‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 27 sur 115 · LA. CHASSE AU CARIBOU · texte numérisé non relu

LA. CHASSE AU CARIBOU

Mauloin a eu l'honneur de la journée. Son coup abattit l'animal et le couteau de Mauloin l'acheta.

L'animal tué pèse 200 livres ; il mesure six pieds et demi du nez à la queue et quatre pieds et demi du garrot au sabot.

" On l'a promené hier, dans le village, sous le nom d'orignal orignal c'était .... chacun disait son mot, les

femmes mêmes ont dit le leur, ce qui mena fort tard, quand enfin un curieux, après l'avoir visité, s'avisa de dire que cet orignal prétendu pourrait bien n'être qu'un caribou ; on discuta, on débattit, et le litige ne fut décidé que ce matin, par un vieux voyageur au Nepigon (1), qui, après avoir tâté le mufie (2) de l'animal, décida que c'était un caribou : c'est donc un caribou qui, à l'heure que je vous écris, rôtit et fume à ma cuisine ; ma femme croit encore et en conscience que c'est de l'orignal .... Oh ! les femmes ! Mais M. l'Editeur, cet exploit n'est rien; ici,. à l' Assomption, on tue les cariboux à coups de fusil, c'est tout vulgaire, c'est bien peuple ; mais à Repentigny, c'est bien autre chose ! Ou y chasse à courre ÇS) on chasse à l'antique; sans bruit, ni cor, il est vrai, c'est un peu prosaïque encore ; mais enfin, que le cri de chasse soit le rustique

guette .... guette (4) de nos campagnes, ou bien le

voi-le- ci-aller, rôtie, vnlet,rotte (5), des barons de la vieille France, "en toute chose il faut considérer la fiv.

(1) Néyigtm, (poste «u nord du Lac Supérieur),

(J) Mafie le imitte de l'origuiil eut extrêmement prononcé et

charnu, et t'en est lu partie la plusdelicate ; celui du caribou ressemble à celui du chevreuil.

luves, a cheval et avec meute, c'est

(4) GueUt,guttte, cri des chasseurs Canadiens a l'affût et par lequel, ils s'avertissent de l'approche du gibier.

(5) Voi te-ci-aller, etc., cri de chasse à courre ou a bruit, par lequel le chaascor, en France, remet ses chiens sur les voies du cerf; .;u'il quête. '

" Le 5 du courant donc* à Repentigny, le nommé Narcisse Lapoita, voyant passer près de sa maison un de ces animaux, qui patinait en trottinant, tant bien que mal, sur la glace vive de son champ, attèle prestement son cheval et court sus à la bête, la rejoint ; son traîneau la heurte, lui casse une jambe et Martin-bâton l'achève.

" Comme je ne veux pas qu'une aussi longue histoire reste sans morale, j'infère de ce que dessus, que : 1° Mon ami B. M. (qui, je l'espère, me pardonnera cette petite leçon privée faite dans un journal), se souviendra dorénavant que le fusil du chasseur, tout comme celui du milicien, doit toujours être eans aigrette en lumière, et tout comme ceux de fios pères, qui ne rataient pas, dit-on ; 2° Que pour une aigrette en lumière, B. M. perdit son caribou, tout comme jadis, pour un point, Martin perdit son âne ; 3°. Et enfin, que celui qui n'a jamais fait comme Martin, jette à B. M. la première pierre, après la mienne."

L'Assomption, 7 mars 1860. — (La Minerve.)

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