‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 25 sur 115 · LE WAPITE OU CERF DU CANADA · texte numérisé non relu

LE WAPITE OU CERF DU CANADA

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S'il fallait encore des argumenta pour établir l'urgence d'une législation protectrice, en faveur du gibier au temps de la reproduction, le fait de l'extinction en la province de Québec du iK'ble animal représenté ci-haut, suffirait presque seul. Excepté à quelques rares localités à l'ouest,, le Wapite, le roi de nos forêts, est disparu pour noua. Nul

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doute, que sa disparition est due en entier aux massacres en toutes saisons des Wapites, perpétrés par les indiens et par des blancs, qui osent se dire chasseurs.

" Les misérables," me disait un jour un Nemrod ami, qui violent les lois de chasse et capables de tuer un Wapite femelle, au moment où elle sera bientôt mère, devraient être mis au pilori et avoir la majuscule " M " (pour misérable) brûlée là où finit l'épine dorsale."

Je répétai Amen ! Amen ! ! Amen ! ! I

Allez le chasser maintenant, dans les prairies de l'Ouest,, aux versants est des montagnes Rocheuses du 56° et. 57° paralele de latitude nord, jusqu'au Texas. D'aprè» Sir John Siehardson, la limite de son parcours, à l'est, se&ait une ligne tirée à Fextrémité-sud du lac Winnipeg, à la Saskatchewan, 103° degré de longitude ; de là, aa point où elle rencontre la rivière Elk y dans le 111° degré. On ne le voit que rarement sur les Monts Àlleghany. Dana cette province, ce qu'il nous en reste, ce sont ses os et son bois grandiose enfouis sous terre, au fond des forêts. On peut donc dire, malgré le témoignage de quelques indiens (1 ), que le Wapite est pour nous une race éteinte.

/ ( 1) On nous informe que dos Indiens prétendent avoir tué ces année», dernières un Wapite sur le lac Taché, en aval de Stoneham. Ne serait-ce pas plutôt quelque gigantesque orignal ?

Bes ancien* de Montmagny, racontent aux jeunes chasseurs, la courseex^raprdjnaire d'un cerf gigantesque, au milieu des maisons du village* Traqué par des chasseurs, dans les hauteurs, en aval du Buton, pris de > panique, il dirigea sa course vers la Rivière du Sud, avec la vitesse d'une leoemotive, suivant un de ces sentiers de montagne par où le bois de* corde est transporté au village, dans des traînes. Un bûcheron avait tenté de tai baiser la passage avec son voyage de bois, mais le colosse, aaeogl&par la terreur* bondit par dessus le cheval, la voiture et le conducteur. Puis, Balançant sur la glace vive de la Rivière du Sud, dans 8» course impétueuse, il ne s'arrêta que pour considérer un vaste cordon 1 noir; fui reliait une rive à- l'autre,— le grand pont de Fréchette, à f&hit- Thomati Les deux côtés de là rivière étaient encombrés de speenv-

C'est un cerf d'une stature très-haute, fort élégant et tellement ressemblant au cerf d'Europe, que les premiers Cana* diens, nos pères, crurent que c'était le même animal. Mais sa taille, ses habitudes, sa couleur et d'autres particularités, examinées par des naturalistes compétents, l'ont fait classer comme un animal distinct. Il mesure à l'épaule de quatre pieds et demi à cinq pieds, c'est-à-dire un pied de plus que le cerf anglais. Le, dos et la mâchoire inférieure «ont d'un jaune br ;n assez vif. L'œil est entouré d'un -cercle brun ; une bande noire-courfc de l'angle de la bouche, le long du côté de la mâchoire inférieure. Le lotige et le noir prodominent sur le col, qui est frangé de long* poils plus foncés que celui des côtés ; de l'épaule aux hanches, le gris domine. Il règne une tâche jaune-pâle sur le haut des cuisses que termine une ligne noire. La queue, jaunâtre, est longue de deux pouces et demi, tandis que celle du cerf européen a sept pouces en longueur. Les oreilles sont blanches en dedans, et recouvertes de poil de la même couleur à l'extérieur, que les parties environnantes. Les sabots sont petits et noirs, comme ceux du cerf ordinaire. Le Wapite a un museau, des dents canines supérieures, une langue molle ; son poil est fragile et en dessous on voit une laine courte. Les cornes sont rondes, fort grandes et fort longues. D'après un fragment trouvé dans le comté de Eenfrew, le bols dont il a dû faire partie, à dû excéder en longeur quatre pieds. Le bois d'un Wapite adulte pèse de quarante à quarante-cinq livres, tandis que celui du Chevreuil mâle et adulte pèse au plu3 quatre livres et demi. Les cornes du Wapite ont donc

teurs, étonnés d'une apparition aussi étrange Cervus continua «a course jusqu'à l'embranchement du chemin qui conduit au Cap Saint-Ignace. Des chasseurs sans nombre ;e poursuivirent et finalement la béte tomba, percée de balles, près du commencement du Cap, à l'endroit appelé la B<u*e-Bretqgne. Etait-ce un Wapite ou un grand orignal ? Le parcours Avait été de plus de quinze milles dans des endroits fort populeux.

