PORCHE DU MIDI
Le porche du Sud sert de pendant à celui du Nord et répète avec une variante le sujet du portail Royal : la glorification du Christ, mais alors dans ses fonctions de Juge suprême, et dans la personne de ses saints.
Commencé à l'époque de Philippe Auî frais du comte de Dreux et d'Alix de Bretagne ce porche qui n'a été terminé que sous le p lippe le Bel se divise, ainsi que les deux au parties : une baie médiane, racontant, sur en ogive, la scène du Jugement dernier — p à gauche, consacrée aux martyrs — enfin, droite, dédiée aux confesseurs.
La baie centrale imite la forme d'une bai debout, la poupe en bas et la proue en l'a évasés apostent, sur leurs cloisons, six apôtre côté, et le fond est occupé, au milieu, pz statue, celle du Christ.
Cette statue est, de même que celle d'^ bre; tous les guides vantent la régularité d nomie, l'ordonnance calme des traits; la qu'elle est surtout fate et frigide, d'une désennui; ce qu'elle est inférieure à celle d douzième siècle, du Dieu si expressif, si vivant, bêtes du Tétramorphe, dans le tympan de la fa<
Les apôtres sont mieux débrutis, moin peut-être que les patriarches et les proph< auprès de sainte Anne, sous le porche Nor saveur d'art est moindre. Ils sont comme le entourent d'une venue honnête; c'est de probe, flegmatique, si l'on peut dire.
Ils tiennent, placides, les intruments de 1
sûr lesquelles on le cloua; puis saint Philippe, saint mas, saint Matthieu, saint Simon, armés tous d'un g bien que saint Philippe ait été crucifié et lapidé, Thomas percé d'un coup de lance et saint Simon
Sur la paroi de gauche habitent : saint Paul, sub à saint Matthias, le successeur de Judas; il exhibi épée; puis saint Jean, son évangile; Jacques le M un glaive; Jacques le Mineur, une massue de fo saint Barthélémy, le coutelas avec lequel on l'écorc saint Jude, un livre.
Huches sur des colonnes torses, ils pressent sous pieds restés nus, en signe d'apostolat, les bourreai leurs supplices. Ils ont des cheveux longs et diffui barbes bifides, taillées en fourche, hormis le saint imberbe, et saint Paul qui, selon la tradition, était ch et ils sont, tous, vêtus de même, drapés dans des teaux à plis ménagés en d'adroites ondes. Seul, Ja le Majeur se dénonce par une pannetière semt coquillages, pareille à celle des pèlerins qui le visitai Compostelle, dans l'un des grands sanctuaires e en son honneur, au moyen âge.
Il était le saint vénéré de l'Espagne, mais a-t-il j; évangélisé ces contrées, ainsi que l'attestent sain rôme, saint Isidore et le Bréviaire de Tolède ? d'ai en doutent. En tout cas, au treizième siècle, son his narrée par Durand de Mende, se résumait en ceci : ei dans ce pays pour convertir les idolâtres, il échoua
D'ailleurs, nous sommes singulièrement peu renseignés sur les apôtres. Presque tous n'apparaissent qu'à la cantonade dans les Evangiles et sauf quelques-uns, comme saint Pierre, saint Jean, saint Paul, dont les silhouettes parfois se déterminent, les autres flottent à l'état d'ombres, passent en quelque sorte voilés dans ce halo de lumière qu'épand autour de lui le Christ; et, après sa mort, ils s'eflTument davantage encore et leur existence n'est plus délinéée que par de vagues légendes.
Tel saint Thomas, le trésor de Dieu, ainsi que le qualifie sainte Brigitte. Où est-il né? on l'ignore; quelles furent les circonstances et les motifs de sa vocation ? nul ne le sait. Dans quel pays prêcha-t-il la religion nouvelle ? les discussions commencent. Les uns le signalent chez les Mèdes, chez les Parthes, chez les Perses, dans l'Ethiopie, les autres, dans l'Indoustan. On le spécifie, généralement, par une équerre et une règle, car l'on assure qu'il construisit une église à Méliapour; ce pourquoi il fut, au moyen âge, le patron des architectes et des maçons.
Selon le Bréviaire romain, il fut tué à Calamine d'un coup de lance; selon la légende dorée, il fut trucidé à coups d'épée, dans une région mal définie et les Portugais prétendent que son corps leur appartient, à Goa, le chef-lieu de leurs possessions dans les Indes.
