DANS LA SALLB A MANGER
Une table servie. — Latournelle, Mme, du Vernage et Odette entrent dans la salle en causant gaiment — Puis ils se mettent à table. — Baptiste va et vient pour le service.
LATOURNELLE. riant.
Ce qui m'étonne le plus, c'est qu'aucune de tes amies ne m'ait révélé ton secret.
ODETTE
C'est qu' elles ne le savaient pas. - .
LATOURNELLE
A In bonne heure !
ODETTE
Mais tout et que j'ai dépensé de ruses et de mensonges, hélas !
(11^ commencent à dîne'-.)
LATOURNELLE
Tu me montreras tes Cahiers, . . tes notes, . . cela m'aiHusera extrêmement !
ODETTE
Tout ce que tu voudras.
LATOURNELLE
Et, vraiment, tu penses au brevet supérieur?
U.cn;B.yG00glc
ODETTE, très animée, et un peu grisée par la .- ircon étante . Certainement ! , ' , Et je l'aurai ! . .
LATOURNELLE- C'est qu'il n'est pas facile du tout, l'examen poui le brevet supérieur ! . .
Je sais bien, . . mais j'y mettrai le temps nécessaire. . , Et puis, j'ai d'excellens professeurs, . . M. Chevreau -Lambert, pour le français et la littérature . .
LATOTIRNELLE.
Ah ! Chevreau -Lambert , . Diable !
ODETTE
Lui-même . . M. Renaudot, pour l'histoire et la géographie . . M. Tellier, pour les sciences . . Hamel-Druot, pour le dessin . . Enfin, la fleur des pois.
LATOURNELLE
Ils ne doivent pas s'ennuyer, ces messieurs ! . . (A madame du Vernage:) Et dites-moi, chère madame, est-ce que vous accompagnez Odette à ses cours ?
MADAME DU VERNAGE
Je l'accompagne à certains cours, mon ami, et pas à d'autres, . . ça dépend des professeurs. . . ODETTE.
Tu «s joliment bien fait, maman, de ne pas venir
U.c.-.;B.yG00glc
[6 CHARYBDE ET SCVLLA,
ce soir chez Renaudot. . . Nous étions au moins une quinzaine d'élèves dans son petit salon, . . un poêle et le gaz avec cela. , . J'ai failli étouffer, . . ça manquait trop d'oxygène, . , rien que de l'azote et de l'acide carbonique . .
LATOURNELLE
Ah ! Ah ! bravo ! Tu sais la chimie, maintenant I . .
Oh ! les élémens, seulement. . . Voyons ! feisinoi quelques questions . . pas trop diÉBciles. . , LATOURNELI.E, se troublant un peu.
Quelque questions ? . . sur la chimie ? . ,
ODETTE
Oui.
LATOURNELLE
Pourquoi ?.. Ce n'est pas la peine. . . Je m'en fie à toi. . .
MADAME DU VERNAGE
Puisque ça lui fait plaisir, mon ami. . .
LATOURNELLE, embarrassé.
Eh bien
. . voyons,
. attends. . . Sur la
chimie ? , .
Voyons ! .
Qu'est-ce que c'est que
le gaz ?
Quel gaz ?
LATOUBNELLE.
Le gaz d'éclairage, , . le gaz de la suspension, par exemple ?
ODETTE
C'est de l'hydrogène.
LATOURNELLE- Parfaitement ! . . Ca suffit ! (A madame du Vernage) KUe sait ! . . Elle sait !
ODETTE, gaiment.
Veux-tu me donner un peu de chlorure de sodium, mon ami ?
(Latouraelk, après ua moment d'hésitation, passe à sa femme une bouteille d'eau minérale qui est près de Ini.)
ODETTE
Mais non, Henri. . . Je te dis du chlorure de
sodiuir, et tu me donnes de l'eau de Saint-Galmier !
Du chlorure de sodium, . . du sel, enfin !
LATOURNELLE
Du chlorure de sodium ! . . parbleu ! . .
voilà . . (Il lui passe la salière.) Et en histoire, ma
chère, es-tu aussi forte qu'en chimie ? . . Mais on
ne vous demande que l'histoire de France, je crois,
à ces examens ? . .
Pour le premier degré, oui; . . mais pour le deuxième, on demande l'histoire générale, . . et j'en ai déjà appris ou repassé une grande partie.
i8 CHARYBDE ET SCYLLA.
LATOURNELLE, riant.
Alors tu sais ce que c'était que Salomé, maintenant ?
ODETTE
Je crois bien ! . . Salomé, fille d'Hérodiade, laquelle avait épousé Hérode en secondes noces. Hérodiade était la belle-sœur d'Hérode, et ce fut ce mariage, regardé comme incestueux chez les Juife, qui provoqua les reproches et les anathèmes de saint Jean- Baptiste ! Pour s'en venger, Hérodiade jura la mort de l'apôtre. . . Elle fit demander sa tête à Hérode par sa fille Salomé, qui l'obtint en fascinant Hérode par là charme de sa danse. . . Il y a même tout lieu de supposer qu'elle ne s'en était pas tenue à la danse, et qu'il y eut quelque chose de plus marqué entre elle et son beau-père, . . ce qui n'était pas très joli, mais dans cette faniille-là . .
IX, peuà peu. l'in-
Comment ! Qu'est-ce que tu dis donc là, Odette? . . je n'ai jamais entendu parler de ça, moi ! , ." ODETTE.
M. Renaudot dit que c'est une hypothèse très vraisemblable, parce qu'il est impossible d'expliquer autrement que par la violence de la passion et du désir l'acte sanguinaire auquel Hérode se laissa entraîner, attendu que ce prince n'était pas naturellement cruel.
LATOURNELLE, qui l'a écoutée avec mie impatience crois-
Comment ! pas cruel, . . Hérode ? Et le massacre (les innocens, ma chère ! . .
ODETTE
Pardon, mon amî, maïs je crois que tu confonds les deux Hérode. . . Celui du massacre des inuocens, le tieu, était Hérode le Grand, 40 ans avant J.-C., — et le mien, celui de Salomé, était Hérode Antipas, fils de l'autre, — un an après J.-C.
LATOURNELLE
Es-tu sûre ?
ODETTE
Oui, mon ami.
LATOURNELLE
Du reste, tous ces temps-là sont tellement confus.
MADAME DU VERNAGE, toussant.
Hem ! Hem \