chargeait de fournir la matière. En posant ces conditions, les Etats songeaient au musée et au cabinet de gravures qu'ils avaient fondés en 1781, et qu'ils voulaient de la sorte enrichir (3).

L'organisation assez avancée de l'enseignement dans la province de Bourgogne ne fit pas oublier, en 1789, des défauts visibles pour tous les yeux non prévenus. Tous ces établissements scolaires, poussés un peu au hasard, comme des plantes sauvages, n'ont point de programme commun ; les élèves qui passent de l'un à l'autre ne peuvent raccorder leurs études. La royauté, en essayant une sorte d'unification de l'administration des collèges, qui ne dépendaient pas des Universités, n'a su que souligner le mal sans lui porter remède. L'Université, elle-même, avec ses règlements surannés, son enseignement vieillot et superficiel et ses examens très peu sérieux, suscite d'universelles critiques (4).

Un plan d'éducation nationale, commun aux collèges et universités et rédigé par des savants, est souhaité dans des termes précis à peu près pareils par le clergé de Dijon et de Dar-sur-Seine, la noblesse et le tiers-état d' Auxerre, le tiers de Bar (5). Nous

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3220, f° 408. L'Almanach de 1776 indique par erreur l'année 1775. En 1775, on fixa les pensions des prix de Rome. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3288, f° 3.

(2) Àrch dép. Côte-d'Or, C. 3234, f» 61 et C. 3693.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3693.

(4) Pour Autun, voir plus haut, p. 774, Cahiers du bailliage de Chalon (clergé), art. 17. Arch. parlem., t. II, p. 602. — Abbé Bauzon, Recherches historiques sur la persécution religieuse dans le département de Saône-el- Loire pendant la Révolution, Chalon, 1889, in-8° de 944 p., t. Ier, p. 395. — Cahier général du bailliage d'Arnay-le-Duc, art. 48 : « Qu'il soit veillé rigoureusement à l'éducation publique et que le temps des études dans les Universités soit exactement observé. » Arch. dép. Côte-d'Or, B2 242 : « Qu'il soit établi un nouvel ordre dans les Universités pour l'instruction de la jeunesse et l'admission aux grades » ; Bourgen-Bresse, chap. vi, art. 27; Arch. parlem., t. II, p. 460. — Auxerre (clergé), art. 6 : « Que l'on renouvelle les règlements relatifs aux études des Universités ; qu'on en retranche les abus ; qu'on détermine nommément les villes murées ou les degrés sont nécessaires pour posséder les bénéfices cures» (Arch. parlem., t. II, p. 108). — Auxerre (tiers-état, art. 5) : « Que réforme soit faite des études de droit, de médecine et de chirurgie qui sont si peu surveillées qu'il en résulte les plus grands inconvénients. » — Auxonne (clergé), art. 6 : « Que l'on renouvelle les règlements relatifs aux études des Universités, qu'on en retranche les abus. » Arch. Parlem., t. III, p. 108. — Mâcon (tiers-état), art. 21 : « Réforme dans les Universités et sévérité dans les examens. » (Arch. parlem , t. III, p. 629).

(5) Le clergé du bailliage de Dijon demande la nomination d'une commission « pour la formation d'un plan général d'éducation publique et vraiment nationale, propre à donner à l'Etat des citoyens utiles dans

pouvons également le deviner dans les formules un peu vagues du clergé du bailliage d'Arnay et de la noblesse de Chalon et de Bar-sur-Seine (1).

