‹ ChartresChapitre 8 sur 12 · PORTAIL NORD · texte numérisé non relu

PORTAIL NORD

Ce porche qui s'avance, tel qu'un perron couvert, tel qu'une sorte de véranda devant les portes, est une allégorie du Sauveur désignant l'entrée de la Jérusalem céleste; il a été commencé vers 12 15, sous Philippe Auguste et a fini en 1275, sous Philippe le Hardi; sa construction a donc duré près de soixante ans et s'est poursuivie pendant la majeure partie du treizième siècle. Il se divise en trois fractions correspondant aux trois portes qu'il abrite ; il renferme près de sept cents statues et statuettes appartenant, pour la plupart, aux personnages de l'Ancien Testament.

Il se creuse en trois gorges profondes ou trois baies.

La baie centrale qui mène à l'huis du milieu, a pour sujet : la Glorification de Notre-Dame.

La baie latérale de 2:auche est consacrée à la vie et aux vertus de la Vierge.

La baie latérale de droite, aux figures mêmes de Marie.

D'après une autre exégèse imaginée par le chanoine Davin, ce portail, bâti à l'époque où saint Dominique inaugura le rosaire, serait la reproduction illustrée de ses mystères.

Dans ce système, le porche de gauche qui contient les scènes de l'Annonciation, de la Visitation, de la Nativité, répondrait aux mystères joyeux; — le porche central, qui nous montre l'Assomption et le couronnement de la Vierge, aux mystères glorieux ; — le porche de droite qui encadre un relief de Job, héraut du Crucifié dans l'antique Loi, aux mystères douloureux.

Contrairement au rituel suivi par la plupart des basiliques de ce temps, par celles d'Amiens, de Reims, de Paris, pour en nommer trois, ce n'est pas la Vierge qui se dresse sur le pilier entre les deux vantaux de la porte, mais bien sainte Anne, sa mère, et il en est de même dans les verrières, à l'intérieur de l'église, où sainte Anne, en négresse, la tête enveloppée d'un foulard bleu, presse dans ses bras Marie, tannée telle qu'une Moricaude, sans doute parce que cette cathédrale fut gratifiée par l'empereur Baudouin, après le sac de Constantinople, du chef de cette sainte.

Ces dix statues colossales, placées à chacun de ses côtés dans les ébrasements de l'entrée, accompagnent notre Mère dans tous les sanctuaires du treizième siècle, à Paris, à Amiens, à Rouen, à Reims, à Bourges, à Sens. Les cinq, rangées à gauche, tiennent une image figurative du Fils; les cinq, disposées à droite, une effigie de Notre- Seigneur même.

Ce sont, cantonnés dans l'ordre chronologique, les

personnages qui ont prototypé le Messie, ou prophétisé sa Naissance, sa Mort, sa Résurrection, son Sacerdoce éternel.

A gauche : Melchissédech, Abraham, Moïse, Samuel et David.

A droite : Isaïe, Jérémie, Siméon, saint Jean-Baptiste et saint Pierre.

Saint Pierre avoisine dans ce portail saint Jean- Baptiste, les deux statues sont côte à côte et se touchent. Dès lors le sens de ce rapprochement indique que l'un a été le précurseur et l'autre le successeur; le premier anticipe et le second parachève la mission du Christ. Il était naturel qu'on les reliât, qu'on les réunît et que le prince des Apôtres apparût comme une conclusion aux prémisses posées sur les autres hôtes du porche.

Enfin, pour parfaire la série des Patriarches et des Prophètes, vous pouvez voir là, dans les angles rentrants des pilastres, deux statues placées en pendant, de chaque côté de la porte, Elie de Thesbé et Elysée, son disciple.

Le premier diagnostique l'Ascension du Rédempteur par son enlèvement, en plein ciel, sur un char de feu; le second, Jésus ressuscitant et sauvant l'humanité en la personne du fils de la Sunamite.

Approchons-nous des statues entourant sainte Anne et regardons la première de gauche, coiffée d'un bonnet pointu, d'une sorte de tiare papale dont le bas formait couronne, vêtue d'une aube, ceinte, à la taille, d'une cordelette à nœuds et d'un pluvial à franges; la face est grave, presque soucieuse et l'œil se fixe, absorbé au loin. Ce personnage tient d'une main un encensoir et, de l'autre, un calice couvert d'une patène sur laquelle

pose un pain; et ce portrait du roi de Salem, Melchissédech, suscite de longues rêveries.

