REGRETS — SOUVENIRS — VŒUX D*UN CIÏÀSSEUR
un personnage important. " Les princes et les prélats aimaient furieusement la chasse ; ils transportaient partout leurs oisfcaux, même dans les églises. On les plaçait, pendant la messe, sur les' marches des autels, au bord des chaires. Les dames suivaient la chasse, partout, le faucon sur le poing. C'était un plaisir pour elles ; aujourd'hui, les chasseurs les laissent à la maison, et souvent, c'est tant pis pou* eux."
Et le chien, l'ami de l'homme, n'a-t-il donc pas sa part des dangers et des plaisirs de la vénerie ?
" En effet," dit encore Blaze, " cette intelligence de chien qui prend le vent, qui marche avec précautions, qui châtonne, est une àhose " admirable. Médor, mon fameux Médor, me rapportait un lièvre, chemin faisant, il tombe en arrêt sur un perdreau : Médor est immobile, la patte en l'air, le lièvre à la gueule ; le lièvre, le chien, le perdreau, rien ne bouge. Quel tableau plus ravissant! quel spectacle plus suave peut jamais inonder l'âme d'un chasseur de jouissances plus positives 1 Quand on voit un trait pareil, on nourrirait son chien avec des écus de six livres, si Ton en pouvait trouver encore."
Les chiens de chasse avaient, eux aussi, leur fête patronale en France, à la Saint-Hubert, car saint Hubert a détrôné Diane (1).
(1 ) "Ou vient de réparer, an château de Chantilly, la Chapelle où se célébrait la inesse des chiens. Du temps des Condé, cette messe avait lien chaque année à la Saint-Hubert. La chapelle était parée comme aux grands jours ; des fleurs étaient ré} >anduefi sur les dalles ; d«s fleurs jonchaient le chenil, composé, comme on sait, d'une aile entière de la se- , conde cour circulaire du château.
Le plus vieux gentilhomme, monté sur le plus vieux cheval, suivi du • plus vieux chien, accompagné du plus vieux piqueur, ouvrait la marche des chiens se rendant à la messe. Ce jour-là, le peigne, la brosse et l'éponge donnaient au poil tout le lustre de l'étiquette ; les queues et les
Au glorieux jours du Canada primitif (1), le gibier abondait, dans les forêts, sur les battures, les grèves, les cours d'eau, jusque dans le voisinage des villes. Panthères du nord, ours, wapites, loups, cariboux, loups-cerviers, renards, vaches-marines ; voilà pour les amateurs de grosses pièces, pour les DuChaillu et les Jules Gérard de l'époque. Il est fait mention, dans le dernier voyage de Jacques-Cartier (2), de la férocité des panthères, grosses comme des lionnes, dans le voisinage d'Hochelaga, dont deux se seraient pen-
oreilleR adoptaient la forme la plus grave. Les remontrances et l'eau de savon venaient à bout des plus rebelles.
Introduits par ordre de race, au cetitre de la chapelle, on les rangeait du front, d'après l'ûge on le mérite, devant le tahleau de saint Hubert, exposé sur le maître-autel. L'aumônier du château commençait ensuite le sacrifice de la messe et rien n'était omis dans la liturgie spéciale ; puis, il montait en chair et prononçait le panégyrique du patron des chasseurs et des chiens. Malheur au pointeur qui eût baillé à l'exorde ! Malheur au lévrier qui eût dormi sur ces pattes au second point !
Cette cérémonie, qui a très-réellement existé pendant de longues années, avait pour but d'éloigner des chiens, la gale, le flux du sang, les vers, le mal d'oreille, les crevasses, les morsures des serpents, les piquûres des plantes vénéneuses, les blessures du sanglier et surtout la rage.
Blazb.
( l ) " En la saison les champs sont tous couuerts de Grues ou Tochingo,
qui viennent manger leurs bleds quand ils les bernent, et quand ils sont
preste à moissonner : de mesine en font les outardes et les corbeaux,
qu'ils appellent Oraguan^ il nous en faisaient par-fois de grandes plaintes,
et nous demandaient le moyen d'y remédier - mais, c'estoit une chose
bien difficile à fdre : ils tuent de ces Grues et Outardes avec leurs fles-
ches, mais ils rencontrent peu souuent pour ce que si ces gros oyseaux
n'ont les aileB rompues, ou ne sont frappez à la mort, ils emportent ayse-
ment la flesche dans la playe, et guérissent auec le temps, ainsi que nos
Religieux de Canada l'on veu par expérience d'une Grue, prise à Kebec,
qui avait esté frappée d'une flesche Huronne à trois cents lieues au delà, et
trouuèrent sur sa croupe, la playe guérie, et le bout de la flesche, auec sa
pierre, enfermée dedans. I1b en prennent aussi quelque-fois avec des
collets. "
— {Le Grand Voyage Du Paya Des Huront.)
(2) Manuscrit découvert dans la Bibliothèque Royale de Bruxelles, en 1855, par M. Viger.