Le clergé du Chirolais rappelle la nécessité de donner à l'éducation une base religieuse et de fonder des collèges là où il n'en existe pas (2). Ce second avis est partagé par le tiers d'Auxerre, Charolles et Arc-en-Barois qui réclament des établissements particuliers (3). Des séminaires sont également demandés par le tiers de Mâcon et d'Auxerre, en même temps que par le clergé de cette dernière ville qui se préoccupe de leur dotation (4). L'instruction primaire attire aussi l'attention. 11 y a des maîtres d'école

tous les genres ». — Arch. parlent., t. III, p. 125 : « Il sera arrêté des lois invariables relativement à 1 éducation nationale, et les Etats généraux aviseront aux moyens de trouver les fonds nécessaires pour pourvoir à l'entretien et récompense des maîtres pour l'éducation des pauvres ». Auxerre (noblesse), art. G3, Arch. parlent., t. II, p. 117. — Le tiers-état d'Auxerre réclame : « qu'il soit fait un plan d'études par des savants, lequel sera commun à tous les collèges et universités ». Arch. parlent., t. II, p. 123. — Le tiers-état de Mâson, article 20 : « Qu'il soit formé aux Etats généraux un plan d'éducation qui soit exécuté dans toutes les parties du royaume ». Arch. parlent., t. III, p. 629. Le clergé de Bar-sur-Seine est du même avis: « Il n'est peut-être pas d'objet (comme l'éducation publique) qui mérite une attention plus sérieuse dans l'Assemblée nationale; c'est au milieu d'elle que des hommes sages et profonds pourront méditer avec succès la réforme des premières études; c'est du sein des lumières réunies aux Etats généraux que doit sortir enfin le plan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale » Arch. parlent., t. II, p. 483. — Voir aussi: Tiers-Etat de Bar-sur-Seine, article 59. Arch. parlent., t. II, p. 263. Même vœu est formula par les provinces du Bugey et Valromey, Arch parlent., t. II, p. 483.

(1) Bailliage d'Arnay (clergé): « Qu'il soit veillé rigoureusement à l'éducation publique ». Arch. dép. Côte-d'Or, B"2. — Bar-sur-Seine (noblesse) : « Mais un objet important, c'est l'éducation publique. Il faut la perfeclionner dans les collèges; il faut en répandre même les premiers é'éments dans les campagnes et dans les couvens ». Vernier, Cahiers [de doléances du bailliage de Troyes et du bailliage de Bar-sur- Seine. Paris, III, p. 466; voir aussi p. 447 (clergé). — Arch. parlent., t. II, p. 252 ; ajouter l'article 59 des cahiers du tiers-état de ce même bailliage, Vernier, op. cit. p. 493. Arch. parlent., t. II, p. 263 : « La noblesse de Chalon compte que la régénération des mœurs sera obtenue par l'établissement de bonnes écoles pour l'éducation publique ». — Abbé Bauzon, op. cit.. p. 404; Arch. pari., t. II, p. 607. Cette idée d'une instruction publique, la même pour tous à ses divers degrés, avait été répandue par certains publicistes parmi lesquels il faut citer l'abbé de Saint-Pierre et Mably.

(2) Clergé du Charolais : « Art. 30. — Nous nous apercevons tous les jours des effets d'une mauvaise éducation, nous n'en reconnaissons qu'une bonne, celle qui est fondée sur la religion. L'éducation confiée à des philosophes a produit des savants, mais rarement de bons sujets. Témoin de ces maux, demande que les Etats généraux s'occupent des moyens d'y remédier en établissant des collèges de plein exercice, les plus rapprochés, et en les confiant à des corps réguliers. » Arch. parlent ., t. II, p. 615.

(3) Auxerre, (tiers-élat) : « Art. 3. — Qu'il soit établi des collèges dans les villes principales qui n'en ont pas, et des bourses dans iceux, comme dans ceux actuellement subsistants. » Arch. parlent., t. II, p. 123. C'est dans cet esprit que nous voyons le tiers-état du bailliage de Charolles, dans l'article 2 de ses cahiers, solliciter du roi des lettres patentes pour « l'établissement d'un collège composé d'un principal et de six régents, et suppliant Sa Majesté et les Etats généraux d'en faire dotation par assignat sur les revenus de quelques bénéfices simples ou en commende qui vaqueraient ». Arch. parlent., t. II, p. 621. C'est aussi une sorte de collège que réclame Arc-en-Barois, puisqu'il y existe un recteur d'école (Arch. dép. Côte-d'Or, C. 1038). On se plaint, dans cette ville, « que l'éducation de la jeunesse est négligée ; que la plupart des parents ne sont pas en état d'envoyer leur enfants dans des pensions éloignées. Il y aurait lieu de procurer, en cette ville, un instituteur ecclésiastique, qui fût prêtre, pour enseigner les enfants de la ville; lequel serait rétribué sur les revenus des biens en régie des dames religieuses Ursulines d'Arc, supprimées par arrêt du Conseil du 20 juillet 1746... ; que sur ces mêmes fonds, on paye 500 livres annuellement à deux sœurs de l'Instruction chrétienne pour l'éducation des petites filles .. » Arch. parlent., t. II, p. 716.