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dix fois le poids de celles du Chevreuil. Elles poussent assez droites ; à la base, on remarque quelquefois des cornichons qui se replient vers le front.

C'est dans les cantons nouvellement établis de l'ouest, où le colon fait des défrichements, que Ton déterre ces bois gigantesques. Leur forme ronde, avec les extrémités aiguës, les font parfaitement distinguer des cornes palmées de l'orignal. D'après les traditions des Indiens, ces animaux ont dû être assez communs dans la vallée de l'Outaouais, au commencement du dix-huitième siècle. On les trouve assez près de la surface, sous des couches de feuilles ou de mousse, où tout indique qu'elles ont dû y reposer au delà d'un siècle.

On a exhumé le squelette complet d'un Wapite, près du site de la ville d'Ottawa, en creusant le canal Rideau, vers 1832 : le bois qui adhérait au crâne mesurait cinq pieds de long. En 1854, on a découvert dans le comté de Lanark, Ontario, les restes d'un grand cerf, qui vraisemblablement appartenait à cette espèce. On voit sur les prairies à l'ouest, des bandes de Wapites, de 20 à 600 individus ; dans ces pâturages, inépuisables, ils atteignent quelquefois, dit on, la grosseur d'un grand cheval. On cite des cornes de Wapite trouvées en Californie et au Nouveau-Mexique, longues de plus de six pieds. Ce ruminant vit de branches de saules, de mousse, de bourgeons de roses sauvages ; l'hiver, il enlève, avec son pied, la neige qui recouvre la racine des petits arbres; puis > il en dévore les racines.

Le Wapite aifectionne les bocages pleins d'ombre, les îles recouvertes de saules, ainsi que les pointes bien boisées qui s'avancent d<ms les rivières. Pendant la chaleur du jour, il se fera un lit verdoyant et frais d'herbes ou de rameaux d'un arbre tombé ; c'est alors aussi, qu'il s'enfon-

eera bous l'onde des lacs, pour se protéger contre les moustiques ; il ne laissera exposé que son museau pour respirer. Ceux qu'Audubon tint captifs, à New- York, subsistaient sur la nourriture qui convient aux vaches : avoine verte, maïs, etc.

Les cornes leur tombent en février et en mars.

LE CARIBOU DES BOIS

(TABANDDS HA.STILIS.)

Malgré l'opinion des compilateurs du GanaôHan Natv*ralist pour Tannée 1857, je ne puis me refuser d'assigner au Canada deux variétés de cariboux, d'abord le Caribou des Bois, très répandu en ce pays et dont je parlerai plus au long ; puis, son congénère du Nord, le Caribou des Champs (tarandus arcticus), bien moins commun. Nos chasseurs, toutefois, qui, chaque hiver, parcourent les terrains de chasse, en arrière de la Baie St-Paul, rapportent de temps à autre sa dépouille. Le Caribou des Champs est un diminutif animal» joli, brun en été, blanchâtre en hiver, encore plus petit que le chevreuil. Parvenu à sa grosseur et gras, il pèse tout au plus de 90 à 120 livres, tandis que son congénère, le Caribou des Bois, adulte, atteint 300 livres, en pesanteur. Le bois est palmé près de la tête ; il se renouvelle chaque année : mâle et femelle le portent. Sa patrie chérie, c'est l'extrême nord du continent, le pays glacé de la gelinotte et de l'Esquimau. Les Indiens en font des massacres incroyables ; une seule famille en détruira jusqu'à deux ou trois cents, dans l'espace de quelques semaines, au moyen de fosses creusées, de lacets tendus, de flèches ; quelquefois pour en

déguster la langue seulement. Il est bien moins farouche que son grand cousin du Canada. L'Indien, recouvert d'une peau de caribou, se traînera à terre, imitant le beuglement de l'animal : le cerf indiscret approche pour examiner et reçoit comme punition de sa curiosité, une flèche acérée. Ce ruminant passe l'hiver sur les hauteurs, où. il subsiste de mousse et de jeunes arbustes ; au printemps, cinglant vers le nord, les femelles arrivent en mai, sur les rives de l'océan où elles mettent-bas leurs petits ; les mâles les suivent plus tard : puis, elles se replieront vers le sud en septembre. Voilà pour l'espèce arctique.

