L’ART DE NOTRE TEMPS
la jeunesse de ce politique maladroit, hetman des Zaporogues, puis prince de l’Ukraine et allié de Pierre le Grand, enfin puni par ce dernier de sa trahison. Aimé, disait-on, d’une grande dame, à la cour de Pologne où il était simple page, le jeune homme avait été surpris par le mari et lié tout nu sur un cheval sauvage, qui l’avait emporté, à travers les forêts et les steppes, jusque dans l’Ukraine. C’est là qu’il fut recueilli, à demi-mort, par les Cosaques qui en firent leur chef.
On se rappelle que le sujet était entré dans la peinture au Salon de 1827, avec le Mazeppa lié sur son CHEVAL, qui fut le chef-d’œuvre de Louis Boulanger (Musée de Rouen), et le Mazeppa poursuivi par LES LOUPS, d’Horace Vernet, plus populaire encore (Musée d’Avignon).
La composition de Chassériau est conçue dans un sentiment tout différent. La course effrénée a pris fin, et l’apaisement succède à l’horreur. Dans une riche gamme de bleus assourdis, la jeune Zaporogue, comme une Nausicaa romantique, apporte au naufragé sa pitié et sa tendresse. Gracieuse et noble comme les premières héroïnes de Chassériau, la jeune fille a cet accent plus humain, ce galbe plus éloigné de la statuaire que nous avons vu se dégager peu à peu dans l’œuvre de l’artiste.