(4) Le rétablissement du séminaire est demandé par le tiers-état de Mâcon; Arch. parlent., t. III, p. 630, art. 6; ibid., p. 635, art. 8. — Auxerre (clergé) : « Art. 4. — Que pour élever les enfants pauvres, tant des villes que des campagnes qui montrent d'heureuses dispositions, il soit établi des petits séminaires et pensions présidés par des supérieurs ecclésiastiques. » Arch. parlent., t. II, p. 108 ; article 20 pour la dotation

presque partout, l'on on voudrait partout. Les maîtresses d'école sont rares. Il n'y a point d'ordre établi pour l'instruction des garçons dans les écoles de campagnes ni pour celles des filles (1). L'éducation des enfants pauvres devrait être toujours gratuite (2). C'était déjà, nous l'avons vu, le vœu du moyen âge.

Curieux sont, à propos de ces écoles de village, bien qu'exagérés, les cahiers de la paroisse d'Allerey qui déclarent que « l'éducation des enfants de la campagne est presque totalement négligée », ce qui n'était vrai que pour certains archiprètrés. Ils ajoutent même que les enfants d'Allerey, au sortir de l'école, oubliaient aussi vite l'instruction religieuse que l'autre, parce qu'ils ne savaient pas lire (3).

des séminaires. — Auxerre (tiers-état) : « Art. 4. — Qu'il soit de même établi des bourses dans les séminaires en faveur des enfants des deux ordres peu aisés qui se destineraient à l'état ecclésiastique. » Arcli. parlent , t. II, p. 123.

(1) Auxerre (clergé) : « Art. 5. — Que conformément à la déclaration de 1724, on établisse dans toutes les paroisses des maîtres et maîtresses d'école ». Arch. parlent., t. II, p. 108. — Auxerre (tiers-état) : « Qu'il soit établi dans les paroisses de la campagne des maîtres et maîtresses d'école pour vaquer journellement à l'éducation gratuite des enfants pauvres •>. Arch. parlent., t. II, p. 123. — Le clergé de Mâcon, article 8, demande également « l'exécution de l'édit de 1695 en ce qui touche les maîtres d'école si utiles et si désirés pour les campagnes ». Arch. parlent., t. III, p. 621.

(5) Voir la note précédente. Le tiers-état de Bar-sur-Seine insiste sur l'éducation des filles : « Art. 59. — L'instruction doit être une des principales vues du gouvernement, comme elle est un des premiers désirs de l'ordre du tiers-état.

» Indépendamment d'un meilleur ordre dans les écoles des campagnes et des villes, nous sollicitons qu'il plaise à Su Majesté prendre en considération l'ordre à établir dans les collèges et pédagogies, telle qu'il en existe une à Bar-sur-Seine et celui qu'il est également nécessaire d'établir pour l'éduc-ition des filles. Si, pour ce dernier objet, il est à propos de faire de nouveaux établissements, il ne l'est pas moins de soutenir ceux qui subsistent, et qui remplissent l'objet de leur institution. Ce motif porte le tiers-état à réclamer les secours qui sont accordés aux pauvres communautés religieuses, pour reconstruire le couvent des religieuses Ursulines de Bar-sur-Seine, qui, par leur pauvreté, ne peuvent subvenir à cette dépense. » Arch. parlent., t. II, p. 263. Voir aussi plus loin, pour la paroisse de Viévy, p. 784, note 4.