Le caribou des bois, deux fois la grosseur de son gracieux congénère, le caribou des champs, muni de cornes plus trapue», plus fortes, habite le Labrador, le nord du Canada et atteint dans sa migration méridionale jusqu'à la Nouvelle-Ecosse. Le caribou des bois émigré vers le sud, tandis que l'autre gagne le nord, à cette saison. Le parcours géographique du premier comprend Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse, la partie septentrionale de l'état du Maine, les deux rives du Saint-Laurent dans la Province de Québec ; puis, en gagnant vers l'ouest, la région habitée au nord de Québec, en arrière du Lac Supérieur. Dans les Provinces maritimes et au Labrador, on le rencontre en bandes nombreuses au fond des grandes forêts solitaires. Moins élégant de forme que le chevreuil, c'est sa taille supérieure qui le fait distinguer du caribou des champs. La robe de cet animal est d'un brun tirant par endroits sur le blanc ; adulte, il mesure quatre pieds et demi de haut et pèse au-delà de 300 livres, tandis que le chevreuil adulte atteint rarement 200 livres. Farouche et d'un accès impossible, ce caribou joint, à une merveilleuse agilité, une rapidité sans pareille dans sa course. Ses bonds sont prodigieux ; il sait également marcher, trotter, galoper.

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avec grâce. L'hiver, il fréquente les savanes et les endroits marécageux, où abondent les mousses et les arbustes tendres, sa nourriture de chaque jour. Poursuivi, il s'élance, coursier infatigable, de préférence vers un marécage qu'il côtoyé, de temps à autre prenant l'eau ; puis, la terre ferme ; quelquefois, se dirigeant vers la montagne voisine, qu'il franchira en suivant la coulée creusée par un autre marécage. Yeut-il éluder d'impitoyables ennemis qui le traquent depuis quatre à cinq jours ? il grimpera jusqu'à la cîme des monts ; c'est a? ors que le chasseur haletant sent évanouir ses chances et abandonne la palme à l'agile bête. Quelquefois, cependant, surpris pendant le sommeil, il succombera à une balle tirée de loin par l'Indien, qui sait ramper sans bruit comme un serpent. Lorsqu'il ne peut plus fuir, il se rue sur son assaillant. L'automne quand on le chasse dans le voisinage d'un lac pris à la glace vive, il s'aventurera sur cette surface polie, qu'il traversera avec la rapidité d'un trait, ocior Euro : une fois lancé de la sorte, il lui est impossible de s'arrêter, même quand un objet l'effraie ; il prend alors le parti de se laisser choir sur ses hanches et de glisser, jusqu'à ce qu'il s'arrête ; puis, il repart. Le chasseur rit du singulier spectacle qu'il présente et lui dit adieu pour ce jour là. Question curieuse, savoir, si notre caribou, qui a tant de ressemblance par sa forme à la renne de Sibérie, pourrait entreprendre les trajets extraordinaires de ce docile animal (1) : mais la renne

(I) Le colonel Rhodes, de Sillery, grand chasseur, fions écrit :

« Ce que je puis garantir, pour, l'avoir vu, c'est que l'Orignal mâle t'accouple avec la femelle du cheval. Un des fils de feu le shérif W.Sewell, de Québec, possédait un de ces mulets: 11 ressemblait en toirt à un cheval, excepté que le contour de la tête, son mulle et ses longues oreilles, dénotaient l'orignal : ce cheval-orignal a traîné «n* voiture pendant plusieurs tftttéasy dan» les rues de Qaéiec : c'était «ne excellente bête, *n . bon tchaval, peut la rowte* J*bs £haa§Bus* sont d'opinion que r«rignal mâle recherche la jument, mais jamais la vache. La monture

européenne est fecUe ^apprivoiser: tandis que son congénère du Canada, est toute férocité, sauvagerie, a<nhté et vigueur. L'Indien par sa sagacité, son instinct for stier, peut seul lutter avec lui. Encore doit-il marcher à sa rencontre tous le vent, car à deux milles de distance en sens opposé, le flaire du rusé caribou lui découvre un ennemi. Une fois relancé, autant essayer suivre les vents.

de M. Sewéll devint plut tard la propuété du » roi des chasseur*" de U côte non), Oliviçr Oauchon.

