LA CHASSE A L'OEIGNAL EN HIVER
cinq pieds de neige. Nous en fûmes quittes pour quelques contusions et quelques traits brisés, accompagnés de force jurons et blasphèmes prononcés par nos sauvages conducteurs. Eoulés dans nos manteaux, entourés de nos fourrures épaisses, nous nous étions laissés aller sans remuer au mouvement rotatoire, ne bougeant pas d'avantage que les sacs de blé — dont l'autre traîneau était chargé. Notre rire homérique contrastait seul avec la colère des deux phaetons Canadiens/'
Les deux chasseurs s'arrêtent quelques instants à un " misérable hameau " — une cabane de planches qui s'enorgueillissait du titre pompeux, de Hôtel du Roi Georges ; puis, après avoir culbuté dans la neige d'une ravine, et presque perdu un des chevaux du tandem, ils se trouvèrent à la maison de M. Joassin, sur les bords de la rivière Ste-Anne, — un log-cabin t —où ils passèrent une triste nuit, accompagnés de leur cinq Indiens et de leur meute de chiens. Ils font une peinture peu favorable de leurs piqueurs qui appartenaient à la tribu des Hurons de Lorette. Après avoir subi bien des mésaventures, les deux chasseurs, atteignirent enfin " la base d'une colline dans là forêt séculaire, " où ils firent halte et ou les Indiens préparèrent l'emplacement de la cabane de sapins, pour le repas et pour le coucher, dans le voisinage d'un limpide ruisseau, dont l'onde avait une saveur délicieuse : puis, vient une excellente description de la hutte et du mode de confection. On alluma le feu du camp. Les Indiens eurent bientôt découvert un lieu de pêche. "A l'aide d'une hache, nos Hurons creusent deux trous dans la glace. L'admission de l'air frais avait probablement le pouvoir de donner aux truites un appétit irréfléchi, car à peine avions-nous plongé nos lignes dans l'eau, que l'une de celles qui grouillaient à la surface, se saisissait de l'appât et se trouvait doucement transportée dans une corbeille
tapissée de mousse que l'un de nos Indiens avait placée à côté de nous. La vie de ces pauvres poissons ne se prolongeait pas au delà de cinq minutes. Après cinq ou six coups de queue et autant de frétillements, leur corps se roidissait et une couche de glace recouvrait leurs fines écailles. Aussi lorsque nous rentrâmes à la cabane et que Ton tira du panier, les truites qui s'y trouvaient entassées, on aurait juré que c'était du poisson salé et encaqué députe longtemps.
" Tandis que le capitaine et moi nous péchions dan* la rivière, les Peaux-Bouges avaient coupé la provision de bois nécessaire aux besoins de notre foyer, et nous les trouvâmes qui empilaient avec ordre les blocs fendus et coupés de même longueur, sur l'un des côté de l'orifice de la hutte. Au-dessus du feu, suspendue à la toiture à l'aide d'une corde tissée de lianes flexibles, bouillait une grande marmite remplie jusqu'au bord de porc salé, de pois et de biscuit. Au-dessous, sur un lit de braise, l'on entendait chanter une bouilloire pleine de thé dont les suaves émanations arrivaient jusqu'à nous par bouffées intermittentes. L'intérieur de la cabane était parfaitement chauffé et grâce à nos manteaux étendus le long des parois, nous ne ressentions aucune des atteintes de la glaciale température de l'extérieur. Nos Indiens avaient fabriqué des torches à l'aide de lanières d'écorce de bouleau roulées et assujetties entre les fentes de deux bâtons fichés dans une des murailles de neige et cette lueur indécise ajoutait au pittoresque de notre situation quasi confortable.
"Un grand sac de cuir nous servait de coffre-fort* c'est là que nous nous empressâmes de renfermer notre argent, nos montres et notre provision d'eau-de-vie, afin de ne point tenter la cupidité de nos guides.