(3) Art. 11 du Cahier des doléances, plaintes et demandes des habitants de la paroisse d'Allerey (bailliage de Saulieu) :

« L'éducation de la jeunesse est une partie si précieuse que dans tous les ^ems elle a été un objet essentiel dv la sollicitude des législateurs, partout ils l'ordonnent. Cependant l'éducation des enfans de la campagne est presque totalement négligée. Ils viennent au catéchisme, on leur apprend les élémens de la religion, on leur y explique les principes de la morale, mais ces enfans ne sachant pas lire, ils oublient tout en moins de tems qu'ils n'ont appris; nous ne demandons pas d'en faire des savants, mais nous demandons qu'on en fasse des bons chrétiens, d'honnêtes hommes et de bons citoyens; qu'on leur fasse comprendre qu'ils ont un Dieu à servir, un roi à obéir et une patrie à laquelle ils doivent s'attacher; qu'on leur apprenne une politesse qui sans être recherchée soit proportionnée à leur état; il faut leur donner de l'horreur des vices grossiers, de l'ivrognerie qui est un fléau dans les campagnes, des juremens et de ces imprécations qui choquent toute oreille. Les curés ne peuvent tout faire ; plusieurs paroisses de la Province ont des maîtres d'école, mais leur appointement est si modique, il est depuis soixante jusqu'à cent livres : on ne peut avec une si mince somme en avoir de bons ou qui puissent s'occuper uniquement de leurs devoirs. Il faudroit de plus qu'ils fussent logés. Il est de l'intérêt des seigneurs qu'ils ayent des vasseaux honêtes et bons cultivateurs, leurs terres leurs seroient d'un meilleur revenu, les dixmes des gros décimateurs d'un plus grand pioduit. Pourquoi ces messieurs ne contribueroient-ils pas au payement du maître d'école et à la bâtisse de son logement? Ne doivent-ils pas fournir selon leurs propriétés à tout ce qui est utile au bien public dans les lieux qui leur fournissent des revenus, surtout les gros décimateurs qui jouissent des dixmes gratis et sans qu'ils soient tenus de faire aucune fonction. Ces dixmes ne devroient-elles pas être employées à tout ce qui a rapport à l'éducation chrétienne. D'ailleurs elles sont les patrimoines des curés à qui elles ont été enlevées dans des temps d'ignorance. » Arch. dép. Côte-d'Or, B2, 254.

La dernière rétlexion nous parait trahir une plume ecclésiastique. Sur les recteurs d'école d'Allerey qui

Ces indications sont exceptionnelles. Nous n'en avons pas rencontré d'autres dans la masse considérable de cahiers de bailliages et de paroisses que nous avons dépouillés. Exceptionnels sont aussi les vœux relatifs aux maîtres que le clergé voudrait voir entièrement sous sa dépendance (1) et qui, eux, préféreraient être dirigés et payés par le gouvernement de la province, quoique «surveillés » dans leurs fonctions, des pasteurs et des magistrats, qui seraient tenus de visiter de temps en temps les écoles (2) ». Nous savons que ces. maîtres se plaignaient fort de la situation subalterne qui leur était faite (3), des fondions multiples qu'on leur imposait et surtout de la médiocrité de leur traitement (4) pour un travail fatigant et incessant (5). C'est ce dernier point qui les préoccupe le plus. La questiou d'argent est également posée à propos de l'école, par les différentes paroisses, et c'est elle qu'elles cherchent à trancher à leur avantage, si bien que l'on peut dire que les cahiers ont envisagé la question scolaire, surtout du côté pécuniaire.

