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Chartres

iV / 'est-ce pas une gageure que de vouloir, après tant d^ autres, ■J- ^ donner une image de Chartres ? Mais, d'autre part, saisi par tant de beauté, comment ne pas céder à la tentation d'exprimer ce qu'on a si vivement ressenti ?

Chartres! ce fut d'abord pour moi un pur vagabondage, le regard errant sur tout et ne s' attachant sur rien. Le premier contact ne pouvait être que de dépaysement et de surprise; on ne comprend pas, c'est tellement au-dessus de soi.

Puis ce fut un pèlerinage à travers la Beauce blonde, Péguy

présent.

« Ce pays est plus ras que la plus rase table A peine un creux du sol, à peine un léger pli. »

Ce sont des blés à Vinfini, des gerbes et des meules. Ici c^est un chariot laissé seul sur un champ., là c'est un paysan abreuvant son cheval. De l'eau qui court tranquillement baignant un lavoir au toit de chaume gris. Des Jemmes poussent des brouettes

toutes rebondies de linge. Pms^ voici les flèches inimitables « Un homme de chez nous a fait ici jaillir^ Depuis le ras du sol jusqu'au pied de la croix, Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois, La flèche irréprochable et qui ne peut faillir. »

« C'est la gerbe et le blé qui ne périra points Qui ne fanera point au soleil de septembre^ Qui ne gèlera point aux rigueurs de décembre^ C'est votre serviteur et c'est votre témoin. »

Voici la vieille ville et l'Eure coulant paisiblement, sans aucun bruit. Son eau reflète d'anciennes maisons, une église, des ponts, une porte aux tours crénelées. Les toits descendent en cascades, et là-haut, dominant tout, c'est Notre-Dame.

Toute ma vie je me souviendrai de l'instant où, à l'angle d'une rue, je fus mis en présence du portail Royal. Que de noblesse et que de majesté dans ces statues, graves, mais sereines. Et l'Ange de Chartres « comme un oiseau perché sur l'angle de

quelque haut promontoire^ comme un astre vivant dans une solitude^ rayonnant sur ces grandes assises de pierre ». Les portails^ l'immense nef sombre colorée des feux violets des merveilleuses verrières.

Tout n'est qu'enchantement et que recueillement. Voici donc ce que j'ai vu : la plaine de la Beauce, une vieille ville., une cathédrale. Placé devant un double problème., le problème technique et celui de l'émotion^ j'ai préféré, à la réussite technique., la photo d'émotion.

Maurice Blanc.

« Ce bras de rivière, coulant dans les fossés des anciens remparts, enveloppe le bas de Chartres, bordé, d'un côté, par les arbres des avenues, de Vautre, par des bicoques, par des jardins en lacets, descendant jusqu'au fil de l'Eure et reliés à l'autre rive par des passerelles de planches, par des ponceaux suspendus de fonte. »

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« Et près de la porte Guillaume dressant les pâtés crénelés de ses tours^ des maisons semblent éventrées^ qui montrent^ ainsi que les cagnards disparus de V Hôtel-Dieu à Paris, une cave

ouverte au ras de l'eau, un sous-sol dallé au fond duquel s'aperçoivent, dans un jour de prison, les marches d'un escalier de pierre ; et si V on franchit sur un petit pont à dos d'âne, la porte...

... Guillaume dont la voûte conserve encore la rainure de la herse, que Von abattait naguère pour clore, le soir, cette partie de ville,

Von retrouve un nouveau bras de la rivière^ baignant encore le pied des bâtisses^ jouant à cache-cache dans les cours, musant entre des murs, »

« ,,.le long du quai, en face d'une haie de grands peupliers éventant des moulins hydrauliques, des scieries et des chantiers de bois, des lavoirs de blanchisseuses agenouillées dans des

boîtes sur de la paille et Veau moussant devant elles, décrivant des cercles d'encre éclaboussés par le coup d'aile d'un oiseau, des gouttes blanches... »

« Ces rues de la Foulerie, de la Tannerie^ du Massacre^ envahies par les mégissiers et les chamoiseurs, par les fabricants de mottes^ suggèrent l'impression d'une bourgade malade^ d'un village pauvre. »

« Mais il manque à Chartres le charme fait de pitié et de regret y d'une déchéance. »

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« Telles quelles cependant^ ces rues, qui dessinent une sorte de mouvement tournant autour de cette colline sur laquelle s'exhausse la cathédrale, sont les seules vraiment curieuses à parcourir à Chartres. »

« Tout est clos et terne^ tout se tait.

c'est une cité en léthargie. »

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