Au treizième siècle, ce saint était le type têtu de la méfiance. Non content de n'avoir reconnu le Christ que lorsqu'il l'eut vu et eut enfoncé ses doigts dans les plaies, il se montra, si l'on en croit nos pères, aussi incrédule lorsqu'on lui apprit l'Assomption de la Vierge et Marie dut venir et lui jeter sa ceinture, pour le convaincre.
Saint Barthélémy s'efface, encore plus obscur, dans l'ombre amoncelée des âges. Il était le mieux élevé des apôtres, dit la sœur Emmerich, car les autres, Pierre et André surtout, avaient conservé de leurs basses origines des mines sans apprêt et des dehors brusques.
S'appelle-t-il Barthélémy? On le pense. Les synoptiques le comptent au nombre des apôtres et saint Jean l'omet; par contre, il désigne à sa place un homme du nom de Nathanaël dont les trois autres Evangiles ne parlent point.
Y a-t-il dès lors identité entre ces deux apôtres ? Cela paraît à peu près sûr et saint Bernard présume que ce Barthélémy ou ce Nathanaël était l'époux des noces de Cana.
Quelle fut son existence ? Il aurait parcouru l'Arabie, la Perse, l'Abyssinie, aurait baptisé les Ibères, les peuplades du Caucase et ainsi que saint Thomas, les Indes, mais aucun document authentique ne le prouve. Suivant les uns, il aurait été décollé; d'après les autres, il aurait été écorché vif, puis crucifié à Albane, près de la frontière de l'Arménie.
Cette dernière opinion qu'adopta le Bréviaire romain a prévalu; aussi fut-il choisi pour patron par les bouchers qui écorchent les bêtes, par les mégissiers, les peaussiers, les cordonniers, les relieurs qui travaillent le cuir, voire même par les tailleurs, car les Primitifs le peignent excorié d'une moitié du corps et tenant sa peau sur son bras comme un habit.
Plus étrange et plus confus encore est saint Jude. Il s'appelait également Thaddée et Lebbée et était fils de Cléophas et de Marie, sœur de la Vierge; il fut, dit-on, marié et il eut des enfants.
Les Evangiles le citent à peine, mais insistent pour qu'on ne le confonde pas avec Judas — ce qui eut lieu, du reste — et, à cause même de sa similitude de nom avec le traître, pendant le moyen âge, les chrétiens le renient et les sorciers l'implorent.
Il se tait dans les Livres Saints, ne sort de son mutisme que pour poser pendant la réunion de la Cène une question au Christ sur la prédestination et Jésus répond à côté ou pour mieux dire ne lui répond pas. Il est aussi l'auteur d'une Epître canonique dans laquelle il semble s'être inspiré de la deuxième missive de saint Pierre et, selon saint Augustin, ce fut lui qui inséra le dogme de la Résurrection de la chair dans le Credo.
Il est associé à saint Simon, dans les légendes; suivant le Bréviaire, il aurait évangélisé la Mésopotamie et subi avec son compagnon le martyre en Perse; de leur côté, les Bollandistes narrent qu'il fut l'apôtre de l'Arabie et de l'Idumée, tandis que le Ménologe grec raconte qu'il fut, en Arménie, tué par les infidèles à coups de flèches.
En somme, tous ces renseignements vacillent et l'iconographie ajoute à ce désarroi, en assignant à Jude les attributs les plus divers ; tantôt, en effet, il tient une palme comme à Amiens ou un livre comme à Chartres; tantôt, il porte une croix, une équerre, un bateau, un bâton, une hache, une scie, une hallebarde.
Enfin, malgré le déplorable renom que lui vaut son homonyme Judas, les lapidaires du moyen âge le qualifient d'homme de charité et d'ardeur et le svmbolisent dans les feux d'or et de pourpre de la chrysoprase, emblème des bonnes œuvres.
Tout cela est très peu cohérent; ce qui paraît bizarre aussi, c'est que ce saint, si chichement invoqué par nos pères qui ne lui dédièrent pendant longtemps aucun autel, possède deux de ses effigies à Chartres, en admettant que le Verlaine du portail Royal le représente, ce qui devient dès lors bien improbable.
Pourquoi les historiens de la cathédrale proclamentils en chœur que la scène du Jugement dernier sculptée sur le tympan de la porte est la plus extraordinaire de ce genre qui soit en France ; rien n'est plus faux, car elle est très vulgaire, très inférieure, en tout cas, à beaucoup d'autres.
Dans l'ébrasement de la porte, la baie latérale de gauche du porche, vouée aux martyrs, vivent, côte à côte, saint Vincent d'Espagne, diacre; saint Denys, évêque; saint Piat, prêtre; et saint Georges, guerrier; victimes, tous les quatre, de la studieuse cruauté des mécréants.
