CONCLUSION
facile, car le cou n'est pas très gros à vingt mètres, — il s'en va indemne, et vous aussi. Voit-on le lion bien de profil, la balle aux omoplates, bien au centre, est excellente; le projectile brise ces deux os et touche presque toujours l'épine dorsale qui passe au milieu : l'avant-train est paralysé, la bête hors de combat; mais si l'on dévie, on a beau avoir des chances de faire une blessure grave, on risque d'être entraîner à une poursuite longue et dangereuse. Je sais fort bien qu'il n'est pas toujours possible d'atteindre un lion où on le veut ; mais si on le tire n'importe comment, on doit en supporter les conséquences.
Les animaux dangereux doivent, en principe, être anéantis du premier coup, ou tout au moins mis hors d'état de nuire. Pour y arriver, il faut bien décider ce que l'on va faire, et, je le répète, les tirer relativement de près afin d'être bien sûr de son fait. Avec les omoplates ou l'épine dorsale brisées, l'animal ne peut plus ni se servir des pattes de devant, ni remuer : on peut l'achever aisément, tandis que, s'il est simplement blessé, fût-ce même au cœur, un lion vend encore chèrement sa peau.
Les trois épisodes que je viens de raconter terminent ce récit, transcrit de mes carnets et illustré de mes photographies. Puisse le lecteur, en lisant ces chasses, avoir éprouvé un plaisir qui approche de la très vive passion avec laquelle je les ai faites!
Plus tard, quand mes forces auront faibli, quand j'aurai dit adieu aux voyages et définitivement accro-
ché mon fusil au râtelier, je pourrai, au coin de mon feu, et le cœur gros de regrets, feuilleter ces souvenirs, et, en relisant ces impressions, en revoyant mes photographies et mes trophées, revivre quelque peu la vie d'aujourd'hui. Comme le vieux soldat qui se rappelle ses batailles, plus d'une fois je me retrouverai, par la pensée, face à face avec mes grands fauves africains , et nous recommencerons , mes braves compagnons noirs et moi, les combats d'autrefois.