‹ ChassériauChapitre 33 sur 48 · ALLAITANT UN ENFANT · texte numérisé non relu

ALLAITANT UN ENFANT

D'après ce que nous connaissons des affinités pittoresques et littéraires de Chassériau, on s'étonnera peut-être du petit nombre de sujets orientalistes que nous avons rencontrés jusqu'à maintenant. Le Sabbat des Juifs de 1847-48, les panneaux du Commerce [à la Cour des Comptes suffisaient cependant à montrer que l'artiste n'attendait que le loisir de suivre à son tour la voie tracée par Delacroix, Decamps et Marilhat.

On se rappelle le portrait, exposé au Salon de 1845, d'Ali-Hamed, Khalifat de Constantine. Le peintre, qui s'était lié d'amitié avec son modèle, fut lui rendre visite en Algérie l'année suivante (c'est aussi la date du voyage de Fromentin dans les mêmes régions). Ce séjour, qui fut un réel émerveillement, eut sur l'œuvre de Chassériau une influence considérable. « Le pays est très beau et très neuf — écrivait-il de Constantine à son frère, le 13 mai 1846. — tJe vis dans les Mille et une Nuits. Je crois pouvoir en tirer un vrai parti pour mon art. Je travaille et je regarde. »

Les souvenirs de l'Algérie n'abandonnèrent jamais Chassériau. Une description de l'atelier du peintre écrite par Gautier quelques semaines après la mort de son ami (l'Artiste, mars 1857) montre quelle prédilection il marqua toujours pour le monde de formes et de couleurs un instant entrevu : t Dans le petit divan où il se reposait quelquefois, les yatagans, les kandjiars, les poignards persans, les pistolets circassiens, les fusils arabes, les vieilles lames de Damas, niellées de versets du Coran, les armes à feu enjolivées d'argent et de corail, tout ce charmant luxe barbare, amour du peintre, se groupait encore en trophée le long des murs; négligemment accrochés, les gandouras, les haïcks, les bournous, les caftans, les vestes brodées d'argent et d'or, donnaient aux yeux ces fêtes de couleurs par lesquelles l'artiste tâche d'oublier les teintes neutres de nos vêtements lugubres, et semblaient avoir retenu entre leurs plis fripés et miroités les rayons du soleil d'Afrique. »

C'est surtout à partir de 1849, lorque l'achèvement des peintures de la Cour des Comptes lui en eut laissé la liberté, que Chassériau put réaliser ses croquis et faire revivre ses souvenirs d'Algérie. Une cinquantaine de peintures, scènes guerrières ou bien tableaux de la vie des femmes juives ou mauresques nous sont connus, au moins de nom. Le petit panneau reproduit ci-contre, qui ouvre ici cette série, est daté de 1850.

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