XXXIV. — JUIVES DE CGNSTANTINE BERÇANT UN ENFANT
Pour nous faire connaître l'orientaliste, il y a mieux que la liste des œuvres inspirées par son voyage en Algérie. Des notes rapides, éparses en marge de ses feuillets d'album, évoquent avec autant de saveur que ses plus belles esquisses, les émotions du peintre devant une scène pittoresque, un geste expressif, une harmonie de tons précieux et rares. Voici, d'après le recueil de V. Chevillard, quelques brefs extraits, pris entre tant d'autres égalementt caractéristiques de son exaltation visuelle devant la nature, de sa dévotion raffinée à son art.
...(( Ne pas oublier que les villes ardentes du Midi ont des tons de satin dans les ombres et des lumières radieuses; le ciel d'un bleu brûlant, vert, puis des tons rouges, rougeâtres, puis des tons gris.
...(( Velours vert, étoffes jaunes, coiffures de toutes les couleurs, bleu vif, rouge mauve, souvent noir, c'est très beau, les figures colorées et puissantes sur des fonds blancs, les couleurs vives et orientales.
...H Les hommes et les femmes coiffés de jasmin blanc qui pend à leur coiffure en guirlandes sur leur sein rosé; le corps tout entier jeune, fin et
beau; des étoffes légères couvertes de points d'or, comme des étoiles.
...(( Pour rehausser de grandes surfaces calmes et grises de murailles, il suffit d'un simple ton d'or à quelques places.
...« Intérieur de femmes inauresques — une couchée, tout le corps nu, à travers une gaze rousse étoilée d'or. Dans la tête, bien saisir le type blanc de la peau, avec les yeux fins et noirs.
...« Le ciel, d'un bleu exquis; les montagnes ordinairement comme du lapis, le jour; l'air poudré d'or, ce qui donne une vapeur splendide; le petit bois extrêmement bleu et lumineux près d'une eau vert émeraude, et ça et là, des trous éclatants de soleil.
...(( Étudier une belle femme pliée pour atteindre la main de l'enfant souple et tendre.
...(( A Alger, la mer bleue, la ville comme du stuc ou du marbre blanc; l'horizon rose et bleuâtre; au-dessus de la mer, le ciel bleu léger et lumineux un peu opale. Des vieillards à faces orientales et singulières, vigoureusement peintes sur les murs blancs; les enfants d'une beauté pure, le fond du teint rosé et pâle; les maisons blanches souvent dans la demi-teinte, avec des fonds argentés ou dorés... les poutres qui soutiennent les constructions, quelquefois noires, ce qui relève par la vigueur tout l'ensemble; quand le soleil frappe un endroit, le faire étinceler d'une lumière dorée; le fond des portes d'un noir brun et vigoureux. »