LA CHASSE A L'OKIGNAL EN HIVER
Le capitaine avait à l'avance, pria avec quelques Indiens de rétablissement de Sainte- Anne, un arrangement, grâce auqnel quatre des plus habiles chasseurs de leur tribu devaient nous joindre à soixante milles de Québec, à un rendez- vous désigné par eux, sur l'extrême limite des provinces habitées. Jack, le guide de caravane, nous attendrait de son côté, à Lorette, avec ses autres compagnons.
Nous nous mîmes en route un matin, au point du jour, dans une carriole fort basse, à laquelle étaient attelés deux excellents chevaux mustangs conduits en Tandem. Un traineau attelé d'un seul cheval suivait notre véhicule, et nous y avions entassé nos armes, nos provisions de bouche et les antres objets indispensables pour camper dans le désert Canadien.
Enveloppés dans nos pelisses de bison et dans nos couvertures " mackinaws," nous pouvions sans être incommodés, braver la fureur du vent qui balayait la route, emportant par tourbillons le grésil et la neige dont le sol était couvert.
Les premières lueurs du jour paraissaient à peine lorsque nous traversâmes le faubourg de saint Vallier, encore enseveli dans un profond sommeil, et dont, les rues solitaires sont aussi mornes qu'elles sont mal bâties et tortueuses. Aucun habitant ne se montrait encore, et la neige en tombant, avait effacé, pendant les longues heures de la nuit, toutes les traces, toutes les empreintes de la veille.
Le chemin qui conduit à Lorette était large et bien tenu, et a part certains amas de neige, amoncelés par le vent qu'il nous fallut dépasser en usant de toutes les précautions imaginables, aucun accident ne vint attrister notre voyage. Nous arrivâmes au rendez-vous après un trajet qui dura une heure : Jack nous attendait tout équipé et
prêt à se mettre en route. Rien rie lui manquait, si ce n'est un peu d'argent, qu'il nous pria de lui donner afin de " tuer le diable, " disait-il, qui avait pris possession de son corps et le glaçait " . . . . d'épouvante . . . . " Puis, notre chasseur après avoir consacré quelques paragraphes à décrire la dégradation des Indiens, par l'ivrognerie, continue:
•'Sur les doux côtés de la route que nous parcourions, les terrains que nous traversâmes étaient défrichés à une certaine distance ; mais, partout au delà, on n'apercevait que des steppes incultes et des bois, une solitude complète. Nous eûmes à franchir de nombreux ruisseaux à moitié gelés: les eaux bondissantes se frayaient un passage difficile au milieu des glaçons, dont les aspérités leur opposaient autant d'obtacles et par dessus lesquelles elles jaillissaient en cascades écumantes. Le linceuil glacé, tout éclaclatant de blancheur, dissinait chaque ondulation du sol et faisait ressortir par un saisissant contraste les sombres contours et les ténébreuses profondeurs des bois de sapin» et de cadres qui bordaient la route.
La tempête n'avait cessé de fairç rage et la neige tombait toujours à gros flaucons, ensevelissant les communications* sous une couche qui s'épaisissait à vue d'œil. De temps à autre, nous rencontrions des traîne iux chargés de bois oude sacs de grains; mais comme le passage était étroit pour opérer un chassé-croisé d'une évolution facile, le conducteur rangeait ses chevaux sur l'extrême bord, laissant le traîneau s'enfoncer dans la neige et le maintenant dans une position horizontale en pesant dessus avec force. Alors notTe cocher fouettait ses chevaux et nous passions, non sans beaucoup de difficulté. Dans une de ces rencontres, notre traîneau accrocha celui d'un agriculteur, et comme il était j^lus léger que celui de "l'habitant" il fut précipité, contenant et contenu, dans un fossé rempli de?