Saint Vincent, dans sa longue robe, penche sur l'épaule une tête contrite. Celui-là a été supplicié d'une façon toute culinaire, car si l'on écoute la légende de Voragine, on lui ratissa si furieusement le corps avec des peignes acérés d'airain que ses boyaux sortirent; puis, après ce hors-d'œuvre de souffrances, les cuisiniers le rôtirent sur un gril, le lardèrent de clous, l'arrosèrent avec la sauce de son sang. Lui, demeurait immobile, pendant qu'il se dorait et priait. Quand il eût expiré, Dacien, son persécuteur, ordonna de transférer son cadavre dans un champ pour qu'il fût dépecé par les bêtes, mais un corbeau vint veiller auprès de lui et chassa, à coups de bec, un loup; alors, on lui attacha une meule de moulin autour du col et on le précipita dans la mer, mais il aborda près de pieuses femmes qui l'ensevelirent.
Saint Denys, premier évêque de Paris, offert en pâture à des lions qui s'éloignèrent, puis décollé à Montmartre, avec saint Eleuthère et saint Rustique. L'imagier ne l'avait pas représenté tenant, ainsi que d'habitude, sa tête, mais il l'a dressé, entier, debout, crosse et mitre; et il n'est pas humble et dolent, tel que son voisin, le diacre d'Espagne, mais droit, impérieux, levant la main, plus peut-être pour faire une recommandation aux fidèles que pour les bénir et l'on rêve devant cet écrivain dont le livre, si court, occupe une place si importante dans la série des œuvres mystiques; celui-là, en admettant que le volume fût de lui, a plus que tout autre et, le premier, parmi les auteurs contemplatifs, franchi les limites du ciel et rapporté quelques détails sur ce qui s'y passe, aux hommes. La question des préséances angéliques date de lui, car il a révélé l'organisation des milices, observé un ordre, une hiérarchie qu'imite l'humanité et que parodie l'enfer. Il a été une sorte de courrier entre le firmament et la terre; il a été l'explorateur du patrimoine divin comme plus tard sainte Catherine de Gênes fut l'exploratrice des domaines du purgatoire.
Moins intéressant est Piat, prêtre de Tournai, qu'un proconsul romain décapita. Dans cette assemblée de saints célèbres, il est un peu le parent de province pauvre, le saint d'un diocèse. Il figure là parce que la cathédrale possédait ses reliques, car ses historiens racontent que l'illation de ses restes à Chartres eut lieu au neuvième siècle. Saint Georges l'accoste, vêtu en chevalier du temps de saint Louis, tête nue, bardé de fer, armé d'une lance et d'un bouclier, en sentinelle sur un socle où était décrite la torture de la roue qu'il endura.
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Cette statue a pour pendant de l'autre côté de la porte Théodore d'Héraclée, habillé d'une cotte de mailles et d'un surcot et muni, lui aussi, d'un écu et d'une lance.
Près de ce saint que l'on fit cuire jadis, dans la ville d'Amasée, à petit feu, siègent saint Etienne, saint Clément et saint Laurent.
Et le tympan développe, au-dessus de la double haie de ces martyrs, l'histoire de saint Etienne disputant contre les docteurs et lapidé par les juifs; et, partout, sur des piliers carrés, sous la voûte du porche, des pierres s'excisent en des figurines tourmentées de justes : saint Léger, saint Laurent, saint Thomas de Cantorbéry, saint Bacche, saint Quentin, d'autres encore; et c'est un défilé de bienheureux qu'on éborgne, qu'on calcine, qu'on taillade, qu'on fouette à tour de bras, qu'on étête ; mais le tout est dans un pitoyable état. En les ébranchant encore de plusieurs membres, le vent et la rage des sans-culottes ont complété le supplice de ces saints.
La baie de droite, consacrée aux confesseurs, s'ouvre en une cosse immense debout, alignant sur sa paroi écartée de gauche, saint Nicolas, archevêque de Myre, haussant une main gantée, foulant aux pieds le cruel hôtelier qui occit les enfants dont la mort devint le sujet de tant de complaintes; puis saint Ambroise, docteur de l'Eglise, archevêque de Milan, coiffé d'une mitre singulière, en forme d'éteignoir ; saint Léon, pape, le vainqueui d'Attila, enfin saint Laumer, l'une des gloires du pays de Chartres.
