‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 36 sur 115 · LE LIEVRE COMMUN · texte numérisé non relu

LE LIEVRE COMMUN

(lipcs americanus)

Lièvre je sui?, de petite stature, Donnant plaisir aux nobles et gentil, D'estre léger et vite de nature, Sur toute bête on me donne le prix.

Du Fouilloux.

Le lièvre du Canada appartient à une famille fort nombreuse ; on en compte à peu près trente variétés, dont seize à dix-sept, habitent le Nouveau- Monde, le reste est indigène à l'ancien.

L'Amérique Britannique en réclame au moins deux espèces : le lièvre commun, Lepus americanus, et le lièvre de Virginie, Lepus virginianus.

Notre lièvre, malgré ce qu'en ont écrit les naturalistes, est bien le lièvre boréal des premiers temps de la colonie, le timidus lepus décrit en 1636, (1) par le Frère Sagard et en 1749, (2) par l'ami de l'hôte de La Galissonnière au Château Saint Louis, le botaniste suédois Herr Peter Kalm.

(1) Sagard Théodat, p. 747, 1536.

(«) Kalm's TraTôls in North America, vol. IXII, p. p. 11, 376,-1772.

Cet animal échange, en avril, sou blanc et s> lage d'hiver pour une livrée d'été, grise-brune, m tante, que les gelées de novembre lui feront Dans le grand Nord, la fourrure entière du hiver, est d'un blanc pur, à l'exception d'une lis autour des extrémités des oreilles : ses nuances, varient avec la latitude. (1).

Il a la tête trapu;', les oreilles longues, l'odoi yeux grands, proéminents, le corps allorig', mate pelage lâche, peu épais, avec une espèce de duv la peau. Ses pieds sont fort longs, fortement gar jusqu'au bout des griffes, qui sont longues, fines, un tant soit peu recourbées : ses pattes de dei presque le double en longueur de celles de deva lui assure une course fort rapide sans être graci queue est fort courte. Le poids et le volume du nadien varient. Un lièvre adulte pèse en moyi livres et demie et mesure, du boutdn nez à l'ex la queue, jusqu'à dix neuf pouces et un quart.

On a prétendu, à tort, que le lièvre du Canai par les chiens, cherchait un refuge dans des t terre ou dans des arbres creux. Un de ses abris fai un rameau touffu ou la tête d'un pin ou d'un si sant sur le sol au sein d'une clairière ; il se blotti tiers, sous un amas d'éeorces de prûche, que les auront amoncelé dans la forêt. " Cet animal, ■ craint la rosée, il a peur de se mouiller les pattes i par cette raison, il choisit les sentiers battus, ceu: les plus propres."

Lièvre noib

(3) M. Z'iél Gagnon, employé au bureau de poste, a £ l'Uni versité-LavaJ dun magnifique lièvre !• pelage noir, pti LourdreB, dans le comté du Mê^aniic.

{Courrier du Canada, U mi

LE LIÈVKE COMMUN

H s'en remet à sa vitesse, à son rare talent pour dépister les chiens, par ses ruses, en se blottisant, perdu au sein d'impénétrables fourrés, de savanes inaccessibles. La meute épuisée de fatigue, abandonne souvent la poursuite ; le timide animal n'a plus qu'un ennemi à éviter, le chasseur embusqué avec son fusil sur le sentier de la montagne, où le lièvre est sûr de passer.

Lorsqu'une épaisse couche de neige blanchit le sol, Lepus, monté sur les raquettes que la nature lui a données, y laisse à peine une légère trace, tandis que le chien de chasse fatigué, hiletant, y enfonce chaque pas jusqu'au ventre ; adieu, sire, pour ce jour-là.

Bien différent du lièvre d'Europe, le nôtre trouve sa nourriture dans la forêt, loin des champs de navets ou de choux de l'agriculteur. En été, il se nourrira d'herbe tendre, de feuilles, de bourgeons et de l'écorce de certains arbustes. En hiver, le comestible est plus rare, alors, il compte sur l'écorce des saules, du bouleau, du peuplier noir, sur les bourgeons des jeunes pins. Le lièvre du Canada en quête d'aliments, sort à la brimante ou aux premières heures de la nuit, l'automne et l'hiver. En été, il n'est pas rare de rencontrer, le matin ou vers le soleil couchant, un lièvre, explorateur solitaire, suivant cotuleusement son sentier chéri, sur le versant de la colline ; alarmé, il frappera bruyamment le sol de ses pattes de derrière : se réfugiera dans le fourré à quelques mètres du sentier, où il se blottira, les oreilles droites, assis sur ses hanches et écoutant, pour découvrir s'il est poursuivi. Ce bruit fait avec ses pieds sur le sol se répète aussi quand le lièvre rôde la nuit : c'est un indice de crainte aussi bien que le signe de provocation des mâles à leurs rivaux,, à la saison des amours. On assure que le lièvre fréquente le même bois, le même sentier pendant plusieurs années

consécutives ; souvent, pour son malheur hélas ! C'est là que le trappeur dispose le collet de crin k cheval ou de fil <le laiton pour le capturer, le pauvre sire.

La femelle porte six semaines, dit-on, et donne le jour en mai à une famille de levrauts, variant en nombre de deux à six à la fois : elle a une seconde portée vers l'automne, Ton croit.

Bien différent du lièvre européen, le lièvre mâle en Canada ne maltraite pas ses jeunes : père indulgent, il n'est pas rare de le voir surveiller d'un air recueilli sa nombreuse progéniture, se complaire même aux gambades folles de cette jeunesse indisciplinée et inconsciente des dangers du dehors.

Le lièvre a beaucoup d'ennemis : d'abord l'homme et le <îhien de chasse ; puis, les bêtes fauves, le renard, la fouine le loup, le loup-cervier surtout : quelquefois le chat domestique lui tendra des embûches. Il devient une proie facile aux aigles, aux hiboux, aux éperviers : le Duc -de Virginie, et le hibou blanc lui font une guerre acharnée.

Il pénètre, en Canada jusqu'au 68° degrée de latitude, au nord, et sa limite au sud, semble être le 41° degrée.

Il est un mois de l'année où le lièvre se livre aux plus étranges pérégrinations, la nuit sous les pâles rayons de Diane, en mars, pour lui, le mois des amours.

Mon domaine avoisine à l'ouest le beau Bois Qomin — séjour de tout temps, achalandé des lièvres : en mars, la neige recouvre nos clôtures sur la voie publique et en . rend l'abord facile, aux lièvres, aux renards aux loupcerviers et autres coureurs de nuit. Chaque printemps, notre avenue est sillonnée en tous sens, de pistes de lièvres. J'ai eu la curiosité de suivre quelques unes des traces de ces rôdeurs : j'ai pu m'assurer que plusieurs se prolongeaient jusqu'au delà de mes serres-chaudes, en escala-

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