Il est, en effet, un des types les plus mystérieux des Livres Saints, ce monarque qui apparaît dans la Genèse, Prêtre du Très-Haut, consomme le sacrifice du pain et du vin, bénit Abraham, reçoit de lui la dîme et s'évanouit aussitôt après dans les ténèbres de l'histoire.

Si nous nous plaçons au point de vue de l'art, Melchissédech est une des bonnes statues de ce porche; mais quel masque bizarre a son voisin, Abraham, avec ce visage vu de trois quarts, ces cheveux en herbes couchées, cette barbe fluviale, ce nez allongé qui ne fait qu'un avec le front, descend sans point de suture entre les yeux et simule le mufle d'un tapir, ces joues où pousse une fluxion, cet air, comment dirai-je ? de vague prestidigitateur qui paraît escamoter la tête perdue de son fils.

La vérité, c'est qu'il écoute l'ordre d'un ange que l'on ne distingue point; on remarque en dessous, sur le socle, le bélier dans un buisson et le symbole s'accuse :

Il est le Père céleste qui livre son Fils, et Isaac qui porte le bois pour allumer son bûcher, comme Jésus portant sa croix, est l'image de ce Fils; le bélier même, qui va être sacrifié, devient à son tour un modèle du Sauveur et le buisson dans lequel s'enchevêtrent ses cornes est le calque de la couronne d'épines.

Après Abraham, le père des croyants, voici Moïse qui allégorise le Christ, car la délivrance d'Israël est le prodrome de l'humanité arrachée par le Sauveur au démon, de même que le passage de la mer Rouge est la promesse du baptême. Il tient la table de la Loi et la colonne sur laquelle s'enroule le serpent d'airain; puis

Samuel, type multiple de Notre-Seigneur, fondateur du sacerdoce royal et de la royauté sacerdotale, enfin, David présentant la lance et le diadème du Calvaire. Inutile de vous remémorer que, plus que tout autre, ce roi-prophète a présagé les tribulations du Messie et qu'il eut, pour plus de ressemblance avec lui, son Judas, en la personne d'Architophel qui, semblable à l'autre traître, s'est pendu.

Ces statues devant lesquelles les historiographes de la cathédrale se pâment et qu'ils assurent en chœur être le chef-d'œuvre de la statuaire au treizième siècle, sont singulièrement inférieures aux statues du douzième qui parent le porche Royal. Comme la descente dans l'étiage divin est sensible! Sans doute, les mouvements sont plus souples et le jeu des vêtures s'est élargi; les côtes de rhubarbe des étoffes se sont espacées et elles fléchissent; mais où est la grâce de l'âme sculptée du grand portail ? toutes ces statues-ci, avec leurs caboches énormes, sont mastoques et muettes, sans vie qui pénètre; ce sont de pieuses œuvres, belles si vous voulez, mais sans au delà; c'est de l'art, mais ce n'est déjà plus de la mystique. Voyez sainte Anne, avec son air morose, ses traits désagréables ou souffrants, est-elle assez loin de la fausse Radegonde ou de la fausse Berthe!

Tout cela ne vaut point l'art si vivant et si altier, si personnel et si mystérieux du douzième siècle, l'art du portail Royal de Chartres!

Maintenant que nous avons examiné la série figurative installée à la gauche de sainte Anne, voyons la série prophétique logée à sa droite.

D'abord, Isaïe posant sur un socle formé par un Jessé

qui dort; et la fameuse tige prend racine, file entre les pieds du prophète et les branches des ancêtres de la Vierge, selon la chair et l'esprit, montent, remplissent, en se déroulant, les quatre cordons de la voussure du centre. A côté de lui, Jérémie qui, songeant à la Passion du Christ, écrivit cette lamentable plainte qu'on récite dans la cinquième leçon, au deuxième nocturne du samedi saint : « O vous qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est une douleur pareille à la mienne » ; puis Siméon caressant l'enfant Jésus dont il a pressenti, en même temps que la douleur de la Vierge, les souffrances du Golgotha; saint Jean-Baptiste; enfin saint Pierre dont le costume est intéressant à scruter, car il est copié sur celui des Papes du treizième siècle.

