‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 149 sur 163 · TONNERRE ET RUGISSEMENTS · texte numérisé non relu

TONNERRE ET RUGISSEMENTS

sade, à une proximité effrayante, du côté où le vent révèle la présence de nos nouveaux pensionnaires.

J'ai déjà parlé de l'impression profonde, saisissante, que le rugissement d'un lion produit sur l'homme; rien de plus terrifiant dans l'obscurité que cette voix puissante qui résonne à plusieurs kilomètres, et qui fait trembler le sol; de l'entendre à un ou deux pas seulement, il y a de quoi secouer les nerfs de l'homme le plus froid.

Les femelles paraissent être les plus furieuses : sans doute, elles nous accablent, dans leur langage, des pires invectives, et le vacarme est tel que personne ne peut dormir. A plusieurs reprises, pour les éloigner tout au moins, j'ai essayé des coups de fusil, mais la nuit est d'un noir d'encre, le temps très couvert, et je cherche en vain la caisse où est emballé le projecteur électrique.

Vers le matin, un orage se met de la partie ;■ le ciel gronde : d'abord sourdement, puis avec éclat, il mêle sa voix à celle du roi des félins. L'aube s'annonce enfin lentement, par un temps sombre; une pluie torrentielle éteint tous nos feux : les coups de tonnerre finissent par avoir raison des rugissements, et les lions se retirent dès que le jour point.

Je tente une sortie, mais sans rencontrer aucun des membres de cette famille, et nous partons, emportant dans un panier les jeunes lions qui, dès la première nuit, font bon accueil au biberon.

Plus tard, ils ont pris l'habitude de teter à même la chèvre, mais il fallait attacher celle-ci, la tête au vent,

car l'odeur de ses nourrissons l'affolait ; cette nourrice ne fut bientôt plus suffisante, et il fallut en avoir deux. A l'âge de trois mois, les lionceaux étaient déjà de la taille d'un gros bouledogue. Ils m'accompagnaient partout, s'en allant devant moi sur les sentiers, trottant tout de travers, comme le font souvent les chiens, et se retournant pour me voir venir et m'attendre. Mais la marche leur était contraire. Ils se fatiguaient beaucoup ; les pattes leur faisaient mal, et ils tiraient la langue comme des chiens harassés. 11 eût fallu du repos ou du moins une existence moins agitée que la nôtre pour arriver à les élever. L'un d'eux mourut bientôt, et je cédai l'autre près du lac Nyassa pour ne pas lui voir subir le même sort. Ainsi se termina cet essai d'élevage.

Un mot encore, à propos de la mort de la mère. L'expérience m'a appris que le coup à la nuque est excellent et préférable à tout autre, si l'animal est de profil; de face, tout dépend de la façon dont le lion tient sa tête : s'il la tient haute, inutile de tirer; s'il la -baisse, comme il fait souvent pour charger, il faut viser, soit entre les deux yeux, soit entre les deux omoplates, que l'on voit distinctement lorsque la tête est baissée ; si la charge a commencé, on doit attendre que la bête soit très près. Le coup à la nuque, à quatre doigts en arrière des oreilles et au centre de l'épaisseur du cou, je l'ai tenté bien souvent, et toujours avec le même succès; il a un avantage que je recommande à ceux qui font cette chasse pour la première fois : si on touche, le lion est mort; si on manque — chose

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