OISEAUX
La préparation des oiseaux est un travail très délicat que l'on ne peut confier aux indigènes. Tchigallo était devenu un excellent préparateur, et je ne craignais pas de lui confier un lion sans m'en occuper davantage; mais nous étions obligés, Bertrand et moi, de préparer nous-mêmes les oiseaux. Il faut en movenne vingt minutes à une main exercée pour mettre en peau un oiseau de la taille d'un moineau.
Pour commencer l'opération, j'incise la peau, non sur le milieu du ventre, mais sur le côté, sous l'aile gauche, ce qui a l'avantage de cacher complètement l'incision quand l'oiseau sera empaillé. La peau des oiseaux se détache, en général, très facilement avec les doigts ou à l'aide d'un manche de scalpel. On doitchercher à faire sortir le corps de l'oiseau de sa peau par l'incision pratiquée. Pour cela, on opère avec soin : dès qu'on rencontre la cuisse ou l'aile, on coupe celleci, avec des ciseaux, à l'articulation qui est au ras du corps, ainsi que le cou et le coccyx qu'il faut trancher à leur base, et on enlève rapidement le tronc de façon à éviter que le liquide ou le sang ne maculent les plumes ; on sèche la pea-u entièrement en la saupoudrant de cendre ou de toute matière capable d'absorber l'humidité. Saisissant ensuite les membres restés à l'intérieur de la peau, on les tire à soi en les dégageant; on enlève toute la viande, on la remplace à volume égal par de Tétoupe ou par du coton imbibé de savon arsenical, et on les repousse définitivement dans leur gaine; on tire le cou de la même façon et on le coupe à la base du crâne; la cervelle est sortie ensuite à l'aide d'une petite palette en bois, la langue et ses cartilages sont enlevés ; on pousse la peau
jusque sur le bec et on vide les yeux ; on remplace tout cela par un volume égal d'étoupe imbibée ; on substitue au cou un morceau de bois de même longueur entouré d'étoupe, et, après avoir bien passé du savon arsenical sur la peau, on la rabat sur ce cou artificiel. Quand la tête est plus grosse que le cou et ne peut y passer, comme chez les canards, par exemple, on fait une incision à la nuque pour terminer l'opération; le cou et les membres bien remis en place et dans leur position naturelle, on fait un petit paquet de la grosseur du torse et destiné à le remplacer, on imbibe bien la peau de savon et on y introduit le petit paquet; on referme la peau dessus, en dissimulant l'ouverture au moven d'une couture. Cela fait, on ouvre l'abdomen de l'oiseau afin de reconnaître son sexe; on consigne cette indication, ainsi que la couleur des yeux, des caroncules, des tibias et des pattes, sur une étiquette qu'on fixe au spécimen; on lisse les plumes, on met l'oiseau en position naturelle, on l'enveloppe de papier et on le met à sécher.