-Quant aux cariboux, nous en cc-nnaisfon* deux variétés autour de Québec : l'un Je Caribou des Bois (Tarttndus Ilatiilis;) Uutre le Caribou des Champs ( Tarandus arctœm.) Le caribou des bois, est un cerf d'une plus forte taille, dune couleur plus foncée que l'autre. Son bois est néanmoins plus petit. Il voyage par petites bandes de cinq ou de six taudis que le Caribou des Champs, va par troupes de vingt à trois cents' individus. La grosse bande proprement dite est rarement moindre que cent. Les auteurs ont beaucoup écrit sur l'agilité du <aribou qui effleure, sans enfoncer, la surface de la neige avec la rapidité du vent Pour moi, j'en ai vu s'enfoncer dans la neïge jusqu'au col, mais lorsque la neige est molle à ce point, le chasseur enfonce encore plus que le caribou, de sorte que l'animal a généralement l'avantage. Les plus grosses cornes exposées en vente, à Québec, viennent de Terre-Neuve Le plus grand nombre de cariboux que j'ai vus abattus en un jour de chasse est de cinq ; et de vingt, dans une partie de chasse qui dura trois semaines. Le chasseur d'orignal qui abat une pièce par jour se croit heureux. Le caribou ne me semble pas plus sauvage qu'aucune autre bête des bois. Il existe en plus grand nombre parce qu'on ne réussit pas à l'atteindre en le poursuivant en raquettes comme c'est le cas pour l'orignal et le chevreuil. Les paysans parviennent néanmoins à le rejoindre après une course de deux ou trois jours ; ils le prennent aussi au lacet : la carcasse se vend $5 chaque saison. La capture du caribou est à 1 amateur ce que celle du saumon l'est au pécheur à la mouche • une lutte d'adresse et de fatigue physique. Les Indiens, armés de fusils inférieurs, sont peu heureux dans leur chasse au caribou ; d'ailleurs l'animal, mort, ne leur fournit qu'un mince repas de viande maigre et sa peau, du cuir pour une seule paire de raquettes, au plus. '

« Le Caribou des Champs, a le pelage moins foncé, que celui du Cari bou dus Bois : son muffl'e, est plus recourbé, il a pins la forme d'un nez romain. Il égale presque ce dernier par le poids. Le carcajou (Gulo) est toujours aux' aguets dans les 'champs, où broutent des bandes de

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Mais le chasseur dan3 la neige profonde a l'avantage de ses raquettes ? La nature n'a-t-elle donc pas donné à l'agile roi des boi.s, des raquettes bien plus commodes, plus durables, de larges sabots, fendus et sonores ? Pour lui, c'est un jeu que d'effleurer la couche de neige épaisse où le colossal original s'enfonce péniblement ^ chaque pas jusqu'à l'épaule ; où le chevreuil s'épuise en vains efforts et tombe, avec le râle de la mort, implorant merci de l'inexorable chasseur qui lui plonge le couteau dans la gorge.

Le caribou des bois, c'est une légère nacelle, voguant au sein des océans glacés du Canada : rapide comme l'ouragan qui saisit à la ehevelure les grands pins et courbe le front des chênes : infatigable, comme cet autre navire qui sillonne les sables du Sahara, sous l'haleine du terrible Simoon, le chameau du désert, la providence de l'Arabe.

Les pas de l'homme ne sauraient l'atteindre, le suivit-il chaque jour, chaque nuit, toute une semaine, un mois entier! Une nouvelle tombée de neige effacera toute trace du fuyard et le chasseur, de guerre-lasse, aura réalisé

cariboux, dont il est 1 ennemi mortel j néanmoins, comme il ne se montre rarement au grand jour, il doit préparer ses embûches la nuit. Près des frontières, au sud de Québec, le Daim de Virginie, connu ici sous le nom de chevreuil, se voit assez souvent. On en rencontré des individus isolés, au nord de Québec, mais ils appartenaient au Haut-Canada. Le carcajou n'attaque pas l'orignal, mais il se cramponnera au dos du caribou, lui ouvrira la jugulaire avec ses dents, jet tiendra bon jusqu'à ce que l'animal tombe épuisé par la course et la perte du sang. Je n'ai jamais oui-dire qu'aucun carcajou ait été vu au sud du Saint-Laurent. Je pense qu'il vient du nord, à la suite du Caribou des Champs (T. arcticus). Je ne crois pas que cette variété de caribou pénètre au sud du Saint-Laurent, comme il ne vient pas de belles cornes de cette localité.

" il se voit un bon nombre de cariboux (des Bois), dans les environs de la voie ferrée de Québec à Richmond, et aussi vers Rimouski. On abat de 30 40 a eoriboux chaque année et t>0 orignaux, datis les environs de Québec.'-

"(Signé), W. Bhomb.

« B -nmore, Si.Iery, 1 février 1872. "

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