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LA GRANDE MARÉE DU MOIS D'AOUT

Pesthétérus Oh! par Neptune! vois tu quel

flots d'oiseaux se rassemblent ?

Eyelpidk. Quelle nuée, par Apollon! On ne

voit plus l'entrée de la scène, tant ils volent serrés "!.

(Les Oiseaux, — Aristophanb.) L'an 414 avant l'ère Chrétienne.

Par une douce matinée, le 21 août, en Tannée 1842, mon sommeil fut interrompu par un jet lumineux s'infiltrant à travers le damas de ma fenêtre qui avait vue sur l'orient, c'était un rayon tiède et rose de l'aurore. Il pouvait être au plus quatre heures et demie du matin : déjà le murmure cadencé de la mer rentrante, roulant sur les galets, m'annonçait que je n'avais pas un moment à perdre, si je voulais tirer partie de la grande mer d'août, cette haute marée que l'on a nommée, si à propos, grande iner des alouettes.

(1) On appelle autour de Québec, alouette, le dimunitif gibier de grève qui nous vient du nord, en août et au commencement de l'automne.

Il est vrai, j'avais peu loin à aller pour me rendre au théâtre de mes futurs exploits. Besoin n'était que de descendre la pente de la petite éminence dont le pied est baigné par les hautes eaux du fleuve et dont le sommet, coiffé d'un massif d'érables, laisse apercevoir une longue maison blanche, à toiture noire et à persiennes brunes. C'était le manoir du Seigneur McPherson, mon vieil oncle qui, depuis près d'un quart de siècle, entouré de sa famille, y coulait des jours dorés. Mes vacances de séminariste étaient déjà fort entammées, sans que j'eusse eu le temps de m'en apercevoir, tant avait d'attrait pour moi le séjour de l'île giboyeuse où mon respecté parent dispensait l'hospitalité, avec le laisser-aller des honnêtes gens qui vivaient aux temps homériques. Homme spirituel autant qu'excellent tireur, aimable raconteur, il se plaisait surtout à distraire les jeunes amis que la belle saison ou les vacances amenaient sous son toit, par le récit de ses aventures de chasse ou de ses voyages sur mer, sans oublier une épisode, où il figurait, bien jeune, comme prisonnier de guerre en Espagne. Ainsi s'écoulait douce et bien remplie la vie du propriétaire de l'île enchanteresse que deux siècles auparavant M. de Montmagny s'était fait concéder delà Compagnie de la Nouvelle-France, comme lieu de chasse ; c'est là, si on en croit l'histoire, que le Nemrod français venait» chaque automne, tout en pourchassant canards et bécassines, oublier les soucis de la vie publique. Certes, il n'avait pas mauvais goût, notre ancien gouverneur.

vous tous disciples du grand saint Hubert, et vous amants de la belle et grandiose nature du Canada, désirezvous apprécier le charme de cet endroit ? veuillez donc m'accompagner dans ma course matinale.

D'abord, avant d'endosser fusil et gibecière, descendons à la salle-à-manger, nous fortifier contre les humides va-

peurs du matin ; un vaste bol de lait fumant nous attend sur le buffet : nous y ajouterons deux œuf frais, pondus la veille par des Dorkings et des Black spaniéh, du sucre ad libitum et more majorum, quelques cueillerées d'une eau-de-vie pâle et vieille, tout comme si M. l'abbé Chiniquy n'eut jamais, en 1840, entrepris une croisade contre les spiritueux. Cette prescription religieusement remplie, en avant, mes braves !

— " Ah ! ! Mosrieur, s'écrie le garçon de ferme, un jouvenceau portant un chapeau de paille, de dimensions phénoménales, vous alliez oublier que c'est aujourd'hui la grand'mer des alouettes : emportez-donc en sus avec vous, des paniers ! "

C'est qu'en effet, le mois d'août est, par excellence, le mois des alouettes, le premier gibier de grève de la saison de chasse. Vers le vingt de ce mois, les bandes commencent à arriver des pays du nord. Leurs volées sont peu nombreuses d'abord ; puis, elles deviennent plus considérables ; puis, on les compte par myriades. Vous entendez leur voîx dans les airs, qui, cependant à peine arrive jusqu'à vous, tant leur vol est élevé ; elles tournent, tournent à cette hauteur, pour explorer leur cher pays de passage et, dans leurs gyrations, elles se rapprochent de plus en plus de la terre ; enfin leurs joyeux cris sont distincts et vous voyez leurs escadrons allés décrire mille et mille évolutions dans l'élément diaphane, au sein duquel ils flottent avec tant de légèreté et de grâce.

Le moment de prendre terre arrivé, les alouettes longent les arbres de la forêt, les falaises de la côte, descendent comme des tourbillons vers les plages et les eaux du fleuve qu'elles rasent à les toucher, s'élèvent de nouveau, redescendent encore et finissent par s'abattre sur les bancs de sable qu'elles couvrent de leurs flocons mouvants. Il faut

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