Avec quel soin, ces accessoires sont ciselés! louez le rendu de ces sandales, de ces gants, de l'amict paré, de l'aube, du manipule, de la dalmatique, de ce pallium signé de six croix, de ce trirègne, de cette tiare conique, en soie brochée d'or, du rational; tout y est repoussé, guilloché, comme par un orfèvre.

Mais ce que le saint Jean s'atteste supérieur à ses congénères sur cette façade! Quelle maîtrise se révèle dans cette face creuse, émaciée, aussi expressive que les autres sont mornes. Lui, sort du convenu et de la redite. Il se dresse, doux et farouche, avec sa barbe en dents de fourchette tordues, son maigre corps, son vêtement en poil de chameau ; et on l'entend, il parle, alors qu'il montre l'agneau soutenant une croix hastée, enfermé dans un nimbe qu'il serre contre sa poitrine, de ses deux mains; cette statue-là est superbe, et elle n'est pas, à coup sûr, du sculpteur qui nous tailla l'Abraham, voire

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même son voisin de piédestal, Samuel. C( d'offrir, à un David indifférent, l'agneau la tête en bas; il est un boucher qui fait l'ai sa marchandise, invite à la tâter, hésii la céder au meilleur prix. Quelle différ saint Jean !

Le tympan de la porte ne nous séduit gi de Marie, son Assomption, son Couronnem< curieux à lire dans la Légende dorée que dans qui n'en sont qu'une traduction abrégée.

La baie latérale de gauche est mutilée, d; rable état, toute en ruine. La plupart des g ont disparu. Il y avait, paraît-il, ainsi qu'à portail Royal, et à Reims, sur le portail figures de l'Eglise et de la Synagogue; puis I la Vie active et la Vie contemplative, don les épisodes notés dans la voussure.

Parmi les personnages qui restent, ces trc sainte Elisabeth et Daniel, sont considérés chefs-d'œuvre.

C'est beaucoup dire; ils sont mauss d'une façon froide; l'agencement de leurs p des péplums grecs; ils ont déjà un vague f naissance, mais ce qui est surtout prenant idées exprimées par les filets en arc tiers-poii Quant au tympan même qui arbore la naissa

premier, une haie de dix anges céroféraires ; puis deuxième, la parabole des Vierges sages et des V folles; sur le troisième, la traduction de la Psychon ou le combat des vertus et des vices; sur le quati douze reines incorporant les douze fruits de PI maintenant arrêtons-nous devant la nervure qui bo voûte même du porche et admirez les adorable tuettes qui nous décrivent les occupations de la Vi( templative et de la Vie active.

A gauche, la Vie active, conçue sous les traits femme forte du dernier chapitre des Proverbes, lave la laine dans une cuve, — la peigne, — tille dont elle brise les tiges, — le ratisse, — le file en nouille, — le met en écheveau.

A droite, la Vie contemplative : une femme tenant un livre clos, — elle l'ouvre, — le lit, le et médite, — enseigne, — entre en extase.

Enfin, ici, dans cette dernière moulure, qui extérieurement l'arcade du porche, et qui est la rapprochée de nous, la plus visible, quatorze stati reines, appuyées sur des boucliers armoriés et p( autrefois des étendards. On a longtemps discuté i sens de ces figurines, surtout sur la seconde, à ga qui est désignée par cette inscription, gravée da pierre, Libertas. Didron y a vu les Vertus domesi et les Vertus civiles ou sociales, mais la question définitivement tranchée nar la svmboliste la nlns

veraines ne sont autres que les quatorze Béatitudes célestes, telles que les a décrites saint Anselme : la Beauté, la Liberté, l'Honneur, la Joie, la Volupté, l'Agilité, la Force, la Concorde, l'Amitié, la Longévité, la Puissance, la Santé, la Sécurité, la Sagesse.

En somme, cette baie, hérissée de sculptures, n'estelle pas une des plus ingénieuses, des plus intéressantes qui soient, au point de vue de la théologie et de la mystique?

Et aussi au point de vue de l'art; ces femmes qui travaillent et méditent sont si délicates et si vivantes qu'on déplore qu'elles soient ainsi enfouies dans l'ombre d'une grotte. Quels artistes que ceux qui œuvrèrent, de la sorte, pour la gloire de Dieu et pour eux-mêmes, qui créèrent des merveilles tout en sachant que personne ne les verrait!