Les communautés trouvent fort lourd l'entretien du recteur d'école, certaines le disent expressément (6), d'autres implicitement en demandant l'affectation à l'entretien du recteur soit d'une partie les dîmes (7), soit des bénéfices supprimés (8).

semblent depuis longtemps avoir été médiocres : de Charmasse, Etat de l'instruction primaire , p. 413. Le document exagère le petit nombre d'écoles en disant « plusieurs paroisses de la province ont des maîtres d'école ». En réalité, il vise l'archiprètré de Saulieu où il n'y a que dix-neuf écoles sur trente-deux paroisses. Voir de Charmasse, op. cit II est naturel de croire que plus les écoles étaient rares et les maîtres mal payés, plus leur recrutement était défectueux. Néanmoins, les maîtres d'écoles d'Allerey s'engageaient à apprendre aux enfants à lire et à écrire. De Charmasse, op. cit.

(1) Bar-sur-Seine, ch. m. art. 7. Vernier, op. cit , p. 452. — Arch. parlem., t. II, p. 249. « Les troubles et les divisions qui s'élèvent souvent à l'occasion des maîtres d'école déterminent aussi le clergé à demander que les curés seuls aient le droit de les choisir, de les approuver et, sous l'autorité de l'évêque, de les renvoyer lorsque le bien des paroissiens paraîtra l'exiger. »

(2) Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1881, ariicle reproduit par Muteau, p. 580.

(3) A ce point de vue, le clergé d'Auxerre, dans son article 102, se plaignait d'une façon générale que les collèges, séminaires et hôpitaux ne furent pas suffisamment représentés aux Etats généraux. Arch. parlem., t. II, p. 111.

(4) Les cahiers de Bourg-en-Bresse demandaient même une retraite pour « les prêtres qui ont passé leur vie à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse ». Chap. îv, art. 18; Arch. parlem., t. II, p. 459. C'est aux faibles traitements alloués aux maîtres que les cahiers d'Allerey attribuent le mauvais recrutement de ceux-ci.

(5) Ils exagéraient, du moins les maîtres de campagne, puisque ces derniers avaient environ sept mois de vacances par an, comme on le fera remarquer à l'époque révolutionnaire.

(6) Cahier de Fresne-les-Noyers, art. 6 : « La communauté est si pauvre qu'elle est obligée de se cottisw pour subvenir aux gages de leur maître d'école ». Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 2261. C'était fréquent, mais les habitants ne le supportaient qu'avec impatience. A Aubigny (bailliage d'Arnay), les habitants déclarent qu'ils sont obérés de 1G0 livres, sans compter les vingtièmes, gages de leur recteur, etc. Arch. dép. Côte d'Or, B2. 242.

(7) C'est le cas de Moutier-Saint-Jeam qui, dans l'article 14 de ses cahiers, demande qu'un tiers de la dime soit affecté aux pauvre», « après avoir prélevé les gages du recteur d'écolle et des sonneurs ». Aroh. dép. Côte-d'Or, B*.226i.

(8) Saint-Thibaut (Auxois) demande qu'on prenne les revenus bénéfice de la chapelle Saint-Gilles pour les unir à l'hôpital de Semur et servir au surplus à « mettre dans notre dite paroisse deux filles hospitalières pour enseigner les petites filles, leur apprendre à travailler. Et en même temps prendre soin des malades en leur distribuant les remèdes que Sa Majesté a la bonté d'envoyer tous les ans ». Arch. dép. Côte-d'Or, Bs 226*.

Il serait juste de faire contribuer à la dépense les seigneurs et décimateurs (1). Une solution radicale serait de confier l'enseignement aux communautés régulières et séculières, c'est le désir du de» gé des bailliages de Se i.ur, Avallon, Arnay-le-Duc et Saulieu et de relui du Char<«lais (J2). La paroisse de Moutier-Saint-Jean veut que cette instruction soit gratuite (3). D'autres, comme le cahier général du bailliage d'Arnayle-Duc, spécifient que pour les collèges, l^s maîtres seront les Béné lictin- et les Oratoriens (4). Bar-sur Seine déplore le vide qu'a causé le départ des Jésuites (5) Le clergé de Mâcon voudrait en quelque sorte les remplacer, puisqu'il demande « l'établissement