Celui-là est un peu, ainsi que le saint Piat de la baie de gauche, un inconnu fourvoyé dans les rangs illustres de ces saints. Très vénéré autrefois dans la Beauce, il
a mené, de son vivant, une existence qui peut se condenser en trois lignes : après avoir gardé, pendant son enfance, les troupeaux, il avait été cellérier de la cathédrale, anachorète et enfin moine et abbé du monastère de Corbion, dans les forêts de l'Orne.
La paroi évasée de droite loge saint Martin, évêque de Tours, saint Jérôme, docteur de l'Eglise, saint Grégoire, pape et docteur, et saint Avit.
Ce qui est curieux, c'est le parallélisme de cette porte. D'un côté, à droite, saint Nicolas, le grand thaumaturge de l'Orient; de l'autre, à gauche, saint Martin, le grand thaumaturge de l'Occident.
Puis, en pendant, deux docteurs de l'Eglise, saint Ambroise et saint Jérôme ; le premier, souvent redondant et enflé dans une prose médiocre, mais ingénieux et charmant dans ses hymnes; le second, ayant vraiment, dans la Vulgate, créé la langue de l'Eglise, aéré, désinfecté ce latin du paganisme qui empestait la luxure, puait un aflfreux mélange de vieux bouc et de rose; en vis-à-vis encore, deux papes, saint Léon et saint Grégoire, puis deux abbés de cloîtres, saint Laumer et saint Avit qui a été, lui aussi, supérieur d'une abbaye fondée dans les bois du Perche.
Ces deux statues ont été ajoutées, après coup, car elles décèlent, par leur tournure et par leur costume, une époque plus tardive que le treizième siècle; mais alors, ont-elles été substituées à d'autres qui portraituraient les mêmes moines ou différents saints ?
Et le tympan exprime, à son tour, l'idée de parallélisme voulu par le maître de l'œuvre. Lui aussi est dédié aux deux thaumaturges, à la réplique miraculeuse du
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Nord au Midi; il relate les épisodes de la vie de saint Nicolas et de saint Martin; saint Nicolas dotant les filles d'un gentilhomme qui s'apprêtait, mourant de faim, à les trafiquer, puis le sépulcre de cet archevêque sécrétant une huile souveraine pour guérir les maladies; saint Martin offrant la moitié de son manteau à un indigent et voyant ensuite le Christ revêtu de ce manteau.
Le reste du porche est aisément négligeable; Ton retrouve, dans les voussures et sur les piliers des baies, la troupe des confesseurs, les neuf chœurs des anges, la parabole des vierges sages et des vierges folles, le double des vingt-quatre vieillards du portail Royal, les prophètes de l'Ancien Testament, les vertus et les vices, les vierges chrétiennes, de petites statuettes d'apôtres, le tout plus ou moins endommagé, plus ou moins visible.
Avec ses sept cent quatre-vingt trois statues et figurines, ce portail du Midi, cité par les guides comme le plus attrayant de tous, est, au contraire, le moins attirant des trois, pour les artistes, car si l'on excepte les glorieuses effigies de saint Théodore et de saint Georges, les panégyriques de ses autres habitants sont ternes, très inférieurs, au point de vue de l'art, aux sculptures de la façade du douzième siècle et même du portique du Nord, ce mémorial des deux livres, dont la statuaire était plus barbare mais moins docile et moins froide.
Façade Ouest — « Baie centrale du porche Royal, entrée solennelle de la cathédrale. »
Façade Ouest — « Les trois fenêtres privées de regard du dehors et, au-dessus d'elles, la grande rose semblable à un œil éteint. »
« Le porche Royal de V Occident, cet immense palimpseste, avec ses sept cent dix-neuf figures, »
« Au milieu du porche central, contenant le sujet autour duquel ne font que graviter les annales des autres baies : la Glorification de Notre- Seigneur. »
« A gauche, rAscensioîi de Notre- Seigneur, montant glorieusement dans des nues. »
« A droite, le triomphe de Notre-Dame, encensée par deux archanges, assise le sceptre au poing sur un trône, accompagnée de l'Enfant qui bénit le monde. »
« Dans l'espace compris entre les bases des deux tours, le long du mur et dans Vébrasement des trois portes jaillissent dix-neuf statues colossales de pierre. »
« Ces statues — sept rois, sept prophètes et cinq reines — sont debout, posent sur des colonnes guillochées, sur des socles taillés en amande, en pointe ^de diamant, en côte d'ananas. »
« La dure matière se plie aux exigences des habilleurs, s'assouplit pour les crêpes...
... historiés, pour les futaines et les fils de pur lin, s'alourdit pour les brocarts et les orfrois. »
« Le prophète coiffé de la calotte juive à côtes. »