Et ils n'avaient point la vanité de la signature; ils gardaient l'anonyme!

C'étaient d'autres hommes que nous... des âmes autrement fières et autrement humbles, autrement saintes aussi.

La baie de droite est une caverne aux pans sculptés, elle est consacrée aux figures de Marie, mais nous pourrions peut-être plus justement dire qu'elle est dédiée aux antécesseurs de Jésus, car dans cette baie, ainsi que dans les deux autres, du reste, les imagiers du treizième siècle ont pris à tâche d'identifier le Fils avec la Mère.

Les allégories de la Vierge dans les Ecritures sont innombrables; des ouvrages entiers, tels que le Cantique des Cantiques et le livre de la Sagesse font allusion, à chaque phrase, à sa beauté et à sa sapience. Des symboles

inhumains s'adaptent à sa Personne : l'arche de Noé dans laquelle s'interne le Sauveur; l'arc-en-ciel, signe d'union entre le Seigneur et la terre; le buisson ardent d'où sortit le nom de Dieu; le nuage lumineux guidant le peuple dans le désert; la verge d'Aaron qui, seule, fleurit parmi celles des douze tribus que recueille Moïse; l'arche d'alliance; la toison de Gédéon; puis toute la série, plus divulguée encore, s'il se peut : la tour de David, le trône de Salomon, le jardin fermé et la fontaine scellée du Cantique; l'horloge d'Achaz, la nue salvatrice d'Elie, la porte d'Ezéchiel — pour ne citer que les interprétations certifiées par le seing des Docteurs et des Pères.

Quant aux êtres animés qui la précédèrent ici-bas, pour l'annoncer, ils abondent; au reste la plupart des femmes renommées de la Bible ne sont que l'ombre antécédée de ses grâces : Sara, à laquelle un Ange prédit la naissance d'un fils qui est lui-même un référend du Fils; Marie, sœur de Moïse, qui libère, en sauvant son frère des eaux, les juifs ; la fille de Jephté, la prophétesse Débora ; Jahel qui fut appelée comme la Vierge « bénie entre toutes les femmes » ; Anne, mère de Samuel, dont le chant de gloire semble une première version du Magnificat; Josabeth qui a soustrait Joas à la fureur d'Athalie, comme plus tard la Vierge a dérobé l'enfant Jésus au courroux d'Hérode; Ruth, qui incarne à la fois la vie contemplative et la vie active; Rebecca, Rachel, Abigaïl, la mère de Salomon, la mère des Macchabées qui assiste au supplice de ses fils; puis encore celles de ces figures qui sont alors inscrites sous ces arcades, Judith et Esther, dont l'une est synonyme de la chasteté courageuse et l'autre de la miséricorde et de la justice.

Mais suivons l'ordre des statues nichées î de la porte; nous en comptons de chaque o

A gauche : Balaam, la reine de Saba

A droite : Jésus, fils de Sirach, Judith c Joseph.

Balaam, c'est ce bon paysan, aimabl qui rit dans sa barbe, un bâton à la main d'un couvercle de tourte, et la reine de femme, un peu penchée en avant, qui a roger et d'ergoter sur des actes qu'elle incrin ces deux personnes tiennent-elles à la vie d

Balaam est un des types du messianisr qui a notifié qu'une « étoile sortirait de Jac( tige s'élèverait d'Israël ». Quant à la reine ( est, d'après la doctrine des Pères, une imag< l'épouse de Salomon, ainsi que l'Eglise est Christ.

Ce n'est pas encore le treizième siècle qi donné un portrait de cette souveraine que l sente, follement parée, se balançant, à dos dans le désert, marchant en tête d'une carava cendie du firmament, dans le feu des sables. les écrivains et non les moindres, cette i Makéda ou Candaule, Flaubert, pour ei mais elle n'a pu s'incorporer dans la Tenti Antoine qu'en une créature puérile et falc marionnette oui sautille, en zézavant: au fc

chair épicée de cet être, son chef diadème, étrani sourire de sphynge innocente, venue de si loin poui des énigmes et fermenter dans le lit d'un roi. C elle est trop compliquée pour l'âme et pour l'art ii du moven âw.