La ville de Beaune réclame qu'une partie des biens des Jacobins, dont il ne reste plus que deux religieux, soit attribuée au collège de l'oratoire de la ville. Arch. dép Côte-d'Or, B*. 163. A Bar-sur-Seine, le tiersétat souhaite qu'on vienne au secours des Ursulines et qu'on affecte à l'établ'ssement d«s écoles une p rtion des revenus des abbayes ou bénéfices supprimés. Vernier, article 59 des Cahiers de doléances du bailliage de Troges et du bailliage de Bar-sur-Seine, t. III, Troyes, 1911, p. 49 t. A Noyers, c'est avec le même procédé que l'on compte l'aire payer l'école de dessiti qu'on voudrait voir établir dans la ville. Article 9 des cahiers : « Le roy est très humblement supplié de s'occuper de la ville de Noyers, en conséquence de vouloir bien établir dans la dite ville qui est assez considérable eu égard à ses dépendances des écoles gratuites de dessin et d'architecture. Il y a un moyen aisé pour y parvenir. L'abbiye de Moutier-Saint-Jean, formée de Bénédictins, est extraordinairement riche, et (ils) ne peuvent consommer leur revenu. Sa Majesté pourroit ordonner qu'il soit pris sur le supeiflu de leur revenu une somme telle qu'il lui plaira fixer pour subvenir à cette institution. » Bourg-en-Bre~se, chap iv, art. 8 « Que les biens des monastères qui seront supprimés soient réunis, suivant les besoins, aux hôpitaux, collèges et autres établissements utiles ». Arch. parlem., t. II, p. 458.

C'est le même emploi que le clergé du bailliage de Chalon-sur-Saône veut donner aux dîmes des bénéfices supprimés ; elles serviront, entre autres, « aux gages des maîtres et maîtresses d'école des lieux où elles seront situées », art. 11, Arch. parlent., t II, p. 602. — A Mâcon, le cleigé, dans son artice 25, demande qu'on pourvoie à la dotation du petit séminaire de Tournus par l'union de quelque bénéfice de Chalon-sur- Saône. Arch. parlem., t. III, p. (523.

(1) Cahier de doléances de la paroisse de Viesvy (bailliage d'Arnay) : « Art 12. — Comme rien n'est plus utile que l'éducation des enfants pour les instruire dans leur religion du devoir de fidélité envers leurs primes, qu'il soit fixé un gage honnête pour se procurer une personne capable pour l'instruction des jeunes gens; que le gage et le logement qui luy sera donné soyent supportas par les seigneurs et décimateurs de la paroi->se de l'établissement; et pour les habitants proportionnellement à leur fonds de commerce. » Arch. dép Côte-d'Or, B9. 242. — C'est aussi ce que demande la paroisse d'Allerey, voir plus haut, p. 783, note 1.

(2) « Art. 7. — Rien n'est plus essentiel à la conservation des mœurs et de la foi que de veiller a l'éducation publique de la jeunesse. Les sages institutions préparent aux générations futures une postérité vertueuse et des citoyens utiles. Nous osons donc supplier Sa Mijei-té d'accoider une protection spéciale à ceux qui en sont chargés et pour donner à ces établissements plus de stabilité d'en confiur la direction aux communautés séculières et régulières les plus capables de s en acquitter dignement. » Arch. dép. Côte-d'Or, B'. 226. ; Arch. parlem., t. II, p. 127 Le clergé du Charolais parle de « corps régulier », voir p 782, note 1.

(3) « Art. 15. — ...demandent (les hibitants) que les maisons religieuses soient tenues d'enseigner gratuitement la jeunesse de chacun des endroits où elles sont établies ». Arch dép. Côte-d'Or, H*. 226*.

