‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 26 sur 115 · LA CHASSE AU CARIBOU · texte numérisé non relu

LA CHASSE AU CARIBOU

Voici un tableau fort animé de chasse, dû au pinceau ■de M. Dorval :

" Nous avons reçu l'automne dernier, la visite de trois orignaux ou cariboux ; malheureusement, ils ne non* laissèrent juste que le temps de les voir passer. Cependant; tout fut sur le qui-vive ; on fondit postes et balles, on nettoya, on frotta, à qui mieux mieux, le fusil, excepte toute fois un chasseur, fi. M., qui n'en fit rien. Cette première hospitalité, toute tacite qu'elle fût, tut prise sans doute, par nos orignaux ou cariboux, pour une politesse et nne invitation, puisqu'ils sont revenus, ces jours derniers, à leur viandia d'automne (1).

" Hier, l'apparition de l'un deux fut remarquée ; celui

(1) Viandit. pâture du cerf et de? oulre^béiea lafiYBf.

de nos chasseurs qui le vit le premier, s'en fût jeter le cii de guerre aux oreilles de trois amis. A la pointe du jour on se mit en quête ; ou trouva l'animal sur la terre de B. Simard, le nez en l'air et éventant tout venant. Une croûte durcie, polie comme un miroir, lui donne l'avantage de la course ; il part, il trotte, il court ; on le suit ; il ruse (1), il longe le bois de Cazeneuve ; il le tourne sans y entrer, de peur sans doute d'y enfoncer dans la neige, qui y ,est moins compacte qu'en plaine ; il vient et revient comme l'orignal du nord dans son ravage (2) ; mais ruse pour ruse, nos quatre chasseurs sont là qui le traquent, qui lui coupent le chemin : il les flaire de loin, repart au petit trot, broutant en passant la mousse découverte par la pluie, et mène, toujours au trot, nos quatre chasseurs à cinq milles du lieu de la levée. Les chasseurs ne se lassent pas; on le suit à la piste, ou l'approche .... On le

tire, mais de trop loin ; l'animal reprend son train On

le tire encore, moins B. M., dont le fusil, nettoyé juste à l'heure du départ, n'était pas sec et avait uue aigrette

d'étoupe dans la lumière il rate .... il ramorce ....

et rate encore ; à chaque coup sec du chien qui frappe

l'amorce, l'animal fait un bond : on l'a manqué il se

jette la tête en arrière et repart tout court, et à trois

heures et demie P. M., chasseurs et bête couraient encore, quand, enfin, derrière la Grosse Pointe, un dernier coup de fusil arrête la bête. Trois postes lui avaient brisé l'épine dorsale.

. " M. Maxime Longpré, de l'Assomption, aidé de M.

(1) Ruser, en termes de chasse, se dit d'une béte qui, poursuivie, va et yient dans les mêmes voies, à dessein de se défaire des chiens.

(J) Ravage, nom donné par nos voyageurs au Heu choisi, en automne par une bande d'orignaux. Ce lieu est ordinairement un bois de sapins de proche, ou d'épinctte, dont ces animaux broutent la feuille pendant l'hiver ; leurs allées et venues autour de ce bois forment une battue durcie, dont ils ne s'éloignent point.

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