Aussi l'œuvre de l'imagier n'est-elle ni myst ni troublante. A peine jolie, cette princesse n' l'allure attentive d'une plaideuse. Salomon, lu l'effet d'un gai compère; les deux autres statues, de l'autre côté de la porte, retiendraient peut-' elles n'étaient complètement écrasées par la troi A quel titre l'auteur de ce livre admirable, VEcci se rattache-t-il à cette panégyrie?

Jésus, fils de Sirach, prédestine le Messie, ei que Prophète et que Docteur. Quant à l'effig l'avoisine, elle peut tout aussi bien mimer Judith ther; son identité est incertaine, rien ne nous ai à la fixer.

En tout cas l'une et l'autre sont des hérauts de la ' dans les Ecritures ; pour Joseph, persécuté, vendu, puis sauveur providentiel d'un peuple, il préordine le (

Ce jeune homme imberbe, aux cheveux bou< coupés en rond, est vêtu d'une cotte, sous une ' brodée autour du col et il tient, immobile, un se On dirait d'un très jeune moine, humble et s si avancé dans la voie mystique qu'il l'ignore.

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il faut se démancher le cou pour les contempler; d'ailleurs, l'art qu'ils décèlent n'exalte point. Seuls, les sujets valent. Ils renferment, — outre une série d'anges qui brandissent des astres et des torches, — les hauts faits prophétiques de Gédéon; les annales de Samson qui, prisonnier au milieu de la nuit, arrache les portes de Gaza et sort de la ville, de même que le Christ brise les portes de la mort et sort, vivant, de sa tombe; l'histoire de Judith et d'Esther; celle de Tobie qui est un divin parangon de miséricorde et de patience; puis nous découvrons dans ce soin la réplique du portail Royal, les signes du zodiaque et un calendrier de pierre.

Le tympan du portail se divise en deux zones.

Dans l'une, figure le Jugement de Salomon qui est l'image du Soleil de Justice, du Christ.

Dans l'autre. Job, étendu sur son fumier et auquel le Messie, dont il est un des prototypes les plus connus, remet, accompagné de deux anges, une palme.

Sur les trois arcades des perrons qui précèdent la façade, logent surtout les bienfaiteurs de la cathédrale et des saints du diocèse ; puis, mêlés à eux, quelques prophètes qui n'ont pu trouver place dans l'ébrasement des baies. Ce vestibule est une sorte de post-scriptum, de supplément ajouté à l'œuvre.

Dans l'arcade de droite, saint Potentien, premier apôtre de Chartres, et sainte Modeste, fille de Quirinus, gouverneur de la ville, qui la tua parce qu'elle refusait de renier le Christ; là, Ferdinand de Castille; il donna des vitraux reconnaissables à ses armes, châteaux d'or sur champ de gueules, qui côtoient l'écu d'azur fleurdelisé de France, dans la grande vitrerie du transept Nord.

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Près de lui, cette figure, intelligente et sévère, serait celle du juge Baruch, et voici, pieds nus et grevé d'un sac de pénitence, saint Louis qui combla de présents et inaugura la cathédrale.

Sous l'arcade du portique du milieu, il y a deux socles vides sur lesquels s'érigeaient autrefois Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, deux des plus insignes protecteurs de l'église; puis d'autres socles pleins, qu'habitent le comte et la comtesse de Boulogne, une luronne à la face virile, coiffée d'une barrette; un prophète inconnu, mais qui doit être Ezéchiel, car il manque dans la série prévoyante de ce porche; Louis VIII, père de saint Louis, enfin la sœur de ce roi, Isabelle, qui fonda sous la règle de sainte Claire l'abbaye de Longchamp; elle est vêtue en moniale et à côté d'elle, dans l'ombre, un personnage de l'Ancienne Loi tient, ainsi que Melchissédech, un encensoir. Voyez la ferme et la solennelle allure de ce prêtre qui est le père de saint Jean-Baptiste, Zacharie, celui dont le cantique Benedictus prédit l'avènement du Christ.

Et nous avons terminé la revue de cet étonnant promptuaire du Vieux Testament et de ce mémento historique des bienfaiteurs qui permirent de faire la traduction imagée de ce Livre, par leurs largesses.

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