(4) « Art. 41. — Que les Bénédictins et Oratoriens seront obligés de se charger de tous les collèges du royaume, et que tous les ordres mendiants seront réunis sous un seul titre et chargés des séminaires et d'aider les curés. » Arch dép. Côte-d'Or, Bs. 242. Toutefois l'enseignement de Cluny ne parait pas très apprécié, car, dans les réclamations particulières de Cluny, Blanot, Mazille et Marcilly jointes aux cahiers du tiers état de Mâcon (Arch parlem., t. III, p. 632-633), nous voyens l'article suivant : « . .Que les religieux de province qui ont reçu les biens sous la condition d'enseigner la jeunesse soient tenus de veiller avec plus de soin aux éducations qui leur sont confiées. »

(5) Chap. i, art. 12 : « Tous les bons citoyens et surtout les ministres de la religion gémissent sur l'état de décadence où l'éducation est tombée en France ; on reconnaît généralement qu'elle dégénère depuis plus de vingt-cinq ans, et qu'à cet égard une société célèbre a laissé des regrets et un vide qui n'a pu encore être rempli... » Vernier, Cahiers du bailliage de Troyes, III, p. 447, 448, ne cite pas ce passage dans sa table au mot Ecoles. Cfr. Arch. parlem., t. II, p. 248.

d'un institut uniquement destiné à l'éducation de la jeunesse par tout le royaume (1) ». On le voit, il n'est nullement question de sécularisation de l'enseignement (2), dans les cahiers du moins (3).

En résumé, l'on souhaitait plus d'ordre et d'uniformité dans l'organisation et les programmes de l'enseignement ; on désirait beaucoup de voir se généraliser la gratuité de l'instruction primaire, c'est le minimum, et la fondation de bourses dans les collèges au profit des enfants du tiers (4). Les maîtres réclament une situation plus respectée et des salaires meilleurs, et les villes et paroisses s'efforcent d'éviter la charge qui résulterait pour elles de cette hausse des traitements. La question de l'école ne soulève point les passions, l'on se contente de demander quelques améliorations à une situation qui, dans l'ensemble et pour l'époque, n'est pas mauvaise (5).

(1) Art. 8. Arch. parlem., t. III, p. 621.

(2) Bourg-en-Bresse voit même dans « les moyens d'éducation qu'ils offrent à la société », une raison de maintenir les ordres religieux. Chap. vu, art. 18 ; Arch. parlent., t. Il, p. 109. — Voir aussi l'art. 6, chap. il, du clergé de Bar-sur-Seine qui demande qu'on vienne en aide aux Ursulines de la ville. Arch. parlem., t. II, p. 248 et les nombreux documpnts cités plus haut.

(3) Celle-ci était visée dans des écrits privés. — Voir la réclamation du grammairien Robert : Arch. dép. Côte-d'Or, L. 570.

(4) Cahiers de Flavigny, art. 27 : « Que les enfans des personnes du tiers-état qui se seront distinguées soit dans le militaire, soit dans le barreau, soit enfin dans le commerce, puissent être élevés à l'instar de enfans nobles dans les collèges où il sera fixé un certain nombre de places de pensionnaires, lesquelles seront payées par la nation. » Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 2261. — Cf. Auxerre (tiers-état) : « Art. 2. — Qu'il soit établi et arrêté que les enfants du tiers état seront admis dans les écoles militaires pour y partager, avec ceux de la noblesse, les avantages de l'éducation gratuite. » Arch. parlem., t. II, p. 123.

(5) C'est ce qui nous explique pourquoi les cahiers du tiers-état de Dijon (Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 135), de Nuits (ibid., B2. 173), d'Auxonne (ibid., B-. 148) entre autres, ne disent rien. Quant aux questions de pédagogie, elles ne trouvaient point place dans les cahiers, bien qu'elles fussent l'objet des préoccupations des spécialistes parmi lesquels Guyton-Morveau. Pour intéresser les professeurs des basses classes, il voudrait établir un tour entre les quatre professeurs. Chacun suivant les mêmes enfants les connaîtrait mieux. « Ce n'est pas dans l'enseignement des règles que les talents peuvent se déployer, disait-il, il faut attendre les classes île goût. » Bibl. mun de Dijon, fonds Baudot, n° 239, f» 140 On trouvera aussi un résumé de ces projets notamment de ceux de Clément. « l'inclément » de Voltaire, dans l'abbé Deberre, La vie littéraire à Dijon, p. 21 et suiv.

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