XXIV INTRODUCTION
sorte de comité de surveillance de 25 barons élus par le « commun conseil » ou Parlement * ; quatre d'entre eux, choisis par leurs collègues, seraient chargés de surveiller les agissements du roi et de ses fonctionnaires ; ils porteraient au roi les plaintes des personnes molestées et, s'il refusait de leur rendre justice, ils pourraient l'y contraindre par la force. Enfin, le roi s'engageait à s'abstenir de toute tentative pour faire révoquer ou amoindrir aucune des concessions et libertés qu'il avait accordées.
Ces belles promesses, les ordres que le roi multiplia pour assurer l'exécution de la Grande Charte ^ n'avaient qu'un but, celui de gagner du temps, car Jean attendait la réponse du pape à sa lettre du
1. Ce mot apparaît pour la première fois seulement en 1239, dans Mathieu de Paris, III, 526.
2. Voyez les Rot. litt. pat. I, 143, et le nouveau Rymer, à la date des 18 et 19 juin. Voici une circulaire adressée à tous les shériffs d'Angleterre :
« Joan par la grâce de Deu reis d'Engleterre as visconte de Suthantesire et a dosce esleuz en tel conté a enquerre et oster les malyeises costumes des viscontes et de lor ministres des fores et des forestiers et des warennes et des warenniers et des riviers et de lor gardes, saluz. Nos vos mandons que senz délai saisiez en nostre main les terres et les tenemenz et les chatels de toz cels del conté de Suthantesire qui ne vodront jurer as. xxv. barons solonc la forme qui est escrite en nostre chartre des franchises o a celz qu'il auront a ço atornez ; et s'il ne volent jurer maintenant empres quince jorz acompliz puisque lor terres et lor tenemen et lor chatel seront saisi en nostre main, faites vendre toz lor chatelz, et les deniers qui en seront pris gardez sauvement a mètre en l'aie de la sainte terre de Jérusalem ; et lor terres et lor tenemenz tenez en nostre main jusqu'il aient juré ; et ço fu pourvieu por le jugement l'arceveske Stefne de Gantorbire et des barons de nostre règne. Et en tesmoing de ceste chose nos enveons cestes nos lettres overtes. Tesmoing mei meisme. A Odihaam le vint et septain jor de juiug, l'an de nostre règne dis et septain ». — (A history and defence of Magna Charta, p. 234.) On n'indique pas l'origine de cette pièce.
INTRODUCTION xxv
29 mai *. Elle arriva enfin. Elle ne pouvait pas être conçue en termes plus favorables pour la cause du roi d'Angleterre. Dans sa bulle du 24 août, en efFet, Innocent III, adoptant tous les arguments et reproduisant le récit des faits que lui avait fournis Jeansans-Terre, exposa que le roi avait été contraint par la force et par la crainte ce qui peut tomber même sur l'homme le plus courageux » ; il réprouva et condamna le pacte de Runnymead ; il défendit, sous menace de Tanathème, au roi de l'observer et aux barons d'en exiger l'observation {Textes^ n® VI). En même temps, il rappela aux barons dans une seconde bulle (25 août) que la suzeraineté de l'Angleterre appartenait à l'Eglise romaine, qu'on ne pouvait opérer dans le royaume aucun changement préjudiciable aux droits de l'Eglise, que le traité passé avec le roi était « non seulement vile et honteux, mais encore illicite et inique » ; il les invita donc à « faire de nécessité vertu », à renoncer à la Grande Charte et à donner au roi toutes satisfactions légitimes pour les dommages qu'il avait subis '. Puis au concile du Latran il excommunia les barons anglais « qui persécutaient Jean, roi d'Angleterre, croisé et vassal de l'Eglise romaine, en s'efforçant de lui enlever son royaume, fief du Saint-Siège^ ». Il
1. Aussitôt après Runnymead» Jean expédia son chancelier, Richard « de Marisco », « qui in curia jugiter existens négocia sua pro viribus promoveret ». Chanoine anonyme de Barnwell, II, 222.